30. L’exploitation de la pierre

Dans ce chapitre, sont passés en revue les différents types de roches qui ont pu être extraits du sous-sol et du sol des villages de la vallée de la Haine, ainsi que leurs usages. Le cas de la houille sera discuté dans les chapitres suivants, vu son importance dans l’économie régionale.

Les argiles

Ce sont des roches sédimentaires siliceuses qui se présentent sous forme de cristaux en petits grains d’une taille inférieure à 2 microns. Ces sédiments trouvent leur origine dans l’érosion de roches silicateuses qui se sont écoulées dans les mers. Lors des transgressions marines des ères secondaire (surtout) et tertiaire (dans une moindre mesure), ils se sont déposés là où nous les trouvons aujourd’hui.

Les argiles sont très plastiques et ont servi à de nombreux usages depuis la période néolithique:

  • pour le torchis (mélange avec de la paille) qui entra dans la constitution des murs des habitations, depuis il y a 7000 ans jusqu’au XVIIIème siècle, époque où cette technique fut définitivement abandonnée
  • pour les briques, les tuiles, les tuyaux, les pipes : les argiles sont laissées à sécher dans des moules, puis, parfois, cuites au four.

Les Romains utilisaient beaucoup ces matériaux, mais il semble que la technique se soit perdue chez nous pendant le Moyen-Age. On s’est mis alors à réutiliser la pierre pour la construction d’églises et de châteaux aux IXème et Xème siècles. La brique s’est imposée ensuite, à nouveau, à partir du XVIème siècle, d’abord dans les villes, pour mettre fin aux nombreux incendies, très destructeurs, qui s’y déclaraient. Dans les campagnes, son usage fut plus tardif (XVIIIème).

  • pour les poteries céramiques et, plus tard, les porcelaines
  • pour la fabrication de ciments, après association à de la chaux.

En vallée de Haine, on trouve des terres plus ou moins argileuses un peu partout, mais elles sont particulièrement abondantes dans les terrains sédimentaires au nord de la Haine: Bernissart, Hautrage, Sirault, Villerot, Baudour, Saint-Denis, Havré, Thieu, Saint-Vaast et La Louvière.

Des briqueteries et des fabriques de tuiles existèrent un peu partout. Elles sont bien documentées pour les villages suivants: Flénu, Quaregnon, Eugies, Blaton, Hautrage, Sirault, Neufmaison, Quevaucamps, Stambruges, Wadelincourt, Montignies-sur-Roc.

Les poteries : céramiques – faïences – porcelaines

Une poterie est un objet en terre cuite à base d’argile. Elle fut inventée au Proche-Orient il y a 8500 ans. Encore que des poteries datant de plus de 15.000 ans ont été découvertes au Japon, et que certaines statuettes paléolithiques étaient en argile cuite.

Les objets étaient façonnés à la main, séchés au soleil et cuits dans des fours à 850-1000°.

Chez les premiers sédentaires du néolithique, la poterie céramique servait à conserver les aliments (grains, farines), à cuisiner et à manger.

Les premiers migrants néolithiques arrivés en Europe connaissaient déjà cette technique. C’était le cas des premiers arrivés dans nos régions il y a 7.200 ans.

Ils fabriquaient ces poteries avec un matériau assez brut, poreux, souvent de couleur rouge (pâte riche en oxyde de fer) qu’ils décoraient ensuite.

La céramique a subi de nombreuses améliorations techniques et artistiques  dans les millénaires et les siècles qui ont suivi. On retiendra :

  • Le tour à potier, permettant de donner des formes très variées, apparu à la fin du néolithique
  • Le vernissage noir à base d’oxydes métalliques qui a permis de plus belles décorations.
  • La production à grande échelle de récipients de toutes sortes, dont les grandes jarres et amphores qui servaient au commerce du grain, du vin et de l’huile
  • Les décorations de plus en plus sophistiquées (Grèce Antique)
  • La céramique sigillée (Empire Romain)
  • La faïence (infra)
  • La porcelaine (infra)

Longtemps dans nos populations, la céramique fut un produit artisanal domestique.

Du néolithique jusqu’au moyen-âge et sans doute plus tard, la poterie utilisée dans les chaumières, et même dans les résidences seigneuriales, était fabriquée sur place.

