Angreau

Entité communale des Honnelles

Le territoire

Superficie: 388 ha

Altitude: de 40 m (au nord) jusqu’à 85 m (bois d’Angre)

Situation géographique : Le territoire d’Angreau est situé sur le versant sud de la vallée de la Haine, près du plateau du Haut-Pays. Le village s’est constitué sur une pente ouest-est dont le bas est irrigué par le ruisseau d’Angreau (ou de Roisin) qui passe dans “les Fonds”. En haut se trouve la ligne de crête entre le vallon de ce ruisseau et celui de la Grande Honnelle.

Cours d’eau : le ruisseau d’Angreau (de Roisin)

Paysage préhistorique (après la dernière période glaciaire) : toute la région était boisée

Nature du sol : argileux, sable quartzeux

Nature du sous-sol : grès

Préhistoire

Néolithique (Homo Sapiens) :

Les découvertes concernant cette période datent du XIXème siècle et ne sont pas le fait de fouilles systématiques et restent donc imprécises. Des outils de silex témoigneraient d’une occupation néolithique.

Antiquité gallo-romaine

Des monnaies gauloises (potins) auraient également été trouvées à la même époque.

Théodore Bernier, en 1874, aurait découvert des indices d’une habitation gallo-romaine sur ce territoire non éloigné des chaussées romaines allant de Bavay à Gand et de Bavay à Tournai/Boulogne. Selon lui, il s’agirait d’une villa. Il y aurait aussi ramassé des pièces de monnaie (Domitien, Trajan, Constantin), soit de la fin du Ier siècle et du début du IIème siècle, mais aussi du IVème siècle, ce qui est plutôt rare. Ont également été trouvés des fibules de bronze (fibules), des débris de poteries, ainsi que des indices de sépultures à incinération du Ier siècle au lieu-dit « Bosquet du Diable » (une dizaine de tombes), au nord du village à l’ouest de la route.

Premier Moyen-Age (période franque mérovingienne et carolingienne)

Deux tombes mérovingiennes ont également été trouvées à la limite de la nécropole gallo-romaine, toujours au XIXème siècle. On y découvrit en 1989 une fibule ansée, de type broche en forme de serpent, dont on estime la datation au VII-VIIIème siècle.

Deuxième Moyen-Age – le village

Première mention: ?

Toponymie (anciennes orthographes) :

  • Angrellum, du latin: “petit Angre” ou « Angrogne »
  • Angheriel (encore “PetitAngre” en français ancestral) en 1220
  • Angrel en 1222
  • Angriaul en 1260
  • Angriau en 1367
  • Angarel, Angriel, Angrielle, Angrelle

Etymologie (hypothèses d’origine du nom) : probablement “petit-Angre”

Epoque de son apparition: entre le Xème et le XIIème siècle

Facteurs ayant favorisé son émergence :

voies de communication: le chemin du Quesnoy vers Saint-Ghislain (depuis Sebourg)

sources d’eau ou cours d’eau: le ruisseau d’Angreau

source de bois: toute la pente était boisée

proximité d’un lieu de pouvoir: peut-être le château de Roisin, avant qu’un autre soit construit à Angreau

Paroisse dédiée à Saint-Amand, prédicateur qui a fondé une abbaye sur la Scarpe

Evêché: de Cambrai (jusqu’en 1804), puis de Tournai ensuite

Décanat/doyenné: Bavay jusqu’à 1803, puis Dour

Autel (dîmes, entretien de l’église, nomination des officiants) donné au chapitre épiscopal de Cambrai en 1139.

Répartition des pouvoirs pendant la période féodale

Autorité supérieure: comté de Hainaut

Autorité sous-jacente (administrative et judiciaire): prévôté de Mons

Seigneuries et fiefs

Le relativement petit territoire d’Angreau fut divisé en de nombreux fiefs et arrière-fiefs, à diverses époques:

  • une seigneurie principale
  • un fief de l’abbaye de St Ghislain, alleu cité en 1118
  • un fief de Roisin
  • celui du sire Gilles de Niecot
  • celui du sire d’Angriel, 1407
  • un fief de l’abbaye St Pierre de Hasnon
  • un fief du chapitre de Denain
  • un autre de l’abbaye de St Amand
  • un fief du chapitre de Sainte-Croix de Cambrai

Hormis la seigneurie principale, les autres fiefs étaient strictement fonciers (terres, bois) et n’étaient pas desservis par des échevins. D’ailleurs, la population n’a jamais dépassé la centaine d’habitants avant 1600.

La seigneurie principale

Angreau n’a jamais été une seigneurie avec un droit de “lever son écusson”. C’était un arrière-fief, issu d’un ancien alleu (de Roisin?) qui eut pourtant sa tour fortifiée.

Qui en était le seigneur suzerain ? Pour certains, Angreau relevait de la seigneurie d’Angre, et donc au départ directement des comtes de Hainaut. Pour d’autres, le domaine d’Angeau relevait des Roisin voisins, dont un fils cadet obtint les droits seigneuriaux. Elle fut dirigée par plusieurs familles successives, plutôt mal documentées. Ces seigneurs n’habitaient sans doute pas le village, mais ils y entretenaient une ferme (infra).

Maison d’Angriel, XII-XIIIème siècle

La mention la plus ancienne connue (Angrellum) fait référence à la branche cadette des barons de Roisin, dits “d’Angrogne”. Cette branche était issue de « Racisius », frère de Baudry III de Roisin, dit le « Rolet ».

Son fils Henri de Rosin fut envoyé au début du XIIème siècle (vers 1135) par le comte de Hainaut dans les Alpes pour aider Thomas II de Savoie. Il s’y empara du château de Luserne et y prit le titre de comte de Luserne d’Angrogne. Il aurait été le premier seigneur d’Angreau. (Source wikipedia sans référence).

Avec ce nom Angriel/Angreau, sont mentionnés :

Gillon d’Angriel, cité en 1260

Sandrart d’Angheriel, cité en 1353 comme écuyer et seigneur du village. Il aurait construit une chapelle sur la route allant d’Angre à Sebourg.

La famille semble avoir émigré à la fin du XIVème siècle à Valenciennes.

Jean d’Angriel – sans précision. Dont la fille Isabeau d’Angriel épousa Evrard Dugardin (v1410-1452, Valenciennes), prévôt de Valenciennes

Jean d’Angreau ( ?-1466). Mentionné comme seigneur d’Angreau et d’Autreppe. Il eut deux fils, Louis et Gérard, dont on ne sait s’ils furent seigneurs.

Famille Van den Eeckhoute

Elle détint la seigneurie d’Angeau à partir du milieu du XVème siècle, sans que nous sachions à partir de quelle date ni comment. On cite :

  • Jean van den Eeckhoute « de Grimberghe » ( ?-1466, Gand), cité comme seigneur d’Angreau et d’Autreppe
  • Louis van den Eeckhoute, fils du précédent, aussi seigneur
  • Isabeau van den Eeckhoute « d’Angrelles », fille du précédent, qui épousa
    • en premières noces Jean van der Meersche, seigneur de Nevele, dont une fille, Gudule, qui épousa Josse Bette (infra)
    • en secondes noces François de Jauche ( ?-1529), seigneur de Mastaing et de Mamines, cité seigneur d’Angreau et d’Autreppe du chef de son épouse.Ils eurent une fille Jossine de Jauche qui épousa Christophe de Roghendorf, seigneur de Condé.

Maison Bette (Beth)

Josse Bette ( ?-1511) devint seigneur d’Angreau et d’Autreppe en épousant Gudule van der Meersche « de Nevele » ( ?-apr1520) (supra). Il descendait d’une famille d’échevins de Gand. Il en fut un lui-même. Leur succédèrent :

  • Adrien Bette ( ?-1547) cité en 1518. C’est un gentilhomme au service de Charles Quint qui le fit chevalier en 1544 et le nomma bailli de Termonde. Il est connu comme seigneur d’Angeville, de Schellebelle et d’Hollebeke, ainsi que d’Autreppe et d’Angreau.
  • Jacques Bette (1520-1591), fils du précédent, échevin de Gand. En 1578, lors des troubles religieux, ses biens lui furent enlevés. La « ferme du seigneur » daterait de cette époque.
  • Jean Bette (1565-1620), fils du précédent
  • Adrien Bette ( ?-1628), fils du précédent
  • Guillaume Bette (1610-1658), fils du précédent
  • Ambroise Augustin François Bette (1640-1677), fils du précédent. Il fut chambellan du gouverneur des Pays-Bas, Don Juan d’Autriche, ainsi que bailli d’Alost et de Grammont
  • Jean François Nicolas Bette (1672– 1725), fils du précédent, aussi bailli d’Alost et de Grammont. De son épouse, Marie Louise de Croÿ, comtesse du Roeulx (1706-1792), il eut un fils qui resta célibataire et mourut avant sa mère. Celle-ci répartit ses biens entre deux héritiers, mais vendit Angreau et Autreppe. 

    D’Adrien de Montigny (fin XVIème)

Maison de Croix de Clerfayt

François Sébastien Charles Joseph de Croix (1733-1798). Comte de Clerfayt. Il acquit les seigneuries d’Autreppe et d’Angreau, alors qu’il est déjà entre autres seigneur d’Hainin et d’Onnezies. Il fut également officier supérieur dans l’armée autrichienne pour laquelle il commanda un régiment wallon. Il s’opposa aux armées françaises révolutionnaires, parfois avec échec (Jemappes, novembre 1792), parfois avec succès (Maastricht, Neerwinden, Le Quesnoy en 1793) et finalement avec échec (Mouscron et Sprimont en 1794). Il se retira ensuite à Vienne où il mourut célibataire.

Carte de Ferraris (XVIIIème)

La commune

Angreau obtint à partir de 1250 une charte communale qui permettait à ses habitants de gérer leur vie quotidienne sous la responsabilité d’un mayeur et d’échevins nommés par le seigneur principal.

Période française (1794-1814)

Fin de l’Ancien Régime féodal en 1794

Département: Jemappes

Canton: Quiévrain, puis Dour

Répartition des pouvoirs pendant la période contemporaine (à partir de 1814)
  • Etat: Royaume des Pays-Bas (1814-1830), puis Royaume de Belgique
  • Province: Hainaut
  • Arrondissement administratif: Mons
  • Arrondissement judiciaire: Mons
  • Canton: Dour
  • Entité communale depuis 1977: Honnelles
Evènements et faits marquants sur le sol de la commune

Le village fut fortement endommagé à la fin de la première guerre mondiale, entre le 4 et le 6 novembre, lors d’opérations sur Sebourg et Angreau entre Allemands et Brittanniques.

Economie

Elle fut essentiellement agricole.

Une brasserie-malterie « du Rimbaix » fut construite en 1909 par les frères Patte, sur un site où étaient auparavant actifs un moulin sur le ruisseau en contrebas et une petite brasserie artisanale. Elle fut démantelée en 1916 pendant la guerre, mais les bâtiments sont toujours en place.

Une chocolaterie est apparue dans les années ‘1970.

Patrimoine

L’église St Amand

Je n’ai pas de précision à propos des premiers édifices qui doivent remonter à l’époque de l’origine du village. Le clocher est de 1598. Les chanoines de Cambrai ont fait rebâtir le reste du bâtiment en 1778-1784 dans un style classique. Parmi le mobilier, il faut retenir :

  • Un gisant de Ste Thérèse
  • Une copie de la Descente de Croix, de Rubens
  • Un crucifix en bois, XVII

La ferme du Seigneur (ou Cense de Montfort)

Une ferme seigneuriale subsiste depuis l’époque féodale (au sud du village). Elle est actuellement classée. Il semble qu’elle fut bâtie au XVIème siècle par la famille Beth/Bette. Elle doit son nom aux différentes familles qui, pendant des siècles, ont possédé la ferme et de grandes étendues de champs aux environs et qui y ont exercé leurs droits et privilèges de seigneur sur les habitants de leur domaine. L’actuel bâtiment quadrilatère a été reconstruit au XIXème. Le logis est doté d’une entrée principale basse avec des montants harpés, portant un linteau droit surmonté de deux blasons.

Après la Révolution française, la famille de Talouet racheta l’héritage des Croix de Clerfayt.

Bibliographie

Chronologie des Seigneurs d’Angreau, par Fernand Martin, Annales du Cercle d’Archéologie et d’Histoire de Saint-Ghislain, Tome III, 1982

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *