Ligne (famille de)

Cette famille doit son nom au village de Ligne, situé entre Ath et Tournai.

Une légende prétendait que les Ligne  étaient issus d’Héribaud d’Alsace,  qui, ayant hérité de sa mère, dame de Ligne, en prit le nom et laissa les armes d’Alsace qui sont “de gueules à la bande d’or”(inversion des couleurs), mais il n’y a aucune preuve que les Ligne pourraient être une branche des comtes d’Alsace ou de Bade.

Ses premiers seigneurs connus sont cités au début du XIème siècle. Ce sont des barons (seigneurs bannerets), c’est-à-dire qu’ils guerroient aux côtés du comte de Hainaut lorsque celui-ci requiert leur aide dans ses conflits.

A cette époque, règnent sur le Hainaut Herman, son épouse Richilde et le deuxième mari de celle-ci, Baudouin I, fils du comte de Flandre.

Les premiers seigneurs de Ligne font partie de l’entourage du comte de Hainaut, notamment lors des croisades.

Fastré I “d’Alsace” (début XIème siècle). Il serait le premier personnage connu de la famille. En fut-il le premier seigneur ou simplement le dominus aisé d’un grand domaine agricole sans pouvoir féodal ?. Il épousa une certaine  Machtilde, dont il eut:

Fastré II de Ligne (?-?). Cité dans une charte de 1047 de l’évêque Gérard de Cambrai, au sujet d’une donation à l’abbaye de Saint-André. Il eut probablement :

  • Wauthier ( ?-1074)
  • Héribrand, infra

On cite un Odéric de Ligne qui donna en 1063 son consentement à une charte de Lubert, évêque de Cambrai. Dans une charte de 1073 de l’abbaye de Saint-Ghislain, on cite un Wauthier/Gaulthier et un Herbaud (Heribrand ou Herbrand), échevins maires ( ? à cette époque ?) de Montroeul.

D’après O’Kelly de Galway, le seigneur de Ligne vivant en 1060 ( ? Fastré II ; Wauthier ? ) eut trois fils:

  • Hugues
  • Raoul
  • Gauthier. Ce dernier reçut la seigneurie de Maulde,  près de Tournai,  en apanage.

A partir d’ici, les Ligne sont connus comme conseillers à la cour comtale du Hainaut, sous Baudouin II et III, et leurs successeurs. Certains furent adoubés comme chevaliers.

Herbrand/Héribrand de Ligne (1070-1129). Il est en fait le premier seigneur banneret de Ligne (baron), aussi seigneur de Maulde. Il épousa en premières noces vers 1090  Adeline de Monstreuil (peut-être une fille d’un des premiers seigneurs du lieu cités Jehan, Arnulphe ou Herman). Il serait devenu par cette union échevin-maire de Montroeul.  Il épousa en secondes noces Ermengarde de Leuze (à cette époque elle pourrait être une fille d’un seigneur d’Avesnes et de Leuze, ou la veuve de Thierry d’Avesnes, mort précocement, elle-même originaire de la Maison de Mons). Il aurait eu comme enfants:

  • Thierry I, infra
  • Charles ou Claret, mort sans alliance, titré par le comte Baudouin en 1123, archiviste de la collégiale de Soignies
  • Wauthier qui est cité dans un acte de 1138 en faveur de l’abbaye d’Anchin
  • Louis, ép. Adelise/Adeline d’Enghien, fille d’Eustache

Thierry, Charles et Louis sont qualifiés de barons et chevaliers dans des lettres de Baudouin IV en 1123.

Thierry 1er de Ligne  (avant 1105- 1176), probable fils du précédent. Selon le Prince Albert de Ligne, la généalogie peut débuter avec certitude par Thierry 1er. Baron de Ligne, seigneur de Maulde, « Echevin maire » de Montreuil. Thierry 1er est mentionné en 1133 au bas d’une charte signée par Baudouin III ainsi que dans d’autres documents (en 1125, 1143, 1153 et 1151). Il épousa vers 1120, en premières noces, Marguerite de Fontaines, fille de Wauthier de Fontaine, dont il eut:

  • Thierry II, infra
  • Wauthier
  • Fastré de Ligne, fait chevalier
  • Guillaume
  • Jossine de Ligne, qui épousa v1170. Wauthier III de Fontaine (v1145-v1235), dont elle eut Wauthier IV (?-1232, qui mourut avant son père).

 Thierry II de Ligne  (v.1134-1190), fils du précédent. Baron de Ligne en 1180. Seigneur  de Maulde et de Montroeul (pour ce village, on trouve à partir de ce personnage le titre de “seigneur” et non plus “d’échevin-maire”.  Des chartes de l’abbaye de Saint-Ghislain  portant les dates de 1184 et 1185 citent Thierry II.

  1. Ep. v1150, Elisabeth d’Antoing (autre source : de Luxembourg), fille de Hughes d’Antoing et de Flandrine de Namur.
  2. Ep. Andeline d’Havré  qui n’eut pas d’enfant.

De son premier mariage, Thierry II eut :

  • Wauthier 1erdit “le Gâté” (infra)
  • Mathieu
  • Fastré
  • Raoul
  • Ogine
  • Jeanne

Wauthier/Gauthier I dit “le Gâté” (avt 1150-1229), fils du précédent. Baron de Ligne. Seigneur de Maulde et de Montroeul. Au service des comtes de Hainaut, Baudouin V, Baudouin V et Ferrand. En 1172, Gauthier 1er de Ligne accompagna Baudouin V chez Henry II, roi d’Angleterre. Il partit avec Baudouin VI de Hainaut (Baudouin IX comte de Flandre) à la quatrième croisade de 1202. Il en revint. Il est cité dans plusieurs documents de l’abbaye de Cambron  en 1180, 1201 et 1211. Il semble avoir participé à la bataille de Bouvines en 1214, aux côtés du comte Ferrand de Flandre-Hainaut. Ensuite, Wauthier de Ligne scella l’accord entre Jeanne, comtesse de Flandre et de Hainaut, épouse de Ferrand qui fut fait prisonnier, et Philippe-Auguste, roi de France, pour la trêve qui suivit la bataille de Bouvines. Il décéda en 1229 et fut inhumé dans l’abbaye de Cambron. Il avait épousé en 1180 Mahaut de Mons, deuxième fille de Gossuin III de Mons et de Béatrice de Rumigny. Ils eurent:

  • Wauthier II, infra
  • Fastré, sire de Monstreuil ( ?-1227), chevalier. Pas de mariage ni d’enfant connu. Il est probable qu’à sa mort cette seigneurie revint à son frère aîné 

Wauthier II (ou Gauthier) de Ligne  (1183-1245), fils du précédent. Baron de Ligne et seigneur de Maulde (héritage paternel). Seigneur de Montroeul (héritage de son frère Fastré en 1227).  Chevalier. Wauthier participa au tournoi de Compiègne  en 1238. Vers 1240, il fut avoué de l’abbaye de Leuze.

  1. Ep. v1211 Marguerite de Fontaines ( ?-1234), fille de Wauthier III, baron de Fontaines, et de Basile de Trith (ou Jossine de Ligne). Inhumée à Cambron.
  2. Ep. Alix de Rumigny « de Florennes », dont il n’eut pas d’enfant.

De son premier mariage:

  • Wauthier III, infra
  • Hugues de Ligne, gouverneur de la milice de Cambrai, qui épousa en 1260 Renée de Wallincourt, fille de Baudouin, sire de Wallincourt et de Dour « dit Buridan ». Pas de descendance.
  • ? Fastré de Ligne ( ?-1248)?

Wauthier III de Ligne  (1225-1290), fils du précédent. Baron de Ligne. Seigneur de Montroeul et de Maulde. En 1246, Wauthier III signa avec son fils Fastré le traité conclu entre Marguerite de Flandre  et Robert, avoué d’Arras, relatif au mariage de son fils Guy de Dampierre  avec Mahaut de Béthune. En 1280, Jean 1er, duc de Brabant, donna une rente annuelle de 24 “âmes” de vin du Rhin  à Wauthier en échange d’un fief à Cologne. Il est encore cité dans plusieurs actes. Il accompagna le roi de France Philippe III le Hardi en 1285 dans sa campagne contre Pierre III d’Aragon. Il assista également au tournoi de Trazegnies  le 6 juin 1251 au cours duquel Guillaume de Dampierre trouva la mort.

  1. Ep. v1237, Julienne de Rosoy ( ?-avt1245), dame de Baucignies, Montcornet, etc., fille de Nicolas et d’une dame de Plomion.
  2. Ep. 1248 sa nièce Alix, fille de Gobert VI,  sire d’Aspremont  et de Dun, seigneur d’Amblise de la Maison de Savoie, et de Julienne de Rosay, dame de Chaumont. Cette Alix d’Aspremont est une tante de Geoffroy d’Aspremont qui deviendra seigneur de Quiévrain et de Thulin.

De ces différents mariages il eut six enfants :
Jean 1er, qui suit
– Fastré, sire de Tongres, chevalier du Hainaut, qui participa en 1285 au tournoi de Chauvency-le-Château
– Arnould qui décéda à l’âge de vingt ans
– Gérard, chanoine de Cambrai  et archidiacre de Brabant
– Catherine, d’abord chanoinesse de Nivelles  et ensuite épouse de Gérard de Chauvency. Elle épousa en secondes noces Jeanne de Heusdin.
– Mahaut, abbesse d’Epinlieu.

Jean 1er de Ligne, fils de Wauthier III (1250-1300). Baron de Ligne. Seigneur  Montroeul et de Maulde. Avoué de l’église de Leuze  du vivant de son père. Jean 1er fut inhumé à Cambron. Il avait épousé vers 1277 Isabelle de Zevenberghe van Stryen, dame de Zevenbergen, fille de Guillaume qui lui donna:

  • Mathieu de Ligne maréchal de Hainaut, tué à la bataille des Eperons d’or en 1302, probablement avant son père. Il ne lui succéda pas. Il eut cependant une fille bâtarde Yolande de Ligne qui épousa Olivier de Launoy.
  • Fastré, infra
  • Michel dit « Mikeu » qui en 1302 et 1304 défendit la ville de Tournai  avec Foulques de Maele  contre les Flamands
  • Jean, chanoine de Bonne et Soignies
  • Catherine, deuxième femme d’Alard II d’Antoing

Fastré III de Ligne (1280 ?-1337, Venise), fils du précédent. Baron de Ligne. Seigneur  de Maulde, Florinnes/Florennes ( ?), Rameignies, Thumaide, Wadelincourt, Montroeul -sur-Haine.

Par mariage avec Jeanne de Condé : Condé, Beloeil, Morialmez, Ellignies-Ste-Anne, Ghlin, Stambruges pour sa descendance, car il mourut bien avant Jean II de Condé, le dernier de cette lignée.

Cette alliance familiale est le véritable début de « l’empire » Ligne (à l’échelle régionale !) qui ne fera que s’agrandir avec les siècles. Fastré III fut maréchal de Hainaut. En 1280 ( ?), il fut témoin d’une charte spécifiant que Flobecq (dans les « Terres de Débat » entre Flandre et Hainaut) était de la juridiction du Hainaut. Il scella une autre charte de 1280 par laquelle Jean d’Audenarde eut Lessines (aussi dans les « Terres de Débat ») en fief de Jean d’Avesnes. Il fut également cité en 1295 lors de l’affranchissement de Mons de tout droit de mortemain par Jean d’Avesnes. Il assista au tournoi de Mons en 1310. Il est encore cité en 1313, 1314 et 1315. A la bataille du Mont Cassel, en 1328, il fut parmi les chevaliers de Philippe V de Valois, roi de France. Fastré mourut en 1337 à Venise  à son retour d’un voyage en Terre Sainte.

  1. Ep. V1306-1311 Jeanne de Condé (1289/1291-1325), fille de Guillaume, sire de Condé et de Béatrice de Thorite. C’est elle qui amena à la Maison de Ligne : Condé, Morialmez, Thumaide et Beloeil.
  2. Ep. Marguerite de Gavre  de la branche d’Herimez  dont il n’eut pas d’enfant.

Jeanne donna douze enfants à son mari:

  • Aleyde/Alix/Isabeau de Ligne, qui hérita de Montroeul (en 1387 ?). Elle épousa Gilles « Rigaut » du Roeulx (1325- ?) qui devint seigneur de Montroeul et de Trith. Il était chevalier au service du comte Jean d’Avesnes. A la mort de son mari, Alix/Ysabeau devint chanoinesse de Nivelles. Ils eurent entre autres Fastré du Roeulx qui hérita notamment de Montroeul. Ce dernier mourut apparemment sans enfant et la seigneurie de Montroeul revint à la branche mâle.
  • Catherine ( ?-1397). Personnage important pour la lignée. Elle épousa successivement Jean de Rumont, puis Louis d’Orgimont. Veuve et sans enfant, elle devint chanoinesse à Maubeuge. Quelques années, plus tard, après la mort de ses frères et de leurs fils, c’est elle qui héritera de toutes les possessions des Ligne qu’elle lèguera à des neveux.
  • Jeanne « la Jeune » de Ligne (134-1368), qui épousa en 1336 Gérard d’Enghien (v1290-v1361), dont elle n’eut pas d’enfant. Veuve, elle épousa  en 1361 Jean II « le Brun » de la Hamaide (1324-1370), seigneur de Renaix, de Rebaix et de la Hamaide, avec qui elle eut cinq enfants, dont Thierry de la Hamaide, qui héritera plus tard de Condé et de Morialmé de sa tante Catherine (ci-dessus). Certaines sources (Heraldus) semblent en faire un fils bâtard de Jean III ou de Jean IV de la Hamaide,
  • Anne-Catherine, ép. Jean II de Barbençon-Jeumont
  • Marie ( ?-1366)
  • Michel I ( ?-1345), hérite  à la mort de son père de Ligne, Beloeil, Condé, Morialmé (et leurs dépendances) – infra
  • Guillaume (1320-1387), qui hérita en même temps Montroeul, Ligne, Thumaide, Rameignies, Ellignies et Maulde. Il épousa Berthe de Scollant (ou de Schleyden), dont il eut:
    • Guillaume II de Ligne ( ?-1387), qui épousa Marie de Lalaing (fille de Simon et de Jeanne du Roeulx). Il mourut peu de temps avant son père
    • Jean II de Ligne, infra
  • Jean, resté célibataire ( ?-1352)
  • Nicolas III de Condé ( ?-1377), hérita d’Ellignies. Il épousa  Simone de Melun. Pas d’enfant. Grand maître des Arbalétriers. Tué à la bataille de Cocherel-sur-Eure (Guerre de Cent Ans).
  • Robert, chanoine de Cambrai ( ?-1372)

Michel 1er  de Ligne ( ?- 1345), fils aîné de Fastré III. Seigneur de Ligne, de Beloeil, de Condé et de Morialmé (et dépendances)

Je mets un doute sur ceci, car Michel meurt bien avant Jean II de Condé, dernier descendant de la lignée des Condé-Bailleul, mort en 1391 !!!!!

Il succéda à son père en 1337. Michel 1er avait une âme de guerrier. Il participa, avec Jean de Hainaut-Beaumont, à la bataille d’Angleterre contre Edouard II et à la bataille de Staveren en Frise où il perdit la vie. Il épousa sa cousine Anne d’Antoing, dame de Briffeuil, dont il n’eut qu’un fils légitime Michel II qui suit. Il eut également un bâtard, Rasse de Ligne, qui sera seigneur de Blicquy et d’Aubechies.

Michel II de Ligne  ( ?-v.1387), fils de Michel I.  Seigneur de Ligne, Condé, Beloeil, Morialmé, Ghlin, Montroeul, Stambruges, Thumaide, Wadelincourt. Grand bailli de Hainaut.

Même remarque que pour le précédent en ce qui concerne Bailleul, Condé et Morialmé.

Il épousa Eléonore de Coucy, fille de Philippe, vicomte de Meaux  et de Jeanne de Casy. Ils eurent une fille. Michel II eut un fils bâtard connu sous le nom de Jean de Buffle/Buffe qui participa à la conquête de l’île de Candie et à la bataille d’Alexandrie. Il décéda en 1411.

Michel II mourut en 1387, soit la même année que son oncle Guillaume et le fils de celui-ci. Il avait cédé en 1385 Ghlin aux Havré, soit Gérard II d’Enghien.

Catherine de Ligne ( ?-1397), fille de Fastré III (supra) et soeur de Michel Ier. Veuve à deux reprises, elle n’eut pas d’enfant et termina sa vie comme chanoinesse à Maubeuge. En 1387, à la mort de Michel II et de son frère Guillaume, elle hérita de toutes leurs possessions. Elle les partagea entre ses neveux survivants.
Jean II (infra), fils de Guillaume, reçut une partie des possessions de la famille, l’autre partie (Condé, Morialmé) allant aux de La Hamaide (descendance du mariage de Jeanne de Ligne avec Jean II de la Hamaide).

Jean II de Ligne (1361-1442) deuxième fils de Guillaume Ier, petit-fils de Fastré, neveu de Catherine. Baron de Ligne dès 1387. Seigneur de Beloeil, Maulde, Ellignies, Montroeul, Stambruges, Thumaide, Rameignies , Strépy …

Il devint héritier de la seigneurie de Ligne (baron) et de celles de Beloeil  et  de leurs dépendances à la mort de sa tante Catherine, en 1397, qui avait hérité de tous les biens de Jean II de Condé, son neveu. Ce fut un des plus puissants seigneurs du Hainaut, d’autant plus que son mariage lui apporta la pairie de Barbençon. C’est à ce moment que les Ligne  prirent Beloeil  comme résidence et y restèrent jusqu’à nos jours.

  1. Ep. Eustachie de Barbençon qui apporta sa seigneurie, avec la pairie qui y était attachée, en dot à la Maison de Ligne. Elle était la fille de Jean de Barbençon et de Yolande de Gavre.
  2. Ep. Isabelle de Zewenberghe ( ?)
  • Guillaume ( ?-1411, décédé avant son père). Il fut baron de Maulde et de Beloeil. Maréchal du Hainaut. Sans alliance.
  • Michel, infra
  • Jean III (1435-1468). Baron de Ligne, de Beloeil ???  Seigneur de Roubaix (et Montroeul ?) – comment ?Pair de Hainaut. Prévôt de St Lambert à Liège. Il fonda le couvent des Cordeliers d’Ath dans lequel il se retira. Pas de descendance. Il institua son neveu Jean IV (infra) comme héritier.
  • Jeanne, ép. Jacques de Hornes
  • Sibylle, ép. Arnould de Gavre
  • Marie, ép. Gilles de Berlaymont

Michel III de Ligne (1390-1468), fils de Jean II. Baron de Ligne et de Barbençon. Seigneur de Beloeil, Stambruges, Montroeul, Thumaide, Rameignies, Strépy …. Pair et maréchal de Hainaut. Grand maître des arbalétriers. Bailli du Cambrésis. Il épousa  en 1434 Bonne d’Abbeville ( ?-1472), dont il eut:

  • Jean IV, infra
  • Guillaume, baron de Barbençon, sans descendance
  • Michel, seigneur de Maulde, maréchal du Hainaut, sans descendance
  • François
  • Pierre
  • Sibylle, ép. Jean II de Trazegnies
  • Jeanne, ép. Jean de Lannoy – ils ont une fille, Jacqueline qui épousa Jean de Hennin-Liétard
  • Isabelle
  • Marie
  • Catherine
  • Eustache

Jean IV de Ligne (1457-1491), fils du précédent.  Baron de Ligne et de Barbençon. Seigneur de Beloeil, Roubaix, de Maulde, d’Ellignies, de Montroeul, Stambruges, Thumaide, Rameignies, Strépy, … Il revendit Strépy vers 1470 à Jacques le Boulengier. Pair et maréchal de Hainaut. Chambellan du duc Charles le Téméraire. Chevalier de la Toison d’Or. Le château résista en 1478 aux attaques des Français de Louis XI, grâce à son capitaine de Montaigne. Il épousa  Jacqueline de Croÿ ( ?-1486), fille d’Antoine de Croÿ, dont il eut Antoine qui suit.

Antoine « le Grand Diable » de Ligne (1474-1532), fils du précédent. Baron de Ligne et de Beloeil (à partir de 1491). Comte de Fauquenbergues (Fauquemberghe/Fauquenberg, près de St-Omer) depuis 1503 (pourquoi ?). Seigneur de Maulde, Ellignies, Montroeul, Stambruges, Thumaide, Rameignies, Barbençon, Roubaix, … Il acheta Thulin et la terre d’Amblise (près de Crespin) à Gobert XII d’Aspremont en 1513. Prince de Mortagne en 1513, titre qu’il reçut du roi Henri VIII d’Angleterre pour l’avoir aidé dans sa conquête de Tournai. Par mariage, il devint seigneur de Ville, Pommeroeul, HautrageCharles Quint autorisa à Beloeil deux foires annuelles et un marché hebdomadaire.

  1. Ep. Philipotte de Luxembourg ( ?-1525), héritière de Ville, Pommeroeul et Hautrage, fille de Jacques Ier de Luxembourg. Il en eut Jacques, qui suit.
  2. Ep. ? dont il a deux filles, Valentine et Adrienne

Jacques de Ligne (1503-1552), fils du précédent. Prince  de Mortagne. Comte, puis prince de Fauquenberghe. Baron de Ligne (dès 1532), puis comte de Ligne en 1545 par Charles Quint. Baron de Beloeil et de Barbençon. Baron de Wassenaer (par mariage). Seigneur de Montroeul, Thulin, Amblise, Maulde, Ellignies, Stambruges, Thumaide, Rameignies, Ville, Pommeroeul, Hautrage,  …  Châtelain-gouverneur d’Ath. Chambellan de Charles Quint. Ambassadeur de Charles Quint auprès du pape Clément VII. Chevalier de la Toison d’Or

  1. Ep. en 1525 Marie, baronne de Wassenaer et vicomtesse de Leyden ( ?-1544)
  2. Ep. en 1545 Jeanne de Hallewijn
  • Jean ( ?-1535, avant son père, sans descendance)
  • Georges, infra
  • Philippe, infra
  • Louis, sans descendance
  • Hélène ( ?-1544)

Georges de Ligne ( ?-1579), fils aîné du précédent. Comte de Ligne et de Fauquenberghe. Baron de Beloeil, de Barbençon et de Wassenaer. Seigneur de Stambruges, Montroeul, Thulin, Maulde, Amblise, Ellignies,  Thumaide, Rameignies (qu’il vendit en 1573), Ville, Pommeroeul, Hautrage …  Capitaine des gardes de Don Juan d’Autriche. Colonel des Dragons. Il épousa Marie de Renty, dont il eut

Philippe de Ligne (1533-1583), fils de Jacques, frère de Georges – il continue la Branche Ligne directe. Comte de Ligne et de Fauquenberghe. Baron de Wassenaer, de Beloeil. Vicomte de Leyden (comment ?). Seigneur de Stambruges, Ellignies, Thumaide, Montroeul, Thulin, Amblise, Maulde, Ville, Pommeroeul, Hautrage,  … Châtelain d’Ath. Conseiller et chambellan de Philippe II d’Espagne. Capitaine des chevaux légers. Il se battit à Talma, St Quentin et Gravelines. Chevalier de la Toison d’Or. Il épousa Marguerite de Lalaing (1532-1598), dont il eut:

  • Lamoral, infra
  • Georges, sans descendance
  • Anne de Ligne, ép. Adrien de Gavre
  • Marie, ép. Maximilien d’Ongnies

Lamoral Ier (1563, Beloeil-1624, Bruxelles), fils du précédent. Prince d’Epinoy en 1592, par mariage. Prince  de Ligne et du Saint-Empire (titre héréditaire), nommé par l’empereur Rodolphe II en 1602. Prince d’Amblise dès 1608. Comte de Ligne et de Fauquemberghe. Marquis de Roubaix (par mariage). Baron de Wassenaer, de Beloeil. Par mariage avec Marie de Melun : baron d’Antoing, de Cysoing, de Werchin, de Préaux, de Roubaix, de Blaregnies, La Longuevillede Villers-Sire-Nicole et de . Vicomte de Leyde. Seigneur de Stambruges, Ellignies, Thumaide, Montroeul, Thulin, Ville, Pommeroeul, Hautrage. Seigneur d’Epinois-lez-Binche qui lui fut attribué suite à une contestation dans la famille d’Esclaibes. Sénéchal du Hainaut (par seigneurie de Werchin). Premier ber de Flandre. Grand d’Espagne en 1621 par le roi Philippe III. Capitaine de 50 hommes d’armes et gentilhomme de la chambre de l’archiduc Albert (1596). Membre du conseil d’Etat des archiducs. Gouverneur de l’Artois (1597-), qu’il défendit contre le roi Henri IV. Diplomate représentant les archiducs auprès de Rodolphe II, Philippe III, Sigismond de Pologne, Henri IV et Louis XIII. Conseiller du roi d’Espagne et Grand d’Espagne de Première classe par Philippe IV. Il remit la Toison d’Or au roi Sigismond de Pologne, au nom du roi Philippe II. Chevalier de la Toison d’Or (1599). Inhumé à Beloeil.

Il avait épousé en 1584 Anne-Marie de Melun, marquise de Roubaix, baronne d’Antoing, de Cysoing et de Werchin, princesse d’Epinoy (fille d’Hugues II de Melun, dont un seul fils mort avant), dame de BlaregniesIls eurent :

  • Alexandre (1586-1588)
  • Yolande (1585-1611), dame de Blaregnies, ép. 1599 Charles-Alexandre de Croÿ (1581-1624), duc de Croÿ et marquis d’Havré
  • Florent, infra
  • Anne(1590-1651), ép. Felipe Folc de Cardona
  • Lambertine(1593-), dame de Villers-Sire-Nicole, ép.1609 Philibert de la Baume (1586-apr.1610), marquis de St-Martin. Veuve, elle épousa, par dispense, son beau-frère Jean Baptiste de la Baume. Elle n’eut pas d’enfant et légua ses biens à sa soeur:
  • Ernestine Yolande de Ligne (1594-1668),  dame de Villers-Sire-Nicole (héritage de sa soeur), princesse de Ligne, ép. 1618  Jean VIII de Nassau-Siegen (1583-1638), dont elle a une fille : Marie-Claire (1621-1695) qui épousera son cousin Claude-Lamoral (infra)

Florent de Ligne (1588-1622), fils de Lamoral I.  Prince de Ligne et du Saint Empire. Prince d’Amblise. Marquis de Roubaix, dès son jeune âge. Comte de Fauquemberg. Baron d’Antoing. Seigneuries de son père. Gentilhomme de la chambre de l’archiduc Albert. Il épousa Louise de Lorraine-Chaligny (1594-1667), fille d’Henri de Lorraine, comte de Chaligny, nièce de la reine de France. Veuve, elle se retira au couvent des Capucines de Mons qu’elle avait fondé. Ils avaient eu:

  • Albert-Henri, infra
  • Claude-Lamoral, qui succèdera à son frère

Albert-Henri de Ligne (1615-1641), fils aîné de Florent de Ligne. Prince de Ligne (2ème) et du Saint-Empire. Prince d’Amblise et d’Epinoy. Marquis de Roubaix, à la mort de sa grand-mère Anne-Marie de Melun. Comte de Néchin et de Fauquemberg. Baron d’Antoing, de Beloeil, de Wassenaer et de Cysoing. Vicomte de Leyde. Seigneur de Feigneulles, Ellignies, Thumaide, Montroeul, Thulin, Ville, Pommeroeul, Hautrage, Stambruges, Epinois-lez-Binche … Pair de Hainaut et de Namur. Grand d’Espagne. Gentilhomme au service de l’archiduchesse Isabelle. Erudit, il avait fondé au château de Beloeil une bibliothèque importante de manuscrits. Il épousa en 1634 Claire-Marie de Nassau-Siegen (1621-1695), sa cousine, fille de Jean-VIII de Nassau-Siegen et d’Ernestine Yolande de Ligne. Sans postérité, il laissa ses biens et ses titres à son frère qui suit.

Claude-Lamoral I (1618, Beloeil-1679, Madrid), frère du précédent. Prince de Ligne (3ème) et du Saint Empire. Prince d’Amblise et d’Epinoy. Marquis de Roubaix. Comte de Fauquemberghe et de Nechin. Vicomte de Leyden. Baron de Werchin, de Beloeil, d’Antoing, de Cisoing, de Villiers, de Jeumont. Souverain de Fagneules. Seigneur de Baudour, par achat en 1652 à Philippe-François d’Arenberg. Seigneur de Ponthoir, Montroeul, Ville, Hautrage, Stambruges, Pommeroeul, Ellignies, Thumaide, Thulin, Epinois-lez-Binche, … Grand d’Espagne (1643). Premier seigneur de Flandres. Pair, sénéchal et maréchal de Hainaut. Pair de Namur. Chevalier de la Toison d’Or.