Dans les villes (qui étaient rares chez nous avant le deuxième moyen-âge), s’installèrent des artisans potiers. Ce fut le cas à Bavay et à Famars, mais aussi dans des vicus comme Waudrez et Blicquy.

Les poteries étaient généralement vendues sur les marchés. A Bavay, on les achetait directement dans les boutiques installées autour du forum. Ici, on pouvait trouver de la céramique importée, plus luxueuse, dont la sigillée (infra).

A côté des fabriques domestiques rurales, c’est dans les villes que les artisans se sont installés pour fabriquer et écouler leurs céramiques.

La céramique sigillée, fine, destinée au service de table chez les Romains. Elle se caractérise par un vernis rouge grésé cuit en atmosphère oxydante et des décors en relief, moulés ou imprimés. Certaines pièces portaient des estampilles ou sigillum (sceau en latin), d’où leur nom.

Vase sigillé produit à Lezoux (Massif central) et retrouvé à Bavay

Elle fut inventée vers -40 dans des ateliers de potiers à Arezzo (en Ombrie, Italie). Elles connurent un énorme succès dans l’empire romain et notamment chez les Gaulois romanisés. Des potiers italiens spécialisés vinrent s’installer en Gaule. On trouva des producteurs de ce type de céramique à Lyon, en Gaule du sud (notamment à Gaufresenque), en Gaule Centrale (Lezoux) et de l’Est (Argonne).

On en produisit peu en pays nervien (Bavay, Cambrai). Par contre, on en découvrit de très nombreux fragments lors des fouilles de villas romaines chez nous. C’était un produit de luxe importé et coûteux. Leur présence atteste l’aisance des propriétaires de ces villas, souvent des magistrats de Bavay qui en possédaient une ou plusieurs dans la région.

La porcelaine

C’est une céramique fine et translucide, produite à partir d’un mélange de quartz et de feldspath (réduits en poudre par des meules et des cylindres en rotation), et de kaolin (une espèce d’argile).

Mélangé à l’eau, ce mélange est alors mis en forme, autrefois par des tourneurs, ensuite dans des moules adaptés. L’objet est séché, puis cuit sous les 1000°.

Si on le recuit à 1200-1400°, on obtient alors un “biscuit” de porcelaine.

Sinon, on le recouvre alors d’émail ou de vernis (dispersion aqueuse de pigments métalliques). Puis on procède à une deuxième cuisson à 1260-1300° qui provoque la vitrification en profondeur. La porcelaine est ensuite décorée.

Cette céramique fine est principalement utilisée dans les arts de la table. Ce furent les Chinois qui lui apportèrent la perfection dès le XIIème siècle.

Peu d’information quant à la présence ou la fabrication de porcelaine dans nos régions est rapportée. Sans doute fut-elle longtemps importée, comme produit de luxe, et réservée aux citoyens les plus aisés.

Plus récemment, on produisit de la porcelaine à Nimy.

Porcelaine de Nimy
La faïence

C’est une poterie, souvent à fond blanc, qui est, dans un deuxième temps, émaillée ou vernissée.

La faïence stannifère est recouverte d’un engobe, c’est-à-dire d’une glaçure opaque à base d’étain, qui masque totalement la pâte et lui donne son aspect blanc et brillant. La faïence fine est recouverte d’une glaçure transparente à base de plomb. 

Cette technique permet au potier de s’affranchir des décors cloisonnés ou incisés pour délimiter les couleurs. Il peut alors, sur le fond blanc, exécuter au pinceau une véritable peinture et s’inspirer des grands artistes, ce qui est impossible directement sur l’argile.

Elle fut inventée au IXème siècle à Faenza en Italie, d’où son nom. Elle se diffusa en Occident à la Renaissance (XVème siècle).

Les informations sont rares quant à sa fabrication dans nos régions jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Elle fut sans doute marginale et cédait la place à l’importation.

