Boussu

Entité communale de Boussu

Le territoire

Superficie: 133 ha

Altitude: le bas de l’agglomération se situe à 30 m et le maximum se trouve à près de 100 m au quartier Barabas de Boussu-Bois.

Situation géographique : à l’origine la première communauté rurale s’est installée dans la plaine de la vallée de la Haine, au sud et à quelque distance de celle-ci. Par contre, il semble que le château ait été construit sur une petite éminence (les Almottes) qui émergeait du grand marais bordant la rivière.

Cours d’eau : la Haine passe au nord de l’actuel bourg. Son cours fut modifié à plusieurs reprises.

De la Haine se détachait une dérivation naturelle, la Reauwe, qui traversait Saint-Ghislain, le marais, passait au sud du château de Boussu, après avoir reçu les eaux du ruisseau de Wasmuel (le Grand Courant) et celles du Hanneton. Puis elle repartait vers le nord-ouest pour se jeter dans la Haine à la limite d’Hainin.

Le principal affluent de la Haine, à Boussu, est le ruisseau de Hanneton, qui prend sa source dans le bois de Saint-Ghislain, à Dour, puis creuse un vallon en traversant l’est de Boussu-Bois. Ce ruisseau eut par le passé d’autres appellations: ruisseau des Ladres, le Grondeau (1486), le Cavin ou Rieu de Dour, le ruisseau du Pont à Cavins, le rieu des Wallans, le ruisseau de Bonne-Fontaine. Il dévale un dénivelé de 75 m sur une distance de 5 km. Autrefois, il pouvait prendre des allures torrentueuses, responsables d’inondation, à cause des précipitations climatiques, mais aussi de l’exhaure des puits houillers vers le ruisseau. Son cours devenait plus calme dans sa partie basse où il fut peut-être navigable par barques plates (barges, embarcadère possible rue Bergifossé).

Son cours a  été modifié à plusieurs reprises à partir de 1870, canalisé et couvert dans sa majorité. Autrefois, le Hanneton passait plus à l’ouest, à peu près au centre du bourg actuel. Il faisait la limite avec le village d’Hornu. Celui-ci s’étendait même au nord de la Reauwe.

Paysage préhistorique (après la dernière période glaciaire) : marécageux et inondable. Au nord, en bordure de la rivière, existent encore des zones marécageuses (Les Herbières, les Grands Prés, le Parc à Saules), faites de prairies parcourues de ruisseaux et de courants, parfois bordées de haies vives et de saules, et parsemées de petits bosquets de peupliers.

L’agglomération s’est étendue à partir du XVIème siècle vers le sud, sur les pentes boisées qui conduisent au plateau du Haut-Pays (actuel Boussu-Bois).

Nature du sol : alluvionnaire, limoneux (vallée), argilo-sablonneux (versant sud)

Nature du sous-sol : grès, schiste, houille (au sud), bancs calcaires crayeux (marne, chaux)

Préhistoire

Elle est peu documentée à Boussu. Sans doute le terrain très marécageux, comme à Saint-Ghislain, a été un obstacle à un habitat stable.

On aurait trouvé au XIXème siècle une hache de silex (néolithique). Le souvenir de la “Haute-Borne” fait évoquer à certains la présence d’un mégalithe au lieu-dit “les Quatre Chemins”. Il s’agissait peut-être d’une borne délimitant une propriété.

Antiquité gallo-romaine

Il ne passait pas de chaussée romaine à Boussu.

Sur le site du château, on découvrit en 1994 des pièces de monnaie romaines datant de la fin du Ier et du IIème siècle (Antonin le Pieux, Hadrien). Par contre, aucun vestige d’habitat ne fut découvert. Il est donc difficile d’en tirer des conclusions.

Ch. Debove évoque la présence de substructions romaines à Boussu-Bois, aujourd’hui enfouies sous un terril (pas de localisation précise).

Une villa romaine aurait existé au Champ des Sarts (pas de précision).

Premier Moyen-Age (période franque mérovingienne et carolingienne)

C’est lors de cette période que l’on commence, si l’on en croit l’archéologie, à connaître une certaine animation humaine sur le sol de Boussu. On pense que l’abbaye de Saint-Ghislain a été fondée au milieu du VIIème siècle.

Pour certains, la région aurait été évangélisée par Géry, évêque de Cambrai et d’Arras entre 581 et 620. On pense qu’il fit ses prédications à Asse, Enghien, Masnuy, Baudour, Boussu, Valenciennes et Cambrai. Le long de cet axe, plusieurs paroisses portent d’ailleurs son nom (comme celle du centre de Bruxelles). Il aurait construit de ses propres mains, selon la tradition, un oratoire à proximité du castel (qui aurait donc existé à l’époque). Il y aurait rencontré à cette occasion Waudru et Ghislain. D’autres sources évoquent la construction de l’église après sa mort en 645.

Ceci pourrait signifier qu’à l’époque mérovingienne, il y avait un petit habitat sur l’actuel territoire de Boussu, à proximité d’un site fortifié (on ne peut pas parler de château pour l’époque). Des fouilles effectuées en 2010 dans l’ancien cimetière permirent de découvrir deux tombes mérovingiennes du VIIème siècle avec du mobilier funéraire (vase, fusaïole, perle). Ce cimetière aurait été utilisé depuis ce VIIème siècle jusqu’au XIXème.

Debove évoque aussi des sépultures franques à Boussu-Bois, également enfouies sous un terril aujourd’hui.

Boussu aurait été, au milieu du VIIème siècle, le siège d’une petite communauté franque avec à sa tête un chef militaire qui y aurait fait construire une première fortification, en matières périssables comme c’était le cas à l’époque. Autour se serait peut-être développée une petite bourgade, christianisée par l’évêque Géry ou plus probablement cette petite communauté était dispersée dans la campagne environnante dans des petites fermes dont nous n’avons pas trace.

Ceci n’est que pure hypothèse, en l’absence d’éléments probants, mais  c’est plausible. Des situations semblables se rencontrent à Elouges, à Quaregnon, à Ciply et en maints autres endroits.

Deuxième Moyen-Age – le village

Il est cependant vraisemblable que la première  communauté rurale qui allait évoluer vers une structure villageoise, et plus tard bourgeoise, est apparue plus tardivement, sans doute après le passage des Vikings, au moment où des premiers comtes héréditaires se sont installés à  la tête du Hainaut, soit à la fin du IXème siècle, soit au Xème siècle.

Le territoire du bourg de Boussu, qui s’est constitué au sud-est de son château s’est agrandi avec le temps. Au milieu du XVIème siècle, le comte Jean de Boussu acquit par échange le territoire de Boussu-Bois (voir plus loin). La limite entre Boussu et Hornu s’est déplacée vers l’est. En 1849, une partie des Herbières et le canal Mons-Condé furent ajoutés au territoire. Tous ces nouveaux territoires appartenaient à l’abbaye de Saint-Ghislain, dont on voit qu’elle enserrait sur trois côtés (nord, est, sud) un relativement petit territoire de Boussu.

Première mention: 945

Toponymie (anciennes orthographes) :

  • Buxut (945)
  • Bussutum (1066)
  • Bossuth (1080)
  • Buxu (1177)
  • Bossut (1185),
  • Boussut (1254)
  • Boussu (1296)

Etymologie (hypothèses d’origine du nom) :

Ce qui signifierait: bois, buis, endroit planté de buis (ils sont nombreux dans la commune). Ce terme fait aussi référence à des endroits boisés et des taillis, ce qui pourrait mieux convenir, car le buis craint l’eau et celle-ci était partout dans ces zones marécageuses de la plaine.

Facteurs ayant favorisé son émergence :

voies de communication: Pas de chaussée romaine connue (l’endroit semblait peu attirant à l’époque. On trouve le même phénomène à Hainin, Hautrage et Saint-Ghislain). Avec la fondation des abbayes et peut-être la prise en charge administrative du petit comté originel de Hainaut (appelé Famars à l’époque), de nouveaux chemins ont été aménagés entre ces centres. A Boussu (centre) passait un chemin allant de Saint-Ghislain à Crespin et Condé (par Hainin). Tout au sud de l’ancien territoire (rue actuelle du Hanneton), passait un autre chemin venant de Famars (puis Valenciennes) et allant vers Estinnes (plus tard Binche), chemin d’importance politique reliant le chef-lieu du comté mérovingien de Hainaut au palais royal d’Estinnes, chemin le long duquel se sont établies des communautés franques, dont les cimetières découverts donnent une idée de l’importance. Ce chemin prit diverses appellations (Vieil Empire, Grand Chemin de Valenciennes à Binche). Il passait par le Cornet, la rue Hanneton et le chemin de Binche. On lui donne une existence néolithique, mais on n’en a aucune preuve.

sources d’eau ou cours d’eau: plus que la Haine, c’est le ruisseau de Hanneton qui alimenta la communauté rurale de Boussu

source de bois: le versant sud en était couvert

proximité d’un lieu de pouvoir: un probable “château” local apparut peut-être peu de temps après le règne de Clovis.

Paroisse dédiée à Saint-Géry, évêque de Cambrai, dont on pense qu’il a exercé une oeuvre d’évangélisation à Boussu et qu’il y a fait ériger un oratoire pour une petite communauté franque

Evêché: de Cambrai (jusqu’en 1804), puis de Tournai 

Décanat/doyenné: Hornu, transféré ensuite à Bavay. Boussu devint un siège de doyenné après le Concordat de Napoléon, vers 1803 ou 1804.

Autel (dîmes, entretien de l’église, nomination des officiants) donné à l’abbaye de Saint-Ghislain qui y envoyait un officiant d’Hornu.

Répartition des pouvoirs pendant la période féodale

Autorité supérieure: comté de Hainaut

Autorité sous-jacente (administrative et judiciaire): prévôté de Mons

Seigneuries et fiefs

Il faut essayer de s’imaginer l’ensemble du territoire actuel à l’aube du Xème siècle. A la limite du centre actuel du bourg, se trouvait un château (emplacement actuel) et au sud-est de celui-ci le début d’une communauté villageoise qui s’agglomérait. Ce territoire n’était pas grand. Il est fait mention d’un cours différent du Hanneton qui s’écoulait plus à l’ouest (quasi dans le centre actuel) et d’un bras de la Haine (la Reauwe) qui, venant de Saint-Ghislain, passait dans le parc actuel du château. Au nord de celle-là et à l’est du Hanneton, c’était le territoire d’Hornu, propriété des abbés de Saint-Ghislain. Au sud, se trouvait un grand bois (actuel Boussu-Bois) qui faisait partie de Dour, mais appartenait aussi à l’abbaye de Saint-Ghislain. Entre les deux, un fief est apparu au début du XIème siècle, celui de Hanneton (infra).

Le domaine réel de Buxut était relativement réduit, jouxtant à l’ouest celui d’Hainin. Et pourtant jugé stratégique dès la période mérovingienne, s’il est vrai qu’il y ait déjà eu un endroit fortifié sur les Almottes. Au-delà de la Haine, se trouvait, avant le milieu du XIème siècle, un autre petit comté (dont le nom est difficile à définir:  Brabant, Burbant, Chièvres). On n’a pas connaissance de conflit à l’époque entre le Hainaut et cette entité, mais ce château, en plein milieu du royaume de Neustrie devait avoir une signification qui nous échappe. Ce ne sera plus le cas dans quelques siècles, pour d’autres raisons.

Qui détenait le pouvoir en ces temps lointains à Boussu? Aux époques mérovingienne et carolingienne, il s’agissait de terres fiscales, dépendant du roi. S’il est vrai que Dagobert ou un de ses descendants donna des terres à l’abbaye naissante voisine, cela confirme le fait. Après les destructions des vikings et la quasi disparition de l’abbaye de Saint-Ghislain, il est probable que les premiers comtes, à commencer par Régnier Ier “au long col” et son fils Régnier II, possédaient tout ce qui n’appartenait pas ou plus à l’abbaye. Ce fait entraînera de très nombreux conflits entre les abbés, les comtes et leurs vassaux directs dans les siècles suivants, d’autant plus qu’aucun document ne prouvait les donations faites à l’abbaye. Ils auraient été brûlés lors des raids normands. De faux documents circulèrent aussi, entraînant la méfiance de part et d’autre.

Pour revenir à Boussu, mais aussi aux villages voisins non dépendant de l’abbaye de Saint-Ghislain (Hainin, Hautrage, une partie de Dour), ces domaines appartenaient aux comtes de Hainaut, notamment ceux du nord de la Haine après la fusion des comtés originels de Hainaut et de Burbant en 1050. Ils gardèrent ces territoires sous leur administration  avant de les donner en fiefs à des “fidèles”.

On sait, d’après le premier document écrit mentionnant Boussu, qu’en 945 (soit sous Régnier III), un certain Muno et son épouse Hildegarde cédèrent des terres de “Buxut super fluvium Haina” à l’abbaye de Saint-Pierre  du Mont Blandain  à Gand. Qui était ce Muno ? On ne dit pas qu’il était seigneur de Boussu. Peut-être un alleutier local.

Selon Warlomont, un diplôme d’Otton Ier de 965 confirme l’abbaye de Saint-Ghislain dans la possession de tous ses biens, comprenant, entre-autres, presque tout le territoire de Boussu qui n’était, selon le pape Urbain II en 1095, qu’une dépendance de celui d’Hornu. On comprend que, sur base de tels documents, qui sont peut-être faux, les conflits furent multiples entre abbés, comtes et seigneurs de Boussu.

Ce qui est certain, c’est qu’en 974 Régnier IV et son frère Lambert, en guerre pour récupérer le comté qui avait été confisqué à leur père par l’empereur Othon II, vinrent se réfugier dans le château. Ils venaient de battre et de tuer à Péronnes-lez-Binche les comtes de Valenciennes et de Mons nommés par l’empereur . Celui-ci et l’évêque Tietdon de Cambrai leur envoyèrent des troupes qui y mirent le siège, prirent le château et l’incendièrent. Le castrum  aurait été reconstruit vers 977 sur le modèle de celui de Mons, avec un soubassement en pierre. Ce qui tend à prouver qu’à cette époque, Boussu était une terre domaniale comtale.

En 1067-1070 (1054-1055 selon une autre source), le comte Baudouin I, époux de Richilde, en conflit avec l’abbaye de Saint-Ghislain, qui s’arc-boutait derrière son droit à l’autonomie, aurait ravagé et pillé le monastère et tout ce qui en dépendait à Dour, Hornu et Boussu, autre preuve qu’il était toujours maître à Boussu. L’abbaye était sous la protection de l’évêque de Cambrai et de l’empereur Henri IV.

C’est probablement au XIIème siècle, qu’un comte, peut-être Baudouin IV qui restructura ses domaines dans sa politique de défense et de stimulation de l’économie, a fieffé un de ses proches avec le domaine de Boussu (probablement lié aux domaines d’Hainin, d’Hautrage, de Villerot et d’une partie de Ville-Pommeroeul, peut-être aussi de Thulin et de Dour en tout ou en partie).

Le seigneur reçut les 3 justices. Il percevait les impôts sur tout ce qui entrait et sortait de son fief (tonlieu). Il percevait les droits féodaux sur les achats, les ventes, les successions d’immeubles et il possédait le droit de soumettre les habitants aux corvées. Il avait aussi le droit de mortemain. 

Le comte de Hainaut prélevait la taille, mais il ne pratiquait pas de levée d’hommes ou de chevaux, car la commune de Boussu dépendait en partie du comté de Namur, partie de l’empire (avec Saint-Ghislain et Hornu), selon un cartulaire de 1265. Ceci sera discuté un peu plus loin.

Liste des seigneurs de la seigneurie principale

Plusieurs familles se succédèrent à la tête de la seigneurie :

  • La famille de Mons-Baudour
  • De Fontaine (-l’Evêque)
  • De Hénin-Liétard
  • De Caraman

L. Devilliers et Th. Bernier ne citent pas la famille de Mons, mais plutôt celle de Rumigny. Ce qui complique très fort la compréhension. Deux personnages de cette famille de Rumigny sont présents successivement dans celles qui régnèrent sur Boussu: Béatrice, épouse de Gossuin III de Mons, et Pétronille, sa tante, belle-mère de Wauthier II de Fontaine. Dans les généalogies de la famille de Rumigny, il n’est jamais fait mention de Boussu. Je ne crois pas que cette seigneurie soit passée dans leur famille.

Nous présentons ici une liste comprenant les noms de ces personnages. Pour plus de détails à leurs sujets, il convient de se reporter aux chapitres généalogiques qui les concernent.

La famille de Mons

Il s’agit d’une famille très importante au XIème et XIIème siècles, intéressante, mais malheureusement mal documentée avec beaucoup de contradictions. Ses personnages étaient liés à la famille comtale.

A partir de quand a-t-elle reçu les droits seigneuriaux sur Boussu ? Il est difficile de le dire. Les baronnies ont commencé à être instituées au XIème siècle, sous Richilde et surtout sous les premiers Baudouin.

Trois membres de cette famille de Mons sont signalés comme seigneurs de Baudour, village qui était un alleu et fut érigé en pairie. Il est possible (sans certitude) qu’ils furent aussi seigneurs de Boussu. Ce sont:

  • Gossuin I de Mons (1045/1056-1088/1093), peu probable, car jamais cité comme tel
  • Gossuin II « Isaac » de Mons (v1070-v1126), fils du précédent
  • Gossuin III de Mons (1116/1120-v1177), fils du précédent. Ce dernier (et son père aussi) furent à la tête de plusieurs seigneuries de la région (Baudour, Dour, Thulin, Hautrage, une partie de Ville et Villerot) et châtelains de Mons. Il épousa Béatrix de Rumigny, petite-fille du comte Baudouin II par sa mère. Gossuin et Béatrix eurent un fils et plusieurs filles, dont certaines (avec certitude) reçurent en dot ou en héritage une seigneurie.
  • Ce fut le cas d’Alix de Mons  (1140-1200), l’aînée, qui hérita de Baudour, de Boussu, de Villerot, d’Hautrage et d’une partie de Ville-Pommeroeul. Cette fille épousa successivement Roger de Condé (1120-1171), à la descendance duquel elle donna Boussu, Hautrage, Villerot et Ville, puis Régnier de Jauche, à la descendance duquel elle donna Baudour. De son premier mariage, elle eut une fille, Basilie de Condé qui épousa Wauthier III de Fontaine et lui amena ses domaines.

Maison de Fontaine

Cette famille avait les droits seigneuriaux sur les villages de Fontaine (qui s’appellera plus tard Fontaine-l’Evêque) et d’Orchies.

Wautier III de Fontaine (v1155-apr1235) épousa en premières noces Jossine de Ligne dont il n’eut pas d’héritiers (Wauthier IV mort avant son père). Il épousa en secondes noces Basilie de Condé, dont il eut :

  • Nicolas de Fontaine ( ?-1272), qui devint seigneur de Fontaine et le resta jusqu’à sa mort, mais qui entre-temps devint ecclésiastique et évêque de Cambrai. Il n’eut bien sûr pas de descendance et sa soeur héritera de son domaine.
  • Mahaut de Fontaine ( ?-1274) fut dame-héritière de Boussu. Elle épousa Baudouin II de Hennin-Liétard et fit entrer la seigneurie de Boussu dans cette famille qui la détiendra pendant plus de cinq siècles.

Quant aux domaines d’Hautrage, de Villerot et de Ville (partie), ils furent détachés de celui de Boussu et remis en fief par la comtesse Marguerite, donc après 1245, à la famille de Strépy-Harchies qui détenait la seigneurie principale de Ville, celle de Pommeroeul qui lui était attachée, ainsi que celles d’Harchies et d’Audregnies.

Quelques informations nous paraissent difficiles à expliquer quant au rapport qui aurait existé entre certaines seigneuries du Hainaut (Beloeil, Boussu) et le comté de Namur. Nous espérons être éclairés à ce sujet.

En 1211, une bulle du pape Grégoire X et une charte de Wautier III de Fontaine firent passer les alleux de Boussu, Ville (partie), Hautrage et Villerot à Philippe de Courtenay, marquis de Namur qui accepta, à condition de recevoir l’hommage du seigneur des lieux. Wauthier lui rendit cet hommage (et d’autres seigneurs de Boussu firent de même par la suite). Ce Philippe de Courtenay était le beau-fils de Philippe “le Noble”, frère du comte Baudouin VI parti à la quatrième croisade, comte-marquis de Namur, régent du comté de Hainaut pendant son absence et tuteur des deux filles du comte, Jeanne et Marguerite. Personnage étrange que ce “noble Philippe” qui s’adjugea autoritairement certains domaines (comme celui de Blaton), puis qui céda face au roi Philippe-Auguste de France en lui remettant les deux petites héritières. Il serait intéressant d’avoir plus de détails sur sa régence en Hainaut pour comprendre pourquoi certaines seigneuries passèrent dans le domaine namurois à cette époque, puisqu’il n’en est pas fait mention plus tôt.

En 1297, Jean, comte de Namur, accepta que Boussu et Beloeil, qui sont considérés comme étant des fiefs du comté de Namur, soient enclavés dans le comté de Hainaut, c’est-à-dire sous la juridiction de celui-ci. En 1400, le seigneur de Boussu était toujours en partie le vassal et pair du château de Namur. Des traces de cette dépendance namuroise sont encore retrouvées sous Maximilien II en 1598.

En 1233, Wauthier III donna à l’abbaye de Saint-Ghislain le courtil des Andons, après lui avoir reconnu tous les droits et biens situés entre Boussu, Hornu et Saint-Ghislain, comme appartenant au monastère, droits que Béatrix de Rumigny avait contestés autrefois.

Maison de Hénin-Liétard

Pour plus de détails sur les personnages de cette famille, il est conseillé de consulter le chapitre généalogique qui lui est consacré. Autrefois, ce nom s’orthographiait aussi “Hennin-Liétard”. J’utiliserai indifféremment les deux orthographes.

Hénin-Liétard était un village (ou l’association de deux villages) de l’Artois (actuel Pas-de-Calais). Ayant fusionné en 1971 avec Beaumont-en-Artois, la loclaité s’appelle aujourd’hui Hénin-Beaumont.

Baudouin II de Hénin-Liétard ( ?-1259). Il était le fils de Baudouin I, seigneur de Quincy. En premières noces, il épousa l’héritière d’Hennin-Liétard, dont il prit le nom. Il épousa en secondes noces Mahaut de Fontaine, héritière de Fontaine et de Boussu. Leur succédèrent:

  • Jean I de Hénin-Liétard (c.1235-1300), fils du précédent
  • Baudouin III de Hénin-Liétard « le Borgne » (1271-1302), fils du précédent. Il fut au service du comte Jean d’Avesnes et mourut à la bataille des Eperons d’Or.
  • Baudouin IV de Hennin-Liétard (1298-1317), fils du précédent, qui mourut célibataire
  • Jean II de Hennin-Liétard « le Gras » (1299-1348), frère du précédent, mort sans enfant vivant
  • Jean III de Hennin-Liétard (1316-1379), cousin du précédent
  • Wautier 1er de Hennin -Liétard  (1361-1422), fils du précédent. Il fut au service du comte Aubert de Bavière.
  • Jean IV de Hennin -Liétard  (1400-1452), fils du précédent. Il fut au service du duc Philippe le Bon.
  • Pierre 1er de Hennin-Liétart (1433-1490), fils du précédent. Il participa à une « croisade » au Maroc contre les Turcs. Il est considéré comme le premier des seigneurs de Boussu à exercer un rôle politique important. Il fut au service de Philippe le Bon, de Charles le Téméraire et de Maximilien d’Autriche. Il entra dans l’Ordre des Chevaliers de la Toison d’Or.
  • Gérard de Hennin-Liétard  (1460-1491), fils du précédent
  • Philippe 1er de Hennin-Liétard (1464-1511), frère du précédent. Au service de Maximilien d’Autriche, puis de Philippe le Beau. Il fut adoubé chevalier.
  • Jean V de Hennin-Liétard, dit « le Grand » (1499-1562), fils du précédent. Ami d’enfance de Charles-Quint à la cour de Malines où, orphelin, il fut placé pour son éducation. Il se mit au service de l’empereur du Saint-Empire Germanique et roi d’Espagne qu’il accompagna dans ses batailles contre François Ier de France et les Turcs (Pavie, Rome, Tunis, Alger, …). L’empereur le fit chevalier de l’Ordre de la Toison d’Or, puis premier comte de Boussu. C’est lui qui fit construire à Boussu le premier château des Pays-Bas en style Renaissance.
  • Maximilien Ier de Hennin-Liétard (1543-1578), fils du précédent. Resté catholique dans la tourmente des guerres de religion, il resta au service du roi d’Espagne, Philippe II, et de ses gouverneurs en Pays-Bas, notamment du duc d’Albe. Il mena des troupes, avec ce dernier et le grand bailli Philippe de Noircame, pour reprendre les villes qui étaient passées aux huguenots (Avesnes, Valenciennes, Mons). Puis il alla combattre dans les provinces sécessionnistes du nord des Pays-Bas, avant de prendre le parti de celles-ci, écoeuré des exactions espagnoles dans les provinces du sud restées fidèles.
  • Pierre II de Hennin-Liétard (1569-1598), son fils. Il se mit au service de Philippe II, puis des archiducs Albert et Isabelle, en des temps plus paisibles.
  • Maximilien II de Hennin-Liétard  (1580-1625), son cousin. Au service des rois d’Espagne, Philippe III et Philippe IV, et de leurs gouverneurs aux Pays-Bas.

    D’Adrien de Montigny (fin XVIème siècle)
  • Albert-Maximilien de Hennin -Liétard  (1605-1640), fils aîné du précédent. Il fut tué au siège d’Arras. Il n’avait pas d’héritier.
  • Eugène de Hennin-Liétard  (1614-1656), frère cadet du précédent. Par son mariage, ce comte de Boussu “fit alliance” avec les princes de Chimay. Au service du roi Philippe IV d’Espagne, il se trouva impliqué dans les premières guerres de Louis XIV contre les Pays-Bas.
  • Philippe-Louis Antoine de Hennin-Liétard (1646-1688), fils du précédent. Comte de Boussu, il hérita des titres de Prince de Chimay et du Saint-Empire et de Comte de Beaumont.
  • Charles-Louis-Antoine de Hennin-Liétard, dit d’Alsace, (1675-1740), fils du précédent. Il se mit au service du roi Charles II d’Espagne et de l’empereur Léopold. Mort sans postérité.
  • Alexandre-Gabriel-Joseph “d’Alsace” de Hennin-Liétard (1681-1745), frère du précédent. Il fut au service du roi Philippe V d’Espagne, puis, après 1713, de l’empereur. L’attribut “d’Alsace” vient du fait que de tout temps, les Hénin-Liétard ont revendiqué des origines dans la famille comtale d’Alsace, ce qui semble n’avoir jamais été prouvé. Mais les comtes de cette “fin de régime” aimaient s’en parer.
  • Thomas-Alexandre-Marc d’Alsace de Hennin-Liétard (1732-1759), fils du précédent. Il se mit au service du roi de France, Louis XV, qui vint d’ailleurs occuper Boussu, puis du duc de Lorraine, Stanislas Leczinski. Son épouse était dame d’honneur de la reine de France, sœur de ce même duc.
  • Thomas-Alexandre-Marc-Maurice d’Alsace de Hennin-Liétard (1759-1761), fils du précédent, mort à l’âge de deux ans.
  • Philippe-Gabriel-Maurice-Joseph d’Alsace de Hennin-Liétard (1736-1804), oncle du précédent. Il se mit au service du roi Louis XVI de France, puis des empereurs Joseph II et François II. En fait, il jouait un rôle de diplomate entre les deux souverains. En 1794, avec la Révolution, il perdit ses droits féodaux, mais conserva ses domaines de Boussu et Chimay. Il mourut à Paris en 1804 sans héritier. Il était donc le dernier survivant de cette longue lignée familiale.

Ce sont ses neveux, fils de sa tante Marie-Anne-Gabrielle, mariée à un Riquet de Caraman, qui héritèrent et se partagèrent ses domaines (voir note finale en annexe).

Carte de Ferraris (XVIIIème)

La seigneurie de Hanneton 

Selon les Annales de l’abbaye de Saint-Ghislain, en 990 ou 1002, l’hôpital d’Hanneton fut fondé à Boussu par Godefroid, fils de Régnier IV. Il venait de guérir d’une longue maladie grave et voulait en remercier Dieu. Les pèlerins pour Jérusalem pouvaient y être hébergés et nourris. L’hôpital était dédié à Saint-Nicolas. Cela relèverait cependant de la légende, car ce personnage de Godefroid n’aurait pas existé. La seule chose certaine, c’est qu’il existait en 1194.

Il se trouvait à l’époque sur le territoire d’Hornu, sous l’autorité conjointe de l’abbaye, qui y déléguait le servant et les frères soignants, et du seigneur de Boussu. En fait, il s’agissait d’un fief, car outre l’hôpital, on y trouvait une chapelle Saint-Nicolas, une ferme, un moulin et des terres. Le tout était administré comme une commune, par un maïeur et des échevins, Malgré sa situation, le territoire appartenait aux comtes de Hainaut. Les droits de seigneurie furent partagés entre les abbés de Saint-Ghislain et les seigneurs de Boussu. De cette institution n’a été conservé que le moulin Wins, disparu au XIXème. L’actuelle ferme Tamigneau (ou du Hanneton) est de construction plus tardive (1825).

L’activité de l’hôpital déclina au XVIIIème siècle. Les biens furent finalement vendus en 1775 au profit du gouvernement autrichien.

Evènements et faits marquants sur le sol de la commune

On l’a déjà dit, l’histoire de la seigneurie de Boussu est émaillée de conflits avec l’abbaye voisine de Saint-Ghislain, pour divers motifs, mais le plus souvent pour des problèmes de délimitation floue du territoire. Les possessions de l’abbaye enserraient sur trois côtés le “petit” domaine de Boussu. En 1155, Gossuin III de Mons fut contraint à  un arrangement. Son chapelain ne put plus dire la messe dans la chapelle castrale sans la permission de l’abbé.

La veuve de Gossuin III, Béatrix de Rumigny, à la mort de son mari en 1177, contesta la juridiction de l’abbaye de Saint-Ghislain sur le territoire de Boussu. Un arbitrage fut organisé en 1191 pour délimiter les compétences. Celui-ci fut à l’avantage de l’abbaye.  Le pape Célestin III intervint en faveur des abbés, car Béatrix contrevenait aux directives d’une lettre du pape Grégoire VIII. Dans une bulle, il fixa les limites des deux domaines. Il afferma les droits du monastère sur ces terres marécageuses, terres sous la protection de l’évêque de Cambrai et de l’empereur. Béatrix ignora le fait. Elle fut excommuniée par le pape. Finalement, un arbitrage donna raison aux abbés et on s’apaisa.

A la même époque, en 1186, Baudouin V « le Courageux », comte de Hainaut (1171-1195), occupa le château pour se défendre contre le comte de Louvain, Henri « le Guerroyeur », qui attaquait son comté. Ce dernier était allié du roi de France Philippe-Auguste. C’est une preuve supplémentaire que la seigneurie de Boussu était encore très liée au comte de Hainaut. Le roi de France dépêcha à Baudouin des envoyés pour l’engager à faire la paix avec le comte de Louvain.

En 1234, l’abbaye conclut un accord avec le seigneur de Boussu, à ce moment Baudouin II de Hénin-Liétard, et avec les habitants des villages d’Hornu, Saint-Ghislain et Boussu concernant leurs marais. Le pâturage fut cédé à ces communes, contre une rente annuelle à l’abbaye.

Lors de ce siècle, on commença à  exploiter le charbon en surface. Baudouin II de Hénin-Liétard, en 1248, participa à un accord avec les autres seigneurs et abbés du Couchant de Mons pour un règlement avec les concessionnaires. Je suppose qu’on trouvait en surface du charbon au sud du Boussu d’alors, en bordure du bois qui appartenait aux abbés.

Jean III de Hénin-Liétard, seigneur de 1348 à 1379, fut en conflit avec l’abbaye de St Ghislain à propos de terres situées au Hanneton.

En 1402, le seigneur de Chaumont, ennemi héréditaire de la famille Hénin-Liétard, vint assiéger et incendier le château de Boussu (je ne connais pas le contexte).

En 1478, le roi de France Louis XI, en guerre contre les Bourguignons, tenta sans succès de s’emparer du bourg et de l’abbaye de Saint-Ghislain. Le château de Boussu eut à subir de gros dommages au point que le seigneur Pierre de Hennin-Liétard dut fuir. Des mercenaires allemands vinrent l’occuper et obligèrent ledit Pierre à payer une forte somme pour récupérer son bien. En 1482, par sa fermeté, le même seigneur sauva Boussu et St Ghislain des excès des troupes indisciplinées de l’archiduc Maximilien.

En 1510, Philippe I de Hénin-Liétard reçut de l’empereur Maximilien l’autorisation d’organiser un marché franc en son « bourg » de Boussu.

En 1548, Charles Quint accorda à Boussu des privilèges et une confrérie d’archers et d’arbalétriers sous l’invocation de St Sébastien.

En 1551, l’abbé de St Ghislain céda à Jean de Hénin-Liétard les terres qui vont du Cornet vers Dour et Hornu, soit le territoire de l’actuel Boussu-Bois. Ces terres étaient avant tout boisées. Elles servaient à la chasse, mais on commençait à y extraire le charbon dans les clairières. Les seigneurs de Boussu en touchèrent le cens pour l’exploitation des veines et l’entre-cens sur le produit de l’extraction. En échange, le comte Jean leur céda ses domaines de Wasmuel et de Fayt-le-Franc.

Le château, encore en construction à l’époque, aurait eu à subir de gros dommages des troupes du roi de France Henri II en 1554. La restauration par Dubroeucq fut interrompue en 1562 sur décision de Jean de Hennin. Certains émettent des doutes sur cet épisode, car les troupes françaises semblent avoir pris un tout autre chemin dans leur raid qui visait les châteaux de Binche et de Mariemont.

En 1572, en pleine guerre de religion, alors que la ville de Mons était aux mains des Calvinistes de Louis de Nassau et que les troupes espagnoles s’apprêtaient à la reprendre, tout en devant lutter contre une armée venue de France, le château de Boussu fut investi quelque temps par des réformés. Ceux-ci le quittèrent après leur défaite à Hautrage le 17 juillet.

A plusieurs reprises, au XVIIème siècle, le roi Louis XIV investit les Pays-Bas Espagnols. Il s’empara une première fois du château de Boussu le 22 août 1655. Lui et son conseiller Mazarin y établirent quelque temps leurs quartiers pendant le siège de Saint-Ghislain. Alors qu’Alexandre de Hénin-Liétard, frère du comte de Boussu, et Philippe de Hénin-Liétard, fils de celui-ci, défendaient le bourg abbatial assiégé. Ce dernier capitula le 25 août.

Puis, Don Juan d’Autriche essaya de reprendre Saint-Ghislain aux Français. Il s’était établi à son tour au château de Boussu. Saint-Ghislain fut reprise le 21 mars 1657. Les seigneurs de Boussu récupérèrent leur château. Mais jusqu’en 1678, Boussu et la région furent inondées de troupes qui dévastèrent tout, y compris l’église.

C’est de cette époque que datent les premiers grands défrichements du Bois de Boussu, les troupes espagnoles y établissant des camps de retranchement.

Après la paix de Nimègue de 1678, les troupes françaises quittèrent la région, en ayant soin de détruire les fortifications de Saint-Ghislain. Le château boussutois tombait en ruine et il ne semble pas que les armées françaises s’y intéressèrent encore lors de leurs invasions suivantes.

Au cours de l’année 1715, des impôts furent prélevés afin de procéder aux réparations de l’église Saint-Géry.

En 1748 les armées de Louis XV occupèrent Boussu jusqu’à la signature de la paix d’Aix la Chapelle. Durement éprouvé par les guerres, Boussu subit encore en 1754 un incendie qui ravagea l’agglomération et consuma une trentaine d’habitations.

Lorsqu’en octobre 1792, le général Dumouriez, à la tête de l’armée révolutionnaire française, vint envahir les Pays-Bas, alors autrichiens, il se heurta à une première ligne de défense belgo-autrichienne installée entre Hainin et le Bois de Boussu. Une première fois repoussé le 28 octobre, il revint à la charge le 4 novembre et enfonça les lignes des défenseurs. On dit que ce soir-là, il dîna avec son état-major à l’hôtel du Cerf à Boussu. Il s’en alla ensuite l’emporter à Jemappes.

Quelques mois plus tard, en avril 1793, les Autrichiens repoussèrent les Français, dont certains campaient à Boussu. Le Prince de Saxe et son état-major s’installèrent au château. 

Période française (1794-1814)
  • Département: Jemappes
  • Canton: Thulin (1894), puis Boussu (1801)

Les Français revinrent en 1794 et annexèrent les Pays-Bas Autrichiens à la France. Ils réorganisèrent l’administration après avoir aboli la seigneurie et son système féodal. 

Un certain Guérin de Boussu, révolutionnaire pour l’occasion, mit beaucoup de zèle à prêcher la « Raison » dans les églises désaffectées et s’enrichit dès lors de la vente des biens ecclésiastiques.

En 1813, l’Empereur ordonna la vente des biens communaux, parmi lesquels les marais de Boussu, dans le but d’alimenter les ressources financières de la France épuisées par les guerres.

En 1814, après la défaite napoléonienne, les alliés, vainqueurs de la France, pénétrèrent dans Boussu. Le comte Gabriel de Caraman, pourtant un fidèle de Napoléon, choisit le parti du roi de France.

Répartition des pouvoirs pendant la période contemporaine (à partir de 1814)
  • Etat: Pays-Bas (1814-1830), puis Belgique
  • Province: Hainaut
  • Arrondissement administratif: Mons
  • Arrondissement judiciaire: Mons
  • Canton: Boussu
  • Entité communale depuis 1977: Boussu

En 1820, la France remboursa à la commune de Boussu le prix de ses biens vendus en 1813. L’administration communale employa cette somme pour payer l’amélioration de la voirie, la construction d’une école communale, d’une maison communale et de la justice de paix.

En 1825, le duc d’Orléans, le futur roi des Français Louis-Philippe, vint à Valenciennes installer son fils, le duc de Chartres, comme colonel du 1er régiment des hussards. Il profita de la proximité des lieux pour rendre visite au comte de Boussu en son château.

Après 15 ans de coexistence, les Belges se rebellèrent et, fin septembre 1830, Boussu envoya aussi son contingent de révolutionnaires pour bouter les Hollandais hors du royaume. 

Comme partout dans le Borinage, le XIXème siècle fut une période d’essor économique. Celui-ci est décrit plus loin. Le visage de Boussu changea complètement.

Le comte Maurice-Gabriel de Riquet de Caraman décéda en 1835, laissant trois filles. Celles-ci en 1836 vendirent le château et ses propriétés (40 hectares) au comte Eugène de Nédonchel (1777-1860) de Tournai, tandis que la place publique était achetée par la commune. Elles conservèrent pour elles et leurs descendants l’usage de la chapelle des Seigneurs de Boussu. Avec la mort du comte de Caraman s’éteignit le titre de comte de Boussu.

Le comte de Nédonchel, particulièrement croyant, fit d’importants travaux d’embellissement, y plaça de nombreuses œuvres d’art et fonda une bibliothèque comportant de nombreux manuscrits et livres d’art, qui seront dispersés au XXème.  Son fils, le comte Georges de Nédonchel (1813-1901) favorisa les congrégations religieuses à Boussu. Il fit réaliser :

Orphelinat
  • Les Ecoles des Frères Marianistes et de la Sainte-Union
  • L’orphelinat (ci-contre)
  • Le Carmel
  • Le couvent St-Joseph de Boussu-Bois
  • Le cercle St-Géry

Il eut deux filles : Caroline, qui devint carmélite, et Mathilde, une mystique qui mourut à 25 ans. Le château revint, à la mort de la première, au marquis Eugène de Chabannes de Paris. Avant cela, Caroline avait dispersé les livres et les œuvres d’art en les vendant. Georges de Chabannes succéda à son père en 1907. 

La première guerre mondiale

L’armée allemande envahit la Belgique le 4 août 1914. Boussu tomba lors de ce que l’on a appelé la « bataille de Mons »  mais qui se déroula dans toute la région entre le 23 et le 25 août. Les Anglais défendaient tout le sud de la Haine. Ils furent débordés par les troupes allemandes. A Boussu, celles-ci pénétrèrent à partir d’Hautrage et des Herbières, après un bombardement intensif.

Durant l’occupation, Boussu devint une zone-étape. Les troupes allant au front s’y arrêtaient. De nombreuses exactions furent commises. Le château fut réquisitionné par l’armée allemande et … amélioré. L’explosion d’un train de munitions lui fit cependant subir de gros dommages.

Une résistance fut organisée par l’abbé Thésin et Léon Figue. 

En janvier 1917, vu le recul du front, Boussu devint Kommandantur. 2000 allemands y furent hébergés, entre autres à la vieille verrerie, à la verrerie Robette ou au cercle catholique. En 1917 mais surtout en 1918, le ciel de Boussu fut le théâtre de plusieurs combats aériens. Un de ces duels fut fatal à cinq Boussutois le 19 juillet 1918 lors du bombardement de Boussu-Route.

En avril 1918, la gare de Boussu fut rasée et l’endroit fut transformé en quai de débarquement où transitaient munitions, chevaux et autres canons. En septembre-octobre 1918, l’armée allemande sentait la fin approcher. Les soldats se repliaient sur Boussu. Dès  le 12 octobre ils effectuèrent le raccordement du tramway électrique de Mons à celui à vapeur qui allait de la place de Boussu à Dour. Dans les jours qui suivirent,  une nouvelle ligne électrifiée venant de Quiévrain fut établie.

C’est du 6 au 8 novembre que fut livrée à Boussu la bataille de sa libération. Trois bataillons de l’armée canadienne détruisirent un train de munitions allemand, un pont du chemin de fer à Boussu-Haine et l’écluse des Herbières. Le 11 novembre, l’armistice fut signé. Des soldats canadiens restèrent à Boussu jusqu’en mars 1919.

Deuxième guerre mondiale

L’armée allemande envahit la Belgique le 10 mai 1940. Du 14 au 16 mai, Boussu fut copieusement bombardé, alors que sur la grand-route des colonnes de réfugiés fuyaient vers la France. Des soldats français furent tués. L’avant-garde allemande entra dans Boussu le 19 mai et Léopold III abdiqua le 28 mai.

Durant l’occupation, la Lutwaffe investit le château et en fit un dépôt de munitions destinées au champ d‘aviation de Chièvres. 

Des groupes de résistants en 1943-44 entreprirent des actions « commando » en sabotant des lignes de chemin de fer, en colportant des  faux renseignements ou même en abritant des personnes recherchées par la Gestapo. 

Dès 1943, plusieurs combats aériens donnèrent des frayeurs aux habitants de Boussu. Un bombardier et un quadrimoteur alliés s’écrasèrent près des habitations. 

Du samedi 2 septembre au lundi 4 septembre 1944, deux colonnes américaines firent leur jonction à Mons, enserrant comme dans un étau, entre Valenciennes et Mons, des milliers d’Allemands pris au piège. Le lundi 4 septembre 1944 Boussu fut libéré. Mais avant de partir, les Allemands, dans leur précipitation firent sauter leur dépôt de munitions et avec lui le château…qui ne fut jamais reconstruit.

Après 1944

Lentement le tissu industriel va se défaire. Après les charbonnages, ce sont les autres entreprises qui vont fermer, sans être remplacées par de nouvelles entreprises importantes.

Boussu devint lentement une cité-dortoir.

Les voies de communication et l’évolution du village

A Boussu, les premières voies de communication d’importance étaient

  • La Haine, qui était navigable au moins depuis la période romaine, et dont le cours fut fortement amélioré au Moyen Age
  • Le chemin de Mons à Condé, venant de Saint-Ghislain et se dirigeant vers Hainin, Thulin et Montroeul, d’où l’on pouvait prendre la direction de l’abbaye de Crespin
  • Le Vieux chemin de Binche, venant de Famars et de Valenciennes, qui passait au sud en bordure du Bois et se dirigeait par l’actuelle rue de Hanneton et le chemin de Binche vers Hornu, Quaregnon, Mons, puis Estinnes et Binche.
  • Un autre chemin descendait de Dour, mais il fut probablement plus tardif (XVIème siècle ?). Il passait plus à l’est dans la vallée du Hanneton.

Le vieux chemin de Binche fut remplacé en 1738 par la chaussée thérésienne, une chaussée pavée située plus au sud, traversant le noyau primitif du village (ou passant à proximité). C’est au long de cet axe, emprunté par les diligences Bruxelles-Paris, que se développa par la suite le centre de Boussu. C’est l’actuelle route Mons-Valenciennes.

L’année 1731 vit la construction d’une chaussée en pavés allant aux anciens rivages de Boussu et d’Hainin qui longeaient la Haine (passant près de la vieille gendarmerie) pour continuer le chemin (puis chaussée) descendant de Dour par Boussu-Bois.

Longtemps la Haine servit de voie de transport pour les céréales et la houille que l’on exportait via Condé vers l’Escaut et le nord (Flandre, Pays-Bas). Au début du XIXème siècle, elle s’avéra insuffisante avec l’intensification de l’exploitation houillère. Napoléon décida de construire un canal entre Mons et Condé. Ce qui se fit entre 1808 et 1818. Il passait tout au nord de Boussu.

A la même époque, le comte de Caraman fit construire sur ses terres le canal qui porte son nom pour relier la Haine au nouveau canal Mons-Condé. Cette nouvelle voie ne fonctionna pas longtemps, supplantée par le transport en train. Il est aujourd’hui comblé. Il mesurait 680 m de long. Il cessa ses activités en 1856.

La ligne de chemin de fer de Mons à Quiévrain (n°97) fut achevée en 1842. Elle fait halte à Boussu où une gare fut construite. Les entreprises boussutoises lui furent raccordées un temps. Elle fut électrifiée entre Saint-Ghislain et Quiévrain en 1995.

Elle fut précédée par des lignes industrielles dès 1834 pour relier les puits de Boussu-Bois au canal.

La ligne Saint-Ghislain-Tournai (n°78) fut mise en service, par tronçons, entre 1861 et 1870. Il existait un point d’arrêt au nord de la commune (« Boussu-Haine »). Elle fut électrifiée en 1982.

La ligne Mons-Saint-Ghislain, par le Borinage (n°98), fut aménagée entre 1868 et 1873. Elle passait par l’est de la commune (« Boussu-Route »). Elle fut fermée en 1987. D’autres lignes, dites industrielles, furent construites, plus au sud, entre les charbonnages d’abord, puis reliant ceux-ci à la gare de Saint-Ghislain.

Le tramway à vapeur reliant Boussu à Blaugies par Dour vit le jour en 1896. En 1899, on inaugura une ligne électrique de tram venant de Mons et passant par la place de Boussu. Les deux lignes seront supprimées en mars 1970.

Au  début des années 1970, l’autoroute E19 fut construite sur l’assiette de l’ancien canal Mons-Condé.

Et vers le sud, une route rapide N550 remplaça l’ancienne ligne industrielle entre Boussu-Bois et Cuesmes. Sa prolongation vers Thulin est toujours en suspens.

Boussu-centre

Le château, un petit habitat et un premier oratoire à proximité semblent dater de la période mérovingienne, sans doute le VIIème siècle, à proximité de l’ancien chemin qui allait de Mons à Condé par Saint-Ghislain, voie parallèle à la rivière. Il comportait sans doute quelques fermes et des petites maisons de paysans, non agglomérées. Il prit une allure de village plus classique vers le Xème siècle.

Ce n’est qu’à la fin du XVIIIème siècle, mais surtout au XIXème, qu’il s’est étoffé lors de l’essor économique de la cité.

Le hameau de Boussu-Bois

Ce territoire appartenait à l’abbaye de Saint-Ghislain. Il commençait à partir des rues actuelles du Cornet et de Hanneton. Il fut échangé au milieu du XVIème siècle avec le comte Jean de Boussu. Au départ il s’agissait d’un grand bois qui s’étendait de la limite d’Hornu jusqu’au sud d’Hainin. On y pratiquait la chasse, réglementée par les seigneurs.

Dès le XIIIème siècle, et peut-être avant, on avait déjà commencé à y extraire de la houille en surface. Avec l’invention de la machine à feu, installée à Boussu Bois dans le “puits des Français” en 1747, on put débarrasser les puits de l’eau qui y abondait et l’exploitation s’intensifia. Elle se fit aux dépens du bois qui fut défriché intensivement entre 1828 et 1830.

Un habitat ouvrier s’y développa, de part et d’autre du ruisseau du Hanneton, alors qu’un chemin pavé parallèle au ruisseau reliait Dour à Boussu. Deux quartiers apparurent : Saint-Charles à l’ouest (autour des charbonnages Vedette et Saint-Antoine) et Saint-Joseph à l’est. Avec leur paroisse et leurs écoles.

Economie

Activités agricoles et dérivées

Jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, les Boussutois (du Centre) vivaient essentiellement de l’agriculture (céréales, betteraves) et de l’élevage. On y comptait des fermes, petites et grandes.

Des moulins existèrent dès le Moyen Age, mais ne semblent être documentés que tardivement.

  • Moulins à eau (1739-1887)
  • Moulin à vent (1739-1820)
  • Moulin à vapeur Wins (1858-1971), production importante au XXème

La Sucrerie du Midi fut fondée en 1836 par Maximilien Robette et Jean-Baptiste Wins. La première à produire du sucre de betterave en Belgique. Elle fut fermée en 1903.

La sucrerie du Nord, fondée par Albert Robette et  Jean-Philippe Foulon. Elle fonctionna de 1836 à 1897.

Les brasseries

  • Degorge (1805-1881)
  • Robette (1823-1907)
  • Pêcher (1827-1977)
  • Jouveneau (1855-1948)
  • L’Alliance
  • Aussi distilleries : Pêcher, Thon, Herbain, Horlin

Chicorée Wins (1861-1879)

L’extraction de la houille à Boussu-Bois

Dès le XIIIème siècle, dans le Bois de Boussu, on commença à extraire le charbon de houille en surface. Un document de 1248 l’atteste. A cette époque, les seigneurs haut-justiciers au Couchant de Mons s’accordèrent pour fixer la manière et les conditions d’exploitation. Les abbés de Saint-Ghislain, propriétaires des lieux, permettaient à des exploitants de creuser. Les abbés leur cédaient des petites concessions pour lesquelles ils payaient des redevances : le cens (location du site) et le contre-cens (impôt sur la production). Ces exploitants vendaient leur charbon à la population locale et en exportaient. Pour cela, le charbon était transporté à dos d’ânes ou dans des chariots jusque la Haine. Là, il était embarqué vers l’Escaut, vers la Flandre et la Hollande.

En 1550, le comte de Boussu devint propriétaire des lieux, échangeant ses fiefs de Wasmuel et de Fayt-le-Franc contre le Bois de Boussu.

Alors que, depuis le début du 18ème siècle la production de houille ne cessait de diminuer, l’espoir revint grâce à la mise au point par Newcomen de la machine à vapeur, dite pompe à feu, qui permettait l’exhaure des eaux et l’exploitation jusqu’à une profondeur nettement plus importante. Cette machine fut connue populairement sous le nom de « machine à feu ». En 1747 une machine de ce type fut installée à Boussu, près de l’Ermitage d’Hanneton (endroit aujourd’hui nommé la Cabane). Véritable merveille technique pour son temps, elle permit la relance de l’activité charbonnière dans le bois de Boussu (et ailleurs). Elle fut décrite dans un article de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, à l’époque où les troupes royales du roi Louis XV avaient envahi le sud des Pays-Bas Autrichiens.

Avec l’abolition des seigneuries en 1792 et 1794, les ouvriers réclamèrent la possibilité d’exploiter les mines, mais des conflits surgirent et les Français remirent en place les anciens exploitants. Jouissant de plus de libertés, ceux-ci se regroupèrent alors en sociétés plus importantes et plus compétitives, dans lesquelles les banques investirent de gros capitaux.

De 1828 à 1830, le bois de Boussu fut complètement défriché. A cette époque, on comptait quatre sociétés exploitantes :

  • Société du Nord du Bois de Boussu qui comprenait le charbonnage “Vedette”, mis en service en 1832.
  • Société du Midi du Bois de Boussu (1746-1852)
  • Société Sainte-Croix
  • Société Sainte-Claire
  • Les trois dernières fusionnèrent en 1839.
  • Elles furent rejointes en 1851 par la première pour former : la SA des charbonnages de Boussu et de Sainte-Croix et Sainte-Claire, sous l’égide de la Société Générale.

Puis en 1868, elles s’unirent à d’autres voisines (Belle-Vue-Baisieux)  pour former la S.A. des charbonnages unis de l’Ouest de Mons, dont Boussu-Bois (Vedette) devint le siège central. Cette dernière société  devint à la fin du XIXème la plus importante de tout le bassin houiller borain (5334ha).

Les charbonnages principaux étaient:

  • N° 10 – Le charbonnage « Vedette » (1832-1931), rue de Dour, quartier Saint-Charles. Ce site était composé de trois puits (A, B et C), dont le A fut « dallé » en 1965 seulement. Sur le site se trouvaient également le triage-lavoir et le parc à bois. Après la Seconde Guerre, le charbonnage est modernisé et de nombreux investissements y sont réalisés. En vain. Les installations de Vedette ne seront jamais remises en services. Les installations seront démantelées dans les années 1970 à l’exception de la grande cheminée de la chaufferie (XIXème). Cette dernière, malgré son classement, sera dynamitée en 2006.
  • N°9 – Le charbonnage « Saint-Antoine » comprenait 2 puits  (1832-1961), rue Saint-Antoine, quartier Saint-Charles:
    • Le puits « A » – 1 183 m
    • Le puits « B » – 1 250 m.

S’est constituée une petite cité dans la rue Saint-Antoine à l’ouest du site Vedette. L’énorme terril fut ensuite exploité pour son schiste jusqu’en en 2012.

  • N°5 – Le charbonnage « Sentinelle » (1827 – 1961), rue Georges Cordier. Le 25 mai 1946, un éboulement y provoqua la mort de 3 mineurs dont un prisonnier de guerre allemand. Le 4 novembre 1955, une venue d’eau inonde la plus grande partie du puits et provoque l’arrêt momentané de l’extraction.
  • N°4 – Le charbonnage « L’Alliance » (1827-1961), rue de l’Alliance, à l’est du Hanneton. Tout a été rasé – un quartier (« Alliance Nord ») a été construit à proximité du site et du terril Saint-Joseph. Le 5 mai 1845 éclata la plus grande catastrophe minière de Boussu : l’explosion d’un puits à la Fosse d’en Bas qui causa la mort de 42 personnes.

En 1926, fut construit « l’Hôpital de Warquignies », à l’initiative de la Caisse Commune d’Assurances des Charbonnages du Couchant de Mons. On y soignait les mineurs blessés au travail et plus tard ceux qui souffraient des maladies pulmonaires dues au travail d’extraction de la houille. 

L’extraction du charbon cessa à Vedette le 22 décembre 1931, des suites du krach boursier de 1929. Les installations de surface restèrent en activité. 

Après la guerre, on entreprit des travaux de modernisation dans les charbonnages restants. On découvrit même une veine de charbon (« veine Abbaye ») estimée à près de 5.6 millions de tonnes. Mais l’extraction n’était plus rentable. Les puits fermèrent les uns après les autres. Le dernier, celui de Sentinelle, ferma le 30 septembre 1961.

Les autres activités extractives

Vers Boussu-Bois, on exploita des carrières de grès et de chaux. On y vit fonctionner des fours à chaux  (attesté dès 1354, actuelle rue des Chauffours). Il semble que tout ceci s’arrêta au XVIIIème. Les pierres de grès auraient déjà été utilisées en 1155 pour la construction de la première chapelle seigneuriale.

Des briqueteries fonctionnèrent autrefois. On mentionne celles du XIXème (Thiébaut, B. Wins, Dubuffet).

Les constructions métalliques

Les Ateliers de Construction Dorzée furent créés en 1804 au Coron d’en Haut, rue du Vieil Atelier, par Clément Dorzée, homme d’affaires, attiré à Boussu par les membres de la loge maçonnique boussutoise. On y produisait du matériel pour les charbonnages. Les ateliers furent déménagés en 1842 à la Voie d’Hainin, pour être raccordés au chemin de fer. L’entreprise prit alors une ampleur nationale et internationale.

Locomotive 3228 (atelier Dorzée)

L’homme de cette deuxième moitié de 19ème siècle fut François Dorzée. En 1870, il constitua une Société Anonyme. En 1886, comprenant l’essor des chemins de fer, François Dorzée orienta l’activité de ses ateliers vers la construction de locomotives à vapeur, les premières en Belgique. Celles-ci vont sillonner le monde entier : Europe, Chine, Amérique du sud, Congo, …. Il s’agissait d’une usine autonome, qui comprenait des sections de modelage, fonderie, chaudronnerie en fer et en cuivre, forges, machines-outils et montage.

Cet industriel de grande envergure fut bourgmestre de 1859 à 1897 (année de sa mort). Il géra sa commune comme ses ateliers, à tel point qu’en 1897 Boussu était la commune la mieux équipée de la région. A son dynamisme et son intelligence, il va ajouter le mécénat, payant de ses propres deniers de nombreux travaux effectués à Boussu sous son mandat.

Puis les orages s’amoncelèrent: la première guerre mondiale, la crise économique des années ‘1930 qui eurent raison des ateliers qui cessèrent leurs activités en 1938.

D’autres ateliers de construction métallique fonctionnèrent à Boussu :

  • Jules Bonaventure, 1883-1920, le long de la voie ferrée, réparations mécaniques.
  • Evence Coppée & Cie (de Bruxelles), 1923-1966. Ils construisirent le charbonnage de Tertre en 1938 et des charbonnages campinois. La société fut cédée à la S.A. Graver (USA) en 1960.
  • Fernand Wins, 1853-1903, construisait des lavoirs pour sucreries
  • Charles Viole Sprl, 1919-1974, entretien de matériel de verreries et de charbonnages
  • Carlier, 1922-1976, construction avec chaudronnerie pour l’acier inoxydable
  • Daco (Daubresse et Corroyer), 1921-1946, atelier de parachèvement avec fonderie de cuivre et de fer, réparation de matériel minier
  • Alexandre Foucart (1929- ?), fabrication des wagonnets et aérateurs pour les mines

D’autres industries se sont développées également à cette époque :

  • Des chaudronneries de fer : Campion (1831- ?), Duchesnes, Barbieux, Dequévy,
  • Des chaudronneries de cuivre : Salvaniac (1826- ?), Hancart, Ballez, Courtecuisse, Henri Dorzée (1889-1914), Boucgniaux (1876-1978)
  • Des fonderies de cuivre (Moreau, 1856-1942 ; Moulin, 1910-1916) et de fer (Baise, 1840-1930 ; Bassiroy, 1876-1897)
  • Une clouterie (Dulière, 1893-1920), boulonnerie, coutellerie, taillanderie, machines à coudre
  • Une manufacture de coffres-forts (Ducobu, 1884-1936)
  • Des verreries, dès le milieu du XIXème, et des cristalleries
    • La Vielle Verrerie, par Prosper Wins, 1837-1974
    • La Verrerie du Marais, par J.B. Wins et C. Degorge, 1837-1920
    • La Renaissance, par A. Robette, 1898-1952, avec département réputé de cristallerie
    • Lira-Dascotte (1897- ?), spécialisé dans les vitraux, glaces de vitrine, pannes de verre, …
  • Des corderies (Adolphe Mahieu, 1870-1905 – câbles pour charbonnage ; Gustave Laurent, 1870-1969) ; Courtecuisse (1874-1932) ; Mercier (1927-1974)
  • Une courroierie (Pêcher, 1906-1939)
  • Des gobleteries
  • Des savonneries
  • De l’industrie textile – des bonneteries

Boussu devint aussi au XIXème et au XXème une cité commerçante.

Le tout s’accompagna d’une urbanisation intensive et d’une vie associative vibrante avec ses sociétés culturelles et sportives. Avec l’essor industriel, se développa le mouvement ouvrier dès la fin du XIXème siècle : parti politique, coopératives, fanfares, chorales, maisons du peuple, … Quant à la bourgeoisie catholique, elle créa ses cercles et ses salles paroissiales.

Dès 1930, le Borinage commença à souffrir d’une crise économique sévère, qui s’intensifia dans les années 1950-1960 avec pour conséquence la fermeture des charbonnages, des industries métalliques et des verreries. Le commerce par contre persista et s’intensifia, notamment le long de la route vers Mons.

Patrimoine

Le château

Il était situé au nord du centre actuel de l’agglomération, à proximité de la Haine, dans une plaine marécageuse qui protégeait le site castral au nord et à l’ouest. Il fut bâti au début sur une petite éminence (Almotte). Par contre, il se montra plus vulnérable au sud et à l’est. On y aménagea un cours d’eau. 

Il est dit qu’à l’époque de Charlemagne, Boussu était un bourg, ce qui signifie qu’elle était protégée par des fortifications. Ce qui n’est pas sûr, quand on connaît le contexte de l’époque. Il existait peut-être un site fortifié, encore en bois, qui protégeait le seigneur du lieu, sa famille et les serfs domestiques.

Il s’agissait sans doute d’une motte castrale, soit une tour-résidence sur une éminence de terre, entourée d’une levée de terres, surmontée d’une palissade et d’un fossé rempli d’eau, ce qui n’était pas difficile en ces lieux marécageux.

Celle fortification abrita les frères Régnier et Lambert quelque temps, avant de subir un siège, un assaut et un incendie par les troupes impériales d’Othon II. Régnier IV récupéra plus tard son comté et fit sans doute reconstruire son château de Boussu. Un incendie le ravagea au siècle suivant.

La reconstruction, en pierre cette fois, en fit une véritable forteresse, entourée d’un plan d’eau, accessible par un pont-levis et une barbacane. Une voie carrossable reliait le château à l’église où une chapelle seigneuriale fut construite contre le chevet. 

Un nouvel incendie en 1402 détruisit partiellement l’édifice qui fut renforcé. Lorsque Louis XI vint attaquer les Bourguignons, il fit subir des dommages à ce château. 

En 1539, Jean de Hénin-Liétard, premier comte de Boussu, grand officier de Charles-Quint, fit abattre le vieux château médiéval, fort endommagé par les guerres et les sièges, et demanda à l’architecte montois Jacques du Broeucq de lui construire un nouveau château de style Renaissance italianisant, le premier dans les Pays-Bas.

D’Adrien de Montigny (fin XVIème)

Charles Quint viendra le visiter en 1544 ou 1545, alors que celui-ci était à peine achevé, puis une seconde fois en 1554. Philippe II, son fils, viendra aussi le visiter en 1549. Des gouaches d’Adrien de Montigny, commandées par Charles de Croÿ (1598), nous montrent l’allure de cet édifice.

Bâti sur un plan carré d’environ 100m de côté, il comportait quatre ailes entourant une cour centrale, avec quatre tours d’angle. On y trouvait les appartements du comte et de sa famille, ceux du gouverneur (puis du bailli) qui habitait les lieux en l’absence du comte (celui-ci résidant souvent à Mons ou à Bruxelles), une chapelle castrale (?) et une écurie pouvant abriter 300 chevaux. On y accédait par une double rampe d’accès. Au-devant, on entrait par un châtelet, constitué d’un porche monumental et de deux tours. Par une galerie couverte, on se dirigeait vers le château. Le tout était entouré d’un grand parc avec des bassins et des fontaines fonctionnant par un réseau hydraulique.

Tout ceci fut construit entre 1539 et 1554 en divers matériaux : pierre bleue, marbre blanc, pierre d’Avesnes, brique, ardoise, pierres du bâtiment précédent.

Un chemin rectiligne le reliait à l’église du village et à la chapelle castrale médiévale. Autrefois, le château était séparé du village par des jardins.

Durant sa construction, le château fut victime d’un incendie en 1544 et de dommages infligés par les armées du roi de France Henri II en 1552 (il existe une controverse à ce sujet). Certaines réparations n’eurent pas lieu.

Cette noble demeure s’avéra vite trop grande pour des seigneurs qui y résidaient finalement fort peu. On n’y occupait plus qu’une partie dès le XVIIème siècle déjà. Au siècle suivant, la partie seigneuriale fut abandonnée. Les parties abandonnées tombèrent vite en ruines. Les douves furent supprimées aux XVIIIème et XIXème siècles au profit des jardins. Les viviers furent asséchés.

En 1810, Maurice-Gabriel de Caraman fit reconstruire le château de Boussu en état de délabrement, car abandonné depuis de nombreuses années. Il fit raser les ruines du bâtiment de 1539 et ne conserva que le châtelet de cette époque qui servit d’assise à la nouvelle construction, entourée d’un splendide parc à l’anglaise. Il fit ériger une orangerie. Napoléon y passa lui-même en 1810 alors qu’il inspectait les travaux de la construction du canal Mons-Condé, dont on avait commencé les travaux en 1808.

Le château restauré (XIXème)

Lorsque Caraman mourut, le château et son domaine furent rachetés par le comte de Nédonchel qui continua à l’entretenir et à le décorer. La commune de Boussu acquit une partie des jardins. Puis en 1842, pour y construire la ligne de chemin de fer et la gare, l’Etat Belge en acheta une partie. Les terrains situés au-delà furent offerts par le comte à des institutions religieuses qui y construiront un orphelinat et une chapelle.

Après 1944

Le château fut occupé pendant les deux guerres mondiales par les Allemands qui le firent exploser le 2 septembre 1944 lorsqu’ils l’abandonnèrent dans la précipitation de la retraite. 

Le château en 1966 fut revendu à un Boussutois qui projetait de le lotir pour y bâtir de nouvelles habitations. Mais une ASBL culturelle « Gy serai Boussu » et la commune s’y opposèrent en rachetant le domaine. Des fouilles furent entreprises dès 1985 qui permirent de ramener au jour les fondations du château du XVIème et de celui du Moyen-Age (XIIème). Le domaine est aujourd’hui classé depuis 1988.

On y découvrit deux statues (Charles-Quint, 1783 et François Ier, 1781), plusieurs pièces sculptées décoratives, de nombreux éléments céramiques (en général productions locorégionales, mais aussi d’ateliers mosans, rhénans, sambriens, anversois, Beauvaisis, …) et autres  (XIV au XVIIIème).

Un musée y a été aménagé récemment.

Eglise Saint-Géry. La tradition la fait remonter au VIIème siècle. Une église romane fut érigée au XIIème siècle. Il en reste la base en grès. L’édifice actuel date du XIIIème pour ce qui est du chœur. Il est en style gothique hennuyer. En 1278, Jean I de Hénin-Liétard y fonda une chapelle en l’honneur de la Vierge. Le clocher est de 1501.

Retable

Le mobilier est d’intérêt : l’autel, des retables, dont un gothique du XVème en bois. La chaire de Vérité est de Latour (Boussu). L’église est couverte d’une charpente apparente. Des pierres sépulcrales sont fixées dans le mur de l’église.

L’église fut partiellement remaniée en 1716 (réfection de la nef et des collatéraux). Elle fut encore restaurée en 1861.

Ancien cimetière près de l’église. Il fut fouillé en 2010 (Chroniques de l’archéologie wallonne). Il montre une occupation du VIIème jusqu’à son abandon en 1832. On y trouva deux tombes mérovingiennes du VIIème avec du mobilier funéraire (vase, fusaïole, perle).

Chapelle funéraire seigneuriale

Elle fut construite pour abriter les sépultures des familles d’Alsace, de Hénin-Liétard, des Boussu, des Chimay, des Riquet-Caraman. Elle fut érigée dans la première moitié du XVIème siècle sur les ruines d’une ancienne chapelle primitive qui existait déjà en 1155 (d’après un document relatant un différend entre le seigneur de Baudour qui avait épousé la dame de Boussu et l’abbaye de St Ghislain qui avait juridiction sur l’église paroissiale de Boussu) et selon certains au siècle précédent. Il reste dans la chapelle actuelle du XVIème des vestiges de la chapelle primitive. La chapelle est contiguë au chœur de l’église St Géry. Elle comprend un soubassement en moellons de la chapelle antérieure et des fenêtres gothiques. La porte est de style renaissance (jambages en pierre) avec la  devise de Jean de Hénin : « Gy seray Boussu ». 

L’intérieur est dépouillé, romano-gothique en croix grecque. Monuments intégrés à la chapelle :

  • Mémorial de Thierry de Hénin-Liétard (1406-1430) – bas-relief de l’école tournaisienne
  • Mausolée de Jean, comte de Boussu (†1562) et d’Anne de Bourgogne (†1551) – de Luc Petit, artiste valenciennois
  • Dalle funéraire de Philippe de Hénin-Liétard (†1542), fils des précédents décédé à l’âge de 7 ans
  • Dalle funéraire de Marie-Béatrice de Velasco
  • Mausolée de Maximilien, comte de Boussu (†1578), et de Charlotte de Werchin (†1571), dame de Jeumont, son épouse ; de Pierre (†1598), comte de Boussu et de Marguerite de Croÿ, son épouse
  • Mausolée de Maximilien (†1625), comte de Boussu, et d’Alexandrine de Gavre (†1650), son épouse
  • Le gisant maniériste, par Jacques Du Broeucq
  • « L’homme à moulons », cadavre plein de réalisme, dont on n’est pas sûr de l’auteur (du Broeucq ou Jean Goujon)

Une crypte inférieure comprend une trentaine d’inhumations, dont les derniers Caraman. Les épitaphes ne se rapportent qu’à des défunts d’après 1452. Mais il est vraisemblable que les défunts antérieurs y ont été aussi déposés sans épitaphes. Le plus ancien seigneur enterré est Jean, comte d’Alsace, de Hénin-Liétard, seigneur de Boussu (1400-1452). La date la plus récente est 1850, année du décès d’Antoinette de la Garde.

http://www.chateaudeboussu.be/index.php?option=com_content&view=article&id=14&Itemid=16

L’ancien presbytère devant la porte de l’église date de 1829.

L’ancien habitat. Jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, l’habitat était constitué de fermes et de petites maisons rurales basses. Il en existe encore aujourd’hui quelques-unes. 

L’essor industriel du XIXème modifia le paysage, surtout le long de la route pavée de Mons à Valenciennes, mais aussi dans les rues qui s’en éloignaient dans les diverses directions.

La place de Boussu

Justice de Paix

Elle est aménagée dans le coude que fait la grand-route Mons-Valenciennes. On y a construit un kiosque à musique et on y planta des tilleuls. Une première maison communale fut construite en 1822-1825, en style néoclassique. Cinquante ans plus tard, elle fut transformée en Tribunal de Justice de Paix du canton. Un nouvel hôtel de ville fut alors bâti, l’actuel, en 1876, à l’initiative du bourgmestre François Dorzée, sur des plans de l’architecte J. Hubert.

Sur la place et à partir de celle-ci, le long des axes qui en partent en étoile, une cité urbaine s’est développée. Sont apparues des maisons bourgeoises, de style néo-classique ou éclectique, ayant appartenu aux magistrats, aux gros industriels et aux directeurs de charbonnages. Notamment dans la rue Caraman, dont certaines furent acquises par l’Institut des Aumôniers du Travail. Si celui-ci a été en grande partie reconstruit au milieu du XXème siècle, il reste encore quelques façades classiques de la fin du XVIIIème dans cette rue, notamment une avec porche au n°23, une ancienne brasserie datée de 1774 au n°109, une de 1802 au n°8 et une de 1832 au n°12.

On trouve d’autres « châteaux d’industrie » de la seconde partie du XIXème siècle. Celui de Mr Laurent au 79, rue Bonaventure, et celui de Mr Pécher, au 13 de la rue Caraman. Tous deux sont en style néo-renaissance. A proximité de la Place, on a construit au début du XIXème un hôtel de maître à l’initiative d’Antoine Guérin de Montgarueil, en style classique. Le bâtiment est aujourd’hui transformé en maison de repos.

Sur un coin de la place, a été construit un orphelinat en 1875-1877, ainsi qu’une chapelle, sur les plans de l’architecte de Béthune, en style néogothique.

On trouve encore à Boussu le long de la grand-route des anciens relais de poste, l’un au n°18 de la rue Neuve et l’autre au n°307 de la rue de Valenciennes, tous deux du début du XIXème. Ces relais servaient d’étapes pour les diligences.

L’habitat s’est étoffé par les maisons de type urbain, mitoyennes et à étages. Etablies parfois en quadrillage bien planifié (rue Centrale, du Centenaire, A. Mahieu, …).

L’habitat a continué d’évoluer au XXème siècle. Des maisons bourgeoises apparurent au début du siècle en style éclectique. A cette époque, on doit plusieurs bâtiments à l’architecte Maurice Mailleux, dont sa propre maison (17, rue du Centenaire, de 1914), la maison du Peuple (1910), le kiosque de la place (1912), l’école rue neuve en art déco (1930) et le monument aux morts de 1914-1918 à l’entrée de la rue de Caraman (1921, la sculpture est de L. Gobert). La gendarmerie date de 1938.

On a construit des foyers sociaux (Foyer Moderne).

Le hameau de Boussu-Bois se développa très fort dès le début du XIXème siècle. Il fut le siège dans la seconde moitié du siècle de la plus grosse société charbonnière du Borinage, la S.A. des Charbonnages Unis de l’Ouest de Mons.

Deux quartiers paroissiaux s’y développèrent de part et d’autre du Hanneton, dont le site classé est resté naturel. 

Le quartier Saint-Charles à l’ouest se constitua à proximité du site Vedette. Il fut l’objet d’une urbanisation planifiée. Un réseau orthogonal de rues en étoile forme un pentagone autour de la place. Celle-ci est bordée d’une église bâtie en style néogothique en 1876-1877, voisine d’un ensemble paroissial (presbytère, couvent, école « la Nichée Studieuse », cercle).

L’habitat a continué à se développer en corons, d’abord à l’ouest au pied du terril Saint-Antoine, puis le long de la route de Dour à Boussu (coron Sainte-Croix-Sainte-Claire). Un phalanstère fut bâti en 1920 par la société charbonnière propriétaire pour loger les mineurs étrangers et leurs familles dans un lieu qui harmonise l’habitat et le travail (selon les théories socialistes utopiques de Fourier). Une sorte de « palais prolétarien ». Il a été réaménagé en maison de repos aujourd’hui.

Après sa fermeture, le site Vedette a été transformé en terrains et locaux sportifs (piscine, stand de tir, terrain de football). Il en reste quelques vestiges : le terril Saint-Antoine et la Cheminée Vedette, … du moins son socle.. Au fond se trouve le petit hameau Saint-Antoine, quartier pauvre.

En direction de Dour, sur la droite, on voit encore l’ancien Octroi, au n°460 (maison avec escaliers), bâti dans la seconde moitié du XVIIIème. On y prélevait les redevances sur le transport des marchandises.

Le quartier Saint-Joseph, au pied du terril de l’Alliance, est moins structuré. Il se dirige vers Hornu. Le bâti y est plus dense. On y trouve une église, qui fut offerte en 1877 par le comte de Nédonchel. Un temple protestant néogothique a vu le jour en 1896. On y a également bâti une Maison du Peuple entre 1898 et 1902 à l’initiative d’un ouvrier mineur, Alfred Dendal, à qui on a aussi dédié la rue principale du quartier.

L’habitat est de type ouvrier et de tendance politique socialiste.

Les vestiges des charbonnages sont rares aujourd’hui à Boussu-Bois: le socle de la cheminée Vedette (dynamitée en 2007 malgré son classement en 1988), les corons, le terril Saint-Antoine, imposant, le plus grand du Borinage (1km de long, 0.5km de large, 70m de haut). Il a été ré-exploité récemment.

Note a propos de Maurice de Caraman

La féodalité avait disparu définitivement depuis 1794. Boussu n’était plus une seigneurie, mais les héritiers des derniers comtes possédaient toujours des domaines et le château de Boussu. 

Si son frère devint prince de Chimay, Maurice-Gabriel de Riquet, comte de Caraman (1765-1835) devint le 7 juin 1805 (ou 19 prairial de l’an XIII) le 14ème comte de Boussu. Cet acte marqua la séparation définitive des terres de Chimay et Boussu.

Né à Roissy, il était le fils de Victor-Maurice de Caraman et de Marie-Anne-Gabrielle de Hennin-Liétard « d’Alsace ». Il avait épousé en 1789 à Paris Antoinette-Elisabeth-Rose-Joséphine Hugues de la Garde, fille du président de la chambre des comptes du Dauphiné. Lorsque la Révolution éclata, il devint major en second du premier régiment des carabiniers. Il émigra  en Grande-Bretagne pour servir dans l’armée du duc d’York. Il rentra en France en 1800 sous le Consulat.

Rallié à Bonaparte, il fut élu membre du corps législatif dont il devint le président en 1807. Il devint en 1813 commandant de la légion de la garde nationale du département de Jemmapes, puis du premier régiment d’Anvers. 

Il fit reconstruire le château abandonné de Boussu et fit aménager un canal dans ses propriétés pour le transport de la houille venant de Boussu-Bois.

En  juin 1815, Napoléon, de retour sur nos terres pour aller combattre à Waterloo, fit arrêter le comte de Boussu, lui reprochant sa déloyauté. Il le transféra à Lille d’où il sera libéré quelques jours plus tard après la défaite de l’empereur à Waterloo. Il fut alors chargé, sous la Restauration de la Monarchie, du commandement du département de la Charente en 1815 puis de celui du Pas-de-Calais. Il devint successivement inspecteur de cavalerie, puis inspecteur général. Il reçut le titre de commandeur de l’Ordre Royal de la Légion d’Honneur en 1820. En 1824, Maurice de Caraman fut désigné à la chambre des députés du Nord. Il devint membre du Conseil Général en 1827. Il mourut en 1835.

Bibliographie

Boussu en Hainaut, pairie du comté de Namur – Léopold Devillers Annales du Cercle archéologique de Mons TII, 1859

Notices historiques sur la commune, le château et les seigneurs de Boussu. Jean Warlomont, Mémoire de la Société historique et littéraire de Tournai T.6 , 1859

Histoire de la commune de Boussu, A.C.J. Wattier (notaire et bourgmestre), 1858 (Google Book)

Histoire et généalogie des seigneurs de Boussu – M. Capouillez, 1991

La chapelle funéraire des seigneurs de Boussu – I. Lewuillon, M. Capouillez, 1989

Un épisode d’histoire locale : la prétendue destruction du château de Boussu en 1554, J.M. Cauchies et Bertrand Federinov, Annales du Cercle d’Histoire et d’Archéologie de Saint-Ghislain, T.IX, 2008

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