29. L’agriculture en pays de Haine

Agriculture, élevage et industries dérivées

L’agriculture, l’élevage et l’exploitation des bois furent longtemps les principales et quasi les seules activités humaines dans la vallée de la Haine. Les fonds de vallées étaient couverts de prairies humides et de bosquets, favorables à l’élevage. Les versants limoneux et les plateaux, surtout au sud de la rivière, se couvrirent de champs cultivés au détriment des bois. Au nord, les terrains étaient plus sablonneux et moins favorables aux cultures.

Ces activités ont commencé il y a plus de 7000 ans, lors de l’arrivée des premières populations néolithiques. Elles se sont perpétuées quasi sans interruption depuis lors jusqu’à ce que la révolution industrielle vienne les concurrencer en ce qui concerne la main d’oeuvre. Les villages actuels sont apparus vers le Xème siècle. Le paysage s’est peu modifié entre cette époque et le XIXème siècle. La densité de l’habitat resta lâche, fait de maisons-fermes, soit agglomérées à proximité de l’église et, le plus souvent d’un petit cours d’eau, soit éparpillées sur le territoire, à quelque distance les unes des autres. On pouvait distinguer trois types de fermes:

  • Les petites (4-5ha) qui ne suffisaient pas à la subsistance et dont le tenancier (propriétaire d’une tenure à l’intérieur d’un domaine seigneurial où il était soumis aux droits féodaux) devait avoir un travail d’appoint, le plus souvent chez le seigneur du lieu. C’était la condition des serfs avant que ce statut ne disparût au XIII-XIVème siècle.
  • Les moyennes (3-9ha) étaient auto-suffisantes, sauf s’il y avait trop de bouches à nourrir
  • Les grandes (10-30ha) produisaient des surplus que l’on vendait dans les marchés proches. Elles appartenaient aux seigneurs, mais aussi à quelques tenanciers plus aisés, parmi lesquels on trouvait les maïeurs, les échevins et les massards (percepteurs du fisc).

Les petites maisons étaient le plus souvent construites en bordure de chemin et perpendiculairement à lui, sans étage (hormis un grenier ou des chambres mansardes). On y entrait par un passage latéral. Elles comportaient des pièces d’habitat et d’autres destinées aux activités professionnelles. Le potager se trouvait à l’arrière.

Les grosses fermes étaient moins nombreuses, bâties souvent en quadrilatère autour d’une cour où l’on accédait par une porte cochère.

Ces modèles existent toujours aujourd’hui et sont souvent les plus anciens bâtiments des villages actuels. Ils datent de l’époque où la construction en dur s’est généralisée, soit depuis la fin du XVIIème siècle, mais surtout au XVIIIème et au XIXème.

Agriculture – On cultivait depuis la préhistoire surtout des céréales (blés, seigle, avoine, orge), qui étaient la base de l’alimentation des manants (pains, bouillies), mais aussi quelques légumineuses (pois, fèves) et oléagineuses. Chacun avait aussi son petit potager pour les légumes et quelques arbres fruitiers.

La pomme de terre, originaire des Andes, fut introduite au XVIème siècle en Europe. Elle se répandit dans nos campagnes au XVIIème siècle, notamment dans les périodes de famines et de guerres, celles-ci étant très fréquentes sous Louis XIV.

La betterave sucrière et le maïs ne furent cultivés à grande échelle qu’à partir de la fin du XVIIIème siècle.

L’élevage était une activité très liée à la classe sociale. Seuls les plus riches possédaient des chevaux, et avant tout les seigneurs qui s’en servaient pour la chasse et la guerre. Le cheval de trait était utilisé chez les tenanciers aisés. Les autres labouraient avec des araires qu’ils maniaient de leurs mains ou qui étaient tirées par des boeufs. Il fallait aussi un certain niveau de richesse pour posséder des bovins qui étaient très utiles, que ce soit pour la traction, le lait, la viande ou la peau. Ces deux derniers produits étaient le plus souvent vendus aux plus riches qui étaient les seuls à pouvoir se permettre de manger de la viande quotidiennement.

Le travail à l’araire

Seuls, les seigneurs et maîtres de fiefs avaient le droit de chasser et de posséder un colombier. Le braconnage était interdit et sévèrement puni. La pêche était très réglementée et soumise à une redevance.

Il existait, dans tous les villages, des pâturages communs, appelés waressaix (ou wareschaix), sur lesquels les paysans laissaient paître leurs animaux (bovins, ovins) contre une redevance payée au seigneur du lieu. Il s’agissait, le plus souvent, de ce terrain qui deviendra plus tard la grand-place du village. Un bel exemple en est la place d’Audregnies, une des plus grandes de Wallonie, dont l’aspect est resté presqu’inchangé depuis lors.

Place d’Audregnies – ancien wareschais du village

On pouvait aussi trouver des espaces communs utilisés par plusieurs villages:

  • la zone de marécages entre Elouges, Montroeul-sur-Haine et Thulin
  • le territoire qui deviendra plus tard le village de Pâturages, qui appartenait aux chanoinesses de Mons et qui était partagé par les paysans de Quaregnon, de Jemappes/Flénu et de Frameries/La Bouverie.

Ces espaces étaient très souvent l’objet de conflits entre les villages.

Les porcs étaient menés à la “glandée” dans les bois, toujours contre redevance au seigneur propriétaire.

En général, tout le monde possédait une basse-cour.

Il existait dans la région des éleveurs de chevaux destinés à la vente. Guillaume d’Avesnes instaura à Mons au XIVème siècle un marché aux chevaux hebdomadaire. Certains villages étaient réputés pour leur élevage. C’était le cas à Angre.

Au fur et à mesure de l’accroissement de la population, notamment celle des villes dont l’alimentation dépendait des activités rurales, l’agriculture procéda à des innovations diverses permettant d’augmenter la production: le système des assolements (avec périodes de jachères pour éviter l’épuisement des sols), les engraissements par de la chaux (ou marne), les engrais naturels. Les semences étaient soigneusement sélectionnées dans ce but. L’outil aussi s’améliora, encore que de nombreuses activités restèrent longtemps manuelles (semis, moisson, fenaison, battage). Il faut attendre le XIXème siècle pour que la mécanisation améliore les conditions de travail (charrue légère, semoirs à leviers, socs mobiles, machines à faucher).

La motorisation (électrique ou à combustible) ne s’est largement implantée qu’au XXème siècle (tracteurs, moissonneuses-batteuses, barattes, écrémeuses, …).

Ces dernières innovations entraînèrent une nette diminution de la main-d’oeuvre employée dans ce secteur économique aux XIXème et XXème siècles. La réduction de la main-d’oeuvre dans cette branche d’activités résulta aussi de la diversification des emplois (surtout ouvriers, notamment miniers) et de l’exode rural vers la ville.

Les activités associées

Les produits de l’agriculture et de l’élevage étaient transformés, ce qui donna lieu très tôt à des professions dérivées.

La première fut sans doute la meunerie. Les grains de céréales devaient être broyés pour être consommés sous forme de farines (bouillies, pains). Cette activité était déjà connue au paléolithique pour les plantes sauvages que l’on cueillait. Il semble que ce soit l’homo sapiens qui inventa la meule (deux pierres frottées l’une contre l’autre) et le mortier (avec pilon).

Meule au néolithique

Ces outils se sont nettement améliorés et généralisés lors de la période néolithique. Dans l’Antiquité, les Grecs et les Romains les ont encore perfectionnés, notamment en inventant la meule rotative, tournant autour d’un pivot central et actionnée par des bras, poussés par des esclaves ou tirés par des animaux.

