Bavay

Le territoire

La ville de Bavay est située sur une crête qui court entre les vallées de la Haine et celle de la Sambre. Elle est en pente depuis la côte 156 m jusqu’à la côte 108 m.

Cette pente court vers le sud pour rejoindre la Rivière de Bavay. Celle-ci qui prend sa source à Mecquignies et se jette dans l’Hogneau (Grande Honnelle en Belgique) à Gussignies.

Le sous-sol a été formé à l’Eocène et est composé de craie marneuse, recouverte de limons argileux.

Etymologie

Le nom actuel est dérivé du nom antique latin Bagacum.

  • Acum = suffixe localisant à l’origine
  • Bagos (celtique) = hêtre

Le site est donc peut-être celui d’une ancienne hêtraie, appartenant à l’ancienne Forêt Charbonnière.

La légende des « rois de Bavay »

Avant d’aborder l’histoire réelle de la ville, abordons d’abord les légendes concernant les origines de celles-ci, empruntées à d’autres, comme celles de Rome et de Paris. Elles sont connues grâce à Jacques de Guyse, historien de la fin du XIVème siècle, qui rapportait sérieusement des textes plus anciens. Cette époque ne connaissait pas la critique historique.

Tout commence avec Bavo « l’Ancien ». Ce phrygien, cousin du roi Priam de Troie, aurait quitté ses terres après la destruction de la célèbre ville antique, et, après maintes pérégrinations sur les mers et dans les îles, aurait abouti en ce lieu où il fonda une ville (Belgis) et un royaume, vers 1150 avt.J.C. Belgis fut la première capitale de la Gaule Belgique.

Lui succédèrent : Bavo Belgineus, Bavo Leoninus, Bavo Lupinus, Bavo Brunus et Bruneholde. Ce dernier, né vers -1017 et mort en -950, était un archidruide, à moitié roi, à moitié grand prêtre. Ces différents rois étaient considérés comme les premiers « rois belges », ancêtres des Belges (les Gaulois de Jules César et pourquoi pas les actuels). 

On doit à Bruneholde d’avoir fait construire les sept chaussées qui partaient de sa capitale dans toutes les directions de son royaume. Il fit placer une colonne de marbre au milieu de la ville, qu’il fit surmonter d’une statue du dieu Bel (Apollon) en métal doré. Ces rois étaient les gardiens du temple de Bel.

Les routes partaient des sept portes de la ville, qui abritaient chacune un temple dédié à une divinité : Jupiter, Mars, Bel-Apollon, Vénus, Saturne, Mercure et Diane. C’est par ces routes qu’arrivaient à Bavay les pèlerins de ce temps-là.

Tout ayant une fin, Aganippus, fils de Bruneholde, dispersa les divinités et leurs cultes dans d’autres centres : Mars à Famars, Bel-Apollon à Solesmes, … Bel était aussi adoré dans les bois proches de « Bel » lignies et d’ailleurs. Son trône et son autel, où avaient lieu des sacrifices sanglants, se trouvait sur une colline, la montagne de Bellis, dont les pentes douces, le Pré-Belem (à Maurain, près de Roisin) en porte les traces. On y fêtait le retour du soleil, dieu de l’Univers, à l’équinoxe du printemps.

Plus tard, les rois francs tentèrent aussi de s’octroyer des origines troyennes. Les chroniqueurs médiévaux font remonter la lignée des premiers comtes de Hainaut à la famille des Bavo.

Préhistoire et protohistoire

Cette légende des premiers rois Belges situe ceux-ci plus de 800 ans avant l’arrivée estimée des Gaulois Belges dans le nord de la Gaule. Avant la conquête romaine (-58 à -52), cette région était habitée par les Gaulois Nerviens. De plus, les fouilles n’ont jamais révélé, jusque aujourd’hui, un passé préhistorique ni protohistorique sur le site de Bavay.

Sur base des connaissances actuelles, Bagacum (Bavay) est donc une ville fondée ex-nihilo. Tout au plus, un petit habitat gaulois s’y trouvait. On a retrouvé sous le forum des fosses, des trous de poteaux et des plaques de céramique à alvéoles semblables à celles retrouvées dans des oppida de la fin de l’âge du fer. On n’a d’ailleurs jamais trouvé nulle part de site pouvant être considéré comme une capitale des Nerviens.  

La cité romaine

Bagacum Nerviorum fut une ville gallo-romaine importante entre le Ier et le IIIème siècle après Jésus-Christ. C’était la capitale administrative de la Cité des Nerviens (Civitas Nerviorum).

Elle fut construite au centre d’un réseau de chaussées romaines reliant les grandes cités d’alors (Lyon, Reims, Boulogne, Cologne), chaussées ayant une grande importance stratégique et commerciale dans le contexte de l’époque. Elle est située sur un promontoire à un carrefour entre l’axe Cologne-Boulogne et celui de Reims, capitale provinciale.

Bavay aurait été fondée dans les deux dernières décennies avant notre ère (sur base de la céramique sigillée italique et gallo-belge retrouvée dans les niveaux les plus anciens, soit entre -20 et -10). De cette époque, a aussi été retrouvée une collection importante de petits bronzes.

L’empereur Auguste décida d’en faire une plaque tournante du réseau routier du nord de la Gaule. L’implantation de Bavay coïncida donc avec la construction de la chaussée reliant Boulogne (port vers la Grande Bretagne) à Cologne (frontière rhénane face à la Germanie). En -4, Tibère, général d’Auguste et son successeur, y séjourna, en allant prendre le commandement des armées romaines en Germanie. Un monument sur le forum, qui était sans doute en cours de construction, commémore ce passage.

Le réseau de chaussées

De la capitale des Gaules, Lugdunum (Lyon), partait un grand axe qui rejoignait Reims, capitale de la Province de Belgique (qui s’étendait du Rhin à la Seine). De cette ville, partait un axe routier vers Boulogne (la Mer Britannique) en passant par Bavay. Le site de Bavay fut donc choisi en fonction de critères stratégiques, point de passage obligé pour les légions entre Reims, la frontière fortifiée (limes) du Rhin et le port de Boulogne, point d’embarquement pour l’île de Bretagne. A partir de Bavay, des routes dans 7 directions rejoignaient :

  • Tournai – Cassel – Boulogne
  • Cambrai – Arras – Amiens
  • Vermand – Soissons
  • Blicquy – Gand (Velzeke) – mer du Nord
  • la Mer Germanique (au nord) via Anvers et Utrecht
  • Tongres – Maastricht – Cologne
  • Dinant – Arlon – Trêves.

Cette ville a donc profité largement des échanges commerciaux qui y passaient.  Elle devint le centre d’une région riche grâce à l’agriculture, l’élevage et le commerce. On y trouvait de l’artisanat (poterie, notamment de la vaisselle en terra nigra retrouvée en abondance). Des negociatores (commerçants) vinrent s’y installer.

Vers 68/69, une crise militaire (fin du règne de Néron) ralentit les constructions. Mais une reprise de la prospérité apparut avec les empereurs Flaviens (69-96).  Bagacum connut son apogée au IIème siècle, comme une bonne partie de l’empire d’ailleurs, au temps des empereurs Antonins (entre 98 et 180). Sa superficie couvrait alors une centaine d’hectares.

Les habitants de Bavay étaient des pérégrins en majorité (statut inférieur à celui de citoyens). Certains notables, grâce à leurs charges, reçurent la citoyenneté romaine, ainsi que quelques officiers (selon Tite-Live).

Description de la ville et du forum antique

D’après les fouilles effectuées, on sait que Bavay fut construit selon le plan urbanistique typique à damier des Romains. On y trouvait toutes les caractéristiques des villes romaines:

  • quadrillage de la ville par des rues en angle droit
  • un cardo et un décumanus (axes principaux perpendiculaires) la traversaient de part en part et se croisaient au niveau du forum
  • aqueducs et égouts la desservaient
  • les maisons (une trentaine de domus) étaient de type gallo-romain, habitées par les membres de l’élite locale, romaine et gauloise romanisée. Elles comprenaient un chauffage par hypocaustes, des mosaïques au sol, des stucs peints sur les murs, un puits au centre, …
  • un temple romain (au lieu-dit “Bisoir”)
  • le centre abritait un forum monumental d’une surface de 2,5 ha, construit dans la seconde moitié du IIème siècle, avec une parure monumentale au moment où la cité reçut le droit latin. On trouvait :
    • en surface :
      • une esplanade dallée dans laquelle on pénétrait par quatre portes monumentales
      • elle était entourée de portiques vers lesquels s’ouvraient des bureaux administratifs et où se faisait la pesée des marchandises (ponderarirum)
      • une grande basilique (longueur 98 m, une des plus grandes de l’empire) à une extrémité (pour les tractations politiques et judiciaires, …)
      • un grand sanctuaire à l’autre extrémité, précédé d’un rehaussement de l’esplanade (aire sacrée), sans doute pour des cérémonies. On y organisait le culte impérial. On ne sait pas si d’autres divinités étaient l’objet de cultes, probablement Junon (sculptée sur un chapiteau retrouvé) et peut-être les deux autres divinités de la triade capitoline de Rome (Minerve et Jupiter)
    • un cryptoportique souterrain sous le sanctuaire avec de longues galeries dont l’usage est inconnu (peut-être un entreposage de produits agricoles de réserve)

      Reconstitution du forum
  • à l’extérieur du forum et attenant à lui: des échoppes de produits artisanaux
  • à proximité, des thermes (sous l’église actuelle)
  • un monument dédié à Tibère, sur le forum
  • un aqueduc venant de Floursies, construit à l’époque flavienne.

Nombreux objets furent retrouvés lors des fouilles, dont :

  • des statuettes en bronze typiques du goût nervien (« le trésor des bronzes » plusieurs centaines découvertes dans un sac enfoui), dont la provenance est inconnue, mais diverses et de plusieurs époques
  • des poteries.

A noter qu’un premier forum avait été construit dans le troisième quart du Ier siècle, qui fut agrandi au siècle suivant. Il semble que le projet du second forum n’ait jamais été réalisé complètement comme prévu.

Il est possible qu’une colonne heptagonale se trouvait au centre de la ville, indiquant les différentes directions. On sait qu’au XVIIème, une autre fut érigée, qui fut aussi détruite au siècle suivant. On en reconstruisit une, l’actuelle, en 1872, appelée “Colonne Brunehaut”, en souvenir de la reine mérovingienne, décédée en 613, à qui on doit, selon une autre légende médiévale, la restauration des voies construites par Agrippa.

Evolution de la ville

Les nécropoles, toujours au sortir des villes chez les Romains, étaient assez éloignées du centre, ce qui fait penser qu’il était prévu que la ville subisse encore des agrandissements. Ce qui n’a pas eu lieu.

Dès la fin du IIème siècle, des quartiers furent d’ailleurs déjà abandonnés. Du temps de Marc-Aurèle (161-180), une période d’insécurité, due aux invasions temporaires des Chauques, s’ensuivit. Ces derniers endommagèrent déjà la ville, qui fut restaurée sous les empereurs Sévères (192-235).

Ensuite, l’anarchie s’installa dans l’empire pour quelques décennies. Vers 253/254, commencèrent les premières invasions de bandes germaniques (Alamans, Saxons et Francs) qui détruisirent à l’époque une septantaine de bourgades le long de la route qui venait de Tongres et de Cologne. Bavay, non défendue, fut de celles-là.

D’autres vagues d’invasions suivirent en 259, en 263 et en 275. Elles atteignirent Amiens et Boulogne. Elles furent chaque fois repoussées, par les troupes impériales (de Gallien, d’Aurélien) et celles des empereurs gaulois auto-proclamés (Posthumus et Tetricus) en ces temps de troubles où l’armée faisait et défaisait les empereurs à Rome. On retrouva à Bavay un trésor enterré de pièces de monnaie (de Septime à Dèce, ce dernier régna de 249 à 251).

Les Germains se retirèrent finalement en Batavie (Pays-Bas au-delà du Rhin). Il fut décidé de fortifier toutes les petites agglomérations situées le long de l’axe Bavay-Cologne. Bavay le fut aussi, mais directement autour de son forum que l’on protégea par une épaisse muraille, ponctuée de tours semi-circulaires. Le reste ne fut pas restauré.

De cité capitale et administrative, Bavay devint une place forte militaire réduite à son ancien forum, un castrum défendant le nœud routier vital du nord-ouest de l’empire. Les échoppes de marchands disparurent. Les services politiques, juridiques et administratifs furent transférés à Cambrai en fin du IIIème ou début du IVème siècle. Même le préfet quitta la ville pour aller s’installer à Famars, près de Valenciennes.

La muraille de la fin du IIIème siècle
Christianisation

L’information selon laquelle il y aurait eu à Bavay un évêque, ayant notamment assisté au concile de Cologne de 346 (Duronsoy) ne semble pas confirmée. Par contre, on y a bien retrouvé une tombe comportant des signes chrétiens (croix, J.C.) du début du Vème siècle.

Les invasions barbares

Bavay végéta ainsi jusqu’au début du Vème siècle. En 406, les Vandales achevèrent de ruiner la ville (comme ce fut le cas aussi à Tournai et à Tongres).

Les Francs Saliens, devenus alliés des Romains et installés dans les petits royaumes de Tournai et de Cambrai, aidèrent les populations autochtones à combattre les barbares qui furent repoussés vers le sud. Vers 445, la Belgique Première et la Belgique Seconde devinrent franques saliennes.

Bavay eut encore à subir l’invasion des Huns en 451.

Puis Bagacum devint pendant plusieurs siècles un petit village, à l’écart des grands centres économiques qui se constituèrent plus tard.

Moyen Age en hainaut

En 939, Bavay et sa région passèrent sous le pouvoir direct du Comte Régnier II de Hainaut et le restèrent, sans qu’une seigneurie y soit installée.

Un château fut construit au moins au XIème siècle (par la comtesse Richilde ?).

C’est vers 1162 qu’apparaît le nom de « Bavai », qui prendra plus tard son orthographe définitive de « Bavay ».

Durant cette période, la ville sera fortifiée par les comtes, qui en firent le siège d’une prévôté judiciaire, où siégeait un prévôt ou vicomte. Ce dernier était le représentant du comte ou du grand bailli de Hainaut. Le titre n’était pas héréditaire. La charge dépendait d’une nomination pour une durée relativement courte (un an ou deux). L’historien L. Delhaye en donne une liste. La prévôté de Bavay est mentionnée dans des documents dès 1293.

Période moderne

La ville subit, comme la plupart de ses consoeurs et les villages de la région, à plusieurs reprises les ravages des guerres invasives des armées des rois de France :

  • incendies en 1434 et 1439, pendant la guerre de Cent Ans
  • prise de la ville par les armées de Louis XI en 1477
  • passages répétés des armées d’Henri II en 1543 et 1554
  • en 1649, poussée des armées de Louis XIV
D’Adrien de Montigny (fin XVIème)

En 1654, le général Turenne ordonna la destruction des remparts.
Bavay fut réuni au royaume de France en 1678 par le traité de Nimègue.

Elle fut reprise brièvement par les autrichiens en 1744. Et de nouveau en 1793, lorsque ceux-ci ripostèrent après l’attaque française de 1792.

Période contemporaine

Lors de la restauration, Bavay fut la première ville de France à recevoir le roi Louis XVIII le 24 juin 1815.

Une grande partie de la ville fut détruite en mai 1940 par l’aviation allemande qui envahissait la Belgique et la France.

Economie
  • Agriculture, élevage dans les villages voisins.
  • Artisanat et commerce urbain.
  • Exploitation de carrières de sable et de marbre à proximité.

    Le site actuel
Références
  • de sites web : Wikipedia, Site web de la ville de Bavay
  • Dossier Nord-Bavay, Archeologia n°494
  • Histoire de la Prévôté de Bavay – Lucien Delhaye, 1873 (online)
  • Le musée archéologique de Bavay  http://forumantique.lenord.fr/fr/Accueil.aspx 
  • Villes et villages de l’Avesnois – http://villesetvillagesdelavesnois.org/bavay/bavay.html

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