Claude-Lamoral de Ligne

Jeune, il servit sous les ordres de son oncle, le comte de Nassau, général de cavalerie du roi Philippe IV. Il dirigea un régiment d’infanterie wallonne. Il défendit Arras en 1640, assiégé par Louis XIII. Il fut maître de camp et participa à divers sièges et batailles (Aire, La Bassée, Honnecourt en 1642, Armentières, Comines, Landrecies, Courtrai et Lens). C’est ainsi qu’il devint en 1647 général de la cavalerie de Flandre. Il fut fait prisonnier à Lens en 1648. Il prit encore part à la bataille de Gravelines en 1652, au siège de Dunkerque en 1652, à Rocroy en 1653, à Arras en 1654, à Valenciennes en 1656 et de nouveau à Dunkerque. Diplomate pour le roi d’Espagne auprès de Charles II d’Angleterre en 1660. Créé vice-roi de Sicile en 1669, puis gouverneur du Milanais (1674-1678), puis conseiller d’Etat du roi d’Espagne à Madrid, où il mourut en 1679. Il est inhumé à Beloeil. Il avait épousé Claire-Marie de Nassau (1621-1695), la veuve de son frère. Il en eut:

  • Henri Louis Ernest(infra)
  • Claire Louise ( ?-1684), ép. 1666 Inigo Velez Guevara
  • Charles Joseph Procope de Ligne (1661, Baudour – 1713, Padoue, marquis d’Arronches et comte de Miranda da Corvo (par mariage avec Mariana Luiza Francisca de Souza

Henri-Louis-Ernest de Ligne (1644-1702), fils du précédent. Prince de Ligne (4ème) et du Saint-Empire. Prince d’Amblise et d’Epinoy. Marquis de Roubaix. Comte de Fauquemberghe et de Nichin. Vicomte de Leyden. Baron de Werchin,  de Beloeil, d’Antoing, de Cysoing, … Seigneur de Thulin, Montroeul, Ellignies, Baudour, Ville, Pommeroeul, Hautrage, Stambruges  … Il aurait revendu la seigneurie de Thumaide à Christophe de Bavay. Ainsi que celle d’Epinois-lez-Binche à Philippe Louis le Boucq. Grand d’Espagne. Premier seigneur de Flandre. Pair, sénéchal et maréchal de Hainaut. Pair de Namur. Gouverneur et capitaine général du duché de Luxembourg. Chevalier de la Toison d’Or (1684) et de l’Ordre de Calatrava. Il avait épousé en 1677 Juana Francisca Folch de Cardona (1663-1691), fille du duc de Segorbe, dont il eut:

  • Marie Anne(1680-1720) ; ép.1694 Philippe-Emmanuel, prince de Hornes, comte de Solre-le-Château
  • Antoine Joseph Ghislain, infra
  • Claude Lamoral II, infra
  • Procope Hyacinthe, marquis de Moÿ, ép. Anne Catherine de Broglie
  • Claude Lamoral Hyacinthe Ferdinand(v.1683-1755, Paris), ép. Henriette Eugénie de Béthisy
  • Claire Marie( ?-1731, Paris), ép. Scipion Louis Joseph de La Garde

Antoine Joseph Ghislain (1682-1750), fils d’Henri-Louis- Ernest de Ligne. Prince de Ligne (5ème) et du Saint Empire. Prince d’Amblise et d’Epinoy. Mêmes titres. Pas de descendance.

Claude Lamoral II (1685-1766), frère du précédent dont il hérita des titres à sa mort en 1750. Prince de Ligne (6ème) et du Saint-Empire. Prince d’Amblise et d’Epinoy. Marquis de Roubaix et de Dormans. Comte de Fauquemberghe. Vicomte de Leyden. Baron d’Antoing, de Werchin, Beloeil, Cysoing, Villers, Silly et Herzelles. Souverain de Feigneulles. Seigneur de Baudour, Wallincourt, Thulin, Montroeul, Ellignies, Ville, Pommeroeul, Hautrage, Stambruges … Il est possible qu’il ait acheté Quevaucamps à François Léonard de la Barre avant 1759. Grand d’Espagne. Seigneur (premier ber) de Flandres. Pair, sénéchal et maréchal de Hainaut. Pair de Namur. Gouverneur du duché de Limbourg. Conseiller d’Etat de l’impératrice, conseiller honoraire au Conseil de Régence des Pays-Bas autrichiens. Chevalier de la Toison d’Or. Feld-maréchal des armées de Marie-Thérèse d’Autriche. Colonel d’un régiment d’infanterie wallonne.

En 1708, après la prise de Lille, les Etats Généraux dépossédèrent provisoirement Louis II de Melun, en faveur du prince de Ligne, des biens dont sa maison jouissait depuis quarante ans. Les armes de Melun furent grattées à Roubaix, Lille et Antoing, et remplacées par celles de Claude-Lamoral, deuxième du nom. Le traité d’Utrecht (1713), par les articles 11 et 15, remirent les choses dans l’état où elles étaient avant la guerre. La terre d’Antoing appartenait au Tournaisis, qui était rendu à l’empereur, tandis que les autres biens étaient de la châtellenie de Lille, devenue définitivement française. Pour mettre fin à des contestations encore renouvelées et qui duraient depuis cent quarante ans, Louis II de Melun et Claude-Lamoral II de Ligne, d’après les ordres du roi et de l’Empereur, nommèrent pour arbitres le cardinal de Rohan et Léopold-Philippe, duc et prince d’Arenberg, qui décidèrent que la seigneurie d’Antoing reviendrait à la maison de Ligne, et que les autres terres et la seigneurie de Roubaix resteraient la propriété du prince d’Épinoy.

Conseiller d’État, il réorganisa l’armée aux Pays-Bas autrichiens, et prit possession au nom de l’empereur en 1720 des villes et forteresses de Tournai, Ypres et Menin. Ce voyage à travers la Flandre et le Hainaut fut entouré d’un grand faste. 

Mais la plus grande œuvre du prince Claude-Lamoral II est, sans conteste, le domaine et le château de Beloeil. Il dépensa une fortune pour donner à son château et à ses jardins une magnificence qui assure aujourd’hui encore leur célébrité : achat de terrains jouxtant sa demeure, creusement de canaux cernant le parc et nourrissant plans d’eau et fontaines, percée d’une perspective à perte de vue sur la façade sud-ouest du château. Il avait fait appel à l’architecte parisien Jean-Michel Chevotet, grand connaisseur de la production architecturale du règne de Louis XIV. Temple de Pomone, jardin à la française, bibliothèque, nombreuses œuvres d’art.

Il mourut le 7 avril 1766. Ses descendants continuèrent comme lui à prendre le titre de marquis de Roubaix, bien qu’ils fussent irrévocablement dépossédés de cette seigneurie depuis 1713. Claude Lamoral II avait épousé en 1721 Élisabeth Alexandrine de Salm (1704-1739), dont il eut:

  • Louise Marie (1728-1784)
  • Marie Josèphe (1730-1783)
  • Charles Joseph Lamoral, infra

Charles-Joseph Lamoral de Ligne (1735, Bruxelles – 1814, Vienne), fils de Claude-Lamoral II. Il a eu pour parrain et marraine l’empereur Charles VI et son épouse Elisabeth de Brunswick. Prince de Ligne (7ème) et du Saint-Empire. Prince d’Amblise et d’Epinoy. Marquis de Roubaix. Comte de Fauquemberg et de Nichin. Vicomte de Leyden. Baron de Werchin, de Beloeil, d’Antoing, de Cisoing, de Villiers, de Jeumont. Comte de Fagnolle. Seigneur de Baudour, de Ponthoir, de Montroeul, d’Hautrage, de Ville, de Pommeroeul, d’Ellignies, de Thulin, de Stambruges, de Silly, de Quevaucamps, … Grand d’Espagne. Premier seigneur de Flandre. Pair, sénéchal et maréchal de Hainaut. Grand bailli de Hainaut (1791). Feld-maréchal et général d’infanterie. Ambassadeur en Russie.  Chevalier de la Toison d’Or

Homme de lettres, il rédigea à 15 ans son premier ouvrage, Discours sur la profession des armes.

Charles-Joseph de Ligne

En 1751, son père le conduisit à Vienne et le présenta à l’empereur François Ier et à l’impératrice Marie-Thérèse, qui le fit chambellan. Le 6 août 1755, il épousa à Vienne Françoise-Marie-Xavière, princesse de Liechtenstein.

Entré au service de l’Autriche la même année, il accomplit, en qualité d’officier de vaillantes campagnes durant la Guerre de Sept Ans. Il prit part, entre autres, aux batailles de Kolin, de Breslau, de Leuthen et de Hochkirch. Nommé colonel, il fut envoyé à Versailles pour annoncer la victoire autrichienne de Maxen. Membre du collège des Comptes dans la Diète du Cercle de Westphalie. Général d’infanterie et feld-maréchal, commandant de l’ordre militaire de Marie-Thérèse. Ambassadeur en Russie. Entré en diplomatie, sa sympathie pour les rebelles belges lui en ferma la porte.

Lors de l’annexion par la France, en 1792, ses biens furent confisqués et mis sous séquestre. Ses droits seigneuriaux furent abolis sur tous les villages que les Ligne détenaient. Il fuit les Pays-Bas et termina sa vie à Vienne. Il va alors vivre assez pauvrement, ne s’occupant plus que d’art et de science. Il fréquenta Casanova, Wieland, Germaine de Staël. Il correspondit avec Rousseau, Voltaire, Goethe, Frédéric II de Prusse et Catherine II de Russie. Cette dernière, pour améliorer sa situation, le fit feld-maréchal russe et lui donne une terre en Crimée. Le crépuscule de sa vie se déroula au moment du congrès de Vienne, dont il devint le « maître des plaisirs ».  

Il est le symbole de la société aristocrate du XVIIIème. Il voyagea beaucoup (Londres, Versailles, St Pétersbourg, Vienne) et passa sa vie dans les cours européennes (Vienne chez Marie-Thérèse et Joseph II, Berlin chez Frédéric II, St Pétersbourg, Paris) où il côtoya les élites politiques et intellectuelles de son époque (Voltaire, Goethe, Madame de Staël).  A Beloeil, il fera édifier le jardin à l’anglaise, l’orangerie et les serres. Il fut aussi écrivain (plus de 40 livres, notamment de sciences militaires)

Charles-Joseph épousa le 6 août 1755 Maria Franziska (27 novembre 1739-17 mai 1821), fille du prince de Liechtenstein. Dont il eut:

  • Marie-Christine(1757-1830), ép. 1775 Johann Nepomuk
  • Charles Joseph Antoine Lamoral Ghislain (1759-1792, avant son père)
  • François Léopold(1764-1771) ;
  • Louis Eugène (1766-1813, avant son père). C’est lui qui, rentré au pays, parvint à faire lever les séquestres sur ses domaines.

 

 

21. Sous Charles-Quint et Philippe II

Le XVIème siècle – Un siècle marqué par les dissensions religieuses

Ce chapitre se propose de montrer comment le politique, le religieux, l’économique et le social, le rural et l’urbain peuvent s’entremêler, et surtout s’entrechoquer, pour créer l’Histoire, même à un niveau très régional.

La vallée de la Haine fut longtemps l’axe central du comté de Hainaut, comme on l’a vu aux chapitres précédents. Avec les Bourguignons (Philippe le Bon, Charles le Téméraire, Marie de Bourgogne) et les premiers Habsbourg (Maximilien d’Autriche, Philippe le Beau), notre vallée devenait déjà un élément du puzzle des Etats Bourguignons.

Charles Quint

Avec Charles-Quint (1515-1555), elle ne représentera plus qu’une minuscule région dans un vaste territoire qui comprenait les Dix-Sept Provinces des Pays-Bas (Charles-Quint en devint archiduc à la mort de son père en 1506, à l’âge de six ans ; il en prit les commandes en 1515), l’Espagne et toutes ses conquêtes américaines (depuis la mort de son grand-père maternel, Ferdinand d’Aragon en 1516) et enfin tout l’empire germanique, dont une grande partie de l’Italie.

Dès sa jeunesse, Charles fut en contact avec des seigneurs hennuyers: Guillaume de Croÿ (seigneur de Chièvres et de Beaumont) qui aida à son éducation à la cour de Malines, et Jean de Hennin-Liétard (seigneur de Boussu) qui fut un ami d’enfance dans cette même cour. Ces personnages continueront à le conseiller et à le servir par la suite. Ce sera aussi le cas de Philippe II de Croÿ (prince de Chimay), d’Adrien de Croÿ (comte du Roeulx), de Charles I et de Charles II de Lalaing (seigneurs de Quévy), et enfin, d’Antoine et Jacques de Ligne (seigneurs de Beloeil). Tous, et bien d’autres encore, seront décorés à un certain moment de l’Ordre de la Toison d’Or.

Charles Quint contre François Ier

Charles fut, en effet, élu empereur en 1519 à la mort de son grand-père paternel, Maximilien. Il était en concurrence, pour cette prestigieuse charge, avec les rois de France et d’Angleterre. Le premier, François Ier, lui en tint rigueur, d’autant plus qu’il était toujours intéressé par la Lombardie, et que Charles lorgnait toujours sur la Bourgogne de ses ancêtres.

On ne s’appesantira pas outre mesure sur le long conflit qui va les opposer, fait de batailles se déroulant  le plus souvent hors de notre territoire, et de signatures de paix non respectées. Signalons toutefois que l’empereur s’empara de Tournai, “la française” dès 1521. François Ier, de son côté, vint menacer Valenciennes en 1525, mais il fut vite repoussé par Philippe II de Croÿ. Il recommença en 1537, ravageant alors quelques villages du sud du Hainaut. En 1542, il parvint même à pénétrer dans Valenciennes et à s’installer devant Mons. Il fut vite délogé de ces deux positions.

Le Hainaut, comme le reste des Pays-Bas (alors autrichiens), continuait à jouir de la paix restaurée après les guerres de Louis XI, et à goûter une prospérité retrouvée, tant pour les productions agricoles que pour l’artisanat, l’industrie et le commerce urbain. Les draps, les sayetteries, les toiles se vendaient bien sur les marchés intérieurs et extérieurs. Mons s’était aussi spécialisée en cordonneries et traitement des peaux et du cuir), alors que Valenciennes était, plus que jamais, une ville marchande opulente, tant pour ses productions manufacturières (draps, sayetterie, bière) que pour les céréales de son hinterland. Maubeuge, Avesnes, Ath, Binche, Fontaine-l’Evêque et les autres” bonnes villes” suivaient ce mouvement.

Charles-Quint et Henri II

François Ier s’éteignit en 1547, laissant la place à son fils Henri II (1547-1552?). Plus revanchard que jamais, et surtout plus incisif dans les campagnes militaires contre nos régions, face à un empereur vieillissant et malade, Henri II s’allia aux protestants et pénétra en Artois, déclenchant une riposte impériale. Il fut battu à Thérouanne en 1552, où furent mortellement blessés Adrien de Croÿ (comte du Roeulx) et Antoine de Croÿ (seigneur de Fontaine-l’Evêque). On rapporte que, partant de Mons, ses troupes avaient obligé les manants des villages traversés (dont Elouges, Thulin et Montroeul) à lui fournir des charrois et des vivres.

Marie de Hongrie

Humilié, Henri II reprit pied en Hainaut en 1554. Il s’empara successivement de Maubeuge et de Mariembourg, puis alla s’attaquer à Binche en dévastant tous les villages et abbayes qu’il rencontrait sur son passage. Ces faits sont bien mentionnés pour Bougnies, Maurage, Boussoit, Carnières, les abbayes de Mesvin (Bélian), du Roeulx et de Bonne-Espérance. Il incendia aussi le château de Mariemont. Il faut rappeler que les châteaux de Binche et de Mariemont avaient été construits récemment par la gouvernante des XVII Provinces, soeur de Charles-Quint, Marie dite “de Hongrie” (veuve du roi de Hongrie). On lit aussi parfois que les châteaux de Quiévrain, Baisieux, Audregnies et Boussu ont été fort endommagés lors de ce raid, mais ceci est fort contesté, ces châteaux ne se trouvant pas sur la route empruntée par les troupes françaises. Content de lui, Henri II regagna ensuite son royaume, laissant une partie du Hainaut à feu, à sang et sans récoltes. Il est vrai aussi que les armées impériales, de leur côté, installaient leurs campements dans des fermes où elles se servaient en bétail, en vivres et en charrois.

Par la suite, les Français vont se trouver plongés dans les guerres de religion et ne s’intéresseront plus à nos contrées…pendant quelque temps.

Charles-Quint et la Réforme

Au début du siècle, l’Eglise romaine continuait à s’enfoncer dans la décadence, dans le luxe et la luxure (le pape Alexandre VI Borgia), les conquêtes militaires de territoires italiens (ce même Borgia et le pape Jules II) et le commerce des indulgences. Les évêques et les abbayes suivaient le même mouvement. Le peuple et quelques intellectuels s’en indignaient.

Luther

Après les avertissements de quelques grands prélats, dont Erasme de Rotterdam, une véritable bombe éclata à Wittenberg, en Allemagne, où Martin Luther, un moine théologien afficha en 1517 ses 95 thèses, où il appelait l’Eglise à abandonner ses moeurs décadentes et ses commerces (d’indulgences notamment). Il appelait les chrétiens à revenir à l’esprit des textes saints initiaux, débarrassés de tout ce qu’on y avait ajouté pendant des siècles et qui s’éloignaient de la pureté des premiers temps du christianisme.

Les papes et la hiérarchie romaine condamnèrent ces thèses et demandèrent à Luther de les retirer. Refus de celui-ci. Excommunication.  

Sur le plan politique, Charles-Quint, qui se voulait, comme Constantin, Théodose, Charlemagne et Otton Ier, défenseur de la chrétienté, intervint et tenta des médiations pendant plusieurs années, concédant ici, puis imposant là. Rien n’y fit. La fracture était réelle. Luther et ses disciples étaient rejoints par de nombreuses autorités allemandes (Hesse, Saxe) et par une partie du petit peuple, d’autant que la paysannerie y trouvait un moyen de revendiquer des améliorations de sa triste condition sociale (Guerre des Paysans de 1524-1525). L’empire germanique s’enfonça dans la guerre civile.

Calvin

Pendant ce temps, les nouvelles idées atteignaient les pays voisins : la Suisse (Calvin s’était installé à Genève), la France et les Pays-Bas. Le protestantisme fit son apparition à Valenciennes (1527), Mons (1534) et Tournai, amené par des marchands allemands. En 1527, le tribunal ecclésiastique de Cambrai condamna les réformistes. Malgré tout, une bonne partie de la population des villes adhéra rapidement à cette nouvelle façon de penser le christianisme. La diffusion récente de livres imprimés à grande échelle, et donc de la Bible, avait touché les gens instruits. Le peuple des campagnes, moins éduqué, restait profondément catholique, soumis à l’influence des prêches de leurs curés et vicaires.

Au début des années 1540, aucun compromis n’étant encore intervenu en Allemagne, Charles Quint décida de durcir le ton, d’autant que le protestantisme, sous sa forme calviniste (plus politique), se répandait largement. Les autorités politiques des villes ne prenaient pas encore position, mais les prêches se multipliaient à Mons, à Cuesmes sur l’Héribus, dans les bois de Ghlin et de Baudour. Charles-Quint lança les premières inquisitions. Pour le Hainaut, il nomma à la tête de cette institution Jacques de Lattre, prieur du Val-des-Ecoliers de Mons.

Administration politique

Les Pays-Bas autrichiens, malgré les réformes des Bourguignons, restaient un ensemble plutôt hétéroclite où chaque province gardait beaucoup d’autonomie. Par le Traité de Venlo de 1543, Charles-Quint donna naissance aux “Dix-Sept Provinces“, dirigées par un “gouvernement général” assisté de trois “conseils”(ministère de la diplomatie et des affaires militaires, conseil législatif et conseil des finances). Les bases d’une centralisation plus profonde étaient posées, malgré quelques privilèges et prérogatives laissées aux Etats Provinciaux.

Quelques années plus tard, la Transaction d’Augsbourg en 1548, créa le “Cercle de Bourgogne” qui comprenait les XVII Provinces et la lointaine Franche-Comté (Jurra). On mettait fin à l’esprit féodal du Traité de Verdun de 843. Jusqu’ici, ces Etats étaient composés de provinces vassales, soit du roi de France (comme la Flandre et l’Artois), soit de l’empereur de Germanie (toutes les autres). Il s’agissait maintenant d’un état indépendant auquel on appliqua une seule règle de succession pour éviter les partages.

Philippe II et les réformistes

Usé et malade, Charles-Quint abdiqua en 1555, laissant l’empire germanique à son frère Ferdinand. A son fils Philippe II (1555-1598), il donna l’Espagne, Naples, les colonies américaines et le Cercle de Bourgogne avec ses Dix-Sept Provinces.

Philippe II (Titien)

Personnage borné, rigide, très pieux et intolérant, élevé en Espagne et ne connaissant rien de nos régions, il va, pendant tout son règne, s’opposer à la Réforme, peu présente en ses terres ibériques, mais en pleine expansion chez nous, où il va régner par gouverneurs interposés.

Trouvant que son père avait manqué de rigueur dans sa lutte contre “l’hérésie”, il renforça les persécutions. Ce qui n’arrêta pas les conversions. Ath, Enghien, Mons, Valenciennes et Tournai devenaient des centres très actifs. Les Luthériens évitaient toute action publique. Les Calvinistes prétendaient réformer l’Etat. Une partie du clergé se tournait vers eux. A Mons, Guy de Brès publia en 1561 Confessio Belgica, un hymne au calvinisme qui rallia tous les protestants des Pays-Bas à ce mouvement. La bourgeoisie et le petit peuple commençaient à souffrir d’un déclin économique lié à la situation politique instable.

Les méthodes royales et l’arrogance des troupes espagnoles insupportèrent toute la noblesse, de quelque religion qu’elle fût. Les répressions devenaient terribles. On brûlait sur les bûchers les hérétiques et, au passage, les sorcières. On mentionna ce type d’événements à Basècles, à Roisin et à Angre. Mais c’est à Valenciennes qu’eut lieu en 1562 la “Journée des Maux-Brûlés” quand la foule tenta de libérer du bûcher les condamnés.

L’Eglise de Rome avait réagi à cette situation. Elle organisa le Concile de Trente (1546-1563) qui mit sur pied la Contre-Réforme, soit un ensemble de décrets relatifs à la réforme du clergé régulier et séculier, à la doctrine, à la façon de diffuser celle-ci au plus grand nombre par les écrits, les prêches, l’éducation et l’art. A Cambrai, siège depuis peu d’un archevêché, Maximilien de Berghes convoqua un synode pour mettre en place les dispositions conciliaires. On créa des séminaires, dont un à Mons en 1576.

Cette situation politique amena un grand nombre de seigneurs à demander une atténuation des ordonnances royales, sous la forme d’un “Compromis des Nobles” présenté en 1566 à la gouvernante, Marguerite de Parme, demi-soeur du roi. Ils firent tellement peur à celle-ci et à ses conseillers qu’on les appela “les Gueux“. La revendication se heurta à un refus de la part du roi. Les nobles eurent à payer “leur audace” et furent punis par des confiscations de biens. C’est ce qui arriva à Charles de Revel, seigneur d’Audregnies, qui fut ruiné et dut s’exiler.

Compromis des nobles

Tout éclata alors en cette année 1566. Les Calvinistes, bien implantés dans les villes, déclenchèrent une insurrection à Anvers, qui, telle une traînée de poudre, se répandit dans toutes les grandes villes des provinces du nord, mais aussi dans celles du sud. Ce fut la vague iconoclaste où les églises et les abbayes furent pillées et saccagées. Un pouvoir calviniste s’installa à Valenciennes, à Tournai et dans les villes néerlandophones. L’abbaye de Crespin fut mise à sac et incendiée. C’était la guerre civile. La gouvernante tergiversait. Devant l’extension du mouvement et la multiplication des temples réformistes, elle exigea du Conseil d’Etat de prêter fidélité à Philippe II. Ce que refusèrent les membres de cette institution, dont Orange, Egmont, Hornes, Brederode.

Duc d’Albe

Marguerite de Parme n’avait plus la situation en mains. Le roi lui envoya un capitaine général, le tristement célèbre Ferdinando Alvaro de Toleda, duc d’Albe, accompagné de 24.000 hommes et chargé de mater la rébellion, de supprimer tous les privilèges urbains et de remplacer les fonctionnaires locaux par des fidèles. A peine arrivé en 1567, il institua le “Tribunal des Troubles“. Les meneurs furent arrêtés et exécutés. Parmi eux, Egmont et Hornes. Orange put s’échapper. Beaucoup de réformés allèrent se réfugier en Allemagne, en Hollande ou en Angleterre. Les protestants se cachèrent pour continuer à organiser leur culte clandestinement.

En Hainaut, la répression fut menée par des nobles restés fidèles: le grand bailli, Philippe de Noircames, et le comte de Boussu, Maximilien de Hennin-Liétard. Ils reprirent Valenciennes qui eut à subir une très dure répression entre 1567 et 1569. Des dizaines de leaders réformés périrent. Des centaines d’habitants n’eurent d’autre choix que l’exil; parmi eux, la plupart des artisans et des commerçants qui avaient fait la prospérité de la ville. On érigea une forteresse “la Redoute” qui abrita une garnison espagnole. A Mons, la ville était écrasée par les charges militaires et les impôts de guerre. On confisquait des biens dans les villages.

Les Hollandais, Guillaume d’Orange et son frère Maurice de Nassau, menèrent la résistance. Ils s’attaquaient çà et là à des bastions royaux, comme Binche en 1568 (et, au passage, Estinnes et Carnières). Leur but était de créer un état calviniste, indépendant du roi d’Espagne, dans les XVII Provinces.

Rien n’arrêtait les réformistes, aidés par les huguenots français (chrétiens réformistes) dont beaucoup venaient d’être massacrés à la Saint-Barthélémy (24 août 1572). Valenciennes fut réinvestie par eux, puis à nouveau reprise par le duc d’Albe.

De cette année 1572, il faut aussi retenir, pour notre région, la “Surprise de Mons“. La ville, plus ou moins fidèle au roi, mais bien entreprise par la réforme, vit arriver Maurice de Nassau avec une troupe de partisans, en partie français. Il autorisa la liberté de prêche, quelle que soit la religion. La riposte ne se fit pas attendre. Albe rassembla 4000 hommes autour de la ville, dans les villages de Nimy, Jemappes, Cuesmes, Mesvin et Hyon. Il installa son artillerie sur les monts Héribus et Panisel. La ville fut bombardée. Furent endommagés les remparts, la Porte du Rivage et le prieuré du Val des Ecoliers. Guillaume d’Orange vint au secours de son frère. Une bataille non décisive eut lieu à Harmignies, tandis que Cuesmes et Mesvin étaient rançonnés par la soldatesque. Le roi de France Charles IV, catholique, mais ennemi des Habsbourg, envoya 10.000 hommes commandés par le baron de Genlis. On était à la mi-juillet, moment des récoltes. Ces troupes furent réparties entre Maubeuge et Saint-Ghislain. Son état-major investit le château de Boussu. Le duc d’Albe envoya son fils et une armée espagnole. Aidés par les petits paysans, toujours aussi fidèles à Rome et remontés par leurs curés, les royalistes défirent et exterminèrent les huguenots. Cela se passa le 17 juillet 1572 entre Hautrage, Villerot, Boussu et Saint-Ghislain (“la bataille d’Hautrage“). Mais les envahisseurs avaient eu le temps, au passage, de piller les villages traversés (dont Marchipont, Thulin et Hainin) et le château de Montignies-sur-Roc. A Mons, Nassau capitula après quelques mois. Albe s’y livra à nouveau à une répression très sanglante. Et Mons se vida à son tour de ses artisans et de ses commerçants qui s’exilèrent vers des terres plus tolérantes à leur égard.