Le moulin à meule rotative actionnée par l’eau (moulin à eau) aurait été inventé dans le monde méditerranéen à la fin de l’Antiquité. Il s’est répandu chez nous vers le IXème siècle, ce qui correspond à la période qui vit naître les villages dont la plupart étaient apparus au bord d’un cours d’eau. Le construire et le faire fonctionner étaient coûteux. C’est pourquoi les seigneurs féodaux en acquirent tout de suite le monopole. On n’en trouvait qu’un par fief ou village: le moulin banal. Les paysans étaient obligés de venir y moudre leurs grains contre une redevance. Le moulin était “affermé” (loué) à un meunier ou à un tenancier plus fortuné. Ces moulins connurent aussi des améliorations techniques (roues à aubes, roue à augets, biefs de dérivation, arbres à cames).

Le moulin à vent fut inventé, semble-t-il, sur les plateaux iraniens au début du VIIème siècle. C’est en Palestine que les croisés le découvrirent. Ils en ramenèrent chez nous le concept qui se diffusa dès le XIIème siècle . Ces moulins étaient bâtis sur des petites éminences lorsque les cours d’eau étaient trop éloignés ou impropres à faire fonctionner un moulin à eau. On en trouva d’assez nombreux dans la région. Certains étaient aménagés sur des tertres artificiels, ce fut le cas à … Tertre (qui était un hameau de Baudour au Moyen-Age).

L’invention du moteur à vapeur provoqua l’abandon des anciennes énergies (eau et vent) pour répondre à une demande plus importante des biens de consommation au XIXème siècle. Abandon des énergies durables et intervention de l’activité humaine exploitant les énergies fossiles, le processus qui allait conduire progressivement au réchauffement de la planète était enclenché…

Parfois existait aussi un four “banal”, auquel tout villageois devait obligatoirement avoir recours,  contre redevance, bien sûr, au seigneur du lieu.

Chaque village eut sa ou, le plus souvent, ses brasseries. La bière (et le vin) avaient l’avantage d’être moins contaminés que l’eau pour la boisson.

La bière est obtenue par la fermentation d’un moût préparé à partir du brassage d‘orge et d’eau. Elle est connue depuis le néolithique (au Moyen-Orient). Ce sont les Grecs qui ont importé la technique de fabrication lors de la fondation de Marseille vers -600. Si les Romains lui préféraient le vin, la bière s’est répandue au nord de l’Europe, notamment chez les Celtes et les Gaulois.

A partir du XIIème siècle, on renforça son amertume et son parfum par du houblon. Il semble que ce soit dans les fermes d’abbayes que les moines développèrent le mieux la brasserie et la diversifièrent (différents types de fermentation). L’activité brassicole apparut ensuite dans les villes, contrôlée par des corporations spécifiques. La vente de bière (comme celle de vin) fut vite l’objet d’une taxe: “la maltôte“, que les échevins de Mons introduisirent à la fin du XIIIème siècle pour financer la construction de la nouvelle enceinte demandée par le comte Jean d’Avesnes.

La production de bière s’est ensuite répandue dans les campagnes. Elle se faisait surtout chez des agriculteurs aisés qui cultivaient orge et houblon (encore qu’au début, on allait cueillir les cônes de houblon dans les bois) et qui étaient installés au bord d’un ruisseau, vu le grand besoin en eau de cette fabrication.

Houblon

La révolution industrielle du XIXème siècle et la libération de l’économie (après la chute de l’Ancien Régime) permirent l’essor de cette activité économique qui connut de nouvelles innovations techniques et chimiques. Le brassage qui, jusque-là, se faisait à la main ou par des manèges à chevaux, fut remplacé par des machines à vapeur alimentées au charbon.

D’artisanale, la brasserie devint industrielle. La consommation locale était très importante. Les estaminets étaient nombreux dans les villages, aux abords des sites miniers et sur le chemin du travail. Il était fréquent que celui qui fabriquait la bière soit à la fois agriculteur, meunier, brasseur et propriétaire de plusieurs cabarets.

L’amélioration des voies de communication permit l’exportation de ce produit fort prisé dans nos régions.

Citer toutes les brasseries qui existèrent dans la vallée de la Haine serait fastidieux, mais la plupart sont citées dans le paragraphe “Economie” des villages décrits sur ce site web.

Au XXème siècle, le nombre de brasseries se réduisit, surtout après la deuxième guerre mondiale, suite à  un phénomène de concentration industrielle. Cependant, depuis la fin de ce siècle, on constate à nouveau, çà et là, des initiatives de production de bières artisanales locales (ex: Montignies-sur-Roc, Le Roeulx).

Une autre activité très répandue dans la région fut représentée par les nombreuses sucreries qui s’y implantèrent.

La betterave sucrière était connue au Moyen-Age, dans l’alimentation, en Europe Centrale. On doit à l’allemand Andreas Margraff d’avoir réussi à en extraire le sucre. C’était en 1747. Il fallut cependant attendre 1811 pour que le français Jean-Baptiste Quérel en fasse la première extraction industrielle. La France y fut obligée car, à cette époque napoléonienne, les Anglais imposaient un blocus maritime sur l’importation de la canne à sucre venant des colonies antillaises. L’empereur lui-même favorisa la recherche industrielle. Il encouragea une culture intensive de la betterave et l’implantation de sucreries.

Celles-ci prirent un essor important au milieu du siècle, avec la motorisation par les machines à vapeur et les gazomètres. C’est ainsi qu’on vit des sucreries apparaître dans de nombreux villages: Thulin, Quiévrain, Crespin, Basècles, Givry et Ciply. La plus connue est celle de Quévy, créée en 1869, la dernière à fermer ses portes dans la deuxième moitié du XXème siècle. Comme pour les brasseries, le phénomène de concentration industrielle est à l’origine de la disparition de toutes ces entreprises. Le grand bénéficiaire en fut Tirlemont.

Parmi les cultures spécialisées, il faut citer évidemment celle du tabac. Il s’agit encore d’une plante ramenée des Amériques par les conquistadors. On commença à la cultiver en Europe dans la deuxième moitié du XVIème siècle. Elle servit d’abord de plante ornementale. Puis le médecin personnel du roi Philippe II d’Espagne la promut comme médicament universel. Le roi François II en consomma, conseillé par un certain Jean Nicot, ambassadeur de France au Portugal, en 1560. Longtemps, le tabac resta une plante médicinale, dont la vente fut rapidement soumise à une taxation par le cardinal Richelieu en 1629 et soumise à un monopole royal par Colbert en 1674. Ce sont les armées de Louis XIV qui l’introduisirent en Hainaut. L’usage, toujours médicinal, se répandit chez nous au XVIIIème siècle. Ce n’est que dans la seconde moitié de ce siècle qu’on commença à le fumer, ou à le priser “pour le plaisir”, d’abord dans les couches aisées de la population, puis dans celles, plus populaires qui purent la cultiver. Il y eut des périodes où de fortes restrictions, ou taxations, en empêchaient la vente.

La cigarette ne fut introduite qu’en 1825 et son usage se répandit à partir de 1842. Le cigare resta un symbole de réussite et de pouvoir.

C’est donc dans la deuxième moitié du XIXème siècle que les cultures se répandirent, du côté d’Obourg et d’Havré, mais aussi dans les Hauts-Pays (Roisin, Angre). Il semble que le tabac de Roisin était déjà apprécié et renommé en 1749. On trouva des fabriques dans plusieurs villages, comme à Hensies, Montroeul-sur-Haine, Quiévrain, Roisin et Fontaine-l’Evêque.

Plantation de tabac

La chicorée constitua également un élément important de l’économie rurale dans certains villages.