On sait par contre que les faïenceries se sont multipliées au XIXème et au XXème, avant qu’elles ne ferment quasi toutes dans la deuxième moitié de ce siècle. Citons :

  • Baudour : manufacture, puis Cérabel, Saint-Antoine, Hélin, Dubois, Petre
  • Tertre : Paulus et Leroy, Escoyez
  • Jemappes : Cappelemans, Smith et Cie (1832-1894)
  • Mons
  • Nimy : Faïencerie du Vieux-Nimy (1789-1951)
  • Wasmuel (1834-1951)
  • Quaregnon : Colin, Becquet, Lebrun, L’Abeille
  • Saint-Ghislain : Dubois et Cie
  • Thulin 1887 (V. Ducobu) à 1973
  • Wihéries : le vieux Beau Dour (artisanal)
  • Sars : céramique en terre plastique rougeâtre (chanoine Puissant, début XXème)
  • La Louvière : Boch (1841-2012)
Faïence Boch

Piperies

Elles peuvent aussi être classées dans la catégorie des faïences. Les plus connues, au XIXème siècle, étaient celles de Maisières et de Nimy, mais aussi de Onnaing.

Pipe Scoufflaire d’Onnaing
Les sables

Ils ont à peu près la même origine que les argiles. Il s’agit aussi d’un matériau granulaire sédimentaire siliceux dont les particules mesurent entre 60 et 2000 microns, donc plus gros que celles d’argile. Ils sont associés à des débris calcaires de coquillages.

Les sables et argiles ont été exploités depuis le Moyen-Age pour fabriquer des produits réfractaires et le verre. 

On trouve des carrières de sable (sablières) à Blaton, Stambruges, Bray, Peissant, Maurage et Morlanwelz.

A Havré, sous le Bois du Rapois, on a extrait du sable en carrières souterraines, à 20m de profondeur et sous plusieurs hectares, entre 1885 et 1910.

Sablière de la Grande Bruyère à Blaton

Les verreries

On pense que les premiers objets ressemblant à du verre apparurent au IVème millénaire dans les cités-états du Proche-Orient. La technique s’est répandue et a été améliorée dans l’Antiquité, en Mésopotamie (XVIème siècle avant J.C.), en Egypte (XIVème), puis dans le monde grec et romain, où l’objet en verre était un luxe et n’était produit que dans certaines régions (Phénicie, Alexandrie en Egypte, Italie).

Pour fabriquer du verre aujourd’hui, il faut :

  • une roche siliceuse. C’est le sable qui contient 60% de silicium. Il sert d’agent formateur vitrifiant.
  • De la soude ou de la potasse. L’une et l’autre peuvent servir d’agent fondant qui abaisse la température à laquelle le verre entre en fusion (1000°).
  • De la chaux qui stabilise le verre et l’empêche de se dissoudre avec le temps.

Le verre produit présente une coloration due aux impuretés (fer, cobalt, cuivre). Pour le rendre incolore, il faut ajouter des éléments décolorants (manganèse, antimoine).

Peu d’information existe sur la production et l’utilisation du verre au moyen-âge et dans la période moderne dans notre région. Il est probable qu’on ne trouvait ce produit que dans les habitations de personnes aisées et qu’il fut longtemps un produit d’importation.

On commence à connaître des verreries industrielles dans notre région dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle. Citons, parmi les plus renommées :

  • La verrerie du Moulineau, à Ghlin, qui fonctionna de 1750 à 1859.
  • Les verreries de Boussu : Wins, Robette et Lira-Dascotte. La dernière ferma en 1988.
  • Les verreries Dubail Saint-Antoine à Wasmuel.
  • La verrerie Doyen à Ville-sur-Haine, de 1908 à 1975.
  • Celle de Blanc-Misseron (Quiévrechain), ouverte de 1898 à 1985.
  • On en trouvait aussi à Jemappes, Frameries, Havré, Ville-sur-Haine, Haine-Saint-Pierre, Houdeng-Aimeries.
Verrerie Doyen (Havré-Ville-sur-Haine)

 

Les craies

Ce sont des roches calcaires (le plus souvent à base de carbonate de calcium >90%) qui se sont déposées en grande majorité pendant la période du Crétacé (135-65Ma), pendant l’ère secondaire (donc avant les argiles et les sables).

Ces sédiments marins proviennent de la décomposition des coquillages et des planctons foraminifères marins dans des mers chaudes et peu profondes.

Ils sont particulièrement abondants à l’est et au sud de Mons : Obourg, Saint-Symphorien, Spiennes, Harmignies, Mesvin, Ciply, Cuesmes, Nouvelles, Noirchain, Genly, Asquillies

Ces dépôts crayeux sont également présents plus à l’est où ils sont plus profonds, mais parfois plus affleurant, comme à Morlanwelz où ils recouvrent aussi le terrain houiller.