Les villes, particulièrement Valenciennes et Tournai, restaient très calvinistes. Les campagnes étaient catholiques. Les seigneurs étaient divisés entre les deux religions. Tout le monde était ruiné et on augmentait de plus en plus les impôts pour subvenir aux troupes royales.

Ce fut l’abbé de Saint-Ghislain, Mathieu Moulart, qu’on envoya auprès de Philippe II pour se plaindre des exactions de son gouverneur. Celui-ci avait, de toute façon, échoué à éradiquer les réformistes. Il fut rappelé et remplacé par Don Luis de Requesens (1573-1575) qui mit fin au régime d’exception. Amnistie générale et abolition du Conseil des Troubles, Le nouveau gouverneur réduisit l’impôt, mais manqua alors d’argent pour rémunérer ses troupes qui se mutinèrent et rançonnèrent le peuple. C’était l’anarchie.

Requesens mourut rapidement. Il fut remplacé par Don Juan d’Autriche (1576-1578) qui arriva dans un pays ruiné et divisé. Les nobles avaient été humiliés. Malgré l’interdiction, les Etats Généraux se réunirent à Gand en 1576 pour déclarer la “Pacification de Gand“, dans le but de rassembler tous les Etats et de mettre sur pied une véritable armée nationale pouvant remplacer les troupes espagnoles honnies de tout le monde. On se promit de ne plus poursuivre les réformés. Si le culte catholique fut interdit en Hollande et en Zélande, le calvinisme fut toléré partout ailleurs. L’année suivante, une faible majorité des nobles reconnaissait encore le gouverneur en place.

Mais les divisions religieuses étaient très profondes. Le sud catholique était pour le maintien d’une autorité royale et du catholicisme dans les XVII provinces, tout en demandant le retrait des troupes espagnoles. Guillaume d’Orange refusa au nom de la liberté de conscience. De nouvelles insurrections apparurent.

C’est dans ce contexte qu’arriva en 1578 un nouvel acteur: Philippe de France, duc d’Alençon et d’Anjou, frère du roi de France. Appelé par les Réformistes, il s’empara de Soignies, de Havré, de Binche, du Roeulx et de Maubeuge. Il échoua devant Mons. L’armée des Etats, commandée par Philippe II de Lalaing (seigneur de Quévy et grand bailli), reprit Maubeuge et Soignies, alors que Maximilien de Hennin-Liétard défendait Mons. Repoussé, d’Alençon commit pillages et dévastations dans tous les villages rencontrés.

Alexandre Farnèse

A Don Juan, mort en 1578, succéda Alexandre Farnèse (1578-1592), un homme modéré et intelligent qui sut profiter de la fidélité catholique des uns pour combattre le fanatisme calviniste des autres. Il déclara une amnistie générale et rétablit les privilèges. Il remplaça les troupes étrangères par des soldats du cru. Il s’établit à Mons où il renforça les fortifications. L’artillerie était tenue par Eustache de Croÿ, frère du comte du Roeulx. Tous les nobles hennuyers firent soumission à Farnèse. Celui-ci entreprit de reconquérir les villes révoltées, se gardant de toute violence, laissant le choix aux réformés entre l’abjuration et l’exil. Si beaucoup prirent le chemin de l’étranger, d’autres s’installèrent dans quelques villages borains plus accueillants (Dour, Wasmes, Pâturages).

En 1579, on prit conscience des différences. Le Hainaut et l’Artois, par “l’Union d’Arras“, reconnurent l’autorité du roi d’Espagne et le maintien du catholicisme, espérant un rétablissement des privilèges et des libertés des villes et des Etats. Le calvinisme y fut interdit. Valenciennes hésita puis accepta. De leur côté, la Hollande, la Zélande, la Gueldre, quelques autres provinces néerlandaises, les villes flamandes et brabançonnes donnèrent naissance à “l’Union d’Utrecht” qui établissait une “République des Provinces Unies” sous le gouvernement de Guillaume d’Orange.

On vit des huguenots de Tournai venir piller Condé, Péruwelz, Basècles, Marchipont et d’autres villages. Le duc d’Alençon, en 1580, vint s’emparer de Saint-Ghislain qui, quelques mois plus tard, fut délivrée par Farnèse au bout de cinq jours de siège. Ce même Farnèse décida de reprendre Tournai, ce qui fut fait l’année suivante malgré une vive résistance incarnée par Christine de Lalaing. Le protestantisme en fut extirpé et la ville de Tournai vit, elle aussi partir ses meilleurs artisans et ses capitaux.

C’était le dernier fait d’arme des guerres religieuses chez nous. Elles laissaient une population appauvrie, affamée à cause des récoltes ravagées, vidée de ses meilleurs artisans et de ses élites commerçantes, et fortement imposées pour subvenir aux besoins des défenses militaires. Les écoles étaient fermées. Des orphelins étaient abandonnés, ce qui poussa Louise de Bouzanton, en 1583, à fonder un Hospice des Orphelins de Mons, devenu plus tard la “Bonne Maison de Bouzanton”.

Maximilien de Hénin-Liétard

Alexandre Farnèse continua à reconquérir des villes calvinistes en Flandre et en Brabant. Il poursuivit la guerre vers le nord où se distingua, notamment, Maximilien de Hennin-Liétard, seigneur de Boussu.

Là-bas, ce fut un échec. C’est ce qui marqua la séparation définitive, mais non officialisée, entre les dix provinces à majorité catholique du sud et les sept provinces réformées du nord. Ces dernières  établirent immédiatement un blocus sur l’Escaut, arrêtant le commerce vers la mer du Nord.

Farnèse mourut en 1592. Il fut remplacé d’abord par deux gouverneurs de peu d’importance puis par l’archiduc Albert de Habsbourg en 1596.

Philippe II s’éteignait deux ans avant la fin du siècle.

La Contre-Réforme

Depuis deux décennies, l’Eglise avait relevé la tête grâce aux principes de la Contre-Réforme. Deux ordres nouveaux participaient à ce mouvement, celui des Capucins et celui des Jésuites, tous deux installés à Valenciennes, Ath et Mons. Ils y établirent des collèges.

Economie

Le XVIème siècle avait vu arriver de nouvelles denrées du Nouveau-Monde, dont la pomme de terre qui allait diversifier l’alimentation jusque-là essentiellement céréalière. L’exploitation de la houille n’avait pas tellement progressé, souffrant des guerres et des limitations de l’exportation. En plus des guerres, des épidémies revenaient souvent décimer les populations (1510, 1557, 1572).

La Haine

On le sait, depuis au moins l’époque gallo-romaine et sans doute déjà avant, cette rivière permettait la navigation, au moyen de barques plates tirées par des hommes ou des chevaux à partir de chemins de halage, et qui transportaient des marchandises (céréales, bois, des produits manufacturiers).

Le trafic s’amplifia à partir du moment où l’on commença à exporter, outre les productions agricoles, le charbon de houille du Couchant de Mons, soit au XIIIème siècle.

Mais la rivière servait aussi de dépotoir, son cours était irrégulier et se répandait dans des zones marécageuses alentour. On renforça ses digues, on entretint les fonds pour la débarrasser des détritus. En 1370, Aubert de Bavière instaura un règlement en ce sens. Au Moyen Age, la Haine était navigable depuis Mons jusqu’à Condé. A Mons, la Trouille passait dans la ville, à l’intérieur de l’enceinte. Pour la rendre navigable, Aubert et Guillaume avaient fait réaliser de vastes viviers de retenue d’eau à Mesvin. Après avoir traversé la ville, la Trouille sortait près de la Porte du Rivage où se trouvaient un embarcadère et un tonlieu, prélevé par le chapitre de Sainte-Waudru pour les marchandises importées. De là, elle allait se jeter dans la Haine à Jemappes. Les mêmes comtes avaient fait réaliser un canal de dérivation de la Haine le long de la chaussée de la Porte du Parc jusqu’au Rivage.

Il y eut, au XIVème siècle, des conflits entre les bateliers de Condé et les autres, pour des problèmes de monopole. Ce que tenta de régler Aubert en 1379.

On sait que le charbon et les marchandises (céréales, bois, sable) étaient transportés dans des “querques”, petites barques à fond plat tirées par des hommes ou des chevaux. On en faisait des rames, formées de 5 à 20 embarcations qui se suivaient.

Vestige de l’écluse de Débihan (Thulin)

Il fallut attendre le XVIème siècle pour voir apparaître des aménagements importants: la construction de sept écluses entre Mons et Condé pour régulariser le débit. On en trouvait deux à Thulin (Débihan et entrée de Montroeul) et une à Hensies. Les barques étaient devenues plus longues et larges, capables de naviguer sur le Bas-Escaut. On comptait trois points d’embarquement: Jemappes, Saint-Ghislain et Boussu. Le charbon était transporté depuis les sites miniers vers la Haine à dos d’hommes ou par des tombereaux sur des chemins boueux.

Tout le transport fluvial était réglé de façon stricte. En 1559, les Etats du Hainaut ordonnèrent la création de “l’Office de la Navigation du Hainaut“. Il s’agissait d’une institution judiciaire et administrative qui avait à juger en première instance les délits contre les ordonnances. Il contrôlait aussi le cours de la Haine et les écluses. Cet office fonctionna jusqu’en 1794.

34. Essai d’histoire des voies de communication

Si nous sommes relativement bien renseignés sur les voies de communication mises en place depuis le début de la Révolution Industrielle, c’est à dire depuis le milieu du XVIIIème siècle, il n’en est pas de même pour les diverses périodes qui précèdent.

Je vais tenter, dans ce chapitre, d’en redessiner les tracés, en me basant sur les besoins des hommes à se déplacer, eux-mêmes et leurs “marchandises”, partant de l’hypothèse qu’une route n’est pas construite gratuitement, c’est à dire sans raison.

Epoque après époque, selon l’évolution de la société, de la démographie, de l’économie, de la situation historique et politique de notre région, j’essaierai, avec les informations, défaillantes parfois, dont j’ai pu disposer, de reconstituer la progressive mise en place du réseau de communications tel qu’il se présente aujourd’hui.

Au paléolithique

Cette très longue période (entre 500.000 et -5000 chez nous) est marquée par une succession de changements de climats. En majorité, ces derniers étaient très rudes, froids, secs et venteux. La flore était le plus souvent constituée de toundras et de steppes, soit un paysage ouvert où il était relativement facile de circuler pour les petits groupes d’humains nomades à la recherche de leur nourriture. Ils n’ont sans doute pas été présents de façon régulière en vallée de Haine, mais nous avons plusieurs indices de leurs passages, notamment dans les zones où le silex de qualité était présent (région autour de Mons).

Plus la démographie augmentait (ce qu’elle fit lentement), plus ces groupes humains se transmettaient des itinéraires, non aménagés, pour se rendre dans les endroits où ils pouvaient trouver matière à survivre (végétaux, animaux, silex, abris et grottes).

Au néolithique et aux âges des métaux (5200 à -58)

Ces périodes sont caractérisées par la sédentarisation qui se traduisit d’abord sous forme de hameaux et de petits villages implantés sur des terrains fertiles (pour l’agriculture et l’élevage), à proximité de sources d’eau (ruisseaux, rivières) et de bois. Ces premiers sédentaires vivaient essentiellement en autarcie, mais pouvaient aussi, sans doute, échanger leurs productions ou leurs savoirs et organiser des rassemblements festifs ou cultuels. Leurs déplacements ne pouvaient se faire que le long de petits chemins aménagés le long des rivières ou à travers les grandes étendues de bois et de clairières qui couvraient les versants et les plateaux bordant la vallée (la Forêt Charbonnière).

Spiennes et les alentours furent des centres de production miniers pour le silex, extrait en abondance, non seulement pour un emploi local, mais aussi pour faire l’objet d’un commerce dont on sait qu’il se fit sur des longues distances, de plusieurs dizaines, voire des centaines de kilomètres.

Il n’est donc pas difficile d’imaginer qu’il y ait eu des chemins aménagés pour exporter la production et importer des matériaux et des marchandises non présentes sur place. Les humains du néolithique avaient inventé le commerce à distance, toujours selon un système d’échanges (troc). Nous ne connaissons pas ces chemins qu’ils ont suivis. On peut parfois les deviner. Certains ont été balisés par des mégalithes, mais ceux-ci ne furent pas nombreux dans la région de la Haine et, pour la plupart, ils ont disparu.

On ne sait pas non plus à partir de quand la roue, et donc le char et le chariot, ont été présents sur ces chemins. On sait qu’ils sont apparus vers -3500 dans les sociétés indo-européennes de l’est de l’Europe. Si ce moyen de transport a suivi l’avancée de ces groupes indo-européens vers nos contrées, il serait plausible qu’on le trouve chez nous à la fin du néolithique (culture campaniforme) ou à l’âge du bronze. Mais pas avant. Auparavant, le silex n’a donc pu être transporté que par bateau, à dos d’homme ou à dos d’animal (âne, boeuf). Monter à cheval fait aussi partie de l’apport indo-européen.

Il est possible qu’à cette époque, il y ait eu une navigation minimale sur la Haine, et un peu sur les cours inférieurs de la Trouille et de la Honnelle, vers l’Escaut et ses affluents, sur de petites embarcations à fond plat.

Période gallo-romaine (de -52 à v450)

Nous commençons à être mieux renseignés sur la circulation (intense?) au début de notre ère. Dans le chapitre consacré à la vie de la région sous l’empire romain, les chaussées romaines construites en étoile à partir de la capitale nervienne de Bavay ont été étudiées. Ces chaussées reliaient Bavay aux autres chefs-lieux des cités voisines. Elles conduisaient aussi vers la mer du Nord, le Pas-de-Calais (Boulogne) et le Rhin (Utrecht et Cologne).

Il n’y eut pas beaucoup de centres urbains (vicus) en pays nervien. Ils sont en fait apparus en raison de la proximité des chaussées (conséquences et non causes), principalement là où les chaussées croisaient une voie navigable (Cambrai, Tournai). Une exception peut-être: Blicquy, où un sanctuaire a précédé la conquête romaine, dès l’âge du bronze.

Les chaussées étaient reliées entre elles par des chemins secondaires (diverticulums) dont on sait réellement peu de choses. L’habitat rural était alors très dispersé. Chaque villa, chaque ferme était reliée à une chaussée ou à un diverticulum par un chemin “privé”.

Ces chaussées et ces chemins se sont maintenus très longtemps, peut-être même jusqu’au XVIIIème ou au XIXème siècle, dans leur entièreté. Ce n’est que dans les deux derniers siècles que certains tronçons ont disparu, recouverts par des extensions de villages, des surfaces agricoles ou industrielles.

On sait aussi avec certitude que la Haine était navigable, au moins entre la région montoise et son confluent avec l’Escaut. En témoigne l’embarcadère découvert à Pommeroeul, à proximité de la chaussée romaine qui passe à Hensies.

Périodes mérovingienne et carolingienne (v450-v880)

On attribue habituellement à la reine Brunehaut, épouse de Sigebert (561-575), roi d’Austrasie, d’avoir réaménagé toutes les chaussées romaines au nord de la Gaule. Certains tronçons portent, encore aujourd’hui, son nom. Selon les historiens, il s’agirait d’une légende apparue beaucoup plus tard. Il est vrai que cette reine ne régnait que sur l’Austrasie et qu’on trouve des chaussées Brunehaut en Neustrie (donc dans notre région). En outre, elle vécut à une période sombre de l’histoire des Mérovingiens, faite de conflits perpétuels entre les descendants de Clovis, et pauvre sur le plan des échanges commerciaux. Ce qui est certain, c’est que les chaussées romaines continuèrent à servir.

Mais d’autres centres administratifs, cultuels, culturels et commerciaux apparurent. Bavay, elle, avait perdu, depuis le IIIème siècle, toute importance comme noeud routier. 

Ces nouveaux lieux furent les premières abbayes fondées dans notre région au milieu et dans la deuxième partie du VIIème siècle: Mons, Soignies, Maubeuge, Saint-Ghislain, Crespin, Condé, Saint-Amand, Nivelles, Lobbes, pour ne citer que les plus proches. Bien sûr, elles ne brillèrent pas de mille feux dans les premiers siècles, mais elles avaient vu le jour à l’initiative et grâce à l’aide des rois et des aristocrates. Elles furent sans doute déjà des points de halte pour les commerçants (même si le commerce n’était pas intense à l’époque), les pèlerins et les hommes de pouvoir. On sait que ceux-ci étaient continuellement en déplacement, emmenant avec eux leur “palais”, leur cour, leur domesticité et une partie de leur armée. Famars avait conservé son statut militaire depuis la fin de l’empire romain et constituait le chef-lieu administratif du comté (pagus) de Hainaut (au sud de la Haine). Il est probable (mais non prouvé) que Chièvres avait un statut similaire pour le comté de Brabant (Burbant, au nord de la Haine).

Enfin, deux localités se développèrent à cette période: Valenciennes et Estinnes. Sans preuves réelles, mais sur base des nombreux cimetières francs découverts, on peut avancer raisonnablement l’hypothèse qu’il existait des communautés franques importantes du côté de Blaton, d’Elouges-Wihéries, de Quaregnon, de Mons-Ciply et de Trivières.

De nouveaux chemins (de terre, ils ne pouvaient se comparer aux chaussées romaines!) furent donc aménagés pour relier tous ces centres: de Mons à Soignies, de Mons à Maubeuge, de Mons à Saint-Ghislain, de Saint-Ghislain à Tournai, de Saint-Ghislain vers Condé et vers Crespin, et partant de ces différentes localités vers Chièvres. Ces routes existent encore aujourd’hui, même si leur tracé a parfois changé un peu.

Un autre chemin, aujourd’hui disparu, a probablement eu beaucoup d’importance à partir de cette période. On l’a parfois appelé “vieux chemin de Binche” ou “chemin du vieil empire ” (je ne sais le pourquoi de cette dernière appellation à Elouges). Il courait sur le versant sud de la Haine,  probablement depuis Famars (puis Valenciennes), en passant par Elouges, Boussu, Hornu, Quaregnon, Ciply,vers Estinnes, reliant les centres politiques importants (fiscaux) entre eux, et passant par les lieux où se concentraient les grosses communautés franques de l’époque. On ne connait toujours pas l’importance que pouvait avoir la colline de Mons à cette époque, mais elle devait occuper une position stratégique dans l’axe de la vallée.

En rouge: les axes routiers et les lieux apparus lors de la période franque. Bavay a perdu son importance gallo-romaine.

Il est probable que la Haine était encore utilisée à l’époque pour le transport de marchandises, même si le commerce du blé et du bois était peu important.

Deuxième moyen-âge et période moderne (Xème siècle – 1794)

Le commerce a repris. Les axes routiers mis en place dans la période précédente furent donc mis à profit, encore que la grande majorité de la population resta confinée dans son habitat.

Entre le Xème siècle et le XIIème siècle, les villages apparurent, souvent à proximité d’une chaussée ou d’un chemin existant. D’autres en étaient plus éloignés. Ces villages, qui ne comportaient qu’une ou quelques rues, étaient reliés entre eux par des chemins.

Les centres urbains existants vont se développer avec le commerce, l’artisanat et l’industrie: Valenciennes, Mons, Maubeuge. Quelques comtes du XIIème siècle, et principalement Baudouin IV “le Bâtisseur” fondèrent ou favorisèrent de nouvelles villes: Ath, Binche, Le Quesnoy, Braine-le-Comte, Soignies, Beaumont, Le Roeulx, Chièvres. Mons, capitale comtale, fut reliée à ces différents centres, par des chemins déjà existants ou par de nouveaux.

Il est probable que le “vieux chemin de Binche” ait trouvé à cette époque sa véritable appellation, car il permettait de relier Le Quesnoy et Valenciennes (où les comtes résidaient souvent) à Mons et à Binche (qui avait remplacé l’antique Waudrez et la franque Estinnes). Cette voie fut sans doute très importante jusqu’au milieu du XVIIIème siècle. Il en reste encore, aujourd’hui, de nombreux tronçons qui ont, pour certains, conservé ce nom, entre des parties complètement disparues (comme c’est le cas pour les chaussées romaines).

Son tracé exact est difficile à reconstituer. Pour passer l’Aunelle (frontière franco-belge actuelle), il n’y avait, pour les charrois, que deux passages: le premier par Rombies-Marchipont-Angre-Baisieux-Elouges, le second par Quiévrain. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il semble que le premier itinéraire ait longtemps été le plus emprunté. On pouvait venir de Valenciennes à Quiévrain et, de là, rejoindre le “chemin de Binche” près des “Monts d’Elouges”. Il est probable que plus tard le détour par Quiévrain prit plus d’importance, car emprunté par les diligences qui reliaient Bruxelles et Mons à Valenciennes, Cambrai et Paris, sur ce qu’on a aussi appelé “le chemin des Postes”.

En vert: voies et sites apparus au XIIème siècle

L”exploitation du charbon a commencé au XIIème ou au XIIIème siècle dans certaines seigneuries au Couchant de Mons. Mais son commerce, son exportation semble s’être développée seulement au XIVème siècle. A partir des sites miniers du versant sud de la Haine, le charbon était “descendu” vers la rivière à dos d’animaux ou sur des chariots, par des routes peu praticables une grande partie de l’année. On sait que le comte Aubert de Bavière fit entretenir le cours de la rivière et aménager les berges pour rendre celle-ci plus navigables.

Au XVIème siècle, pendant la période espagnole, pourtant bien triste à d’autres points de vue, le cours de la Haine fut nettement amélioré et très réglementé, avec la construction d’écluses.

Le début de la révolution industrielle (v1750-1830)

La société a complètement changé avec l’industrialisation qui a débuté dans la seconde moitié du XVIIIème siècle et avec la fin de la période féodale (1794). Le paysage s’est complètement transformé, notamment le réseau des voies de communication. Les hommes voyageaient davantage (en diligence), mais on transportait aussi de plus en plus, pour les vendre, les produits industriels et avant tout le charbon et les pierres.

Il fallait donc améliorer les voies existantes. Et l’on doit au pouvoir autrichien (1713-1794) de l’avoir compris. L’effort s’est surtout porté sur l’amélioration des grands axes routiers. On a aménagé les anciens ou on en a créé des nouveaux à proximité.

C’est ainsi qu’après beaucoup d’hésitations, vu les récentes guerres avec la France, on a décidé de relier Bruxelles à Paris par une chaussée pavée, dite “thérésienne” en l’honneur de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche, encore que sa construction ait commencé avant son règne (dès 1724 au départ de Bruxelles). Entre Mons et Quiévrain (fin des travaux en 1750), elle longeait la zone minière du Borinage, remplaçant l’ancien “chemin de Binche” sur un nouveau tracé parallèle situé un peu plus au nord, chemin qui disparut sur de nombreux tronçons. Il s’agit de la nationale actuelle, … qu’ont empruntée, quelques années plus tard, les armées françaises qui venaient envahir notre pays. A Quiévrain, devenue cité frontière, se trouvait un relais pour les diligences (actuelle Athénée).

Ont également été pavées à cette période les routes:

  • Mons-Ath (1726)
  • Mons-Binche (1730)
  • Mons-Beaumont-Chimay (1753)
  • Saint-Ghislain – Barry – Tournai (1768-1776)

Simultanément, on pava aussi quelques chemins qui descendaient des sites miniers, déjà très actifs au XVIIIème, vers cette route thérésienne et vers la Haine. Ainsi, à partir d’Elouges/Dour vers Pommeroeul, via Thulin (chemin de Belle-Vue), à partir de Warquignies vers Saint-Ghislain, via Hornu (1776), à partir de Wasmes vers Wasmuel, à partir de Pâturages vers Quaregnon, de Flénu à Jemappes, de Frameries vers Cuesmes et Mons (les dates ne sont pas mentionnées pour tous ces axes, il est possible que certains aient été réalisés un peu plus tard). Nous n’avons pas d’information pour la réalisation de tels axes routiers dans le Centre.

Par voie d’eau, la Haine, avec son bas débit, s’avéra vite insuffisante pour le transport de la houille vers la France, qui nous occupait (1792/1794-1814). Ce pays en avait un grand besoin, car son industrie houillère était en retard par rapport à la nôtre. Napoléon décida de faire construire un canal entre Mons et Condé. Les travaux furent commencés en 1808 et achevés en 1816 (en Belgique) et 1818 (en France), soit après Waterloo!

Rapidement, les exportateurs de houille se trouvèrent face à de nouvelles taxes douanières au passage à Condé. Or, en cette période hollandaise (1814-1830), la Flandre, Anvers et la Hollande avaient besoin de grosses quantités de ce combustible. Il fut décidé alors de court-circuiter Condé en creusant un nouveau canal entre Pommeroeul et Antoing. Ce qui fut fait en 1823-1826. Un autre canal relia Blaton à Ath, où la Dendre fut canalisée jusqu’à Termonde.

Le site minier de Boussu-Bois prenant de l’importance, le comte de Caraman fit paver le chemin qui descendait vers Boussu. Pour faciliter l’accès au canal Mons-Condé, il fit aussi construire, en 1815, un canal dans ses propriétés, canal qui fut rapidement abandonné au profit du chemin de fer.

Apogée de la période industrielle (1830 – 1950)

Avec l’avènement du royaume de Belgique (1830 à nos jours), notre pays devint l’un des pays les plus industrialisés de la planète au XIXème siècle, avec le Borinage qui en était le principal bassin houiller et qu’il fallut relier aux autres bassins industriels. C’est ainsi que fut conçu le projet du Canal du Centre, pour relier Mons (lié au bassin de l’Escaut via les canaux Mons-Condé, Pommeroeul -Antoing et Blaton-Ath ) à Bruxelles (canal Charleroi-Bruxelles, embranchement à Seneffe) et au bassin mosan (via la Sambre canalisée). Ce ne fut pas une mince entreprise, parce que le dénivelé y était fort important. C’est ainsi qu’on aménagea trois ascenseurs hydrauliques à Strépy-Bracquegnies et Houdeng-Goegnies. Commencé dès 1882, ce canal ne fut achevé qu’en 1917.

Mais le chemin de fer allait bientôt s’imposer et prendre le pas sur les autres voies de transport commercial.

Henri de Gorge fut un précurseur. Dès 1830, il fit construire une ligne ferrée depuis son site du Grand-Hornu jusqu’à un quai qu’il avait acheté à Saint-Ghislain sur le canal. La traction des wagonnets se faisait encore par des chevaux.

Cinq ans plus tard, on commença à construire des voies ferrées pour locomotives à vapeur. La première relia Bruxelles à Malines. Puis on construisit la “ligne du Midi” (n°97), entre Bruxelles et Mons, puis entre Mons et Quiévrain (1841-1842), par Saint-Ghislain, ensuite de Quiévrain vers Valenciennes et Paris.

Les années qui suivirent, jusqu’à la fin du siècle, virent l’aménagement de nombreuses lignes de chemin de fer, en grande partie industrielles et privées, qui reliaient les sites miniers à la ligne du Midi, principalement par la gare de Saint-Ghislain, qui devint le noeud ferroviaire principal de la région. Parmi les autres gares, de moindre importance, on citera Flénu, Warquignies, et Dour.

Au Levant de Mons, le Centre se développait aussi, sur le plan minier et sur le plan métallurgique, autour de La Louvière. Il connut la même multiplication de ces lignes industrielles.

Quant aux lignes “publiques”, de transport de voyageurs, on en aménagea de nombreuses au départ de Mons et de Saint-Ghislain:

  • Mons – Aulnoye – Haumont (1855-1858), qui supplanta, en direction de Paris, la “ligne du Midi”
  • Mons – Jurbise – Ath
  • Mons – La Louvière (1848-1849), n°118
  • Saint-Ghislain – Tournai (1861-1867), n°78
  • Saint-Ghislain – Ath (1866)
  • Mons – Warquignies – Saint-Ghislain – Dour (1872), prolongée de Dour à Quiévrain (1873) pour rejoindre la ligne du Midi, et de Dour à Roisin et Bavay (1898), n°98 et 98a. La première partie de cette ligne desservait les charbonnages du Couchant de Mons: transport des mineurs (une ligne la reliait à Gand via Saint-Ghislain et Tournai) et transport de la houille. Les sites miniers y étaient reliés par des voies privées en gare de Flénu, de Warquignies, de Dour et de Saint-Ghislain.
  • Elle fut prolongée ensuite vers Roisin et Bavay pour desservir les Hauts-Pays et participer au transport des pierres et marbres qu’on produisait à Wihéries, Angre-Roisin et Bellignies, mais aussi des produits locaux (chicorée, tabac).
  • Blaton – Beloeil (1876) – Ath (1877)
  • Mons – Chimay (1868), n°109, via Cuesmes et Bonne-Espérance, avec déviation vers Binche

Pendant quelques décennies, ce sont des sociétés privées qui construisirent et entretinrent les lignes, même publiques. L’Etat leur accordait des concessions, comme il le faisait pour les mines. Les grandes banques financières, qui entraient dans les capitaux des sociétés minières, s’investirent aussi dans les chemins de fer (Société Générale, Banque Rotschild). Ce qui explique la grande densité du réseau ferroviaire, mais aussi le caractère un peu chaotique de ses extensions. Finalement, l’Etat se réappropria les lignes publiques à partir de 1870.

Mais revenons-en à la route.

En ce XIXème siècle, la plupart des villages virent paver leurs rues et les chemins les reliant entre eux ou aux grands axes routiers. Au milieu du siècle, on supprima les “tonlieux”, ces droits de passage datant du moyen-âge, qui servaient encore à payer les aménagements routiers.

Des lignes vicinales pour trams à vapeur, puis trams électriques, sont aussi apparues à la fin du XIXème siècle pour faciliter le déplacement des salariés et des écoliers, mais aussi celui de marchandises. Au départ de la place de la gare de Mons, un nombre important de lignes ont desservi la plupart des localités du Borinage et du Levant de Mons. On ne peut les citer toutes dans ce chapitre. J’ai tenté de le faire, quand j’en avais la mention, dans les chapitres consacrés aux villes et villages.

Cette situation dura grosso-modo jusqu’après la deuxième guerre mondiale. La reprise économique qui accompagna la cessation des hostilités obligea à de nouveaux aménagements.

De 1950 à nos jours

On s’occupa d’abord des canaux. Ceux qui avaient été construits au siècle précédent s’avéraient de gabarit insuffisant pour les nouvelles péniches à gros chargement. C’est ainsi qu’à l’ouest de Mons, on construisit, dans les années ‘1950 un nouveau canal de Nimy (Grand-Large) à Blaton, prolongé ensuite jusqu’à Péronnes, parallèlement à celui de Mons-Condé qui devint inutile et fut supprimé un peu plus tard.

Dans le Centre, on réaménagea le canal existant, en l’élargissant, en modifiant ses courbes et en remplaçant les trois ascenseurs par un nouvel ouvrage, l’ascenseur funiculaire de Strépy-Thieu, sur une nouvelle portion de canal.

Le transport routier, depuis le début du XXème siècle, avait pris beaucoup d’importance. C’est pourquoi on traça de nouveaux axes routiers:

– l’autoroute Bruxelles -Mons – Tournai/Lille ou Paris A7/E19 (vers 1970) qui occupe l’assiette de l’ancien canal Mons – Condé entre Mons et Hensies

– le contournement (inachevé) de Mons par le sud (milieu des années ‘1970)

– l’axiale boraine N550 entre Boussu et Cuesmes, destinée à désengorger la vieille nationale qui devenait un axe commercial important (années ‘1990).

– le boulevard sud du Borinage N562 (entre Dour et Nimy) pour desservir les zonings industriels créés entre Elouges et Ghlin (milieu des années ‘1960)

Le succès du transport routier sonna le glas du chemin de fer dont les lignes industrielles ont été les premières à disparaître avec le déclin des charbonnages et dont les lignes “voyageurs” furent supprimées les unes après les autres au profit des lignes vicinales (autobus). Seules subsistèrent quelques lignes électrifiées reliant les centres importants (Mons-Saint-Ghislain-Quiévrain/Tournai; Bruxelles-Mons-Quévy; Mons-Ath; Mons-La Louvière-Charleroi). Ce fut aussi le sort des tramways qui ont complètement disparu du paysage dans les années ‘1970.

Conclusions

Les Romains avaient leur logique. Les habitants de la vallée de la Haine une autre logique. 

Les Romains ont tracé des axes routiers en étoile à partir de Bavay, servant par là leurs intérêts militaires, politiques et commerciaux. Ils reliaient dans le nord de la Gaule les sites stratégiques (Pas-de-Calais, Mer du Nord, Rhin, Reims/Lyon et les chefs-lieux de cité.

Cette politique routière servit encore longtemps, mais après eux les pouvoirs politiques suivants sont revenus aux axes naturels du néolithique et de l’âge du fer, privilégiant la vallée de la Haine. Tous les axes qui apparaissent après les Romains sont de nouveau horizontaux (ouest-est) dans leur majorité: les routes, les canaux, les autoroutes. La dernière carte est d’ailleurs la plus évidente.

Tout ceci nous renforce dans cette idée d’avoir choisi comme thème principal de ce site web: “villes et villages de la vallée de la Haine”, un axe important dans l’histoire de cette partie de l’Europe. Des Pays-Bas, de Scandinavie, d’Allemagne et de Pologne, il faut passer par chez nous pour aller vers Paris… Malheureusement, lors des nombreuses guerres des cinq derniers siècles, les troupes ravageuses ont parcouru les mêmes chemins dans les deux sens…

33. D’autres activités économiques

A côté des industries traditionnelles évoquées dans les chapitres précédents, d’autres activités économiques ont aussi occupé les habitants de la vallée de la Haine, principalement dans les deux derniers siècles.

De plus amples informations sur ces entreprises sont en général trouvées dans les chapitres consacrés aux localités. Et si elles manquent, les informations les concernant sont naturellement bienvenues.

Les eaux minérales

Elles ont été exploitées à:

La géothermie

Dans les terrains sous-jacents au houiller Borain, on a découvert des nappes profondes d’eau très chaude sous St-Ghislain et Douvrain. Elles sont exploitées et servent au chauffage urbain depuis 1985.

On compte en exploiter aussi du côté de la gare de Mons et à Ghlin.

Les papeteries

Il faut signaler, à Thulin, la cartonnerie V. Ducobu à Débihan (XIXème-XXème) et la papeterie Semoulin (toujours en fonction depuis le milieu du XXème siècle).

L’extraction de minerai de fer

On l’aurait exploité en petites quantités dans le bois de Peissant (pas de précision sur l’époque). 

Les entreprises de construction métallique et l’industrie métallurgique

La sidérurgie et la métallurgie n’ont pas connu en Borinage le même développement que dans les autres bassins houillers.

Pourtant, au XIXème siècle et au début du XXème, des ateliers de construction métallique ont accompagné l’exploitation du charbon pour lui fournir du matériel. Certaines ont connu une renommée nationale et même internationale, avant de décliner, puis de disparaître avec les charbonnages. On mentionne:

  • Grand-Hornu : machines à vapeur, locomotives
  • Hornu : ateliers François
  • Boussu : Dorzée (1804-1938), Bonaventure (1883-1920), Evence Coppée (1923-1966), Wins (1853-1903). Les ateliers Dorzée ont connu une très grande renommée.
  • Jemappes :
    • Laminoirs, forges et fonderies
      • En 1869, Victor Demerbe, maître des forges, fonda les “Laminoirs, forges et fonderies de Jemappes”. Leur développement et leur succès furent rapides grâce à l’utilisation des nouvelles technologies en matière de laminage du fer et d’aciers divers. Six ans plus tard, six cent personnes y travaillaient. En 1873 se produisit une explosion qui fit quatorze morts. Entre 1950 et 1960, on abandonna certains produits trop concurrencés, pour fabriquer de l’acier de qualité. Il fallut la crise sidérurgique des années soixante et septante pour que les Laminoirs ferment leurs portes (1977).
    • Ateliers du Pont-Canal : matériel pour brasseries (chaudières de cuisson, réservoirs, bacs refroidisseurs, cuves), galvanisation du fer, tuyauteries, brouettes et chariots de fonds, seaux)
  • Quaregnon : Canon-Legrand, Monsville, Van Rye
  • Nimy : Tubes et laminoirs
  • La Bouverie : usine Billon (fonte du cuivre, du bronze – lampes d’ éclairage pour les mines)
  • Ghlin – atelier de construction mécanique ( ?-1933)
  • Frameries : aciéries
  • Dour : ateliers Patte
  • Quiévrain – Industrielle Boraine (pilônes d’éclairage)
  • Strépy-Bracquegnies – Une usine métallurgique avec hauts fourneaux fonctionna de 1857 à 1880.
  • Haine-St-Pierre
  • Haine-St-Paul
  • Houdeng-Aimeries
  • La Louvière: Boël
Les fours à coke (cokeries)

On fabriquait le coke par distillation d’un charbon minéral dépourvu de bitume. Le coke était utilisé dans les hauts fourneaux de sidérurgie et fonderies.  On y produisit aussi du goudron, du benzol, du gaz de four.

Ils furent nombreux à proximité des sites miniers. A Tertre, la “Société Carbonisation Centrale” fonctionna de 1931 à 1997.

L’industrie chimique

L’industrie chimique accompagna la production de charbon et de coke, avant de s’en émanciper après la fermeture des charbonnages.

A Tertre, la “Société Carbochimique“, fondée en 1928 fabriqua de l’ammoniaque par synthèse à partir d’azote (air) et d’hydrogène (gaz de cokerie), qu’elle transformait en sulfate d’ammoniaque (engrais). En 1968, elle commença la production d’ammoniaque à partir du gaz naturel. Fabrication d’engrais et de produits azotés : acide nitrique, nitrate d’ammoniaque, engrais composés, urée, détergents, émulsionnants, mouillants et dispersants (à partir d’oxyde d’éthylène), polyéthers oxypropyléniques, colorants, …

On mentionne également des usines chimiques à Basècles (engrais Bataille) et à Ville-sur-Haine (UCB: benzol et goudrons)

Le plastique

Signalons, à Thulin, la société Carthuplas, qui remplaça la cartonnerie de Débihan, pour fabriquer des emballages de CD et DVD.

Les Zonings industriels

Après la guerre, les sites miniers ont été remplacés par des zonings industriels, artisanaux et commerciaux aux abords des agglomérations.

  • Hautrage-Villerot-Tertre
  • Baudour-Ghlin
  • Péronnes
  • Strépy
  • La Louvière, Houdeng
  • Frameries (Bell Téléphone/Alsthom)
  • Cuesmes
  • Dour (Câblerie)

32. Heurts et malheurs dans les charbonnages

… problèmes techniques, accidents, maladies et condition ouvrière

L’histoire de l’exploitation houillère est aussi celle qui raconte les efforts consentis par les maîtres  d’industrie pour moderniser leur outil, le rendre plus fiable et surtout plus rentable financièrement. Les conditions de vie des mineurs y gagnèrent d’une certaine manière. Mais il fallut attendre le XXème siècle pour voir la condition humaine de cette classe ouvrière s’améliorer réellement. En attendant…

Les Inondations

Les inondations des puits étaient récurrentes entre le XIIIème et le XVIIIème siècle. Dès qu’on creusait de quelques dizaines de mètres, l’eau venait gêner le travail d’extraction. Ce fut encore plus évident dans les sites miniers au nord de la Haine. Les nappes phréatiques tendaient à s’infiltrer dans les puits.

On pratiquait l’exhaure (épuisement des eaux d’infiltration) à l’aide de tonneaux qu’il fallait remonter et écouler ensuite dans des conduits vers un ruisseau voisin.

On aménagea les parois par des cuvelages en bois, puis en fonte. Au XVIème apparurent les premières pompes mécaniques, actionnées par des chevaux. On en mentionne en 1673 à la Grande Machine de Dour et en 1693 à Wasmes.

Pompe à feu

C’est grâce à la pompe à feu de Thomas Newcomen (1664-1729) que ce problème fut quasi définitivement résolu et qu’on put creuser jusqu’à de grandes profondeurs. Cette machine, inventée en 1712, activait par de la vapeur d’eau un cylindre à piston qui créait un vide aspirant. La première sur le continent fut installée en 1721 en Belgique à Jemeppe-sur-Meuse. Celle d’Anzin remonte à 1730. Celle de Boussu-Bois fut décrite dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751). Elle fut améliorée par la suite, notamment par James Watt.

Les inondations furent la cause de noyades lorsqu’elles étaient brutales.

La remontée du charbon

Elle se faisait dans des espèces de grands sacs ou tonneaux ascenseurs, appelés « cuffats », tirés par un bourriquet (manège-treuil actionné par des hommes ou des chevaux).

Watt inventa les machines à rotation qu’on installa dès 1807 à Elouges et à Quaregnon.

Jugés dangereux, les cuffats furent interdits en 1830 au profit des cages métalliques guidées, actionnées par les châssis à molettes. Ceux-ci étaient construits en béton ou en métal. Ils pouvaient être abrités dans des bâtiments. Un seul a échappé à la démolition dans nos régions, celui du Crachet à Frameries.

Descente et remontée des mineurs

Les premiers siècles, lorsque les puits ne faisaient que quelques dizaines de mètres de profondeur, les mineurs descendaient et remontaient par des échelles verticales, parfois obliques. Ce qui provoqua de nombreuses chutes.

La profondeur augmentant, ils bénéficièrent aussi des cuffats et, à partir de 1830, des cages-ascenseurs.

Des accidents survinrent par rupture de câbles et de nombreux ouvriers y perdirent la vie, comme en 1892 au puits n8 Bonne-Espérance à Wasmes, en 1901 au Rieu du Cœur n°2 à Quaregnon et en 1953 au puits n°2 de l’Espérance à Quaregnon.

En 1846, on installa des échelles hélicoïdales à la Grande Veine à Elouges.

Châssis-à-molettes (ou chevalement) du Crachet
Transport du charbon

Le transport du charbon dans les galeries se faisait dans des chariots poussés par des hommes ou des femmes, ou tirés par des chevaux. D’abord à même le sol, puis sur des rails.

En surface, le charbon était déversé sur des chariots que conduisaient les charretiers.

Au début du XIXème siècle, on vit apparaître le chemin de fer à cheval (le premier entre Hornu et Saint-Ghislain en 1830) puis à locomotive à vapeur.

Le charbon exporté était transporté vers la Haine d’abord, puis, à partir de 1816, vers le Canal Mons-Condé.

Plus tard, un chemin de fer aérien remplaça le premier.

A partir de 1842, avec la construction de la ligne de chemin de fer Mons-Quiévrain, la gare de St Ghislain fut rattachée aux divers charbonnages du Couchant, où il existait des gares industrielles intermédiaires (Warquignies, Dour, Flénu). Les lignes industrielles furent très nombreuses.

Le Manque d’air

L’exploitation se heurtait à une autre difficulté, le manque d’air qui augmentait plus on descendait en profondeur.

Il fallait faire circuler l’air dans les galeries. On agitait, au début, des toiles et des branches.

On inventa par la suite des pompes pneumatiques. Il fallut créer des puits d’aération et des communications entre deux fosses.

Une autre innovation (dangereuse) fut d’allumer un foyer dans les “tailles” (galeries), avec alimentation d’air venant de la surface. Cette pratique fut à l’origine de nombreux incendies au XVIIIème siècle.

Les coups de grisou (explosions d’hydrogène carboné) furent connus dès 1771.

La machine à vapeur fut mise au service de la ventilation au milieu du XIXème

L’Eclairage

Le charbon gras du Borinage était particulièrement riche en poches de gaz grisou (méthane), très inflammable. On commença à rencontrer ce gaz dangereux quand on atteignit de grandes profondeurs.

Jusque-là, on s’éclairait avec des torches en bois de pin ou de résine, puis avec des chandelles. Le crasset (lampe à huile) apparut au XVème siècle.

Au XVIIIème, on utilisait des vases en terre remplis d’huile dans laquelle plongeait un chiffon auquel on mettait le feu.

Mais, à partir d’une certaine profondeur, leurs flammes déclenchaient des explosions. 

Les « coups d’grisou » furent les principales causes de mortalité accidentelle dans les charbonnages. La liste est trop longue pour la détailler ici. Une grande partie de ces accidents sont mentionnés dans les chapitres consacrés aux villages houillers. Le grisou a fait, en tout, plus de 2400 victimes dans le Borinage.

On étudia le phénomène. On tenta surtout d’y remédier, principalement par l’amélioration des lampes. Il fallait des lampes où la flamme n’était pas en contact avec l’air ambiant. La lampe Davy fut inventée en 1815. Elle était abritée par une étamine métallique à mailles serrées et un verre. Dès 1850, on la ferma à clé. Elle était nettoyée en surface par un personnel entraîné et on l’allumait avant la descente.

Les lampes électriques apparurent au XXème siècle.

La catastrophe qui reste dans toutes les mémoires est l’une des dernières, au Charbonnage du Bois du Cazier à Marcinelle en 1956. Un coup de grisou fit 263 morts.

Les éboulements

Ils étaient relativement nombreux, surtout dans les premiers siècles. Les traumatismes de toutes sortes émaillaient la vie des mineurs.

Les maladies

Le mineur qui respirait la poussière de charbon développait avec les ans, plus ou moins tôt, de l’anthraco-silicose. Le dépôt du charbon dans les bronches et les alvéoles provoquait une fibrose de celles-ci, ce qui réduisait la fonction respiratoire. Cette propension se développa surtout avec l’utilisation des marteaux-piqueurs qui dégageaient plus de poussières.

Aux difficultés de respirer, s’ajoutaient la toux chronique, et surtout les surinfections bactériennes qui provoquaient des bronchites et des pneumonies. Il n’existait pas d’antibiotiques. Ces affections étaient souvent mortelles chez ceux qui n’avaient pas une bonne constitution.

Or, il était difficile d’avoir une bonne constitution lorsqu’on travaillait dans cet environnement ingrat, soumis à un travail pénible, inhalant la poussière, voyant à peine la lumière du jour. Lorsqu’on logeait  dans ces mêmes lieux gorgés de la poussière de charbon, dans des habitations dépourvues de tout confort et qu’on n’avait pas les moyens de se nourrir avec une alimentation suffisamment calorique et équilibrée. De plus, pour se donner un peu de plaisir et pouvoir supporter cette vie, les mineurs fumaient beaucoup et consommaient nombre de verres d’alcool dans tous ces estaminets qui bordaient les exploitations et les chemins du retour chez soi.

De telles conditions sanitaires favorisaient aussi la tuberculose, fréquente dans ce milieu. 

L’absentéisme était fréquent, dû aux accidents et aux maladies. Parfois, le handicap devenait définitif. Pour ne pas parler de la mort, souvent précoce.

Il n’existait pas d’aide mutuelle. Un membre de la famille, blessé ou malade, c’était un manque à gagner. C’est pourquoi femmes et enfants devaient travailler pour subvenir aux besoins du foyer. 

Il y eut bien des tentatives d’organiser la solidarité avec des caisses de prévoyance (auxquelles les Borains se montrèrent d’abord rétifs), en faisant appel à la bienfaisance privée (Eglise) et publique. Mais cela resta longtemps insuffisant.

En 1926, fut construit « l’Hôpital de Warquignies », à l’initiative de la Caisse Commune d’Assurances des Charbonnages du Couchant de Mons. On y soignait les mineurs blessés au travail et plus tard ceux qui souffraient des maladies pulmonaires dues au travail d’extraction de la houille.

Le chantage psychologique

L’ouvrier n’étant pas protégé, il était à la merci de ses patrons et de leurs subalternes directs. Les chefs d’ateliers et les porions avaient pour mission, entre autres, de surveiller l’efficacité au travail. Ils tenaient un « livret » sur lequel ils consignaient les remarques à propos des ouvriers de leur équipe. Ce qui devint une source de chantage quand ces mêmes petits chefs, devenus propriétaires de magasins et d’estaminets, voulaient attirer ces ouvriers dans leurs commerces.

A cela s’ajoutaient les vexations, les humiliations et les harcèlements, notamment vis-à-vis des jeunes filles et des femmes.

La pauvreté et la misère

Les maîtres d’industrie évoluaient dans un système capitaliste très libéral. Pour beaucoup, seul le profit comptait.

Les gouvernements qui furent mis en place dès l’avènement du royaume de Belgique étaient soit libéraux, soit catholiques. Ils ne pouvaient que favoriser un tel système. Ils le firent en encourageant l’apport de capitaux et en modernisant les moyens de transport.

Jusqu’à la Révolution, la société était divisée en trois ordres, en réalité quatre : la noblesse, le clergé, la haute bourgeoisie des notables (les trois classes aisées) et le petit peuple des campagnes et des villes. Ce dernier connaissait la pauvreté, mais, vivant des produits de sa terre ou de ses petites activités artisanales, il parvenait plus ou moins à vivre décemment, du moins en dehors des périodes de guerre.

Avec la Révolution industrielle, qui suivit chez nous la suppression des différents ordres de la société par la Révolution Française, une restructuration sociale se dessina. Une classe ouvrière, avec des caractéristiques bien distinctes, vit le jour, qui dépendait entièrement, pour survivre, de ceux qui lui donnaient du travail. Et c’était bien de survie qu’il s’agissait. Les ouvriers et leurs familles se regroupaient dans des quartiers de village, récemment défrichés, ou dans des hameaux nouvellement construits autour des sites miniers.

Tout était noir ! Le charbonnage, les terrils, le ciel enfumé par de très nombreuses et hautes cheminées, les petites masures entassées les unes sur les autres, au bord de chemins boueux. Un décor de Germinal à la Zola ou à la Claude Berry.

Bien sûr, çà et là, quelques directeurs de cette industrie houillère, faisant preuve de plus d’humanité, ont fait construire des cités modèles, avec des petites maisons regroupées en corons, des écoles, une église, des centres de loisirs et de soins. Les plus réputées furent celles du Grand-Hornu et du Bois-du-Luc. On peut citer aussi Hautrage-Etat, ainsi que ces grands bâtiments à loger qu’étaient les phalanstères, comme près du site Vedette à Boussu-Bois et à Belle-Vue, à Elouges.

Mais, pour les autres, à Quaregnon (Monsville), Flénu, Pâturages, Wasmes, Dour, Elouges et ailleurs, il fallait survivre dans une promiscuité quotidienne pesante, et sans aucune hygiène.

Les seules occasions de se faire plaisir (ne parlons pas de distraction) quand on remontait « du trou », c’était de s’alcooliser et de fumer. Et les tentations étaient nombreuses. Les estaminets étaient partout dans les hameaux, les villages et sur le chemin du travail.

Cette vie misérable fut le lot de cette nouvelle classe ouvrière, pendant des dizaines d’années, avant que se manifeste une prise de conscience, chez des intellectuels d’abord (les philosophes Saint-Simon, Marx et Engels), des hommes politiques ensuite (qui se sont rassemblés dans les partis socialiste et communiste) et enfin chez les ouvriers eux-mêmes qui osèrent braver les interdictions de manifester et de faire grève, et se sont regroupés en syndicats. Je parle de cette lutte dans un autre chapitre.

31. Historique de l’exploitation houillère

Géographie et géologie

Toute la vallée de la Haine regorgeait de charbon de houille, déposé il y a plusieurs centaines de millions d’années lors de l’ère primaire, pendant la période du Carbonifère. Il s’est constitué à partir de matériel vivant, principalement végétal, englouti lors des grands mouvements du sol qui eurent lieu dans ces périodes lointaines et qui sont expliqués dans le premier chapitre général.

On distingue dans nos régions plusieurs types de charbon :

  • Le « flénu » maigre, qui se consume rapidement et qui est utilisé dans les chaudières à vapeur et les industries qui nécessitent de longues flammes pour une production rapide de chaleur
  • Le « flénu » gras, utilisé dans les fours à coke pour fournir le coke
  • Le demi-gras à longue flamme, lent à s’enflammer, employé dans les verreries, les brasseries, les distilleries et les fabriques de gaz
  • Le charbon gras, de la houille pure à flamme courte, produisant de fortes chaleurs pour les forges et la sidérurgie
  • Le demi-gras à flamme courte donnant une chaleur uniforme, utile pour les machines à vapeur, les locomotives et les foyers domestiques.

Ce charbon, qui affleurait par endroits, a été exploité relativement tôt, mais il le fut de façon intensive à partir de la deuxième moitié du XVIIIème siècle, et surtout au XIXème siècle et au début du XXème siècle. Cette industrie a entraîné le développement d’autres industries annexes à proximité (fours à coke, sidérurgie, constructions métalliques, …) et a fortement modifié le paysage.

Cette exploitation a eu lieu à l’intérieur de bassins industriels. Deux sont apparus dans la vallée de la Haine : le Couchant de Mons ou Borinage et le Levant de Mons ou le Centre. Ces deux bassins se continuent de part et d’autre de la frontière, côté français dans le département du Nord, côté belge dans le « Pays Noir » de Charleroi et, plus loin, celui de Liège.

Le Borinage

Il s’agit d’une bande couvrant la vallée de la Haine, de Mons à Quiévrain, sur 18km de long et 12km de large. Les contours en sont imprécis et parfois discutés puisqu’il ne s’agit pas d’une région administrative.

D’un point de vue étymologique, le terme semble être apparu au XVIIème ou au XVIIIème siècle. La signification de ce mot est également discutée. Certains évoquent les boeren ou bauern, ce qui signifie « habitants des campagnes » en germanique (ruraux en opposition aux citadins montois ?). D’autres pensent que les borins étaient les ouvriers charbonniers qui travaillaient dans les « bouveaux » (galeries dans les veines).

Le terrain houiller au Couchant de Mons n’affleure que sur le flanc nord de la vallée de la Haine et sur le plateau du Borinage, entre Pâturages et Dour. Plus on se rapproche de la rivière, plus la houille est recouverte par des épaisseurs considérables de couches sédimentaires plus récentes, celles-ci pouvant parfois atteindre 350m. On distingue trois ensembles distincts :

  • Le massif du Borinage
  • Les massifs intermédiaires
  • Le Massif du Comble Nord

Le massif du Borinage

Les couches affleurent au sud du bassin, entre Pâturages et Dour, dans une direction est-ouest. Elles sont partiellement recouvertes par des terrains plus anciens, charriés du sud vers le nord le long de la Grande Faille du Midi, postérieurement au dépôt de terrains houillers.

La zone sud de ce massif est constituée d’une alternance de couches d’inclinaisons différentes. Au nord, elles butent contre une importante zone failleuse qui suit l’axe de la rivière.

C’est dans ce massif, d’âge westphalien, qui comprend plus d’une centaine de couches exploitables, qu’ont été ouvertes presque toutes les exploitations du Couchant de Mons.

Les massifs intermédiaires

Le massif du Borinage est séparé de ces massifs intermédiaires par une faille plate. 

Au sud du bassin, un de ces petits massifs, le massif de Grisoeul, a été exploité par la concession Agrappe-Escouffiaux. Au centre, d’autres massifs de peu d’importance ont été déhouillés par les concessions du Rieu-du-Cœur, celles des Produits et Levant du Flénu.

Le massif du Comble Nord (au nord de la rivière)

Il n’a connu une véritable mise en exploitation qu’à la fin du XIXème et au XXème, dans l’axe du bassin. La partie productive est recouverte par de très importantes épaisseurs de terrains aquifères et n’affleurent pas à la surface, ce qui a rendu difficile l’exploitation.

Les terrains datent du namurien, recouvrant des séries calcaires du dinantien, jadis exploitées au nord de la vallée (chaux, marbres de Basècles). Le namurien ne comprend que des schistes et des grès stériles, à l’exception de quelques couches locales de houille maigre. On en a exploité quelques-unes. Les veines du Namurien affleurent au sol, ou sous un faible recouvrement, à Bonsecours, Blaton, Hautrage, Sirault, Baudour, Ghlin, Casteau, Masnuy-St-Jean, Gottignies, Le Roeulx. Elles y ont parfois été exploitées malgré leur faible quantité et leur qualité médiocre.

Les premières sont anciennes :

  • Hautrage, XIIIème
  • Bonsecours-Blaton, fin du XVIIème, début XVIIIème.

Partout, elles furent abandonnées avant le milieu du XVIIIème, sauf à Blaton et à Sirault, où l’on travailla encore jusque, respectivement, 1850 et 1870.

Le Centre

(plus de sources documentaires seraient utiles sur le plan géologique et historique).

Antiquité

Le charbon, comme combustible, a été découvert dans l’Antiquité, mais il ne fut pas exploité car le bois était abondant et plus facile à utiliser. En Sicile et en Grèce, ce charbon de terre fut cependant utilisé dans les forges.

Moyen Age

Il semblerait qu’on ait découvert le charbon borain au début du XIème siècle dans la région de Mons. De grands défrichements de forêts ont eu lieu à partir du XIème siècle, réduisant la quantité de bois de chauffage et rendant nécessaire un autre type de combustible, soit pour le chauffage, soit pour les forges. En réalité, seuls quelques auteurs anciens l’affirment mais nous n’en avons pas de preuve aujourd’hui.

Il est probable qu’on ait commencé à utiliser du charbon pour se chauffer au XIIème siècle, se servant de celui qui affleurait dans certaines zones.

Les premières mentions écrites d’exploitation datent du XIIIème siècle. On en trouve pour les villages suivants : Wasmes (1228), Hautrage (1229), Quaregnon (1229), Frameries (1248), Dour (1248), Boussu (1250), Elouges (1274) et Hornu (1274).

L’extraction de la houille se faisait à ciel ouvert là où elle affleurait. C’était le cas au XIIIème siècle. Mais on commença vite à creuser des puits pour l’extraire en profondeur. Ces puits étaient appelés des « carbenières » (du latin carbonaria).  On creusait jusqu’à maximum 20-30m de profondeur, là où l’on commençait à être gêné par l’eau qui s’infiltrait et s’écoulait, inondant le fonds. L’exploitation était dès lors éphémère, quelques semaines tout au plus. On déplaçait alors le site d’extraction et on rebouchait la mine précédente.

Au début, la demande était faible et son commerce réduit. Ce combustible fait cependant déjà l’objet d’une documentation à cette époque. Il servait notamment à alimenter les braseros des guetteurs de la ville de Mons.

C’est de ce XIIIème siècle que date le plus ancien document important connu à ce jour, qui réglementait l’exploitation du sous-sol. En 1248, les seigneurs hauts-justiciers du Couchant de Mons, soit les comtes de Hainaut, les chanoinesses de Sainte-Waudru, les abbés de Saint-Ghislain et quelques barons (Boussu, Quiévrain, Dour, Havré, …), mirent par écrit un règlement qui stipulait les conditions d’extraction et de commerce de la houille prélevée à l’intérieur de leurs domaines. En réalité, ces propriétaires louaient des concessions à des exploitants, concessions restreintes en étendue et contenant une ou deux couches. Ils  se réservaient le septième de la production.

On sait qu’en 1274, la comtesse Marguerite afferma aux banquiers Lombards de Mons les revenus de ses domaines, notamment Frameries, Quaregnon et Elouges. Il fut décrété qu’on ne pouvait travailler dans ces mines qu’une certaine partie de l’année. Le but étant de favoriser la principale activité économique de l’époque, l’agriculture, puisqu’on employait dans les mines des paysans locaux.

L’exploitation, et surtout le commerce de la houille, semblent prendre de l’ampleur au XIVème et au XVème siècle. Le nombre de localités où l’on y travaille se multiplient. On cite Jemappes (1363), Flénu (1417), Cuesmes (1409), le bois de Baudour.

L’excédent de production est alors acheminé vers d’autres régions par la Haine, et de là, vers l’Escaut (vers l’Artois), mais surtout vers les villes de Flandre et de Hollande. Le charbon est amené par des chariots jusqu’à des embarcadères aménagés en bord de rivière. En 1363, on mentionne celui de Jemappes, et surtout celui du Rivage à Mons. Celui-ci était en réalité le port de la ville, situé sur le cours de la Trouille à la sortie ouest de la ville, d’où les marchandises, y compris le charbon, étaient amenées par de petites barques plates à l’intérieur de la ville.

Le transport par la route sur de longues distances était quasi impossible. Les routes étaient en effet  très mauvaises et souvent impraticables, en cas de pluie, pour les charrois. Pour rappel, à cette époque, seules les anciennes chaussées romaines étaient pavées par endroits (et on ne sait pas dans quel état elles se trouvaient encore au Moyen-Age). Les autres chemins reliant les villes entre elles et les villages entre eux étaient toujours en terre.

Les débouchés devinrent plus nombreux : on utilisait la houille pour les fours à chaux, les briqueteries, les verreries, …

Période moderne

On l’a vu plus haut, le gros problème de l’extraction est resté longtemps la limite de profondeur, à cause des inondations. Aux XVème et XVIème siècles, grâce à quelques mécanismes encore frustes d’exhaure, on put passer de la trentaine de mètres des débuts à la cinquantaine vers 1500. Le charbon était remonté par des treuils actionnés par des manèges à chevaux. Pour réduire les infiltrations d’eau, on étanchait les parois des puits par des cuvelages en bois (plus tard en fonte).

Les grands propriétaires terriens de l’époque tiraient de gros profits du commerce du charbon, laissant aux exploitants et aux marchands l’organisation matérielle du travail.

Les comtes de Hainaut (relayés par les souverains des Pays-Bas) et les nobles chanoinesses de Sainte-Waudru détenaient toujours de grands domaines autour de Mons (notamment Jemappes, Flénu, Cuesmes, Frameries, La Bouverie, Quaregnon). C’était aussi le cas pour l’abbaye de Saint-Ghislain (Hornu, Wasmes, Warquignies, Pâturages, Dour, Blaugies, Elouges, Wihéries, Boussu, Wasmuel, …). Quelques grandes familles seigneuriales se partageaient le reste, notamment les Hennin-Liétard (qui échangèrent en 1551 le Bois de Boussu, se trouvant alors sur Dour, avec Wasmuel et Blaugies), les Croÿ, les Ligne et les Arenberg.

Durant les XVIIème et XVIIIème siècles, l’exploitation et le commerce de cette ressource naturelle vont connaître des hauts et des bas en fonction du contexte politique. Les nombreuses guerres entamées par les rois de France dans les Pays-Bas, le blocus de l’Escaut, la nouvelle frontière de 1678 et l’imposition de nouveaux droits de douane à Condé vont faire énormément de tort à l’industrie houillère, comme elles le firent aux autres activités économiques (agriculture, textile, métallurgie).

Cependant, l’exploitation houillère se maintint. Les besoins persistaient et avaient même tendance à augmenter. Les techniques d’extraction n’avaient pas beaucoup varié. La difficulté de l’extraction, et donc sa limitation, restait l’inondation des puits à partir d’une certaine profondeur. On continuait toujours à étancher les parois, à remonter l’eau par des tonneaux mus par des tourniquets.

A la fin du XVIIème, on utilisa des « machines à pomper » manœuvrées à la main ou par des chevaux. Les eaux étaient déversées dans des conduits de déversement reliés à des ruisseaux voisins. Beaucoup de puits furent d’ailleurs creusés dans les environs immédiats des ruisseaux pour cette raison. On arrivait à atteindre des profondeurs de 100, 150 et même 180m au début du XVIIIème.

La nature des contrats entre propriétaires et exploitants changea aussi quelque peu. Les sites d’extraction se multipliaient. Avec le temps, ils devinrent très nombreux, mais ils ne laissèrent pas souvent des traces, car ils étaient systématiquement rebouchés « après emploi », et celui-ci restait toujours relativement limité dans le temps. Les redevances dues aux propriétaires eurent tendance à diminuer quelque peu (du septième au vingtième), sans toutefois que leurs bénéfices s’en trouvent réduits, les volumes vendus étant de plus en plus importants.

A la fin du XVIIème siècle, on compta 120 concessions houillères entre Quiévrain et Morlanwelz.

Depuis le Traité de Nimègue (1678), Condé se trouvait en France. Non seulement on y entrait (par la Haine) en payant des droits de douane, mais, en plus, les bateliers de la ville se disputaient le trafic houiller avec ceux de Mons. Ces derniers avaient obtenu, en 1676, le monopole de ce transport avec la création de la « Compagnie montoise des marchands de charbon ».

C’est au XVIIIème siècle que commença la « révolution industrielle ». C’est sans doute à l’Angleterre que l’on doit ce grand mouvement économique qui va bouleverser les sociétés et les paysages des siècles suivants.

De nouvelles industries apparaissaient et se développaient très fort. C’était le cas de la sidérurgie (avec ses hauts-fourneaux, grands consommateurs de combustibles) et de la métallurgie. On se chauffait de plus en plus au charbon dans les chaumières et les hôtels urbains. Dans les villes et les villages, les petites entreprises artisanales, comme les forges et les brasseries, se multipliaient.

Ce siècle, malgré la guerre de succession d’Autriche, somme toute moins dommageable que les précédents conflits, fut un siècle de paix, de progrès et de prospérité. La demande de charbon devenait très importante. Il fallait en extraire de plus en plus. Et pour cela, il fallait moderniser l’outil d’extraction et le mode de transport.

Mais les droits de douane et les droits de tonlieu à l’entrée des villes alourdissaient le coût de ce produit. On vit ainsi les marchés flamands et brabançons s’approvisionner en charbon anglais, dont les coûts de production étaient moindres. 

Pompe à feu

En ce qui concerne le problème d’inondation des mines, il fut grandement résolu grâce à l’invention de la « pompe (ou machine) à feu » par l’Anglais Newcomen en 1705. C’était une pompe actionnée par la vapeur. Il s’agissait d’un investissement coûteux, c’est pourquoi il ne s’implanta que très progressivement dans nos régions. La première, dans le Borinage, fut installée en 1735 sur le site minier d’Auvergies à Pâturages. On en monta une en 1746 à Boussu-Bois, qui servit de modèle décrit dans l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Puis elles se multiplièrent dans la seconde moitié du siècle. Ce qui permit de creuser de plus en plus profond : 220m (en 1790), 297m (en1820), 600m (en 1866). C’est au Rieu-du-Cœur à Quaregnon qu’on atteignit la plus grande profondeur : 1358m lors de la fermeture en 1960 !

Enfin, pour remédier partiellement au problème du transport fluvial par la Haine qui, non seulement se révélait insuffisant pour les besoins, mais se heurtait aux problèmes douaniers et de monopole évoqués plus haut, le pouvoir autrichien, en la personne de l’impératrice Marie-Thérèse, poussa les Etats Provinciaux de ses Pays-Bas à moderniser les routes. C’est ainsi qu’on commença à paver les grands axes : Bruxelles-Mons, Mons-Boussu (1724 déjà), Boussu-Quiévrain, Saint-Ghislain-Tournai (1766). Dans la seconde moitié du siècle, des chaussées pavées relièrent les sites miniers du versant sud de la vallée aux embarcadères situés sur la Haine : la chaussée de Belle-Vue (entre Dour-Elouges et Pommeroeul par Thulin), la chaussée de Dour (entre Boussu-Bois et la Haine), le pavé de Warquignies (entre Warquignies, Petit-Wasmes et Hornu vers Saint-Ghislain), les chaussées de Quaregnon, de Flénu et de Frameries vers la rivière. Toutes ces chaussées croisaient la « grand-route thérésienne » en chemin.

Cependant, le transport par la Haine se maintint. On en modernisa le cours par la construction d’écluses. Des chantiers de construction navale virent le jour à Mons et à Jemappes.

Jusqu’ici, les concessions de terrains houillers étaient nombreuses, accordées par les seigneurs-propriétaires à un grand nombre d’exploitants isolés. Un phénomène commença à s’imposer, celui de sociétés minières regroupant un nombre important de concessions qui pouvaient se situer dans plusieurs localités, souvent voisines. En 1765, François de Grouff d’Erkelens, seigneur de Warquignies, créa « la Compagnie de la Machine à feu », société qui, à cette époque, extrayait 8 à 9% du charbon borain. En 1783, apparaissait la « Compagnie d’Hornu ».

A côté des sociétés d’exploitants, se développaient des sociétés de transport, transport par route et  transport fluvial. C’est à cette époque qu’on commença à projeter la construction de canaux. Cela mit du temps. 

Un autre problème se posait : le manque de main d’œuvre. Les exploitants utilisaient des ouvriers locaux, agriculteurs de profession, qui travaillaient donc à temps partiel, occupés l’été pour les moissons et les récoltes. C’est ainsi que, lentement et progressivement, on commença à trouver dans les campagnes deux sortes d’ouvriers : les agricoles et les industriels. Parmi ces derniers, on trouvait les mineurs. Comme le transport était encore peu développé, ces mineurs vinrent construire leur habitat à proximité des sites miniers. C’est à ce moment que commencèrent à se développer des hameaux industriels en dehors des villages connus alors. On peut citer ainsi Boussu-Bois, Pâturages, Flénu, La Bouverie, La Louvière, qui deviendront des communes à part entière dans le courant du XIXème siècle.

Quels sont les facteurs qui ont fait que le Borinage, au tournant du XVIIIème-XIXème siècle, est devenu le bassin houiller le plus productif d’Europe ? On en cite trois :

  • La richesse des gisements, peu profonds et faciles à exploiter
  • La qualité de la houille : le charbon dit « flénu » était particulièrement gras et inflammable, dès lors très prisé pour le chauffage domestique

Pour les chaudières, les fours à coke et les hauts-fourneaux des aciéries, on lui préféra le charbon à coke, présent aussi, mais à de plus grandes profondeurs. C’est ce qui en retarda l’exploitation dans le Borinage, par rapport à celle qui eut lieu dans les régions du Centre et de Charleroi. C’est ce qui explique aussi que ces régions purent développer une industrie sidérurgique, ce qui ne fut pas le cas en Borinage. Cette explication n’est pas partagée par tous.

  • La modernisation précoce de l’outil et des infrastructures de transport
La Période Française

Et avec elle la Révolution (1794-1814) modifièrent les rapports économiques.

La plupart des grands seigneurs féodaux (les souverains des Pays-Bas, les chanoinesses de Mons, les abbés de Saint-Ghislain) perdirent leurs droits féodaux et leurs propriétés. En ce qui concerne ces dernières, ce ne fut pas toujours le cas pour certains seigneurs laïcs. Les Ligne et les Arenberg conservèrent, au nord de la Haine, de grandes propriétés qu’ils exploitèrent au XIXème siècle.

Ailleurs, les exploitants des concessions se trouvèrent face au pouvoir des occupants français. Les ouvriers, profitant des nouvelles conceptions de la société, voulurent s’approprier les fosses. Ce qui créa des conflits et se solda par l’échec des revendications ouvrières. Finalement ces concessions furent vendues à de riches notables et bourgeois qui se constituèrent le plus souvent en sociétés civiles ou anonymes.

Ce phénomène réduisit très fort le nombre d’exploitants et provoqua la concentration des sites d’exportation.

Cette période française, surtout lorsque Napoléon s’appropria le pouvoir, s’accompagna d’une forte demande venant de la France qui profitait de la disparition des droits de douane (puisque nous étions dans le même pays ).

L’outil continua à se développer.

Napoléon décida d’améliorer le transport en construisant un canal entre Mons et Condé, la Haine étant devenue tout à fait insuffisante. Les travaux débutèrent en 1808 pour se terminer en 1816 pendant la période hollandaise. On vit Napoléon venir se rendre compte de l’avancement de l’œuvre à quelques reprises, à Hensies/Malmaison et Saint-Ghislain.

L’embarcadère du Rivage à Mons fut remplacé par deux bassins.

On doit également à Napoléon d’avoir fait rédiger en 1810 une loi sur les mines, d’avoir mis en place une Institution de l’Administration des Mines et d’avoir favorisé la formation d’un corps d’ingénieurs des mines.

Période hollandaise

Lors de cette période (1814-1830), le commerce connut d’abord un déclin avec la restauration des droits de douanes avec la France. Ces droits étaient assez élevés, notamment à Condé. On résolut partiellement le problème en court-circuitant le confluent français par la construction d’un canal reliant Pommeroeul à Antoing (1825-1827) afin de poursuivre l’écoulement du charbon vers la Flandre, Anvers et la Hollande.

Le roi Guillaume réduisit l’importation du charbon anglais en le taxant. On exporta moins vers la France, mais comme sa production propre était moindre, ses besoins maintinrent malgré tout un certain niveau d’exportation.

Pendant cette période, le Borinage fournit 57% du charbon belge ! Sa production avait doublé entre 1815 et 1830 grâce à la modernisation des infrastructures. Cette région était sortie de son isolement géographique grâce à son réseau dense de transport.

Le roi Guillaume avait la fibre économique. Malgré les rapports politiques difficiles entre Belges et Néerlandais, il faisait tout ce qui était en son pouvoir pour favoriser notre industrie. Et notamment en tentant d’amener les capitaux nécessaires à son fonctionnement. 

C’est ainsi que naquirent de grosses sociétés anonymes qui pouvaient lever des capitaux très élevés pour l’investissement. Des banques importantes devinrent actionnaires. La Société Générale de Belgique fut créée en 1822. En quelques années, elle s’appropriera 25% des concessions boraines et 40% de sa production. La Banque Nationale Belge et la Banque Rotschild de Paris apportèrent aussi de gros capitaux, tant dans les exploitations elles-mêmes que dans les moyens de transport (rail).

Des notables et des commerçants enrichis, de la région, de Bruxelles et même de France, s’impliquèrent aussi dans l’aventure industrielle boraine. C’est ainsi qu’Henri Degorge, un français, va développer le site minier du Grand-Hornu à partir de 1810 (lire dans le chapitre consacré à Hornu). Il fut aussi le promoteur du premier chemin de fer industriel de Belgique en 1830.

La période belge contemporaine

Avec l’avènement du Royaume de Belgique (1830), le mouvement continua et prit encore plus d’extension.

On creusait plus profond. On améliorait les moyens de descendre dans les puits, de creuser les galeries, de remonter le charbon et les hommes et de réduire les dangers liés à cette industrie (chapitre suivant). 

Il y eut des périodes difficiles, le plus souvent dues à la conjoncture politique et économique des pays européens voisins : les révolutions européennes de 1848, la guerre franco-prussienne de 1870, les deux guerres mondiales du XXème siècle.  Outre ces événements, des mesures protectionnistes auxquelles fut confronté le commerce européen et mondial engendrèrent de grosses difficultés économiques. Des périodes de stagnation, des périodes de déclin suivies de reprises, modérées ou vigoureuses.

Mais l’apogée du Borinage et du Centre persistait.

Le chemin de fer révolutionna le transport du charbon et des ouvriers. On construisit un grand nombre de lignes industrielles privées et des lignes de voyageurs (voir chapitre). On construisit le Canal du Centre, reliant celui de Mons-Condé à celui de Charleroi-Bruxelles et à la Sambre, mettant ainsi en continuité les bassins de l’Escaut et de la Meuse.

D’autres cités industrielles modernes furent construites, comme celle du Bois-du-Luc. Le phénomène de concentration des sociétés se poursuivit.

La population continua de croître et avec elle la taille des villages et des hameaux ouvriers. C’est ainsi qu’au milieu du XIXème siècle, de nouvelles communes sont apparues : Flénu (aux dépens de Jemappes), La Bouverie (aux dépens de Frameries), Pâturages (autrefois un grand domaine partagé entre les paysans de Jemappes, Quaregnon et Frameries), Tertre (aux dépens de Baudour) et surtout La Louvière (aux dépens de Saint-Vaast).

Il fallait nourrir toute cette population. Ce qui permit à l’agriculture et à l’élevage de se maintenir dans de grosses fermes et aussi dans des exploitations plus petites. Les anciennes fermes d’abbaye s’étaient presque toutes maintenues car rachetées par des propriétaires privés. Côte à côte, voisinaient deux types d’habitat : ouvrier et rural, d’importance quasi égale.

Ces années d’enrichissement pour certains furent des années de misère pour d’autres (ce qui fait le sujet d’un chapitre ultérieur ) .

Le véritable déclin, on le connut au XXème siècle. Les facteurs furent multiples :

  • La concurrence étrangère qui écoulait un charbon de moindre coût à la production, notamment celui extrait en Campine
  • Les deux grandes guerres, encore que les Allemands maintinrent l’outil parce qu’ils avaient besoin de charbon. Ils prirent soin de ne pas déporter les mineurs dans les camps de travail en Allemagne. Ils firent même venir des prisonniers russes en 1943 pour les mettre au travail chez nous !
  • La grande crise économique mondiale de 1929, qui fut suivie par de nombreuses fermetures dans les années ‘1930
  • La difficulté d’exploiter en profondeur rendit plus coûteuse l’extraction, portant notre charbon à un prix non concurrentiel.
  • Un manque d’investissement, au XXème siècle, par des directions plus frileuses qu’au siècle précédent. C’est ainsi que beaucoup d’entreprises furent dépassées par le manque de modernisation de l’outil, alors que la demande reprenait après la guerre 1914-1918.
  • Une ouverture plus grande au marché extérieur depuis le début des années ‘1950, cautionnée par la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier créée en 1951) qui facilita la fermeture de nombreux sites par la distribution d’indemnités.
  • D’autres combustibles remplaçaient progressivement le charbon : le pétrole et le gaz.

On connut pourtant une reprise en 1947-1949 avec les reconstructions d’après-guerre. On parla alors de la « bataille du charbon ».

Peu de Belges désiraient encore descendre dans les mines. On manqua alors de main- d’œuvre. De 1944 à 1946, on fit travailler dans les mines les prisonniers allemands, puis on les renvoya chez eux.

C’est alors que furent mises en place des politiques d’immigration. Achille Van Acker passa un accord le 23 juin 1946 avec le gouvernement italien pour échanger du charbon (dont leur pays avait besoin) contre de la main d’œuvre (200kg/jour de charbon par travailleur !). Ces premiers immigrés furent mal reçus, mal logés, mal formés, mal payés, avec des contrats de 12 mois. En 1947, ils furent 84.000 Italiens à venir en Belgique, puis environ 30.000/an jusqu’en 1955. Seul un quart rentra au pays. Les autres s’adaptèrent à notre climat et à nos habitudes et se fondèrent progressivement dans la population.

D’autres nations connurent également une émigration vers nos cieux charbonneux : des Polonais et des Espagnols (avant la deuxième guerre mondiale), des Maghrébins, et enfin des Turcs. Le Borinage est aujourd’hui un pays très cosmopolite où chacun a trouvé son équilibre, sans qu’il y ait eu naissance de ghettos communautaristes comme ailleurs. Sans oublier les Flamands qui vinrent aussi en nombre. Une navette Gand-Mons, par Saint-Ghislain et la ligne du Borinage, fonctionna deux fois par jour jusque dans les années ‘1960. Beaucoup choisirent de rester chez nous.

On continua encore à investir dans la modernisation de l’outil et du transport. On vit sur certains sites apparaître de l’outillage moderne pour le tri, le lavage, le transport local (Crachet à Frameries, Vedette à Boussu-Bois, Sartis à Hensies). On découvrait encore de nouvelles veines très riches, comme celle de l’Abbaye à Boussu-Bois.

Le canal Mons-Condé se révélant de tonnage insuffisant, on construisit, au milieu des années 1950, un autre canal entre Nimy et Péronnes via Blaton.

Mais la production devint trop importante par rapport à la demande. Des stocks s’accumulaient. La perte de rentabilité était sévère.

1958 fut l’année d’une grande crise du charbon. 

En quelques vagues, les charbonnages du Couchant de Mons et du Centre fermèrent tous. En Borinage, le dernier à fermer fut celui du site du Sartis à Hensies, en 1976. Presque un millier d’années après les débuts de son exploitation. En Wallonie, la dernière mine, celle du Roton à Farciennes, ferma en 1984.

Le charbon, pendant deux siècles, avait apporté du travail à la population (dont la condition sociale est examinée plus loin). Mais il ne fut pas seul à le faire, car d’autres activités s’étaient développées, dépendant de lui : câbleries, chimie, industrie textile, constructions métalliques. Malheureusement, quasi toutes disparaîtront avec l’industrie houillère.

Et par manque de capitaux et d’idées novatrices, le Centre et le Borinage ne purent jamais retrouver l’apogée industrielle qui fut la leur au XIXème siècle.

Il reste peu de vestiges de ce dense passé minier.    

On peut voir dans le paysage ces fausses collines que sont les terrils, que la nature a, pour la plupart recolonisés. Faune, flore et randonneurs y ont trouvé un nouveau bonheur. Certains ont été rasés pour fournir du remblai aux autoroutes, des cendrées dans les parcs, les jardins et les courts de tennis. D’autres ont été ré-exploités pour leur schiste et ce qu’ils contenaient encore de combustibles.

La plupart des installations ont disparu. Le site du Crachet à Frameries a été reconverti en parc d’animation scientifique (PASS). La tour Malakoff de Dour a été transformée, ainsi que le parc, en lieu de loisirs. Le reste n’est plus que souvenirs et photos…

On a bien essayé de gazéifier du charbon, notamment à Thulin à la fin du XXème siècle. Une entreprise allemande s’y était attelée, mais l’expérimentation fut abandonnée.

30. L’exploitation de la pierre

Dans ce chapitre, sont passés en revue les différents types de roches qui ont pu être extraits du sous-sol et du sol des villages de la vallée de la Haine, ainsi que leurs usages. Le cas de la houille sera discuté dans les chapitres suivants, vu son importance dans l’économie régionale.

Les argiles

Ce sont des roches sédimentaires siliceuses qui se présentent sous forme de cristaux en petits grains d’une taille inférieure à 2 microns. Ces sédiments trouvent leur origine dans l’érosion de roches silicateuses qui se sont écoulées dans les mers. Lors des transgressions marines des ères secondaire (surtout) et tertiaire (dans une moindre mesure), ils se sont déposés là où nous les trouvons aujourd’hui.

Les argiles sont très plastiques et ont servi à de nombreux usages depuis la période néolithique:

  • pour le torchis (mélange avec de la paille) qui entra dans la constitution des murs des habitations, depuis il y a 7000 ans jusqu’au XVIIIème siècle, époque où cette technique fut définitivement abandonnée
  • pour les briques, les tuiles, les tuyaux, les pipes : les argiles sont laissées à sécher dans des moules, puis, parfois, cuites au four.

Les Romains utilisaient beaucoup ces matériaux, mais il semble que la technique se soit perdue chez nous pendant le Moyen-Age. On s’est mis alors à réutiliser la pierre pour la construction d’églises et de châteaux aux IXème et Xème siècles. La brique s’est imposée ensuite, à nouveau, à partir du XVIème siècle, d’abord dans les villes, pour mettre fin aux nombreux incendies, très destructeurs, qui s’y déclaraient. Dans les campagnes, son usage fut plus tardif (XVIIIème).

  • pour les poteries céramiques et, plus tard, les porcelaines
  • pour la fabrication de ciments, après association à de la chaux.

En vallée de Haine, on trouve des terres plus ou moins argileuses un peu partout, mais elles sont particulièrement abondantes dans les terrains sédimentaires au nord de la Haine: Bernissart, Hautrage, Sirault, Villerot, Baudour, Saint-Denis, Havré, Thieu, Saint-Vaast et La Louvière.

Des briqueteries et des fabriques de tuiles existèrent un peu partout. Elles sont bien documentées pour les villages suivants: Flénu, Quaregnon, Eugies, Blaton, Hautrage, Sirault, Neufmaison, Quevaucamps, Stambruges, Wadelincourt, Montignies-sur-Roc.

Les poteries : céramiques – faïences – porcelaines

Une poterie est un objet en terre cuite à base d’argile. Elle fut inventée au Proche-Orient il y a 8500 ans. Encore que des poteries datant de plus de 15.000 ans ont été découvertes au Japon, et que certaines statuettes paléolithiques étaient en argile cuite.

Les objets étaient façonnés à la main, séchés au soleil et cuits dans des fours à 850-1000°.

Chez les premiers sédentaires du néolithique, la poterie céramique servait à conserver les aliments (grains, farines), à cuisiner et à manger.

Les premiers migrants néolithiques arrivés en Europe connaissaient déjà cette technique. C’était le cas des premiers arrivés dans nos régions il y a 7.200 ans.

Ils fabriquaient ces poteries avec un matériau assez brut, poreux, souvent de couleur rouge (pâte riche en oxyde de fer) qu’ils décoraient ensuite.

La céramique a subi de nombreuses améliorations techniques et artistiques  dans les millénaires et les siècles qui ont suivi. On retiendra :

  • Le tour à potier, permettant de donner des formes très variées, apparu à la fin du néolithique
  • Le vernissage noir à base d’oxydes métalliques qui a permis de plus belles décorations.
  • La production à grande échelle de récipients de toutes sortes, dont les grandes jarres et amphores qui servaient au commerce du grain, du vin et de l’huile
  • Les décorations de plus en plus sophistiquées (Grèce Antique)
  • La céramique sigillée (Empire Romain)
  • La faïence (infra)
  • La porcelaine (infra)

Longtemps dans nos populations, la céramique fut un produit artisanal domestique.

Du néolithique jusqu’au moyen-âge et sans doute plus tard, la poterie utilisée dans les chaumières, et même dans les résidences seigneuriales, était fabriquée sur place.

Dans les villes (qui étaient rares chez nous avant le deuxième moyen-âge), s’installèrent des artisans potiers. Ce fut le cas à Bavay et à Famars, mais aussi dans des vicus comme Waudrez et Blicquy.

Les poteries étaient généralement vendues sur les marchés. A Bavay, on les achetait directement dans les boutiques installées autour du forum. Ici, on pouvait trouver de la céramique importée, plus luxueuse, dont la sigillée (infra).

A côté des fabriques domestiques rurales, c’est dans les villes que les artisans se sont installés pour fabriquer et écouler leurs céramiques.

La céramique sigillée, fine, destinée au service de table chez les Romains. Elle se caractérise par un vernis rouge grésé cuit en atmosphère oxydante et des décors en relief, moulés ou imprimés. Certaines pièces portaient des estampilles ou sigillum (sceau en latin), d’où leur nom.

Vase sigillé produit à Lezoux (Massif central) et retrouvé à Bavay

Elle fut inventée vers -40 dans des ateliers de potiers à Arezzo (en Ombrie, Italie). Elles connurent un énorme succès dans l’empire romain et notamment chez les Gaulois romanisés. Des potiers italiens spécialisés vinrent s’installer en Gaule. On trouva des producteurs de ce type de céramique à Lyon, en Gaule du sud (notamment à Gaufresenque), en Gaule Centrale (Lezoux) et de l’Est (Argonne).

On en produisit peu en pays nervien (Bavay, Cambrai). Par contre, on en découvrit de très nombreux fragments lors des fouilles de villas romaines chez nous. C’était un produit de luxe importé et coûteux. Leur présence atteste l’aisance des propriétaires de ces villas, souvent des magistrats de Bavay qui en possédaient une ou plusieurs dans la région.

La porcelaine

C’est une céramique fine et translucide, produite à partir d’un mélange de quartz et de feldspath (réduits en poudre par des meules et des cylindres en rotation), et de kaolin (une espèce d’argile).

Mélangé à l’eau, ce mélange est alors mis en forme, autrefois par des tourneurs, ensuite dans des moules adaptés. L’objet est séché, puis cuit sous les 1000°.

Si on le recuit à 1200-1400°, on obtient alors un “biscuit” de porcelaine.

Sinon, on le recouvre alors d’émail ou de vernis (dispersion aqueuse de pigments métalliques). Puis on procède à une deuxième cuisson à 1260-1300° qui provoque la vitrification en profondeur. La porcelaine est ensuite décorée.

Cette céramique fine est principalement utilisée dans les arts de la table. Ce furent les Chinois qui lui apportèrent la perfection dès le XIIème siècle.

Peu d’information quant à la présence ou la fabrication de porcelaine dans nos régions est rapportée. Sans doute fut-elle longtemps importée, comme produit de luxe, et réservée aux citoyens les plus aisés.

Plus récemment, on produisit de la porcelaine à Nimy.

Porcelaine de Nimy
La faïence

C’est une poterie, souvent à fond blanc, qui est, dans un deuxième temps, émaillée ou vernissée.

La faïence stannifère est recouverte d’un engobe, c’est-à-dire d’une glaçure opaque à base d’étain, qui masque totalement la pâte et lui donne son aspect blanc et brillant. La faïence fine est recouverte d’une glaçure transparente à base de plomb. 

Cette technique permet au potier de s’affranchir des décors cloisonnés ou incisés pour délimiter les couleurs. Il peut alors, sur le fond blanc, exécuter au pinceau une véritable peinture et s’inspirer des grands artistes, ce qui est impossible directement sur l’argile.

Elle fut inventée au IXème siècle à Faenza en Italie, d’où son nom. Elle se diffusa en Occident à la Renaissance (XVème siècle).

Les informations sont rares quant à sa fabrication dans nos régions jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. Elle fut sans doute marginale et cédait la place à l’importation.

On sait par contre que les faïenceries se sont multipliées au XIXème et au XXème, avant qu’elles ne ferment quasi toutes dans la deuxième moitié de ce siècle. Citons :

  • Baudour : manufacture, puis Cérabel, Saint-Antoine, Hélin, Dubois, Petre
  • Tertre : Paulus et Leroy, Escoyez
  • Jemappes : Cappelemans, Smith et Cie (1832-1894)
  • Mons
  • Nimy : Faïencerie du Vieux-Nimy (1789-1951)
  • Wasmuel (1834-1951)
  • Quaregnon : Colin, Becquet, Lebrun, L’Abeille
  • Saint-Ghislain : Dubois et Cie
  • Thulin 1887 (V. Ducobu) à 1973
  • Wihéries : le vieux Beau Dour (artisanal)
  • Sars : céramique en terre plastique rougeâtre (chanoine Puissant, début XXème)
  • La Louvière : Boch (1841-2012)
Faïence Boch

Piperies

Elles peuvent aussi être classées dans la catégorie des faïences. Les plus connues, au XIXème siècle, étaient celles de Maisières et de Nimy, mais aussi de Onnaing.

Pipe Scoufflaire d’Onnaing
Les sables

Ils ont à peu près la même origine que les argiles. Il s’agit aussi d’un matériau granulaire sédimentaire siliceux dont les particules mesurent entre 60 et 2000 microns, donc plus gros que celles d’argile. Ils sont associés à des débris calcaires de coquillages.

Les sables et argiles ont été exploités depuis le Moyen-Age pour fabriquer des produits réfractaires et le verre. 

On trouve des carrières de sable (sablières) à Blaton, Stambruges, Bray, Peissant, Maurage et Morlanwelz.

A Havré, sous le Bois du Rapois, on a extrait du sable en carrières souterraines, à 20m de profondeur et sous plusieurs hectares, entre 1885 et 1910.

Sablière de la Grande Bruyère à Blaton

Les verreries

On pense que les premiers objets ressemblant à du verre apparurent au IVème millénaire dans les cités-états du Proche-Orient. La technique s’est répandue et a été améliorée dans l’Antiquité, en Mésopotamie (XVIème siècle avant J.C.), en Egypte (XIVème), puis dans le monde grec et romain, où l’objet en verre était un luxe et n’était produit que dans certaines régions (Phénicie, Alexandrie en Egypte, Italie).

Pour fabriquer du verre aujourd’hui, il faut :

  • une roche siliceuse. C’est le sable qui contient 60% de silicium. Il sert d’agent formateur vitrifiant.
  • De la soude ou de la potasse. L’une et l’autre peuvent servir d’agent fondant qui abaisse la température à laquelle le verre entre en fusion (1000°).
  • De la chaux qui stabilise le verre et l’empêche de se dissoudre avec le temps.

Le verre produit présente une coloration due aux impuretés (fer, cobalt, cuivre). Pour le rendre incolore, il faut ajouter des éléments décolorants (manganèse, antimoine).

Peu d’information existe sur la production et l’utilisation du verre au moyen-âge et dans la période moderne dans notre région. Il est probable qu’on ne trouvait ce produit que dans les habitations de personnes aisées et qu’il fut longtemps un produit d’importation.

On commence à connaître des verreries industrielles dans notre région dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle. Citons, parmi les plus renommées :

  • La verrerie du Moulineau, à Ghlin, qui fonctionna de 1750 à 1859.
  • Les verreries de Boussu : Wins, Robette et Lira-Dascotte. La dernière ferma en 1988.
  • Les verreries Dubail Saint-Antoine à Wasmuel.
  • La verrerie Doyen à Ville-sur-Haine, de 1908 à 1975.
  • Celle de Blanc-Misseron (Quiévrechain), ouverte de 1898 à 1985.
  • On en trouvait aussi à Jemappes, Frameries, Havré, Ville-sur-Haine, Haine-Saint-Pierre, Houdeng-Aimeries.
Verrerie Doyen (Havré-Ville-sur-Haine)

 

Les craies

Ce sont des roches calcaires (le plus souvent à base de carbonate de calcium >90%) qui se sont déposées en grande majorité pendant la période du Crétacé (135-65Ma), pendant l’ère secondaire (donc avant les argiles et les sables).

Ces sédiments marins proviennent de la décomposition des coquillages et des planctons foraminifères marins dans des mers chaudes et peu profondes.

Ils sont particulièrement abondants à l’est et au sud de Mons : Obourg, Saint-Symphorien, Spiennes, Harmignies, Mesvin, Ciply, Cuesmes, Nouvelles, Noirchain, Genly, Asquillies

Ces dépôts crayeux sont également présents plus à l’est où ils sont plus profonds, mais parfois plus affleurant, comme à Morlanwelz où ils recouvrent aussi le terrain houiller.

Ces dépôts se sont faits dans une cuvette synclinale orientée d’ouest en est qui s’est emboîtée dans le synclinal précédent du carbonifère (avec sa houille) qu’il recouvre en partie ou qu’il chevauche au bord de la faille du Midi. Ils ont été recouverts d’argile maritime au tertiaire et de limons éoliens au quaternaire.

Les craies, mélangées à de l’argile, donnent de la marne.

Là où elles sont en présence de sable ou de roches micacées, ce sont des tuffeaux grenus et jaunâtres. Celui de Ciply, déjà exploité au Xème siècle, est fort connu.

Ces craies du Crétacé sont en fait d’âges un peu différents, ce qui explique leurs spécificités :

  • Celles d’Obourg datent du Campanien (83-72 millions d’années) et ne contiennent pas de silex. Elles servent surtout dans les cimenteries.
  • Celles de Spiennes datent du Campanien et contiennent des silex
  • Celles de Saint-Denis datent du Turonien (93-89 Ma) et contiennent aussi du silex

Les craies peuvent prendre des couleurs différentes selon les endroits (blanche à Nouvelles, grise à Spiennes, brune à Ciply). Les craies qu’on a extrait à Ciply et aux alentours (Mesvin, Cuesmes, Hyon, Mons) sont particulièrement riches en phosphates, sous la couche de craie blanche.

Les craies peuvent servir :

  • À fabriquer de la chaux dans des fours à chaux (ou chaufours) – infra. Ce qui permet d’obtenir de la chaux vive pour la désinfection. La chaux sert aussi à blanchir les façades des habitations (chaulage). On peut l’utiliser pour la libération de gaz ammoniac, pour la préparation de chlorures de chaux et pour le carbure de calcium.
  • À fabriquer du ciment, du mortier et des bétons
  • A fabriquer les bâtons de craie pour l’écriture sur les tableaux noirs.
  • Les craies, mais surtout les marnes, sont utilisées aussi dans les amendements agricoles des terres acides.

On a extrait les craies dans des carrières, à ciel ouvert, ou souterraines, et on les a exploitées dans les localités suivantes :

  • Quiévrain, Elouges, Dour, Boussu, Hainin, Wasmes, Quaregnon,
  • Frameries, Jemappes, Flénu, Cuesmes, Ciply, Harmignies, Obourg
  • Quévy, Givry
  • Ville-sur-Haine, Thieu, Estinnes, Saint-Vaast
  • Baudour, Ghlin.

Moins profondes (10 à 35m), ces mines n’ont pas donné lieu aux mêmes infrastructures de soutien que les houillères. Les éboulements et les accidents associés y étaient fréquents. Beaucoup de carrières souterraines ont donné lieu à des effondrements, comme à Elouges.

On remontait la craie dans des paniers d’osier manœuvrés par des treuils.

Carrière souterraine de la Malogne

Les fours à chaux

Aujourd’hui disparus, ils furent très nombreux dans la région.

Déjà les Gallo-Romains en exploitaient. On connaît moins la situation pendant le moyen-âge et sous l’ancien régime. On sait qu’il existait des fours à chaux à Quaregnon en 1442.

On est mieux documenté sur ceux qui fonctionnèrent dans de nombreux villages aux XVIIIème, XIXème et XXème siècles.

C’étaient des fours à calcination qui transformaient la pierre calcaire (des craies) à 900° en cuisson continue à courte flamme. Cela produisait du dioxyde de carbone (CO2 comme dans la respiration) et de l’oxyde de calcium (CaO), aussi appelé « chaux vive ». Trempée dans l’eau, cette chaux était refroidie et hydratée, ce qui transformait le CaO en hydroxyde de Calcium ou Ca(OH)2 sous forme de pâte, aussi appelée « chaux éteinte ». Cette matière était mélangée à des agrégats, utilisée pour des enduits (chaulages) et des mortiers.

Le combustible de ces fours a évidemment varié selon les époques : le bois, jadis, la houille et plus particulièrement le coke depuis le XVIIIème siècle.

C’est pourquoi nombre de fours à chaux ont été aménagés à proximité des charbonnages et des réseaux routiers.

On trouvait des fours à chaux, associés à des carrières, à :

  • Angre – Autreppe – Elouges – Wihéries – Dour – Hainin
  • Boussu – Wasmes – Colfontaine et Eugies – Jemappes – Flénu – Cuesmes
  • Basècles – Blaton – Stambruges, Quevaucamps – Ghlin, Neufmaison
  • Noirchain – Harmignies – Havay – Givry – Maurage – Waudrez – St-Vaast
Fours à chaux d’Antoing

Les craies phosphatées (jusqu’à 20% de phosphates de calcium) ont été exploitées au XIXème siècle à :

  • Baudour, Tertre, Douvrain
  • Cuesmes, Ciply, Mesvin, Spiennes, Nouvelles, Saint-Symphorien et Havré.

On creusait jusqu’à 40m de profondeur et sur des surfaces parfois importantes. Les « carrières de la Malogne » sous Cuesmes, Ciply et Hyon s’étendent sur 80ha et furent en activité entre 1874 et 1957.

Ces phosphates ont été utilisés comme engrais agricoles. Ils devaient cependant subir un traitement pour être assimilables par les plantes.

Ciment et cimenteries

Le ciment est un liant qui durcit sous l’action de l’eau. A l’état naturel, il existe sous forme de calcaire argileux. Il est le résultat de la réaction endothermique entre du calcaire et de l’argile.

Mélangé à de l’eau, il donne une pâte homogène et plastique qui se durcit et permet d’agglomérer entre eux des sables fins et des granulats, ou graviers, pour constituer des roches artificielles : bétons, mortiers. Ces derniers conservent leur résistance et leur stabilité.

La craie calcaire est abondante dans la région. Une partie à servi à alimenter les cimenteries d’Obourg, d’Harmignies (1911-2014) et de Ville-sur-Haine (1883-1908). Notamment celle extraite à Thieu et à Harmignies. A Obourg, le calcaire de la « Marlette » est particulièrement tendre.

Cimenterie d’Obourg

Le marbre est une roche calcaire qui a subi un métamorphisme dans certaines conditions de profondeur terrestre. Sédiments du début du crétacé – étage cénomancien –, ils ont été recouverts dans les périodes suivantes, en profondeur, sous certaines conditions de pression et de température qui ont modifié leur structure : cristaux de calcite. Les marbres peuvent avoir des apparences différentes (coloris, marbrures) selon les inclusions d’oxydes métalliques qu’ils contiennent.

On les trouve surtout sur les plateaux. Dans nos régions, c’est le cas dans les Hauts-Pays : Montignies-sur-Roc (peu), Angre-Autreppe-Roisin, Bellignies-Houdain-Bettrechies-Hon-Hergies.

Horloge en marbres de Bellignies
Les grès et les pierres dures

Comme toutes les autres, ces roches sont également sédimentaires, déposées couche après couche sur plus de 600 millions d’années.

Pour la plupart, ce sont les roches les plus anciennes, déposées à l’ère primaire et plus particulièrement à la période du Dévonien. Elles ont été, dans les périodes suivantes, recouvertes par d’autres, notamment celles du carbonifère (surtout des veines de houille) et celles du crétacé (les craies et les marnes). 

Logiquement ce sont donc les roches les plus profondes. Mais les aléas des mouvements des plaques continentales et océanes ont entraîné des rehaussements (orogenèses), des érosions, des glissements et des déformations de la croûte terrestres (synclinaux en creux et anticlinaux en voûte). Certaines de ces roches, à certains endroits, se sont finalement retrouvées proches de la surface du sol, ce qui en a permis l’exploitation.

C’est ce qui se produisit, notamment à la faveur de la constitution, à la fin du Carbonifère, de la « faille du Midi » qui fait se chevaucher et s’affronter dans la zone du Borinage (depuis Cuesmes, Flénu, Frameries, jusqu’à Dour et Elouges) des terrains houillers (sur les versants de la vallée) et des terrains gréseux dévoniens (sur le plateau des Hauts-Pays). Ici on va trouver des affleurements de grès et de schistes dans certaines zones de certains villages (Eugies, bois de Colfontaine, Boussu-Bois et Dour).

Les grès, comme les silex, sont des roches siliceuses, à base de quartz le plus souvent, mais aussi de feldspath et de micas. Ce sont des agrégats relativement durs de grains de sable qui, lentement déposés, se sont précipités et ont cristallisé (grésification). Ils sont parfois teintés par l’oxyde de fer.

Du côté de Rouveroy, on voit affleurer des roches dévoniennes riches en carbonates de cuivre (malachite, azurite).

Usages

  • Les plus durs et les plus étanches sont utilisés dans la construction: appuis de fenêtres, seuils de portes, encadrements de fenêtres, linteaux, marches d’escaliers, margelles de puits, éviers en pierre, caniveaux, bordures de trottoirs, soubassements de bâtiments, colonnes, murs solides et fortifications
  • Sans oublier que les hommes du néolithique les utilisèrent pour ériger leurs mégalithes
  • Beaucoup ont été utilisés pour les dallages et surtout comme pavés pour la construction des routes aux XVIIIème et XIXème siècles
  • Des meules sont en grès-quartzite ou en arkose (grès-feldspathique)
  • D’autres, plus tendres, sont utilisés comme pierres de taille dans l’architecture et la sculpture
  • Les plus tendres, sous formes de gravats, entrent dans la fabrication de mortiers, de bétons et de briques

Certains se trouvent imbriqués et empâtés dans du ciment calcaire ou argileux et se présentent sous forme d’amas caillouteux. Le plus bel exemple visible naturel est le « Caillou-qui-Bique » dans le bois d’Angre.

Caillou-qui-Bique

Les grès dévoniens se trouvent dans des zones qui ont subi des remontées de terrain, comme dans les Hauts-Pays :

  • Angre – Autreppe – Roisin
  • A Montignies-sur-Roc et à Wihéries, on trouve du grès rouge (enrichi en oxyde de fer), qui fut exploité jusqu’en 1930
  • A Boussu-Bois, dans le bois de Saint-Ghislain à Dour, dans le Bois de Colfontaine à Pâturages, jusqu’à Eugies, on trouve du grès schisteux.
  • Ghlin – Nimy-Maisières – Gottignies – Maurage
  • La pierre bleue de Mesvin a été extraite depuis le XVIIème siècle jusqu’en 1830.
  • A Bougnies, à Givry (peu) et surtout à Bray, on a extrait du grès qui a permis de construire les remparts de Binche et la chapelle St Calixte de Mons.

On peut classer les silex parmi les roches dures.

Ils sont de constitution plus tardive, puisqu’il s’agit de massification d’éléments siliceux dans des terrains dévoniens crayeux (donc de l’ère secondaire) apparus pendant l’ère tertiaire.

Beaucoup de silex se trouvaient, roulés en galets, dans le lit et au bord des rivières. Ils étaient particulièrement nombreux en bords de Haine et de Trouille. C’est sans doute la raison pour laquelle les premiers hommes à fouler le sol de nos régions s’y sont arrêtés et y ont laissé des témoignages de leur passage, alors qu’ils ne devaient pas y trouver d’autres avantages, notamment des grottes et des abris sous roches, comme on en trouve dans les vallées de la Meuse et de ses affluents.

C’est également dans cette région autour de Mons qu’à la période néolithique, les hommes ont décidé d’en faire une exploitation industrielle, la première dans nos régions. Ils creusèrent des puits et des galeries dans le sol pour en extraire un maximum de matériau pour y tailler leurs outils.

Ces silex ont été exploités pendant le néolithique et l’âge du bronze. Le remplacement des outils en silex par d’autres en métal (bronze, fer) a provoqué l’abandon de l’exploitation de la pierre destinée à cet usage.

Mais, dans la période moderne, on se remit à exploiter le silex pour d’autres usages :

  • La pierre à fusil ou à briquet (Nouvelles, Spiennes)
  • La faïencerie
  • Les pavés de rue et la construction de fours à ciment.

De constitution tardive sont aussi les grès tertiaires, issus des dépôts de sables landéniens. Ils sont plus friables que ceux du primaire et ont le plus souvent servi comme pierrailles. On en trouve au nord de la Haine :

  • Basècles – Blaton – Quevaucamps – Stambruges – Grandglise – Hautrage – Ghlin – Maisières – Obourg – St-Denis
  • On sait qu’à Maisières, ils étaient déjà utilisés en 1447.

A Basècles et Quevaucamps, le calcaire bleu a servi à la fabrication de seuils et de pavés, alors qu’un bleu-noir fut choisi pour la production de carrelages.

29. L’agriculture en pays de Haine

Agriculture, élevage et industries dérivées

L’agriculture, l’élevage et l’exploitation des bois furent longtemps les principales et quasi les seules activités humaines dans la vallée de la Haine. Les fonds de vallées étaient couverts de prairies humides et de bosquets, favorables à l’élevage. Les versants limoneux et les plateaux, surtout au sud de la rivière, se couvrirent de champs cultivés au détriment des bois. Au nord, les terrains étaient plus sablonneux et moins favorables aux cultures.

Ces activités ont commencé il y a plus de 7000 ans, lors de l’arrivée des premières populations néolithiques. Elles se sont perpétuées quasi sans interruption depuis lors jusqu’à ce que la révolution industrielle vienne les concurrencer en ce qui concerne la main d’oeuvre. Les villages actuels sont apparus vers le Xème siècle. Le paysage s’est peu modifié entre cette époque et le XIXème siècle. La densité de l’habitat resta lâche, fait de maisons-fermes, soit agglomérées à proximité de l’église et, le plus souvent d’un petit cours d’eau, soit éparpillées sur le territoire, à quelque distance les unes des autres. On pouvait distinguer trois types de fermes:

  • Les petites (4-5ha) qui ne suffisaient pas à la subsistance et dont le tenancier (propriétaire d’une tenure à l’intérieur d’un domaine seigneurial où il était soumis aux droits féodaux) devait avoir un travail d’appoint, le plus souvent chez le seigneur du lieu. C’était la condition des serfs avant que ce statut ne disparût au XIII-XIVème siècle.
  • Les moyennes (3-9ha) étaient auto-suffisantes, sauf s’il y avait trop de bouches à nourrir
  • Les grandes (10-30ha) produisaient des surplus que l’on vendait dans les marchés proches. Elles appartenaient aux seigneurs, mais aussi à quelques tenanciers plus aisés, parmi lesquels on trouvait les maïeurs, les échevins et les massards (percepteurs du fisc).

Les petites maisons étaient le plus souvent construites en bordure de chemin et perpendiculairement à lui, sans étage (hormis un grenier ou des chambres mansardes). On y entrait par un passage latéral. Elles comportaient des pièces d’habitat et d’autres destinées aux activités professionnelles. Le potager se trouvait à l’arrière.

Les grosses fermes étaient moins nombreuses, bâties souvent en quadrilatère autour d’une cour où l’on accédait par une porte cochère.

Ces modèles existent toujours aujourd’hui et sont souvent les plus anciens bâtiments des villages actuels. Ils datent de l’époque où la construction en dur s’est généralisée, soit depuis la fin du XVIIème siècle, mais surtout au XVIIIème et au XIXème.

Agriculture – On cultivait depuis la préhistoire surtout des céréales (blés, seigle, avoine, orge), qui étaient la base de l’alimentation des manants (pains, bouillies), mais aussi quelques légumineuses (pois, fèves) et oléagineuses. Chacun avait aussi son petit potager pour les légumes et quelques arbres fruitiers.

La pomme de terre, originaire des Andes, fut introduite au XVIème siècle en Europe. Elle se répandit dans nos campagnes au XVIIème siècle, notamment dans les périodes de famines et de guerres, celles-ci étant très fréquentes sous Louis XIV.

La betterave sucrière et le maïs ne furent cultivés à grande échelle qu’à partir de la fin du XVIIIème siècle.

L’élevage était une activité très liée à la classe sociale. Seuls les plus riches possédaient des chevaux, et avant tout les seigneurs qui s’en servaient pour la chasse et la guerre. Le cheval de trait était utilisé chez les tenanciers aisés. Les autres labouraient avec des araires qu’ils maniaient de leurs mains ou qui étaient tirées par des boeufs. Il fallait aussi un certain niveau de richesse pour posséder des bovins qui étaient très utiles, que ce soit pour la traction, le lait, la viande ou la peau. Ces deux derniers produits étaient le plus souvent vendus aux plus riches qui étaient les seuls à pouvoir se permettre de manger de la viande quotidiennement.

Le travail à l’araire

Seuls, les seigneurs et maîtres de fiefs avaient le droit de chasser et de posséder un colombier. Le braconnage était interdit et sévèrement puni. La pêche était très réglementée et soumise à une redevance.

Il existait, dans tous les villages, des pâturages communs, appelés waressaix (ou wareschaix), sur lesquels les paysans laissaient paître leurs animaux (bovins, ovins) contre une redevance payée au seigneur du lieu. Il s’agissait, le plus souvent, de ce terrain qui deviendra plus tard la grand-place du village. Un bel exemple en est la place d’Audregnies, une des plus grandes de Wallonie, dont l’aspect est resté presqu’inchangé depuis lors.

Place d’Audregnies – ancien wareschais du village

On pouvait aussi trouver des espaces communs utilisés par plusieurs villages:

  • la zone de marécages entre Elouges, Montroeul-sur-Haine et Thulin
  • le territoire qui deviendra plus tard le village de Pâturages, qui appartenait aux chanoinesses de Mons et qui était partagé par les paysans de Quaregnon, de Jemappes/Flénu et de Frameries/La Bouverie.

Ces espaces étaient très souvent l’objet de conflits entre les villages.

Les porcs étaient menés à la “glandée” dans les bois, toujours contre redevance au seigneur propriétaire.

En général, tout le monde possédait une basse-cour.

Il existait dans la région des éleveurs de chevaux destinés à la vente. Guillaume d’Avesnes instaura à Mons au XIVème siècle un marché aux chevaux hebdomadaire. Certains villages étaient réputés pour leur élevage. C’était le cas à Angre.

Au fur et à mesure de l’accroissement de la population, notamment celle des villes dont l’alimentation dépendait des activités rurales, l’agriculture procéda à des innovations diverses permettant d’augmenter la production: le système des assolements (avec périodes de jachères pour éviter l’épuisement des sols), les engraissements par de la chaux (ou marne), les engrais naturels. Les semences étaient soigneusement sélectionnées dans ce but. L’outil aussi s’améliora, encore que de nombreuses activités restèrent longtemps manuelles (semis, moisson, fenaison, battage). Il faut attendre le XIXème siècle pour que la mécanisation améliore les conditions de travail (charrue légère, semoirs à leviers, socs mobiles, machines à faucher).

La motorisation (électrique ou à combustible) ne s’est largement implantée qu’au XXème siècle (tracteurs, moissonneuses-batteuses, barattes, écrémeuses, …).

Ces dernières innovations entraînèrent une nette diminution de la main-d’oeuvre employée dans ce secteur économique aux XIXème et XXème siècles. La réduction de la main-d’oeuvre dans cette branche d’activités résulta aussi de la diversification des emplois (surtout ouvriers, notamment miniers) et de l’exode rural vers la ville.

Les activités associées

Les produits de l’agriculture et de l’élevage étaient transformés, ce qui donna lieu très tôt à des professions dérivées.

La première fut sans doute la meunerie. Les grains de céréales devaient être broyés pour être consommés sous forme de farines (bouillies, pains). Cette activité était déjà connue au paléolithique pour les plantes sauvages que l’on cueillait. Il semble que ce soit l’homo sapiens qui inventa la meule (deux pierres frottées l’une contre l’autre) et le mortier (avec pilon).

Meule au néolithique

Ces outils se sont nettement améliorés et généralisés lors de la période néolithique. Dans l’Antiquité, les Grecs et les Romains les ont encore perfectionnés, notamment en inventant la meule rotative, tournant autour d’un pivot central et actionnée par des bras, poussés par des esclaves ou tirés par des animaux.

Le moulin à meule rotative actionnée par l’eau (moulin à eau) aurait été inventé dans le monde méditerranéen à la fin de l’Antiquité. Il s’est répandu chez nous vers le IXème siècle, ce qui correspond à la période qui vit naître les villages dont la plupart étaient apparus au bord d’un cours d’eau. Le construire et le faire fonctionner étaient coûteux. C’est pourquoi les seigneurs féodaux en acquirent tout de suite le monopole. On n’en trouvait qu’un par fief ou village: le moulin banal. Les paysans étaient obligés de venir y moudre leurs grains contre une redevance. Le moulin était “affermé” (loué) à un meunier ou à un tenancier plus fortuné. Ces moulins connurent aussi des améliorations techniques (roues à aubes, roue à augets, biefs de dérivation, arbres à cames).

Le moulin à vent fut inventé, semble-t-il, sur les plateaux iraniens au début du VIIème siècle. C’est en Palestine que les croisés le découvrirent. Ils en ramenèrent chez nous le concept qui se diffusa dès le XIIème siècle . Ces moulins étaient bâtis sur des petites éminences lorsque les cours d’eau étaient trop éloignés ou impropres à faire fonctionner un moulin à eau. On en trouva d’assez nombreux dans la région. Certains étaient aménagés sur des tertres artificiels, ce fut le cas à … Tertre (qui était un hameau de Baudour au Moyen-Age).

L’invention du moteur à vapeur provoqua l’abandon des anciennes énergies (eau et vent) pour répondre à une demande plus importante des biens de consommation au XIXème siècle. Abandon des énergies durables et intervention de l’activité humaine exploitant les énergies fossiles, le processus qui allait conduire progressivement au réchauffement de la planète était enclenché…

Parfois existait aussi un four “banal”, auquel tout villageois devait obligatoirement avoir recours,  contre redevance, bien sûr, au seigneur du lieu.

Chaque village eut sa ou, le plus souvent, ses brasseries. La bière (et le vin) avaient l’avantage d’être moins contaminés que l’eau pour la boisson.

La bière est obtenue par la fermentation d’un moût préparé à partir du brassage d‘orge et d’eau. Elle est connue depuis le néolithique (au Moyen-Orient). Ce sont les Grecs qui ont importé la technique de fabrication lors de la fondation de Marseille vers -600. Si les Romains lui préféraient le vin, la bière s’est répandue au nord de l’Europe, notamment chez les Celtes et les Gaulois.

A partir du XIIème siècle, on renforça son amertume et son parfum par du houblon. Il semble que ce soit dans les fermes d’abbayes que les moines développèrent le mieux la brasserie et la diversifièrent (différents types de fermentation). L’activité brassicole apparut ensuite dans les villes, contrôlée par des corporations spécifiques. La vente de bière (comme celle de vin) fut vite l’objet d’une taxe: “la maltôte“, que les échevins de Mons introduisirent à la fin du XIIIème siècle pour financer la construction de la nouvelle enceinte demandée par le comte Jean d’Avesnes.

La production de bière s’est ensuite répandue dans les campagnes. Elle se faisait surtout chez des agriculteurs aisés qui cultivaient orge et houblon (encore qu’au début, on allait cueillir les cônes de houblon dans les bois) et qui étaient installés au bord d’un ruisseau, vu le grand besoin en eau de cette fabrication.

Houblon

La révolution industrielle du XIXème siècle et la libération de l’économie (après la chute de l’Ancien Régime) permirent l’essor de cette activité économique qui connut de nouvelles innovations techniques et chimiques. Le brassage qui, jusque-là, se faisait à la main ou par des manèges à chevaux, fut remplacé par des machines à vapeur alimentées au charbon.

D’artisanale, la brasserie devint industrielle. La consommation locale était très importante. Les estaminets étaient nombreux dans les villages, aux abords des sites miniers et sur le chemin du travail. Il était fréquent que celui qui fabriquait la bière soit à la fois agriculteur, meunier, brasseur et propriétaire de plusieurs cabarets.

L’amélioration des voies de communication permit l’exportation de ce produit fort prisé dans nos régions.

Citer toutes les brasseries qui existèrent dans la vallée de la Haine serait fastidieux, mais la plupart sont citées dans le paragraphe “Economie” des villages décrits sur ce site web.

Au XXème siècle, le nombre de brasseries se réduisit, surtout après la deuxième guerre mondiale, suite à  un phénomène de concentration industrielle. Cependant, depuis la fin de ce siècle, on constate à nouveau, çà et là, des initiatives de production de bières artisanales locales (ex: Montignies-sur-Roc, Le Roeulx).

Une autre activité très répandue dans la région fut représentée par les nombreuses sucreries qui s’y implantèrent.

La betterave sucrière était connue au Moyen-Age, dans l’alimentation, en Europe Centrale. On doit à l’allemand Andreas Margraff d’avoir réussi à en extraire le sucre. C’était en 1747. Il fallut cependant attendre 1811 pour que le français Jean-Baptiste Quérel en fasse la première extraction industrielle. La France y fut obligée car, à cette époque napoléonienne, les Anglais imposaient un blocus maritime sur l’importation de la canne à sucre venant des colonies antillaises. L’empereur lui-même favorisa la recherche industrielle. Il encouragea une culture intensive de la betterave et l’implantation de sucreries.

Celles-ci prirent un essor important au milieu du siècle, avec la motorisation par les machines à vapeur et les gazomètres. C’est ainsi qu’on vit des sucreries apparaître dans de nombreux villages: Thulin, Quiévrain, Crespin, Basècles, Givry et Ciply. La plus connue est celle de Quévy, créée en 1869, la dernière à fermer ses portes dans la deuxième moitié du XXème siècle. Comme pour les brasseries, le phénomène de concentration industrielle est à l’origine de la disparition de toutes ces entreprises. Le grand bénéficiaire en fut Tirlemont.

Parmi les cultures spécialisées, il faut citer évidemment celle du tabac. Il s’agit encore d’une plante ramenée des Amériques par les conquistadors. On commença à la cultiver en Europe dans la deuxième moitié du XVIème siècle. Elle servit d’abord de plante ornementale. Puis le médecin personnel du roi Philippe II d’Espagne la promut comme médicament universel. Le roi François II en consomma, conseillé par un certain Jean Nicot, ambassadeur de France au Portugal, en 1560. Longtemps, le tabac resta une plante médicinale, dont la vente fut rapidement soumise à une taxation par le cardinal Richelieu en 1629 et soumise à un monopole royal par Colbert en 1674. Ce sont les armées de Louis XIV qui l’introduisirent en Hainaut. L’usage, toujours médicinal, se répandit chez nous au XVIIIème siècle. Ce n’est que dans la seconde moitié de ce siècle qu’on commença à le fumer, ou à le priser “pour le plaisir”, d’abord dans les couches aisées de la population, puis dans celles, plus populaires qui purent la cultiver. Il y eut des périodes où de fortes restrictions, ou taxations, en empêchaient la vente.

La cigarette ne fut introduite qu’en 1825 et son usage se répandit à partir de 1842. Le cigare resta un symbole de réussite et de pouvoir.

C’est donc dans la deuxième moitié du XIXème siècle que les cultures se répandirent, du côté d’Obourg et d’Havré, mais aussi dans les Hauts-Pays (Roisin, Angre). Il semble que le tabac de Roisin était déjà apprécié et renommé en 1749. On trouva des fabriques dans plusieurs villages, comme à Hensies, Montroeul-sur-Haine, Quiévrain, Roisin et Fontaine-l’Evêque.

Plantation de tabac

La chicorée constitua également un élément important de l’économie rurale dans certains villages.

Le café est originaire des climats tropicaux. Il ne fut introduit en Europe que vers 1600 par les marchands Vénitiens. Sa consommation se répandit d’abord en Italie. Mais au XVIIème siècle, des négociants hollandais et anglais en ramenèrent aussi de leurs colonies orientales. La mode des “cafés” se répandit à Londres et à Oxford. Cette boisson gardait les esprits alertes pour les débats intellectuels qu’on y tenait. Paris suivit et, une fois de plus, nous devons “au bon roi Louis XIV” de l’avoir importé chez nous en même temps que les misères de ses guerres. L’usage du café se développa au XVIIIème siècle, surtout dans les villes.

Il s’agissait d’une boisson coloniale, donc coûteuse pour le petit peuple qui lui préféra un succédané: la chicorée, aussi plus digeste. Cette plante était également utilisée pour un usage médicinal au XVIIIème siècle. Le blocus maritime par les Anglais, sous Napoléon, réduisit l’importation du café et favorisa l’usage de la chicorée comme boisson d’agrément en France, Belgique et Allemagne. On la consommait seule ou mélangée au café. Cette dernière habitude persista au XXème siècle dans certaines régions.

Au XIXème siècle, certains de nos agriculteurs se mirent à la cultiver et des industriels se mirent à la produire, ce qui nécessitait une déshydratation des racines par un procédé de torréfaction.

En vallée de Haine, le haut-lieu de la production de chicorée fut Angre. Hubert Launois, agriculteur et bourgmestre au début du XIXème siècle, commença à en produire. Son entreprise se perpétua avec ses descendants qui modernisèrent l’outil (machine à vapeur) et profitèrent des nouvelles infrastructures de transport (chemin de fer en 1882). L’entreprise s’arrêta au début des années ‘1960. Elle fut imitée et relayée par d’autres dans la même commune (huit en tout!) et dans les villages voisins. La chicorée Payen, également d’Angre, fut, elle aussi, fort renommé depuis sa création en 1918 jusqu’à sa fermeture en 1968. En dehors des Hauts-Pays, on trouva aussi des petites unités de production à Wasmes, Saint-Symphorien et Anderlues.

Industrie du bois

La grande Forêt Charbonnière, dont il reste quelques îlots aujourd’hui, fut l’objet de vastes défrichages à diverses époques: gauloise, gallo-romaine, XII-XIIIème siècles et XIXème siècle. Ce travail devint une activité économique importante qui se prolongea au XIXème et au XXème avec la multiplication des scieries industrielles, surtout au nord de la Haine (Ghlin, Nimy, Maisières, Havré).

Textile et traitements de la peau

Les matières susceptibles d’être tissées sont essentiellement la laine, le lin et le chanvre.

Aux différentes périodes du paléolithique, l’habillement se faisait avec des peaux et des fourrures d’animaux, qu’on raclait, après le dépeçage, avec des grattoirs en silex. L’homo sapiens a utilisé, pour ce travail, des outils de plus en plus fins, le plus souvent en os, comme des poinçons pour trouer plus facilement, et des aiguilles pour coudre. On a découvert qu’en Géorgie, il y a 34.000 ans, il travaillait des fibres teintes en lin et en laine.

C’est au néolithique, que l’on commença à traiter les fibres de laine et de lin en les tordant pour en faire du fil, puis en les entrecroisant méthodiquement. Le tissage était inventé, réalisé sur des cadres en bois. C’est toujours au Proche-Orient que ces techniques sont apparues d’abord, avant d’être importées chez nous.

Elles n’ont cessé de se perfectionner, avec le temps, pendant l’Antiquité.

La draperie a connu son essor dans nos contrées dès le Xème siècle. Elle s’est développée dans les villes, particulièrement en Flandre (Bruges, Gand, Ypres, Lille, Tournai), en Brabant (Malines, Bruxelles et Louvain), mais aussi en Hainaut, où elle fit la prospérité des villes naissantes de Valenciennes, de Chièvres, d’Ath et, dans une moindre mesure, de Mons et de Binche. Partout les tisserands ont constitué des corporations puissantes pour s’affirmer comme troisième pouvoir face aux comtes et aux abbayes. Ils ont revendiqué et obtenu de nombreuses libertés pour développer leur commerce, montrant la voie aux autres corporations, mais aussi aux communautés villageoises, aux XIIème, XIIIème et XIVème siècles.

Le drap était le résultat de plusieurs opérations à partir du filage de la laine: le tissage (tisserands), le foulage (par les foulons – traitement destiné à apporter velouté et souplesse au tissu), enfin la teinturerie.

La meilleure laine était importée d’Angleterre, mais les nombreux conflits du Moyen-Age ont parfois réduit son importation, ce qui obligeait nos artisans à travailler la laine locale de moindre qualité (sayetterie).

En Flandre et en Hainaut, on tissa aussi le lin, de production locale, pour en faire des toiles. Toutes les villes en produisaient. Ath fut sans doute la plus renommée.

Draps et toiles étaient écoulés sur les marchés des villes et dans les foires de Champagne.

A partir du XVIème siècle, on commença à importer la soie d’Asie, via Venise et Anvers. Plus coûteuse, elle ne fut utilisée que dans les milieux aristocratiques.

La concurrence fut plus dure lorsqu’on commença à importer du coton, plus léger et plus souple, et aussi moins cher. C’était à la fin du XVIIème siècle.

A partir de cette époque, dans les villes, on produisit de la dentelle. La plus renommée en Hainaut fut celle de Binche.

Dentelle de Binche

Au XIXème siècle et dans la première moitié du XXème, on retrouve des industries textiles à Obourg (filature, soierie), à Saint-Denis (filature de coton dans les bâtiments de l’ancienne abbaye), à Quaregnon (jeaneries), à Frameries, à Thulin/Débihan (filature de laine). La région de Blaton, Stambruges, Quevaucamps et Grandglise était renommée pour ses bonneteries. On en trouvait aussi à Ghlin.

Le cuir a également été travaillé dans les tanneries. Celles-ci étaient installées en bordure de ruisseau également, car elles requéraient beaucoup d’eau. Elles furent nombreuses dans toutes les villes et étaient souvent regroupées en quartiers.

Si on veut être complet sur le chapitre de l’habillement, il ne faut pas oublier les fabriques de chaussures dans le Borinage, fabriques qui se sont développées au XIXème siècle, à un moment où l’on commençait à abandonner sabots et galoches. Cette industrie persista dans la première moitié du XXème siècle (on en comptait 83 dans le Borinage dans les années ‘1930). C’est La Bouverie qui se distingua le plus dans cette activité. On y compta une petite quarantaine d’ateliers et on y installa même une école de la chaussure en 1939. On trouvait aussi de ces fabriques à Frameries, à Pâturages, à Wasmes, à Flénu, à Quaregnon et à Eugies. Une autre école vit le jour aussi à Givry.

Enfin les corderies tinrent une place importante dans la région. Les exploitations minières  consommaient en effet de grandes quantités de cordes. Si des corderies sont attestées dès le XVème siècle à Hornu, Boussu, Dour et Elouges, elles se sont surtout développées avec la Révolution Industrielle au XIXème siècle, principalement à Dour, à Hornu et, dans une moindre mesure, à Frameries.

On fabriquait des cordes avec des fibres de chanvre (cultivé localement) et d’aloès (qu’on importait).

Toutes ces entreprises disparurent avec la fermeture les charbonnages, sauf une: celle de Dour qui continua à se moderniser, se convertit et se développa dans la production de câbles métalliques, puis de fibres spécialisées. Malgré plusieurs restructurations, fusions et reprises, les “Câbleries de Dour” sont encore aujourd’hui très actives.

28. Une deuxième guerre mondiale

(1939-1945)

Les origines du conflit

Les conséquences des conditions auxquelles fut signé l’armistice qui mit fin à la Première Guerre Mondiale n’avaient pas été bien anticipées. L’Allemagne, suite à sa défaite, dut s’ endetter pour payer les dommages de guerre et se sentit humiliée suite à l’occupation de la Ruhr industrielle par les Alliés.

C’est dans ce contexte, sur des bases d’idéologies fasciste et nazie, sous la houlette d’un dictateur, Adolf Hitler, arrivé démocratiquement au pouvoir en 1932, que le pays releva la tête avec un esprit de revanche.

Aidée financièrement par les grands industriels du pays, l’Allemagne, à nouveau, se surarma, se dotant d’un armement moderne alors que ses adversaires s’en tenaient aux vieilles méthodes de la guerre précédente (lignes de fortins de type Maginot).

Le Japon et l’Italie de Mussolini firent alliance avec Hitler. Celui-ci s’allia de force avec l’Autriche (Anschluss de 1938), après avoir envahi en 1936 le pays des Tchèques où vivaient beaucoup d’Allemands (les Sudètes). Enfin, après un accord avec les Soviétiques de Staline, Hitler envahit la Pologne au début septembre 1939. Les Français et les Anglais, qui avaient, jusqu’alors, assisté sans rien faire, à l’évolution des événements, lui déclarèrent la guerre le 3 septembre 1939.

La Belgique s’était à nouveau déclarée neutre face à la menace du conflit. Elle avait cependant mobilisé 650.000 hommes et renforcé ses défenses. Les réservistes avaient été rappelés dans leurs garnisons. Une « drôle de guerre » de quelques mois s’ensuivit, faite d’escarmouches non significatives.

Où furent concentrés de nombreux mobilisés
L’invasion

10 mai 1940        Sans ultimatum ni déclaration de guerre préalable, deux armées allemandes envahirent la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Elles bombardèrent et opérèrent un lâcher massif de parachutistes.

Le roi Léopold III

Léopold III, commandant en chef de l’armée belge, rejoignit, le jour même, le QG général de Breendonck. Les troupes belges, disposées quasi comme en 1914, furent rapidement submergées par la puissance de tir allemande. Le fort d’Eben-Emael tomba le jour-même.

Les Belges résistèrent sur le canal Albert.

Dès ce premier jour de guerre, l’aviation allemande bombarda les grands axes par où pouvaient arriver des renforts français. A Boussu, trois soldats français trouvèrent la mort au carrefour de la rue Neuve et de la route de Quiévrain. Le même jour, des avions allemands mitraillaient d’autres soldats français aux Quatre Pavés d’Hornu.

11 mai  Après 36 heures de combats, les troupes belges se replièrent sur la ligne de défense K.W. (entre Koningshooikt et Wavre) pour opérer une jonction des forces encore capables de combattre. Deux batailles, à Arendonk et à Herk, ralentirent la progression de l’infanterie allemande. 

Entre l’invasion du 10 mai et la reddition du 18 mai, quelques convois français traversèrent notre région, notamment en entrant par Marchipont, Angre, Audregnies et Elouges, ou en longeant la chaussée Brunehaut en direction de Mons. 

Dans l’autre sens, passaient des réfugiés venant du Centre et du Namurois et qui évacuaient vers la France. Nos villageois les logeaient et les ravitaillaient comme ils pouvaient.

A l’annonce de l’avance rapide de l’armée allemande, les neuf dixièmes de la population boraine évacuèrent aussi vers la France à partir du 13 mai. On pensait encore que la guerre s’arrêterait sur les mêmes fronts qu’en 1914. Ceux qui évacuaient, à pied, à vélo ou sur des chariots n’iront pas plus loin que Cambrai, Arras et Douai. Les mieux lotis, propriétaires d’une automobile, pourront atteindre la Seine et même la Loire. Sur ces chemins d’évacuation, les avions Allemands mitraillaient sans relâche.

Valenciennes fut vidée de ses habitants. On s’y livra au pillage. Un gros incendie se déclara dans le centre de la ville.

La fuite fut vaine. Tous étaient de retour dès la fin du mois, sauf quelques-uns qui purent se réfugier en « zone libre » (sud de la Loire).

12 mai  Le front belge résistait, malgré la supériorité aérienne des Allemands. En dépit de ces efforts, ce même jour, une grande partie de la Belgique avait déjà été envahie. Ce fut le cas de la ville de Mons.

Les Allemands dans Mons bombardée

13 mai  Les environs de la gare de Blaton furent bombardés.

Du 14 au 16 mai, les bombardements se concentrèrent sur Boussu. La ligne de chemin de fer et la grand-route Mons-Quiévrain, alors encombrée de gens qui fuyaient, étaient copieusement mitraillées. Des soldats français passaient en sens inverse. Beaucoup furent tués. A Quiévrain, la gare fut endommagée le 14 mai, ainsi que des habitations privées, dont le corps principal du château Bataille. On déplora de nombreuses victimes.

15 mai  L’armée hollandaise avait capitulé. Côté français, Sedan tombait après un affrontement avec les troupes allemandes qui traversaient les Ardennes.  Soixante divisions allemandes s’engagèrent en direction de la Somme.

16 mai  L’armée belge reçut l’ordre de se replier vers Anvers et l’Escaut.  Léopold III quitta le front K.W., manœuvre qui déconcerta les ministres Spaak et Pierlot.  L’armée belge en se repliant livra de violentes batailles sur la Nèthe et le Rupel.

Entre-temps, les alliés (Anglais et Français) se faisaient battre dans le nord de la France et devaient reculer, pour ne pas dire fuir. Dans le Nord et en Picardie, ce fut un exode massif dès ce 16 mai.

Percée des panzers allemands

17 mai  Nouveaux bombardements sur Quiévrain.

18 mai  L’armée belge traversait l’Escaut. Les ministres affolés souhaitaient une retraite générale… à travers les forces ennemies au nord de la France. On déplorait un manque de contact entre le gouvernement belge et le commandement militaire et royal. Simultanément, on voyait passer des soldats belges et français qui refluaient vers la France, l’ordre ayant été donné ce même jour aux troupes françaises de se replier.

La panique atteignit son apogée dans la nuit du 17 au 18 mai quand on apprit que tout le pays tombait aux mains de l’ennemi. La ruée se fit encore plus massive vers le sud et l’ouest. A Thulin, par exemple, la majorité des habitants était partie. Il n’en restait que 500 sur les 2700 habituels.

Du 18 au 20 mai  L’armée belge continuait à résister opiniâtrement. Dans notre région, cependant, les villages et les villes tombaient les uns après les autres devant la 4ème armée blindée allemande. D’Havré à Quiévrain. Les premiers Allemands passèrent à Thulin le 20 mai au matin. Les suivants arrivèrent l’après-midi et s’installèrent dans les demeures laissées vides.

21 mai  En France, les troupes alliées, les unes au nord et les autres au sud sur la Somme. avaient perdu tout contact et se trouvaient complètement isolées. Une conférence entre les alliés eut lieu dans l’urgence et on décida une contre-offensive dans le but de ressouder les armées. Il était trop tard. Les forces anglaises étaient coupées de leur bases et l’attaque française en Artois échoua, alors que les Allemands s’emparaient de St-Omer et de Boulogne.

22 mai Valenciennes fut, une fois encore, bombardée. Un vaste incendie, qui dura deux semaines, détruisit un cinquième des immeubles.

Les bombardements furent également intenses à Bavay.

23 mai  A Thulin, une bataille eut lieu entre une arrière-garde de l’armée française, venant de Dour et cherchant à rejoindre son régiment, et les Allemands installés dans le village depuis quelques jours. Le combat débuta au croisement du Saint-Homme, où se situait un poste de garde allemand, et se poursuivit dans le village quasi vidé de ses habitants. C’était une lutte au corps-à-corps. Les Français eurent le dessus sur l’ennemi dans un premier temps. Mais des renforts allemands amenés de Quiévrain mirent fin à leur espoirs. Les Français se rendirent après un combat de cinq heures, laissant sur le terrain 13 tués. Douze officiers et 300 soldats français furent faits prisonniers. Dès le lendemain, les Allemands renforcèrent leur dispositif de défense dans le village.

Le clairon sonne le glas de l’armée française à Thulin

On édifia, après la guerre, un “Monument aux Français” sur l’ancienne place du Calvaire rebaptisée « Place des Français ».

25 mai  A Wijnendael eut lieu une réunion entre Léopold III et ses ministres. Un drame s’y joua. Léopold III jugea qu’il devait rester à la tête de son armée et refusa de partir en exil avec ses ministres. 

26 mai Une très grosse attaque allemande fut menée contre le front belge. Celui-ci craqua à Izegem, Nevele et Ronsele. Il fallait tenir le plus longtemps possible pour permettre aux soldats anglais, qui se regroupaient à Dunkerque, de regagner leur pays. On se battait de Zeebruge jusqu’à Ypres. Derrière cette ligne, des réfugiés affluaient. Les routes étaient encombrées, les hôpitaux débordés. 

Une batterie allemande fut dirigée vers Valenciennes. La ville fut à nouveau bombardée et fut prise le 27 mai.

26 mai à 17hoo Léopold III demandait aux Allemands la cessation des hostilités. Au sud, les Allemands entraient déjà à Amiens, puis à Montreuil-sur-Mer.

28 mai  Le protocole de capitulation fut signé. Léopold III abdiquait et se constituait prisonnier. Ce protocole ne concernait que les armées encerclées en Flandre. Au Congo, elles gardaient toute liberté. Le gouvernement Pierlot-Spaak, parti en exil, conservait sa légitimité. 

Le président du conseil français Paul Reynaud accusa le roi des Belges d’être le responsable de la défaite. Mais la défaite de la France arriva, elle aussi. Le maréchal Pétain signa l’armistice. Le général De Gaulle décida de continuer la lutte depuis Londres. Son appel du 18 juin marquera l’entrée des Français en résistance. Le gouvernement belge s’était également réfugié à Londres, mettant à disposition des alliés les matières premières du Congo qu’on acheminait avec ce qui restait de notre flotte marchande.

L’occupation

Dans un premier temps, on vit revenir les « évacués ». Fin mai, tous étaient rentrés. 

2 juin 1940          Le général Alexander von Kalkenhausen fut nommé gouverneur de la Belgique et du nord de la France. 

La Lutwaffe investit le château de Boussu et en fit un dépôt de munitions destinées au champ d‘aviation de Chièvres

Les officiers Allemands installaient leurs quartiers dans les plus grosses demeures. 

Parmi les combattants de la première heure, certains furent libérés et purent regagner leur village, d’autres furent envoyés en Allemagne pour y être mis au travail forcé, notamment les classes de 1920 à 1924.

Et commença une nouvelle occupation avec son cortège de réquisitions (vivres, bétail, matériel d’usines), de brimades, de vexations et de frustrations.

Les arrestations, les déportations et les exécutions se multiplièrent. Les prisonniers envoyés travailler en Allemagne, où la main-d’œuvre manquait, furent très nombreux.

L’agriculture belge ne pouvait plus nourrir le pays. On rationna la nourriture. Il fallut se résoudre au marché noir. Famines et mauvais état sanitaire s’installèrent. Le Secours d’Hiver dut venir en aide à un cinquième de la population.

En novembre, le roi Léopold III se rendit à Berchtesgaden pour y rencontrer Hitler et obtint une amélioration du ravitaillement qui dura jusqu’en 1944.

Les Allemands recrutèrent des collaborateurs rexistes wallons et des nationalistes flamands pour les introduire dans l’administration et pour aller se battre, plus tard, sur le front de l’est. Lorsqu’en juillet 1941, des agents à la solde des Allemands recrutèrent pour constituer une brigade wallonne, un Audregnien s’y engagea.

Le 11 septembre 1942, à Valenciennes, eut lieu une rafle de Juifs qui furent emmenés vers Auschwitz. Dans nos régions, beaucoup de Juifs furent cachés pour leur éviter la déportation.

La résistance s’organisa, visant surtout les voies de communication, renseignant les Alliés et faisant passer des volontaires vers l’Angleterre via la France et l’Espagne. Ils sabotaient ou volaient les Allemands, notamment à Thulin, à la perception des postes.

A Boussu, des groupes de résistants, en 1943-44, entreprirent des actions « commando » en sabotant des lignes de chemin de fer, en colportant de faux renseignements ou en abritant des personnes recherchées par la Gestapo.

Le 13 septembre 1943, eut lieu l’arrestation d’un groupe de résistants au café des Arcades à Saint-Ghislain.

40.000 prisonniers politiques belges furent envoyés vers les camps de concentration.

Dès 1943, alors que les Américains étaient eux aussi entrés en guerre, qu’ils combattaient en Afrique du nord et débarquaient en Italie, chez nous, les Alliés (Britanniques, Canadiens et Américains) venaient bombarder, la nuit, depuis l’Angleterre, les quartiers allemands, et les endroits stratégiques (gares, grands axes, entrepôts de munitions) pour gêner les troupes allemandes dans leurs déplacements, leurs communications et leurs ravitaillements.

On vit se dérouler dans le ciel, des combats aériens dont certains glacèrent les habitants de frayeur. Ainsi, à Boussu, un bombardier et un quadrimoteur alliés s’écrasèrent tout près des habitations.

La ligne de chemin de fer Quiévrain-Mons était importante dans le dispositif allemand pour l’acheminement de matériel et de troupes vers la France.

Saint-Ghislain y occupait une place privilégiée, avec sa gare de triage. Cette ville paya le prix fort dans l’effort de reconquête. Depuis les Quatre Pavés d’Hornu jusqu’au centre de la ville, les bombardements furent intenses en avril (15-22-23-26 avril), mais surtout le 1 mai 1944.

Si sa gare ne fut finalement pas atteinte, la Grand-Rue, la Grand-Place, l’église et la route vers Hornu, attenant à la gare de triage, furent complètement détruites.

Eglise de Saint-Ghislain mai 1944

A Tertre, quelques jours plus tôt, des bombardements atteignirent l’orphelinat des Oblates et firent 45 morts parmi les enfants et deux parmi les religieuses.

Les charbonnages d’Hensies furent également touchés, ainsi que la gare de Quiévrain et les gares de formation de Flénu et d’Haine-Saint-Pierre.

Les usines ANF de Crespin furent bombardées à leur tour le 2 mai. De nombreux ouvriers frontaliers se retrouvèrent sans travail.

La fin de la guerre

6 juin 1944          Le débarquement eut lieu dans le Cotentin, en Normandie. Le lendemain, le roi Léopold III et sa famille étaient déportés en Allemagne.

A Thulin, le 9 juillet 1944, un attentat manqué visa le bourgmestre rexiste Herman Mousset. 

13 juillet             Himmler fit remplacer Von Falkenhausen par Josef Grohé. Ce dernier, assisté de la Gestapo, fut responsable de nombreux assassinats. C’est à partir de ce mois que les Allemands commencèrent à utiliser leurs bombes-missiles V1 et V2. En Hainaut, les premières utilisées le furent à Montignies-St-Christophe le 3 juillet, à Quiévrain (Carochette) le 9 juillet.

La bataille de Normandie se termina fin juillet. Paris fut reconquise entre le 17 et le 25 août.

Progressivement, les Alliés se rapprochaient du nord de la France et mettaient en fuite les soldats Allemands. Il fallut cependant attendre le début septembre pour voir passer les premières troupes allemandes en retraite, poursuivies par les bombardements alliés. Le 2 septembre, on les vit descendre de Bavay vers Audregnies, Quiévrain et Elouges, via la chaussée Brunehaut.

Le 2 septembre encore, une colonne fut attaquée à hauteur du cimetière d’Angre par les milices de Résistants, qui continuèrent leurs assauts dans les jours qui suivirent. 

Le même jour, Valenciennes et Condé étaient libérés par la 3ème division blindée américaine.

Du samedi 2 septembre au lundi 4 septembre, deux colonnes américaines firent leur jonction à Mons, enserrant comme dans un étau, entre Valenciennes et Mons, des milliers d’Allemands pris au piège.

Les bombardements sur la grand-route entre Quiévrain et Mons s’intensifièrent le 3 septembre faisant de nombreux tués et blessés. Il en fut de même à Goegnies-Chaussée et Gognies-Chaussée. Le commandement américain du général Rose avait installé un QG au poste douanier de Bettignies.

4 septembre     Les chars américains traversaient Quiévrain et passaient au carrefour du St-Homme à Thulin. Furent libérés, ce jour et le lendemain, tous les villages de la région, ainsi que Saint-Ghislain et Mons.

Boussu aussi fut libérée, mais avant de partir, les Allemands, dans leur précipitation, firent sauter leur dépôt de munitions et avec lui le château de Boussu…qui ne fut jamais reconstruit.

Havré libérée le 4 septembre

Le Centre, également, fut libéré ce 4 septembre.

A Jemappes, on eut à déplorer de nombreuses victimes civiles, oeuvre de soldats allemands en retraite et effrayés. Ils passaient sur la route de Valenciennes à Mons en un flot ininterrompu. Les Américains débouchèrent de Flénu vers 18h00 et firent feu, relayant des mitraillades aériennes et provoquant la débandade chez les fuyards. Les résistants jemappiens passèrent aussi à l’action. La Gestapo était présente; les exactions furent très nombreuses (pillages, exécution d’une soixantaine de personnes dans la population) avant qu’ils ne prennent définitivement la fuite vers Ghlin. 

Les jours suivants se passèrent à déblayer la grand-route des séquelles de la récente bataille, pour faciliter le passage des troupes alliées de libération. On organisa des réjouissances.

On se vengea sur les collaborateurs des ennemis. A Thulin, le bourgmestre collaborateur Mousset eut le temps de s’enfuir. On le retrouva le 11 octobre à Ixelles et on le ramena dans son village. Il fut jugé, mais libéré pour absence de crimes ou fautes graves. Son épouse, restée au village, subit le rasage de crâne sur la place publique, châtiment habituel réservé, comme humiliation, à celles qui s’étaient “entendues” avec les occupants.

Après la libération de la région, quelques villages virent encore tomber des V1 et V2 :

  • Hornu, rue de la Fontaine (12 octobre)
  • Ghlin, près de la station (22 novembre)
  • Masnuy-St-Jean (12 novembre)
  • Mons, chaussée de Ghlin (25 décembre)
  • Stambruges (26 novembre)
  • St-Symphorien (18 novembre et 19 décembre)
  • Wasmes, rue de Binche (8 novembre).
Le Prince Charles, régent

Bruxelles avait été libérée le 3 septembre. Le 8, le gouvernement rentrait. Le roi Léopold III restait captif en Allemagne. Son frère Charles fut nommé régent du royaume. On mit sur pied un cabinet d’union nationale dirigé par Hubert Pierlot. Le ministre Gutt opéra, le 9 octobre, une déflation de grande envergure.

Tout se passa très vite, en quelques jours, donnant l’illusion d’une victoire finale facile. Cependant, l’avancée vers l’Allemagne sera ralentie par une forte résistance à l’est du pays et par une contre-offensive allemande. Le 16 décembre, des divisions allemandes, emmenées par le général Von Runstedt, déclenchèrent une grande offensive, très dure et meurtrière, dans les Ardennes Belges. On bombarda Anvers et Liège de V1 et de V2. La nouvelle armée belge, reconstituée pour l’offensive des Ardennes, participa encore à de nombreuses batailles.

Entre-temps, des grèves s’organisaient dans le pays, où régnait une certaine anarchie. Pierlot démissionna le 7 février 1945. Quatre jours plus tard, Achille Van Acker lui succéda.

Le 8 mai 1945, l’Allemagne capitulait. Le roi Léopold III fut libéré, mais son retour au pays déclencha la “Question Royale”. Une autre histoire…

27. La première guerre mondiale

Les causes
  • Les cicatrices de la guerre franco-prussienne de 1870 n’étaient pas refermées. L’Allemagne occupait l’Alsace et une partie de la Lorraine.
  • le XIXème siècle a vu les nations se replier sur elles-mêmes et se concurrencer
  • l’empire ottoman déclinait, ouvrant la voie à de nouvelles nations dans les Balkans, différentes entre elles sur le plan religieux et culturel
  • la situation européenne était instable et des réseaux d’alliance s’étaient formés: d’une part la Russie, la France et l’Angleterre, d’autre part l’empire allemand, l’empire austro-hongrois et l’empire ottoman. La Belgique, depuis son indépendance, se proclamait neutre et elle l’avait déjà montré en 1870.
  • l’élément déclenchant se passa le 28 juin 1914 à Sarajevo, en Bosnie, lorsque l’héritier de l’empire austro-hongrois, l’archiduc François-Ferdinand, fut assassiné par un étudiant serbe. L’Autriche déclara la guerre à la Serbie. Celle-ci, de religion orthodoxe, était depuis longtemps soutenue par les tsars de Russie. Le jeu des grandes alliances fit le reste: l’Europe s’embrasa.

    Attentat de Sarajevo

Malgré sa neutralité, en raison de la menace, la Belgique déclara une mobilisation générale le 30 juillet.

L’invasion allemande

2 août 1914        L’Allemagne lança un ultimatum à la Belgique: elle exigeait le passage de ses troupes sur le territoire belge en direction de la France. Si la Belgique refusait, l’Allemagne lui ferait la guerre. La Belgique refusa.

4 août   Au mépris de la neutralité belge, les troupes allemandes pénétrèrent à Gemmenich. Le but de l’armée belge était d’arrêter l’envahisseur le plus longtemps possible. Les forts de Liège, sous le commandement du général Leman, tinrent bon jusque au 16 août, gagnant un temps précieux pour que les alliés puissent se mobiliser. La résistance héroïque de la petite armée belge va freiner l’avancée allemande. Le dernier fort liégeois tomba le 17 août.

Dès le 4 août, l’Angleterre déclarait la guerre à l’Allemagne. Du 12 au 17 août, ses divisions et ses brigades débarquèrent au Havre, à Boulogne et à Rouen. 60.000 hommes prirent la route vers Amiens et se rassemblèrent à Maubeuge le 20 août.  Elles se déployèrent ensuite en un vaste arc de cercle dans le Borinage jusque Mons, puis jusqu’à Binche, en aménageant des éléments de défense (tranchées, barricades, champs de tirs, …). Tous les villages virent passer ces soldats venus de l’autre côté de la Manche pour les défendre.

12 août                La cavalerie impériale entra en jeu à son tour. Elle fut stoppée à Haelen par les lanciers et les carabiniers du général de Witte. Un demi-million d’allemands progressaient entre Saint-Trond et Huy. Il devenait alors vain d’espérer une jonction de l’armée belge avec les alliés anglais et français.

18 août                L’armée belge se replia sur Anvers.

20 août                Les Allemands atteignirent Bruxelles

Les troupes allemandes, en avançant, pillaient, incendiaient et tuaient, irrités par la résistance belge. Pendant ce temps, Anglais et Français s’étaient mis en place jusque Mons et Charleroi. Les envahisseurs prirent la direction du Hainaut et de la France avec 200.000 hommes. Ils prirent Charleroi et firent reculer les troupes françaises arrivées à la rescousse. Des villages autour de Charleroi furent incendiés. Furent aussi détruites ou très endommagées : Aerschot (19 août), Andenne, Tamise, Dinant (23 août), Louvain (25 août), Termonde, etc… La résistance des forts de Namur fut vaine. L’ennemi occupait Bruxelles et les deux-tiers du pays.

22 août                L’ennemi s’approchait de Mons.

Les Anglais et les Français s’étaient établis au sud du canal Mons-Condé, depuis Condé jusqu’à Obourg. Ici la ligne de défense s’infléchissait vers St-Symphorien, Harmegnies et le long de la route de Beaumont, et aussi vers Binche. Ils s’appuyaient sur le fort de Maubeuge et le PC de Bavay. Un QG se trouvait au château de Bougnies.

36.000 soldats anglais contre 135.000 Allemands. Deux corps d’armée anglais. Trois corps d’armée allemands et un quatrième qui tenta de les contourner vers Tournai.

De nombreux réfugiés belges faisaient route vers la France, empruntant la route de Bavay.

23 août                La Bataille de Mons commença. Elle concernait, en réalité, toute la région. Dès le matin, l’infanterie allemande attaqua les positions anglaises de Nimy et d’Obourg, le long du canal. Celles-ci furent refoulées.

C’est à ce moment qu’on situe l’épisode des « Anges apparus dans le ciel » (voir la bande dessinée « Les Anges de Mons » de Claude Renard et Xavier Hanotte, 2013). De rudes batailles avaient lieu autour de la ville.

Le quartier “Jéricho” à Jemappes subit des bombardements. Les villages furent occupés les uns après les autres: Havré, Hyon, Cuesmes, Flénu où l’on déplora de nombreux morts, soldats et civils.

Dans les heures qui suivirent, les combats se propagèrent le long du canal vers l’ouest. A 10hoo, les Allemands, qui se déplaçaient au nord du canal, attaquèrent du côté de Jemappes. Ils firent de même à 13hoo à Saint-Ghislain et vers 16hoo à Thulin.

Du côté de Mons, les Anglais perdaient de plus en plus de terrain et recevaient l’ordre de reculer vers 15hoo. Les Allemands entrèrent dans Mons par le pont de Ghlin et par Nimy.

Charge de la cavalerie britannique à la bataille de Mons

Boussu fut bombardée lors de la bataille des Herbières (entre Boussu et Hautrage). A Hautrage et à Pommeroeul, les combats étaient plus intenses.

Les villages en-deçà de la rivière (Thulin, Hainin, Boussu) étaient remplis de soldats britanniques. Les blessés y étaient amenés pour y être soignés, dans des locaux improvisés, par les médecins militaires et les médecins de nos villages.  Quant aux habitants, la plupart avait fui vers Elouges, Wihéries et les Hauts-Pays.

Lorsque la nuit survint, les Allemands commençaient à enfoncer les lignes de défense situées derrière le canal et la Haine, notamment au Pont de Thulin, au hameau de Débihan et à l’écluse de Malmaison, à Hensies. Ils incendiaient les maisons se trouvant à proximité.  Ils passèrent le canal et la Haine sur des ponts provisoires.

Vers 4h00, le 24 août, ils pénétrèrent dans les villages de Thulin, Montroeul-sur-Haine et Hensies, villages qu’ils avaient bombardés au préalable. L’église de Thulin fut endommagée, ainsi que sa maison communale (transformée en centre de soins pour la Croix Rouge). Les soldats anglais refluaient vers le sud tout en essayant de résister encore en dressant des barricades dans les rues, notamment dans la Rue Haute de Thulin. Les Allemands continuaient leurs exactions en avançant : pillages et saccages dans toutes les maisons, massacres ou humiliations des habitants qui n’avaient pas fui et qu’ils supposaient aider les défenseurs, incendies.

A midi, les Allemands avaient atteint la Grand-Route Mons-Quiévrain, venant de Thulin et de Hensies. Ils commençaient à pénétrer dans Elouges et Quiévrain. En face d’eux se trouvait l’arrière-garde britannique, dans les champs entre Elouges, Audregnies et Quiévrain. Les combats y furent intenses pendant trois heures. On l’appela “la bataille d’Audregnies“. Des troupes anglaises, retranchées à l’avant de la localité, près de la sucrerie de Carochette, tentèrent d’arrêter la marche en avant des Allemands. En vain.

On installait les blessés dans le couvent des Bernardines (actuel Foyer Notre-Dame) à Audregnies. Cette bataille fit 42 morts et 180 blessés. Les Allemands occupaient maintenant tous les villages où ils firent de nombreux prisonniers qui furent déportés (500 à Quiévrain). L’avancée avait été identique vers le sud, depuis Binche jusqu’à Condé. Un peu partout, on déplorait les mêmes destructions par saccages et incendies.

Le reste des troupes franco-anglaises se retira vers le nord de la France (Bavay, Le Cateau et Saint-Quentin)

Les combats d’Audregnies clôturaient la bataille de Mons. Celle-ci avait duré deux jours. Les Allemands y avaient perdu 3000 hommes et les Britanniques près de 800. Cette bataille avait retardé la progression allemande, permettant la mise en place des lignes de défense dans le nord de la France.

Le 24 août eut lieu une contre-offensive anglaise vers Binche. Ce fut un échec. On se battit encore à Flénu les 24 et 25 août.

Valenciennes tomba le 26 août. Le lendemain, une arrière-garde britannique fut accrochée par l’armée allemande à Bréaugies (Bellignies).

Puis les villageois regagnèrent, deux semaines plus tard, leurs villages désormais occupés. Quelques-uns avaient gagné le sud de la France. Ils y attendirent la fin de la guerre. Chez nous, on enterra les morts des deux camps et on commença à réparer les dégâts.

Pendant ce temps, de nouvelles troupes allemandes traversaient les villages en direction du front qui se constituait au nord de la France, depuis l’Yser jusque la Lorraine, en traversant la Picardie et la Champagne. Entre-temps, elles s’étaient emparées des villes et villages français qui séparaient la Belgique de ce front.

Fin août, on vit encore des uhlans à cheval investir le village de Blaton et se livrer à des pillages.

Le 27 septembre, une patrouille de soldats belges à vélo, en mission de reconnaissance depuis l’ouest du pays, s’en prit à un poste allemand au Pont Cocu, sur le canal entre Pommeroeul et Antoing. Ils furent tous tués.

Repliée derrière la Nèthe et le Rupel, l’armée belge tentait de stopper les Allemands le plus longtemps possible pour donner aux alliés du temps pour s’organiser. Malgré l’échec de deux sorties (25-26 août, 9-12 septembre), les Belges immobilisaient cinq divisions allemandes. Au prix de la perte d’un dixième des troupes. Les Allemands durent encore amener cinq nouvelles divisions sur le front belge, alors que débutait la bataille sur la Marne. Les Allemands entreprirent le siège d’Anvers.

7 octobre            Dès qu’il eut atteint Tournai, le roi Albert Ier, ayant vainement attendu des renforts, ordonna la retraite.

10 octobre          Anvers se rendit.

Décimée et exténuée, l’armée belge se replia sur l’Yser. Lors d’une conférence avec les alliés à Ostende, le 11 octobre, Albert refusa d’abandonner son armée. Une première bataille de l’Yser fut engagée le 18 octobre. Les troupes allemandes s’embourbèrent dans les terrains inondés volontairement par les Belges. Ils ne purent pas aller plus loin. Et commença la longue guerre des tranchées.

L’Occupation du pays

L’occupant mit en place immédiatement une administration. Il fit connaître tous ses ordres et ses interdictions par voie d’affiches.

A Bruxelles, fut mis en place un Gouvernement Général dirigé par le feld-maréchal von der Goltz. A Mons, se tenait le commandant Steinicke, chargé de la sécurité du district.

Des zones-étapes furent créées dans quelques communes pour relayer les ordres et contrôler leur suivi. C’étaient des zones de transit pour les troupes, des zones de repos et de soins, avec magasins et dépôts d’armes et de munitions. Saint-Ghislain (Ecole Moyenne), Jemappes et Boussu furent des zones-étapes. Le château de Boussu fut réquisitionné par l’armée allemande et … réaménagé. L’explosion d’un train de munitions lui fit cependant subir de gros dommages.

Dans les villages, étaient placés des postes de garde, des gendarmes et des commandements locaux. Les ennemis occupaient les gros bâtiments pour leurs Kommandanturs (Maison Ghaye à Audregnies, Château de Boussu, Ecole de Saint-Ghislain, Mons, …). 

L’école moyenne de Quiévrain fut occupée par leur Croix-Rouge, dans un premier temps, avant de redevenir un centre d’enseignement, en novembre. Elle fut de nouveau fermée de février à avril 1917 à cause d’une pénurie de charbon. Lors de la Libération, elle fut à nouveau occupée, avant d’être délivrée définitivement le 1 novembre 1918.

Pour exemple, à Thulin, les occupants installèrent: 

  • des postes de garde dans la cure (d’où le curé avait été chassé), en haut du clocher et à la gare.
  • la Kommandantur locale et la Feldgendarmerie dans l’ancienne maison Legeay (devenue la poste par la suite)
  • leur cuisine dans les dépendances de la brasserie Grumiaux 
  • des batteries d’artillerie en attente d’être utilisées au front

Durant toute la guerre, beaucoup de soldats allemands séjournèrent à Thulin. On y voyait certaines troupes qui revenaient du front pour prendre quelques jours de repos.

Les occupants installaient des garnisons à tous les endroits stratégiques. Leurs officiers s’installaient dans les grandes bâtisses. Les soldats étaient logés chez l’habitant. On procédait à des réquisitions de chevaux, voitures, motocyclettes, bicyclettes, vivres (viande), fourrage, cuivre, laine, bétail… Les villageois devaient fournir la nourriture aux soldats et à leurs chevaux.

La circulation était interdite entre les villages, même en train. On ne pouvait voyager que par le tram. Défense aussi de circuler hors de chez soi, de la tombée de la nuit au lever du jour (couvre-feu). Les rues devaient être propres et nettoyées par les habitants.

L’occupation allemande fut accompagnée des vexations habituelles. Chaque jour, deux personnes étaient prises en otage pendant 24 heures. Elles n’étaient pas libérées s’il y avait des manquements aux ordres et aux exigences. Le bourgmestre était responsable de la bonne exécution de tous les ordres et devait compter sur ses garde-champêtres. Tout était réglementé et strictement contrôlé. 

L’économie fonctionna au ralenti, y compris l’agriculture. La priorité était d’abord de nourrir l’armée allemande. On commença à manquer de nourriture. On organisa le ravitaillement via des coopératives provinciales. La nourriture fut répartie entre les villages où des comités s’occupaient de la distribuer. On organisa Le comité national de secours et d’alimentation. Celui-ci fut aidé par les Américains, grâce à l’ambassadeur Brand-Whitlock. La farine manquant, il fallut en faire venir d’Amérique par bateau. A partir de 1917, la disette toucha les occupants. Certains se mirent à voler.

Les Allemands détruisirent l’outillage de certaines usines. Ils imposèrent une lourde contribution de guerre. De nombreuses personnalités furent déportées.

A Quiévrain, tous les hommes valides de 16 à 60 ans durent, le 26 octobre 1916, se rendre au Contrôle, devant une commission allemande. La plupart furent déportés vers Locquignol (France), puis Münster (Westphalie).

Le chômage s’aggravait. En Belgique, on déporta 100.000 chômeurs vers l’Allemagne pour y travailler.

Des exercices de tir avaient lieu dans la campagne entre Audregnies et Baisieux. On installa aussi, à la Grande Bruyère à Blaton, un camp d’exercices pour les soldats allemands. A Blaton encore, on aménagea un camp de prisonniers

La comtesse de Belleville

La résistance intérieure s’organisa. En représailles, les tribunaux firent procéder à de nombreuses exécutions dont les plus connues sont celles de Gabrielle Petit et d’Edith Cavell. A Boussu, Léon Figue et l’abbé Thésin se distinguèrent dans ces mouvements de résistance. A Montignies-sur-Roc, on retiendra la comtesse Jeanne de Belleville, arrêtée le 23 août 1915. Elle avait pris part à un réseau d’évasion de prisonniers. Elle fut condamnée par les Allemands, en même temps qu’Edith Cavell. La peine de mort fut commuée en travaux forcés à perpétuité. Un mineur du lieu, François Crapez, fut, lui aussi, jugé et condamné à huit ans de travaux forcés.

De lourdes déportations eurent encore lieu en 1916 et 1917.

Le gouvernement belge en exil

Les ministres belges étaient réfugiés au Havre.

Les alliés envisagèrent, dès 1914, une reconquête armée de la Belgique. Albert Ier s’y opposa, arguant du risque de destruction massive du pays.

En septembre 1914, les Français tentèrent une grande offensive en Champagne. Celle-ci n’ébranla pas l’ennemi.

Evolution sur les autres fronts

Un certain calme suivit l’invasion, alors que les Allemands étaient occupés sur les fronts de l’Est. De 1914 à 1918, la guerre se passa dans les tranchées, le long d’une ligne de front qui bougea peu. Il y eut des offensives de chaque côté, qui furent autant d’échecs et qui laissèrent sur le terrain, à chaque fois, des centaines de milliers de morts.

Au début de 1916, une attaque allemande sur Verdun ne réussit pas davantage.

Même tentative vaine, le 1 juillet 1916, sur la Somme, de la part des alliés. Tentative suivie, néanmoins, par des attaques partielles.

Après la prise de Budapest en 1916, les Allemands proposèrent des pourparlers de paix aux alliés. On refusa, Albert Ier en premier.

Le roi Albert Ier

1917 connut de nouvelles offensives alliées (du général Nivelle en avril, du maréchal Haig en juillet-août). Sans succès.

En janvier 1917, vu le recul du front, Boussu devint Kommandantur. 2000 allemands y furent hébergés. Entre autres, à la vieille verrerie, à la verrerie Robette et au cercle catholique. 

Cette guerre vit la naissance de l’aviation militaire. Au début, les avions servaient au renseignement. Puis on les arma de mitrailleuses. En 1917, mais surtout en 1918, le ciel de Boussu fut le théâtre de plusieurs combats aériens. Un de ces duels fut fatal à cinq Boussutois, le 19 juillet 1918, lors du bombardement de Boussu-Route.

La fin de la guerre

6 avril 1917         Les Etats-Unis entrèrent en guerre, alors que les Russes se désengageaient pour se consacrer à leur Révolution. L’aide américaine affluait.

6 mars 1918        Les Allemands, pour ne pas être pris de court, reprirent l’offensive sur le front de l’Yser. Ils tentèrent de diviser Flamands et Wallons. Les Belges résistèrent. 

21 mars 1918     Les généraux allemands lancèrent une offensive qu’ils voulaient décisive. 

Pour amener plus facilement du matériel, ils améliorèrent les voies de communication. C’est ainsi qu’une voie ferrée pour tramway relia Boussu (reliée à la ligne Mons-Boussu-Dour) à Quiévrain (où arrivait la ligne Quiévrain-Valenciennes). Elle servira très peu car, construite par des prisonniers russes, elle ne résista pas à l’usage et on abandonna vite son utilisation.

Avril 1918           A Boussu, la gare fut rasée pour faire place à un long quai d’embarquement où transitaient munitions, chevaux ou autres canons. 

Le 31 mai, un train était bombardé à hauteur de Hainin.

Malheureusement, entre la Scarpe et l’Oise, les Allemands progressaient et prenaient Saint-Quentin. Le général Foch, nommé commandant en chef de toutes les troupes alliées, colmata la brèche. Puis les Allemands réattaquèrent en Flandre et sur la Marne.

Une seconde bataille de la Marne s’engagea, qui permit aux alliés de reprendre l’initiative des opérations. On reprenait courage. On commençait à observer les premiers reculs allemands.

Albert Ier, en septembre, lança une offensive et reprit la crête des Flandres, Dixmude et Houthulst.

A partir de la mi-octobre, on commença à voir refluer sur nos routes les soldats allemands en longues colonnes. Avec le mauvais temps, cela tourna à la débâcle.  L’armée allemande sentait la fin approcher. Les soldats se repliaient sur Boussu.  Tout cela ne se faisait pas sans bombardements ni combats aériens.

14 octobre          Albert I perçait le front Torhout-Tielt.

17 octobre          Il reprenait Ostende et Bruges.

A Valenciennes, les Allemands procédaient au démantèlement des infrastructures industrielles et des moyens de communication. Une grande inondation eut lieu, provoquée par un débordement de l’Escaut dans la partie basse de la ville.

Du 2 au 4 novembre 1918, toute la région frontalière fut bombardée par l’ennemi en retraite, puis par les Anglais. On déplora à Quiévrain 102 victimes. L’église, qui recevait des réfugiés français fuyant le front, fut endommagée. Audregnies et Boussu en souffrirent aussi beaucoup.

Les Allemands firent sauter la voie ferrée Valenciennes-Mons, le carrefour du Saint-Homme à Thulin et quelques autres dans les villages. Le 9 novembre 1918, les ponts de la ville St-Ghislain et le passage à niveau, près de la gare, subirent le même sort.

Les villages français du Nord étaient libérés par des troupes canadiennes et britanniques. Il y eut de lourds combats du 4 au 6 novembre à BettigniesSebourg, Marchipont, Angre et Angreau.

Le 5 novembre, Audregnies fut bombardée intensément durant 36 heures.

Le 6 novembre, les Kommandantur locales quittèrent les lieux.

Le 7 novembre, un corps expéditionnaire canadien entra en Belgique par Marchipont. Il progressa vers Angre et Audregnies. Les Allemands firent exploser les dépôts de munitions, notamment celui du château Duquesnes d’Audregnies.

Le 8 novembre, Baisieux était encore bombardée avec des obus au gaz. On y déplora 25 morts civils et 50 maisons endommagées.

Les Canadiens avançaient aussi par Quiévrain, libéraient Thulin et Hainin. Boussu fut le théâtre d’une bataille. Trois bataillons de l’armée canadienne détruisirent un train de munitions allemand, un pont du chemin de fer à Boussu-Haine et l’écluse des Herbières. On matait les dernières velléités d’une armée allemande aux abois.

Le même jour, étaient libérées sans combat Dour, Wasmes, Pâturages, Quaregnon.

Les Canadiens avançaient aussi du côté de Blaton, Harchies, Hautrage, ainsi que par Blaregnies en remontant vers Mons.

Saint-Ghislain fut libérée le 10 novembre. Les alliés continuèrent vers Mons où ils livrèrent une nouvelle bataille.

Les Canadiens pénétrèrent dans la ville le 11 novembre, alors que les Anglais pénétraient en Belgique du côté de Croix-lez-Rouveroy. Les Canadiens continuèrent vers Havré, puis Ville-sur-Haine où ils rencontrèrent encore des soldats Allemands.

Le jour de l’armistice à Mons

C’est à ce moment que l’Armistice fut annoncé, ce qui stoppa tout combat.

Des cantonnements alliés restèrent encore présents jusque en février-mars 1919, comme à Audregnies pour les Anglais. Des soldats canadiens restèrent à Boussu jusqu’en mars 1919.