Le café est originaire des climats tropicaux. Il ne fut introduit en Europe que vers 1600 par les marchands Vénitiens. Sa consommation se répandit d’abord en Italie. Mais au XVIIème siècle, des négociants hollandais et anglais en ramenèrent aussi de leurs colonies orientales. La mode des “cafés” se répandit à Londres et à Oxford. Cette boisson gardait les esprits alertes pour les débats intellectuels qu’on y tenait. Paris suivit et, une fois de plus, nous devons “au bon roi Louis XIV” de l’avoir importé chez nous en même temps que les misères de ses guerres. L’usage du café se développa au XVIIIème siècle, surtout dans les villes.

Il s’agissait d’une boisson coloniale, donc coûteuse pour le petit peuple qui lui préféra un succédané: la chicorée, aussi plus digeste. Cette plante était également utilisée pour un usage médicinal au XVIIIème siècle. Le blocus maritime par les Anglais, sous Napoléon, réduisit l’importation du café et favorisa l’usage de la chicorée comme boisson d’agrément en France, Belgique et Allemagne. On la consommait seule ou mélangée au café. Cette dernière habitude persista au XXème siècle dans certaines régions.

Au XIXème siècle, certains de nos agriculteurs se mirent à la cultiver et des industriels se mirent à la produire, ce qui nécessitait une déshydratation des racines par un procédé de torréfaction.

En vallée de Haine, le haut-lieu de la production de chicorée fut Angre. Hubert Launois, agriculteur et bourgmestre au début du XIXème siècle, commença à en produire. Son entreprise se perpétua avec ses descendants qui modernisèrent l’outil (machine à vapeur) et profitèrent des nouvelles infrastructures de transport (chemin de fer en 1882). L’entreprise s’arrêta au début des années ‘1960. Elle fut imitée et relayée par d’autres dans la même commune (huit en tout!) et dans les villages voisins. La chicorée Payen, également d’Angre, fut, elle aussi, fort renommé depuis sa création en 1918 jusqu’à sa fermeture en 1968. En dehors des Hauts-Pays, on trouva aussi des petites unités de production à Wasmes, Saint-Symphorien et Anderlues.

Industrie du bois

La grande Forêt Charbonnière, dont il reste quelques îlots aujourd’hui, fut l’objet de vastes défrichages à diverses époques: gauloise, gallo-romaine, XII-XIIIème siècles et XIXème siècle. Ce travail devint une activité économique importante qui se prolongea au XIXème et au XXème avec la multiplication des scieries industrielles, surtout au nord de la Haine (Ghlin, Nimy, Maisières, Havré).

Textile et traitements de la peau

Les matières susceptibles d’être tissées sont essentiellement la laine, le lin et le chanvre.

Aux différentes périodes du paléolithique, l’habillement se faisait avec des peaux et des fourrures d’animaux, qu’on raclait, après le dépeçage, avec des grattoirs en silex. L’homo sapiens a utilisé, pour ce travail, des outils de plus en plus fins, le plus souvent en os, comme des poinçons pour trouer plus facilement, et des aiguilles pour coudre. On a découvert qu’en Géorgie, il y a 34.000 ans, il travaillait des fibres teintes en lin et en laine.

C’est au néolithique, que l’on commença à traiter les fibres de laine et de lin en les tordant pour en faire du fil, puis en les entrecroisant méthodiquement. Le tissage était inventé, réalisé sur des cadres en bois. C’est toujours au Proche-Orient que ces techniques sont apparues d’abord, avant d’être importées chez nous.

Elles n’ont cessé de se perfectionner, avec le temps, pendant l’Antiquité.

La draperie a connu son essor dans nos contrées dès le Xème siècle. Elle s’est développée dans les villes, particulièrement en Flandre (Bruges, Gand, Ypres, Lille, Tournai), en Brabant (Malines, Bruxelles et Louvain), mais aussi en Hainaut, où elle fit la prospérité des villes naissantes de Valenciennes, de Chièvres, d’Ath et, dans une moindre mesure, de Mons et de Binche. Partout les tisserands ont constitué des corporations puissantes pour s’affirmer comme troisième pouvoir face aux comtes et aux abbayes. Ils ont revendiqué et obtenu de nombreuses libertés pour développer leur commerce, montrant la voie aux autres corporations, mais aussi aux communautés villageoises, aux XIIème, XIIIème et XIVème siècles.

Le drap était le résultat de plusieurs opérations à partir du filage de la laine: le tissage (tisserands), le foulage (par les foulons – traitement destiné à apporter velouté et souplesse au tissu), enfin la teinturerie.

La meilleure laine était importée d’Angleterre, mais les nombreux conflits du Moyen-Age ont parfois réduit son importation, ce qui obligeait nos artisans à travailler la laine locale de moindre qualité (sayetterie).

En Flandre et en Hainaut, on tissa aussi le lin, de production locale, pour en faire des toiles. Toutes les villes en produisaient. Ath fut sans doute la plus renommée.

Draps et toiles étaient écoulés sur les marchés des villes et dans les foires de Champagne.

A partir du XVIème siècle, on commença à importer la soie d’Asie, via Venise et Anvers. Plus coûteuse, elle ne fut utilisée que dans les milieux aristocratiques.

La concurrence fut plus dure lorsqu’on commença à importer du coton, plus léger et plus souple, et aussi moins cher. C’était à la fin du XVIIème siècle.

A partir de cette époque, dans les villes, on produisit de la dentelle. La plus renommée en Hainaut fut celle de Binche.

Dentelle de Binche

Au XIXème siècle et dans la première moitié du XXème, on retrouve des industries textiles à Obourg (filature, soierie), à Saint-Denis (filature de coton dans les bâtiments de l’ancienne abbaye), à Quaregnon (jeaneries), à Frameries, à Thulin/Débihan (filature de laine). La région de Blaton, Stambruges, Quevaucamps et Grandglise était renommée pour ses bonneteries. On en trouvait aussi à Ghlin.

Le cuir a également été travaillé dans les tanneries. Celles-ci étaient installées en bordure de ruisseau également, car elles requéraient beaucoup d’eau. Elles furent nombreuses dans toutes les villes et étaient souvent regroupées en quartiers.

Si on veut être complet sur le chapitre de l’habillement, il ne faut pas oublier les fabriques de chaussures dans le Borinage, fabriques qui se sont développées au XIXème siècle, à un moment où l’on commençait à abandonner sabots et galoches. Cette industrie persista dans la première moitié du XXème siècle (on en comptait 83 dans le Borinage dans les années ‘1930). C’est La Bouverie qui se distingua le plus dans cette activité. On y compta une petite quarantaine d’ateliers et on y installa même une école de la chaussure en 1939. On trouvait aussi de ces fabriques à Frameries, à Pâturages, à Wasmes, à Flénu, à Quaregnon et à Eugies. Une autre école vit le jour aussi à Givry.

Enfin les corderies tinrent une place importante dans la région. Les exploitations minières  consommaient en effet de grandes quantités de cordes. Si des corderies sont attestées dès le XVème siècle à Hornu, Boussu, Dour et Elouges, elles se sont surtout développées avec la Révolution Industrielle au XIXème siècle, principalement à Dour, à Hornu et, dans une moindre mesure, à Frameries.

On fabriquait des cordes avec des fibres de chanvre (cultivé localement) et d’aloès (qu’on importait).

Toutes ces entreprises disparurent avec la fermeture les charbonnages, sauf une: celle de Dour qui continua à se moderniser, se convertit et se développa dans la production de câbles métalliques, puis de fibres spécialisées. Malgré plusieurs restructurations, fusions et reprises, les “Câbleries de Dour” sont encore aujourd’hui très actives.

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