10. Empire Romain (deuxième partie)

Le Bas-Empire Romain (de vers 250 à 476)
La loi historique des cycles n’a pas épargné l’empire romain, du moins dans sa partie occidentale. La Gaule, et particulièrement sa partie septentrionale, en fut victime.

Une crise politico-économique
Jusque 235, des dynasties familiales d’empereurs ont très bien, ou relativement bien, administré leur grand territoire. Puis, le pouvoir, à Rome, est devenu instable. Des généraux se sont succédé. Des usurpateurs les ont contestés. Simultanément, les échanges commerciaux ont décliné. Les endettements se sont accumulés. La monnaie fut dévaluée. Les impôts augmentèrent, et ,de même, les prix des denrées . Une grande crise économique et financière s’était installée au milieu du IIIème siècle. De plus, des épidémies décimèrent les populations.
Plus près de chez nous, la mer “transgressait” (pénétrait sur les terres) sur plusieurs dizaines de kilomètres au nord de Boulogne et de notre côte actuelle, chez les Morins et les Ménapiens, anéantissant le commerce du sel et celui de la pêche.

Les premiers raids barbares
Enfin, la pression des peuples Germains sur le Rhin et le Danube s’intensifiait. De 249 à 286, on a commencé à voir déferler des bandes de Francs et d’Alamans en Gaule du Nord. Elles empruntaient ces “autoroutes” de jadis, les chaussées romaines. Elles pillaient tout sur leur passage, saccageaient les villes et les vicus (une septantaine de bourgades), les villas et les fermes. Elles passaient par vagues et s’aventurèrent même jusqu’à Amiens.

Le déclin
Elles furent finalement repoussées au-delà du fleuve. Une paix relative revint pendant le IVème siècle. Mais la crise et les raids germains eurent raison de toute l’économie du nord de la Gaule. Dans la deuxième moitié du IIIème siècle et au début du IVème, de nombreuses villas et fermes disparurent. La démographie déclina. Les échanges commerciaux périclitèrent de façon abrupte. Les endettés vendaient leurs propriétés aux plus riches. Ceux-ci se retrouvaient à la tête de grands domaines.

La plupart des fouilles effectuées et les découvertes des “amateurs” prouvent que beaucoup d’habitats furent détruits ou laissés à l’abandon à cette époque. Les monnaies trouvées dans les sépultures ou les vestiges vont rarement au-delà de la fin du IIIème siècle et du début du IVème siècle. Des “trésors” ont été découverts dans les champs, caissettes remplies de monnaies et de médailles, cachées par leurs propriétaires avant l’arrivée des assaillants et puis abandonnées sous l’effet de la panique. On en trouva à Ghlin, à Crespin et à Montroeul-sur-Haine.
Des vicus et des villes périclitèrent, se ruralisèrent ou disparurent. En tout cas, elles perdirent leur rôle de centres commerciaux et même politiques. Bavay fut la grande victime de cette période. De la ville prestigieuse des siècles précédents, il ne restait plus qu’une citadelle ceignant son forum. Il fallait assurer la défense en vue de raids futurs. Le long des chaussées, on construisit des fortins, comme à Givry et à Binche.


Cambrai et Tournai furent relativement épargnés. Peut-être mieux défendus. Le pouvoir politique de Bavay (cité des Nerviens) fut transféré à Camaracum (Cambrai). Celui de Cassel (cité des Ménapiens) passa à Tornacum (Tournai).
A Fanum Martis (Famars, près de Valenciennes), on installa le quartier général des troupes auxiliaires (mercenaires non romains). Des détails à propos de ces villes peuvent être trouvés dans les chapitres spécifiques qui leur sont consacrés.
On arrive ainsi, à la fin du IVème siècle, à une situation assez proche de la désolation.

Pourtant, quelques décennies plus tôt, l’empereur, Dioclétien (284-305), s’était attelé à de grandes réformes pour restaurer la paix et la prospérité de l’empire. C’est ainsi qu’il pratiqua une autre répartition des provinces. Celle de Belgique fut partagée en Belgique Première (capitale : Trèves) et en Belgique Seconde (capitale : Reims) à laquelle appartenait la cité des Nerviens. Ses successeurs se querellèrent à nouveau et ce fut l’empereur Constantin (306-337) qui ramena la paix et, avec elle, une petite reprise de l’économie et du commerce.

La fin d’un grand empire romain
L’empereur Théodose (379-395) décida de partager son empire entre ses deux fils. L’Oriental (capitale: Constantinople/Byzance) sera mieux géré et s’imposera encore pendant plus de mille ans. L’empire d’Occident verra à sa tête des empereurs incapables, fantoches aux mains de généraux ambitieux qui ne purent pas contenir, au Vème siècle, des pénétrations de plus en plus dévastatrices des peuples Germains en-deçà du Rhin et du Danube.

Les bouleversements du Vème siècle
Ce qu’on a appelé “les grandes invasions” trouva son point culminant à l’hiver 406-407, quand des peuples entiers de Vandales, de Suèves et d’Alains déferlèrent dans tout le nord de la Gaule, dévastant tout sur leur passage. Fuyant de nouvelles hordes qui venaient de l’est (les Huns), ils étaient aussi à la recherche de terres fertiles au climat accueillant. Ces peuples continuèrent leur route, traversant toute la Gaule, saccageant de nombreuses villes , pour s’en aller s’installer dans la péninsule ibérique et ensuite en Afrique du Nord.

D’autres peuples, qui ne concernent pas notre région, ont également migré vers l’Italie, l’Alsace, la Suisse et la Gaule. Ce sont les Wisigoths, les Ostrogoths, les Alamans et les Burgondes. Progressivement, dans cet empire romain occidental en déliquescence, vont naître des royaumes “romano-barbares”, officiellement inféodés à l’empereur, en réalité totalement indépendants.

L’installation des Francs
Ce sont cependant les Francs qui jouèrent le rôle le plus important dans nos régions. On l’a vu, ils avaient déjà tenté à plusieurs reprises de venir s’installer chez nous. Des empereurs avaient permis à certaines familles et clans de le faire dans des lieux abandonnés en Gaule Belgique. Un gros groupe fut implanté de part et d’autre du Rhin au nord (Toxandrie/Campine et Batavie/Sud des actuels Pays-Bas). Nombreux furent ceux que les Romains engagèrent dans leurs corps auxiliaires où ils se virent confier les plus hauts grades.

La grande vague déferlante de 406-407 avait complètement anéanti toute défense romaine. Dans le vide laissé par les premiers migrants, les Francs commencèrent, à partir de 430, à venir s’installer dans le nord de la Gaule. C’étaient avant tout des guerriers, répartis en tribus et clans. Les autorités gallo-romaines, abandonnées par Rome, “s’arrangèrent” avec eux (foedus). On se partagea les divers pouvoirs. L’administratif resta aux gallo-romains dans les quelques villes qui avaient résisté (Famars, Cambrai et Tournai). La défense militaire (contre d’éventuels nouveaux assaillants) fut confiée aux nouveaux arrivants. Le petit peuple s’installa dans les fermes abandonnées ou usurpées par la force. Les chefs et leurs officiers, admiratifs et envieux du mode de vie romain, élurent résidence dans les villes, dans les palais et les belles villas abandonnées. On estime à 15-25% la proportion de Francs dans l’ensemble de la population du nord de la Gaule.
Cet apport de bras vigoureux relança un peu l’agriculture dans les campagnes alors que les rares villes continuaient à stagner.

Il y avait deux grands peuples Francs. Les Rhénans (ou Ripuaires) qui arrivaient de l’Est et qui s’installèrent dans les provinces de Belgique Première (Trèves), de Germanie Première (Cologne) et de Germanie Seconde. Les Saliens, qui arrivaient surtout du nord, occupèrent la Belgique Seconde. On connaît un roi qui s’installa à Cambrai (Ragnacaire) et un autre, plus connu, qui s’installa à Tournai: Clodion.

Les Romains, en Gaule, n’occupaient plus qu’un petit territoire autour et au nord de Paris. Des généraux y exerçaient le pouvoir, officiellement sous l’autorité de l’empereur de Rome, déménagé à Ravenne après le sac de la capitale impériale en 410. En réalité, ils avaient les mains libres et tentaient de collaborer avec les “Barbares”. C’est ainsi qu’une coalition repoussa définitivement les Huns d’Attila en 452 aux Champs Catalauniques, près de Reims. Childéric, petit-fils de Clodion et père de Clovis, s’y distingua.

La chute de l’empire romain d’Occident
Ce qui devait arriver arriva. Le dernier empereur romain d’Occident, Romulus Augustule, fut déposé par Odoacre, un général germain, en 476. En fait, tout cet empire était à ce moment divisé en royaumes romano-barbares. Près de Paris, un général romain, Syagrius, résistait encore. Pas longtemps…

Clovis
Il fut lui aussi balayé… par Clovis. Ce descendant de Clodion, de la dynastie mérovingienne des Francs Saliens, voulut construire un royaume à la hauteur de ses ambitions. Dans une Gaule divisée et partiellement aux mains de peuples germains christianisés, mais adeptes de l’hérésie arienne, Clovis sut mettre de son côté le haut-clergé gallo-romain fidèle au pape de Rome. Son plus chaud partisan fut Remi, l’évêque de Reims, qui sut lui rallier les élites gallo-romaines de toute la Gaule en échange de la conversion du roi et de ses élites.

Le reste fut une question d’intelligence militaire. Clovis savait y faire. En quelques années, il étendit son royaume de Tournai vers le nord-est de la Gaule (Alamans, Francs Ripuaires), puis vers le centre de la Gaule (Romains et Burgondes, ces derniers qu’il ne défit pas complètement) et enfin vers le sud-ouest de celle-ci (Wisigoths). Quasi toute la Gaule, du Rhin aux Pyrénées, était à ses pieds. Le reste sera l’affaire de ses successeurs. Clovis déplaça sa capitale de Tournai à Paris.

Et en vallée de Haine?
J’ai surtout parlé d’histoire générale dans ce chapitre, mais on ne sait quasi rien de l’histoire régionale. Ce qu’on peut dire, c’est que la vallée de la Haine resta essentiellement une zone rurale agricole, dépeuplée fortement dans un premier temps, puis un peu repeuplée avec l’arrivée des Francs. Les deux peuples se sont vite mélangés. On en reparlera au chapitre suivant.

Le pagus fanomartensis, embryon du futur comté de Hainaut
Aucune ville n’existait alors dans la cité des Nerviens, depuis la disparition de Bavay. Seule Famars avait résisté. Cette agglomération, essentiellement militaire à la fin de l’empire, devint un centre de pouvoir. Les Romains avaient déjà divisé leurs cités en pagus (équivalents de comtés). Mais on est mal documenté sur le rôle exact de ceux-ci dans l’empire. Les Francs supprimèrent les cités, tout en conservant les villes-capitales où le pouvoir était partagé avec les Gallo-Romains.Les pagus prirent de l’importance. Famars devint capitale d’un de ceux-ci. Il est important de le savoir, car il est à l’origine du futur comté de Hainaut.

Les lents débuts du christianisme
Le christianisme pénétra peu dans le nord de la Gaule. On cite, à la fin du IIIème siècle, l’évêque-évangélisateur Saint Piat qui vint prêcher à Tournai. Il fut martyrisé lors des grandes persécutions de Dioclétien.
Puis l’Edit de Constantin, en 313, décréta une tolérance officielle vis-à-vis du christianisme. Cette nouvelle religion commença à s’étendre dans tout l’empire. En Gaule, elle ne toucha que quelques élites urbaines. Des “églises” (on appelait ainsi les communautés de chrétiens) naquirent dans les villes, d’abord au sud, puis, progressivement, au nord.

Quand Clovis prit le pouvoir, seules quelques villes du nord avaient un évêque, comme Remi à Reims. Dans les années qui suivirent, on vit apparaître des évêques à Arras, puis à Cambrai, à Noyon et à Tournai. Ces évêques, qui faisaient partie de l’aristocratie gallo-romaine, et donc de l’élite intellectuelle, exercèrent sur les villes un pouvoir administratif, en plus de leur pouvoir spirituel. Dans sa grande majorité, le peuple des campagnes resta païen.

Un début de Moyen-Age bien triste…
Avec la fin de l’empire et la prise de pouvoir des Francs, nous sommes entrés dans le Premier Moyen-Age (ou Haut Moyen-Age), caractérisé par un état de pauvreté économique. Les échanges commerciaux avaient quasi cessé. Le petit peuple vivait en autarcie. La monnaie avait disparu. On vivait du troc. Cette situation va durer quelques siècles, avec cependant quelques embellies plutôt tardives…

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