Ces dépôts se sont faits dans une cuvette synclinale orientée d’ouest en est qui s’est emboîtée dans le synclinal précédent du carbonifère (avec sa houille) qu’il recouvre en partie ou qu’il chevauche au bord de la faille du Midi. Ils ont été recouverts d’argile maritime au tertiaire et de limons éoliens au quaternaire.

Les craies, mélangées à de l’argile, donnent de la marne.

Là où elles sont en présence de sable ou de roches micacées, ce sont des tuffeaux grenus et jaunâtres. Celui de Ciply, déjà exploité au Xème siècle, est fort connu.

Ces craies du Crétacé sont en fait d’âges un peu différents, ce qui explique leurs spécificités :

  • Celles d’Obourg datent du Campanien (83-72 millions d’années) et ne contiennent pas de silex. Elles servent surtout dans les cimenteries.
  • Celles de Spiennes datent du Campanien et contiennent des silex
  • Celles de Saint-Denis datent du Turonien (93-89 Ma) et contiennent aussi du silex

Les craies peuvent prendre des couleurs différentes selon les endroits (blanche à Nouvelles, grise à Spiennes, brune à Ciply). Les craies qu’on a extrait à Ciply et aux alentours (Mesvin, Cuesmes, Hyon, Mons) sont particulièrement riches en phosphates, sous la couche de craie blanche.

Les craies peuvent servir :

  • À fabriquer de la chaux dans des fours à chaux (ou chaufours) – infra. Ce qui permet d’obtenir de la chaux vive pour la désinfection. La chaux sert aussi à blanchir les façades des habitations (chaulage). On peut l’utiliser pour la libération de gaz ammoniac, pour la préparation de chlorures de chaux et pour le carbure de calcium.
  • À fabriquer du ciment, du mortier et des bétons
  • A fabriquer les bâtons de craie pour l’écriture sur les tableaux noirs.
  • Les craies, mais surtout les marnes, sont utilisées aussi dans les amendements agricoles des terres acides.

On a extrait les craies dans des carrières, à ciel ouvert, ou souterraines, et on les a exploitées dans les localités suivantes :

  • Quiévrain, Elouges, Dour, Boussu, Hainin, Wasmes, Quaregnon,
  • Frameries, Jemappes, Flénu, Cuesmes, Ciply, Harmignies, Obourg
  • Quévy, Givry
  • Ville-sur-Haine, Thieu, Estinnes, Saint-Vaast
  • Baudour, Ghlin.

Moins profondes (10 à 35m), ces mines n’ont pas donné lieu aux mêmes infrastructures de soutien que les houillères. Les éboulements et les accidents associés y étaient fréquents. Beaucoup de carrières souterraines ont donné lieu à des effondrements, comme à Elouges.

On remontait la craie dans des paniers d’osier manœuvrés par des treuils.

Carrière souterraine de la Malogne

Les fours à chaux

Aujourd’hui disparus, ils furent très nombreux dans la région.

Déjà les Gallo-Romains en exploitaient. On connaît moins la situation pendant le moyen-âge et sous l’ancien régime. On sait qu’il existait des fours à chaux à Quaregnon en 1442.

On est mieux documenté sur ceux qui fonctionnèrent dans de nombreux villages aux XVIIIème, XIXème et XXème siècles.

C’étaient des fours à calcination qui transformaient la pierre calcaire (des craies) à 900° en cuisson continue à courte flamme. Cela produisait du dioxyde de carbone (CO2 comme dans la respiration) et de l’oxyde de calcium (CaO), aussi appelé « chaux vive ». Trempée dans l’eau, cette chaux était refroidie et hydratée, ce qui transformait le CaO en hydroxyde de Calcium ou Ca(OH)2 sous forme de pâte, aussi appelée « chaux éteinte ». Cette matière était mélangée à des agrégats, utilisée pour des enduits (chaulages) et des mortiers.

Le combustible de ces fours a évidemment varié selon les époques : le bois, jadis, la houille et plus particulièrement le coke depuis le XVIIIème siècle.

C’est pourquoi nombre de fours à chaux ont été aménagés à proximité des charbonnages et des réseaux routiers.

On trouvait des fours à chaux, associés à des carrières, à :

  • Angre – Autreppe – Elouges – Wihéries – Dour – Hainin
  • Boussu – Wasmes – Colfontaine et Eugies – Jemappes – Flénu – Cuesmes
  • Basècles – Blaton – Stambruges, Quevaucamps – Ghlin, Neufmaison
  • Noirchain – Harmignies – Havay – Givry – Maurage – Waudrez – St-Vaast
Fours à chaux d’Antoing

Les craies phosphatées (jusqu’à 20% de phosphates de calcium) ont été exploitées au XIXème siècle à :

  • Baudour, Tertre, Douvrain
  • Cuesmes, Ciply, Mesvin, Spiennes, Nouvelles, Saint-Symphorien et Havré.

On creusait jusqu’à 40m de profondeur et sur des surfaces parfois importantes. Les « carrières de la Malogne » sous Cuesmes, Ciply et Hyon s’étendent sur 80ha et furent en activité entre 1874 et 1957.

Ces phosphates ont été utilisés comme engrais agricoles. Ils devaient cependant subir un traitement pour être assimilables par les plantes.

Ciment et cimenteries

Le ciment est un liant qui durcit sous l’action de l’eau. A l’état naturel, il existe sous forme de calcaire argileux. Il est le résultat de la réaction endothermique entre du calcaire et de l’argile.

Mélangé à de l’eau, il donne une pâte homogène et plastique qui se durcit et permet d’agglomérer entre eux des sables fins et des granulats, ou graviers, pour constituer des roches artificielles : bétons, mortiers. Ces derniers conservent leur résistance et leur stabilité.

La craie calcaire est abondante dans la région. Une partie à servi à alimenter les cimenteries d’Obourg, d’Harmignies (1911-2014) et de Ville-sur-Haine (1883-1908). Notamment celle extraite à Thieu et à Harmignies. A Obourg, le calcaire de la « Marlette » est particulièrement tendre.

Cimenterie d’Obourg

Le marbre est une roche calcaire qui a subi un métamorphisme dans certaines conditions de profondeur terrestre. Sédiments du début du crétacé – étage cénomancien –, ils ont été recouverts dans les périodes suivantes, en profondeur, sous certaines conditions de pression et de température qui ont modifié leur structure : cristaux de calcite. Les marbres peuvent avoir des apparences différentes (coloris, marbrures) selon les inclusions d’oxydes métalliques qu’ils contiennent.

On les trouve surtout sur les plateaux. Dans nos régions, c’est le cas dans les Hauts-Pays : Montignies-sur-Roc (peu), Angre-Autreppe-Roisin, Bellignies-Houdain-Bettrechies-Hon-Hergies.

Horloge en marbres de Bellignies
Les grès et les pierres dures

Comme toutes les autres, ces roches sont également sédimentaires, déposées couche après couche sur plus de 600 millions d’années.

Pour la plupart, ce sont les roches les plus anciennes, déposées à l’ère primaire et plus particulièrement à la période du Dévonien. Elles ont été, dans les périodes suivantes, recouvertes par d’autres, notamment celles du carbonifère (surtout des veines de houille) et celles du crétacé (les craies et les marnes). 

Logiquement ce sont donc les roches les plus profondes. Mais les aléas des mouvements des plaques continentales et océanes ont entraîné des rehaussements (orogenèses), des érosions, des glissements et des déformations de la croûte terrestres (synclinaux en creux et anticlinaux en voûte). Certaines de ces roches, à certains endroits, se sont finalement retrouvées proches de la surface du sol, ce qui en a permis l’exploitation.

C’est ce qui se produisit, notamment à la faveur de la constitution, à la fin du Carbonifère, de la « faille du Midi » qui fait se chevaucher et s’affronter dans la zone du Borinage (depuis Cuesmes, Flénu, Frameries, jusqu’à Dour et Elouges) des terrains houillers (sur les versants de la vallée) et des terrains gréseux dévoniens (sur le plateau des Hauts-Pays). Ici on va trouver des affleurements de grès et de schistes dans certaines zones de certains villages (Eugies, bois de Colfontaine, Boussu-Bois et Dour).

Les grès, comme les silex, sont des roches siliceuses, à base de quartz le plus souvent, mais aussi de feldspath et de micas. Ce sont des agrégats relativement durs de grains de sable qui, lentement déposés, se sont précipités et ont cristallisé (grésification). Ils sont parfois teintés par l’oxyde de fer.

Du côté de Rouveroy, on voit affleurer des roches dévoniennes riches en carbonates de cuivre (malachite, azurite).

Usages

  • Les plus durs et les plus étanches sont utilisés dans la construction: appuis de fenêtres, seuils de portes, encadrements de fenêtres, linteaux, marches d’escaliers, margelles de puits, éviers en pierre, caniveaux, bordures de trottoirs, soubassements de bâtiments, colonnes, murs solides et fortifications
  • Sans oublier que les hommes du néolithique les utilisèrent pour ériger leurs mégalithes
  • Beaucoup ont été utilisés pour les dallages et surtout comme pavés pour la construction des routes aux XVIIIème et XIXème siècles
  • Des meules sont en grès-quartzite ou en arkose (grès-feldspathique)
  • D’autres, plus tendres, sont utilisés comme pierres de taille dans l’architecture et la sculpture
  • Les plus tendres, sous formes de gravats, entrent dans la fabrication de mortiers, de bétons et de briques

Certains se trouvent imbriqués et empâtés dans du ciment calcaire ou argileux et se présentent sous forme d’amas caillouteux. Le plus bel exemple visible naturel est le « Caillou-qui-Bique » dans le bois d’Angre.

Caillou-qui-Bique

Les grès dévoniens se trouvent dans des zones qui ont subi des remontées de terrain, comme dans les Hauts-Pays :

  • Angre – Autreppe – Roisin
  • A Montignies-sur-Roc et à Wihéries, on trouve du grès rouge (enrichi en oxyde de fer), qui fut exploité jusqu’en 1930
  • A Boussu-Bois, dans le bois de Saint-Ghislain à Dour, dans le Bois de Colfontaine à Pâturages, jusqu’à Eugies, on trouve du grès schisteux.
  • Ghlin – Nimy-Maisières – Gottignies – Maurage
  • La pierre bleue de Mesvin a été extraite depuis le XVIIème siècle jusqu’en 1830.
  • A Bougnies, à Givry (peu) et surtout à Bray, on a extrait du grès qui a permis de construire les remparts de Binche et la chapelle St Calixte de Mons.

On peut classer les silex parmi les roches dures.

Ils sont de constitution plus tardive, puisqu’il s’agit de massification d’éléments siliceux dans des terrains dévoniens crayeux (donc de l’ère secondaire) apparus pendant l’ère tertiaire.

Beaucoup de silex se trouvaient, roulés en galets, dans le lit et au bord des rivières. Ils étaient particulièrement nombreux en bords de Haine et de Trouille. C’est sans doute la raison pour laquelle les premiers hommes à fouler le sol de nos régions s’y sont arrêtés et y ont laissé des témoignages de leur passage, alors qu’ils ne devaient pas y trouver d’autres avantages, notamment des grottes et des abris sous roches, comme on en trouve dans les vallées de la Meuse et de ses affluents.

C’est également dans cette région autour de Mons qu’à la période néolithique, les hommes ont décidé d’en faire une exploitation industrielle, la première dans nos régions. Ils creusèrent des puits et des galeries dans le sol pour en extraire un maximum de matériau pour y tailler leurs outils.

Ces silex ont été exploités pendant le néolithique et l’âge du bronze. Le remplacement des outils en silex par d’autres en métal (bronze, fer) a provoqué l’abandon de l’exploitation de la pierre destinée à cet usage.

Mais, dans la période moderne, on se remit à exploiter le silex pour d’autres usages :

  • La pierre à fusil ou à briquet (Nouvelles, Spiennes)
  • La faïencerie
  • Les pavés de rue et la construction de fours à ciment.

De constitution tardive sont aussi les grès tertiaires, issus des dépôts de sables landéniens. Ils sont plus friables que ceux du primaire et ont le plus souvent servi comme pierrailles. On en trouve au nord de la Haine :

  • Basècles – Blaton – Quevaucamps – Stambruges – Grandglise – Hautrage – Ghlin – Maisières – Obourg – St-Denis
  • On sait qu’à Maisières, ils étaient déjà utilisés en 1447.

A Basècles et Quevaucamps, le calcaire bleu a servi à la fabrication de seuils et de pavés, alors qu’un bleu-noir fut choisi pour la production de carrelages.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *