Beloeil

Entité communale de Beloeil

Le territoire

Superficie: 737 ha

Altitude: 60 m (moyenne)

Situation géographique : le territoire est situé sur le plateau qui sépare la vallée de la Haine de celle de la Dendre.

Cours d’eau : la Hunelle, qui qui prend sa source au hameau des Ecacheries, traverse le village en alimentant les étangs du château, continue en direction du nord-est pour passer à côté de Chièvres et aller confluer avec la Dendre Orientale à Maffle.

Paysage préhistorique (après la dernière période glaciaire) : boisé (dont il persiste aujourd’hui d’importants vestiges)

Nature du sol : argileux et sablonneux

Nature du sous-sol : grès

Préhistoire

Quelques découvertes fortuites et des fouilles ont permis de déterrer des indices de vie humaine sur le territoire de Beloeil, sur le site « Basses-rues », en 2000 : des artefacts en silex, grattoir sur éclat (sans précision de période).

Antiquité gallo-romaine

Au XIXème siècle, ont été ramassées sur le sol de Beloeil des monnaies romaines, des urnes cinéraires, des vases et des statuettes. Plus près de nous, quelques observations ont également eu lieu :

  • 1995-96, « Favarcq » (sud village) : des fragments de tegulae, de rares tessons de céramique commune. Vestiges d’un petit bâtiment et non d’une habitation.
  • 2000, « Basses-rues » (sud-est du village) : de rares fragments de tegulae, des tessons de céramique commune (dolium, …). On peut en tirer la même conclusion.
  • 1996, « Les Ecacheries » (sud-est du village), sur un terrain en pente douce vers le ruisseau Le Domissart : des fragments de tegulae et de rares tessons de céramique commune.

Il n’est pas impossible que ces vestiges proviennent de la grande villa de Grosage (découverte en 1977), située à 1500m à l’est.

Premier Moyen-Age (période franque mérovingienne et carolingienne)

Période non documentée.

Deuxième Moyen-Age – le village

Première mention: 868

Toponymie (anciennes orthographes) : 

  • Baliolis (en 868)
  • Bailloeul (XIIème)
  • Bailleul  (1189), à ne pas confondre avec la ville française du même nom. Ce fut le nom de la première famille qui y détenait les droits seigneuriaux. Plus tard, les princes de Ligne  donnèrent à leur château le nom de Bel-œil ou Beloeil

Etymologie (hypothèses d’origine du nom) : 

Ce terme signifierait « enclos, barrière » selon certains ou « belle vue » selon d’autres.

D’après l’historien Jacques de Guyse, Beloeil était un bois dans lequel quelques fugitifs élevèrent un fort appelé Baluel.

Epoque de son apparition:

La première impression est que le territoire du village actuel a été  peu fréquenté dans le premier millénaire, dans l’antiquité et dans le haut moyen-âge, si ce n’est par des paysans des villages voisins à l’époque gallo-romaine. Ceci à défaut de découvertes qui iraient à l’encontre de ce raisonnement. La région était fort boisée et n’a peut-être été défrichée que tardivement.

Un noyau villageois s’est cependant constitué entre le IXème et le XIème siècle, comme ailleurs, sur un grand domaine (villa) qui était peut-être un alleu appartenant à une famille qui prit le nom du lieu, Baliolis, mentionné en 868.

Facteurs ayant favorisé son émergence :

voies de communication: la chaussée romaine Bavay-Blicquy passe à l’ouest du territoire; des chemins médiévaux par contre s’y croisaient: celui de Saint-Ghislain/Mons vers Leuze (par Baudour et Sirault), celui de Chièvres vers Harchies et Condé

sources d’eau ou cours d’eau: la Hunelle

source de bois: la région boisée

proximité d’un lieu de pouvoir: le château seigneurial (qui a précédé ou suivi la constitution de la communauté villageoise).

Paroisse dédiée à Saint-Pierre

Evêché: de Cambrai (jusqu’en 1804), puis de Tournai ensuite

Décanat/doyenné: Chièvres

Autel (dîmes, entretien de l’église, nomination des officiants) donné à l’abbaye Saint-Martin de Tournai.

Répartition des pouvoirs pendant la période féodale

Autorité supérieure: comté de Hainaut

Autorité sous-jacente (administrative et judiciaire): châtellenie d’Ath

Seigneurie

Elle semble présente au milieu du XIème siècle, ce qui pourrait signifier que Beloeil était un alleu qui appartenait de façon héréditaire à une famille locale. A l’époque, pour rappel, ce territoire appartenait au pagus primitif de Brabant, dont la partie occidentale devint la marche d’Ename au Xème siècle. Tout ce territoire, que l’on a parfois assimilé à un comté de Chièvres, revint sous l’autorité des comtes de Hainaut en 1049, à l’époque du comte Herman et de son épouse Richilde. C’est d’ailleurs à ce moment qu’apparaît le nom d’un certain Pierre de Bailleul.

Cette seigneurie devint une baronnie de Hainaut.

Il est parfois écrit que la terre de Beloeil fut le siège d’une pairie relevant du comté de Namur. Nous n’avons trouvé aucune indication à ce sujet, comme c’est le cas pour Boussu. Et nous en ignorons la raison, c’est pourquoi un éclairage serait bienvenu.

Le village voisin d’Ellignies-Ste-Anne en fut une dépendance dès l’origine.

Plusieurs familles possédèrent cette terre.

Maison de Bailleul (ancienne dénomination de Beloeil)

Un Pierre de Bailleul y vivait vers 1050.

On cite également dans ce siècle d’autres personnages dont on ne connait pas le rôle : Simon de Bailleul, son fils Guy de Bailleul, ainsi que Huont de Bailleul et son fils Wauthier de Bailleul.

Dans la mesure où l’on a tendance à confondre Bailleul/Beloeil et Bailleul (ville du département du Nord), il est possible que certaines de ces personnes (si pas toutes !)  appartenaient à cette deuxième localité qui se situait alors dans le comté de Flandre. Il semble que les suivants soient bien à mettre dans la liste des premiers seigneurs de Beloeil/Bailleul.

Baudouin I de Bailleul (1095-1147), qui pourrait être le fils de Guy. La première résidence castrale pourrait avoir été bâtie à son initiative vers 1146. Elle est décrite comme suit : un bâtiment carré, quatre tours, deux ailes étendues détachées du corps du logis.

Baudouin II de Bailleul (1148-1209), son fils lui succéda. Ces deux seigneurs étaient également vicomtes d’Ypres au service du comte de Flandre (à moins que ce détail ne concerne que l’autre Bailleul).

Le deuxième eut deux filles, dont Jeanne  de Bailleul (v1165/1170-1233), héritière du domaine, qui épousa Arnould de Morialmé (1160-1218). Ce couple n’eut qu’une fille, Isabeau de Morialmé-Bailleul qui épousa Nicolas I de Condé.

Maison de Condé

Par son mariage avec Isabeau de Morialmé-Bailleul en 1218, Nicolas I de Condé devint seigneur de Condé, Beloeil et Morialmé, ainsi que de leurs dépendances. Lui succédèrent :

  • Jacques de Condé (1213-1258),  fils des précédents
  • Nicolas II de Condé (1230–1293), fils de Jacques
  • Guillaume I de Condé (1275-1302), fils du précédent
  • Jean I de Condé (1302-1339/1353), fils du précédent, mort sans enfant
  • Robert de Condé (1300-1359), frère du précédent
  • Jean II de Condé (1349-1391), fils du précédent, sans postérité. Ses domaines allèrent aux descendants de sa tante Jeanne de Condé (1289/1291-1325), fille de Guillaume, sœur de Jean I et Robert. Elle avait épousé Fastré III de Ligne (1280-1337). Ils eurent de nombreux enfants. Mais en 1391, à la mort de Jean II, seule Catherine de Ligne ( ?-1397) survivait. Elle était une des filles de Fastré III, s’était mariée à deux reprises et n’avait pas eu d’enfant non plus. Veuve, elle se retira comme chanoinesse à Maubeuge et légua ses biens à ses divers neveux.

Maison de Ligne

Des neveux de Catherine de Ligne, c’est Jean II de Ligne (1361-1442) qui hérita de Beloeil. Il était fils de Guillaume de Ligne (1320-1387), frère de Catherine. Il avait hérité de son père Ligne et ses dépendances (Montroeul, Maulde). Il hérita de sa tante Beloeil et ses dépendances (Ellignies, Stambruges). Par mariage, il devint aussi baron de Barbençon et pair de Hainaut. Il décida de faire de Beloeil sa résidence principale. Lui succédèrent :

  • Michel III de Ligne (1390-1468), fils du précédent
  • Jean IV de Ligne (?-1491), fils du précédent. 

C’est à partir de lui que les Ligne exercèrent de hautes fonctions pour les ducs de Bourgogne d’abord, pour les archiducs des Pays-Bas, les rois d’Espagne et empereurs de Germanie ensuite. On les vit chambellans, sénéchaux, ambassadeurs, officiers supérieurs, gouverneurs de villes et de provinces. Plusieurs devinrent chevaliers de l’Ordre de la Toison d’Or.

  • Antoine « le Grand Diable » de Ligne (1474-1532), fils du précédent. Par mariage et par achats, il étendit son domaine.
  • Jacques de Ligne (1503-1552), fils du précédent. Il fut au service de Charles-Quint dont il fut le chambellan et l’ambassadeur. Il vit sa baronnie de Ligne érigée en comté en 1545.
  • Georges de Ligne ( ?-1579), fils aîné du précédent.  Son fils cadet, Jean de Ligne, par mariage, fonda la lignée « Ligne-Arenberg ».
  • L’aîné Philippe de Ligne (1533-1583) continua la lignée « Ligne-Beloeil ».
  • Lamoral I de Ligne (1563-1624), fils du précédent, devint, sur ordre de l’empereur Rodolphe II, prince de Ligne et du St Empire.
  • Florent de Ligne (1588-1622), fils du précédent
  • Albert Henri de Ligne (1615-1641), fils aîné du précédent – sans postérité. Il fut le fondateur de la bibliothèque de Beloeil, riche en manuscrits.

    Claude Lamoral de Ligne
  • Claude Lamoral I de Ligne (1618-1679), frère du précédent
  • Henri Louis Ernest de Ligne (1644-1702), fils du précédent
  • Antoine Joseph Ghislain (1682-1750), fils du précédent – sans postérité
  • Claude Lamoral II (1685-1766), frère du précédent, qui embellit le château de Beloeil et son parc
  • Charles Joseph Lamoral (1735-1814), fils du précédent. Militaire, homme de lettres et érudit, ambassadeur, il servit les empereurs de Germanie. Il fréquenta toutes les cours européennes (Vienne, St-Petersbourg, Versailles, Londres). Il côtoya les plus grands (outre les empereurs, Catherine de Russie, Frédéric II de Prusse), mais aussi les célébrités littéraires de son époque, avec qui il correspondait (Voltaire, Goethe, Madame de Staël, …). La Révolution Française vint mettre fin à tout cela. Il termina sa vie à Vienne en se consacrant à l’écriture, alors que tous les pouvoirs féodaux sur ses nombreux fiefs furent abolis et que son domaine de Beloeil fut confisqué.

    Charles Joseph de Ligne
  • Celui-ci fut récupéré par son petit-fils Eugène Lamoral et transmis, ainsi que le titre de Prince de Ligne, à sa descendance qui en est toujours propriétaire à ce jour.
Période française (1794-1814)

Fin de l’Ancien Régime féodal en 1794

  • Département: Jemappes
  • Canton: Quevaucamps

    Carte de Ferraris (XVIIIème)
Répartition des pouvoirs pendant la période contemporaine (à partir de 1814)
  • Etat: Royaume des Pays-Bas (1814-1830), puis Royaume de Belgique
  • Province: Hainaut
  • Arrondissement administratif: Ath
  • Arrondissement judiciaire: Tournai
  • Canton: Quevaucamps
  • Entité communale depuis 1977: Beloeil
Economie

Elle était essentiellement agricole.

Charles Quint autorisa en 1516 le baron Antoine de Ligne à tenir à Beloeil deux foires par an et un marché par semaine.

Le canal Blaton-Ath-Dendre passe à l’est du village.

Patrimoine

Eglise St Pierre

Le bâtiment actuel date de 1863-1866, construit en style gothique, sur un terrain offert par le prince Eugène de Ligne.Il remplace l’ancienne église paroissiale qui se trouvait sur le square Gossart (ancienne place Verte). Cette dernière avait été construite fin XIVème-début XVème. On dut la démolir au milieu du XIXème, parce qu’elle tombait en ruine. Elle succédait elle-même à une chapelle castrale consacrée à St Eloy, déjà agrandie en 1676.  Elle fut entourée d’une nécropole, déclassée en 1867.  Le bâtiment est en brique et en grès de Grandglise. 

La place fut ensuite réaménagée en square. Le bassin au milieu date du XIXème. Il remplace une ancienne fontaine qui servait d’abreuvoir aux chevaux des brasseries voisines. Auparavant s’y trouvait une  mare herbeuse pour les lavandières et les tonneliers qui y faisaient tremper des lattes de bois (d’où « fontaine aux lattes »).

Le château 

La toute première résidence castrale date du XIIème siècle. Elle fut réaménagée durant le Moyen Age. Le château résista en 1478 aux attaques des Français de Louis XI, grâce au capitaine de Montaigne.  L’actuel château date du XVIème siècle. Albert Henri de Ligne fonda au XVIIème siècle une bibliothèque importante de manuscrits.

Le bâtiment fut remanié aux XVIIème et XVIIIème siècles en style classique, devenu alors une élégante résidence, à l’initiative de Claude Lamoral II. Celui-ci dépensa une fortune pour donner à son château et à ses jardins une magnificence qui assure aujourd’hui encore leur célébrité : achat de terrains jouxtant sa demeure, creusement de canaux cernant le parc et nourrissant plans d’eau et fontaines, percée d’une perspective à perte de vue sur la façade sud-ouest du château.  Il avait fait appel à l’architecte parisien Jean-Michel Chevotet, grand connaisseur de la production architecturale du règne de Louis XIV. On y trouve encore un temple de Pomone, un jardin à la française, de nombreuses œuvres d’art. 

Un incendie en 1900 obligea à une reconstruction partielle par l’architecte François Sanson, de Paris, selon les plans du XVIIème. 

L’intérieur contient de nombreuses collections qui ont pu être sauvées de l’incendie de 1900: mobilier, tapisseries de Bruxelles, Lille, Beauvais et des Gobelins, peintures d’Oudry, Nattier, Canaletto et Fragonard, nombreux portraits, bibliothèque. La chapelle est ornée d’un triptyque du XVIème. Le parc est du XVIIIème.

Le hameau des Ecacheries est un hameau-village qui possède son église.

Bibliographie

http://www.chateaudebeloeil.com/

 

 

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