Chièvres

Le territoire

Superficie: 2160 ha

Altitude: Le terrain est presque uni à une hauteur d’environ 50m (de 60 à 80m)

Situation géographique : Le plateau d’Ath – vallée de la Dendre Orientale

 Cours d’eau :

  • La Petite Hunelle (ou la Blanche) prend sa source à Herchies, traverse Chièvres du sud-est vers ne nord. Elle se jette dans la Hunelle près de la ferme de la Ladrerie.
  • La Hunelle, prend sa source à Beloeil, arrose Huissignies, Ladeuze, les deux Tongre et traverse une partie du territoire de Chièvre, d’ouest vers le nord. Elle se jette dans la Dendre orientale à la limite avec Arbre.
  • Le canal Blaton-Ath traverse aussi la commune

Paysage préhistorique (après la dernière période glaciaire) : zones sablonneuses au nord de la Haine, couvertes de forêts (limite occidentale de la Forêt Charbonnière)

Nature du sol : argileux, sablonneux

Nature du sous-sol : grès, schistes (déposés à l’ére primaire)

Préhistoire

Néolithique (Homo Sapiens) :

Au lieu-dit « Bois de la Folie », on a découvert une hache polie taillée dans du schiste dur, dont on pense qu’elle date de la fin du néolithique ou de la phase initiale de l’âge de Bronze (donc entre 2500 et 2000 avant Jésus-Christ). Une hache polie a aussi été découverte à Huissignies en 1996.

Age du bronze (entre 2200 et 800/750 avant Jésus-Christ)

De cette époque, on a mis en évidence une structure circulaire d’une soixantaine de mètres (un sanctuaire ?).

 Ages du fer (entre 750 et 50 avant Jésus-Christ)

Plusieurs sites de l’âge du fer ont été révélés à Chièvres, lors de la construction de la ligne de TGV et d’un gazoduc :

  • Site « Champ des Enfers » (sous un bâtiment gallo-romain, infra)
  • Site de la « Hunnelle » (zone vallonnée, à proximité du moulin, le long du canal d’Ath, 1995-1996, lors de la construction du TGV) : traces d’occupation hallstatienne, donc du premier âge du fer  (trous de poteaux correspondant à un petit grenier, fosses d’extraction d’argile attestant l’existence d’une activité artisanale, fosses-dépotoirs, céramique
  • Près du Bois de Beaumont (1995, tracé TGV) : un peu de matériel céramique du début de l’âge du fer.
  • Le long du viaduc du TGV, entre la chaussée Ath-Mons et le croisement du viaduc avec la Hunelle) : des fossés de forme et orientation variables, dont la moitié étaient préromains (Ier siècle avant J.C.). Deux fosses contenaient de la céramique de cette époque, ainsi que des scorites qui attestent du travail du fer.
  • A l’ouest du « Bois de la Folie » sur un flanc de colline, on a individualisé deux fosses et un fossé avec des fragments de vase, de la céramique La Tène I ou II (deuxième âge du fer), un fragment de meule, des rejets de foyer
  • A la « ferme Taon », des études de terrain ont permis de déceler des traces de labour de l’époque du fer, donc pré-romaines (SPW 1996-1997, sur le tracé du TGV)
  • Site de la Hunnelle – à proximité de la ferme Taon
    • Phase de l’âge du bronze (supra)
    • Phase de La Tène I (début du deuxième âge du fer, entre 400 et 300) : des vestiges de structure d’habitat (parois, greniers, fosses-dépotoirs, palissade, fossés), un fossé circulaire de 60m de diamètre et de 2m de profondeur, interrompu sur deux mètres, évoquant un enclos funéraire. Une grande zone de labours par une araire.
  • Près de la Ferme de Beaumont (1998, gazoduc) : 26 structures archéologiques : fosses, fossés et trous de poteaux, céramique de La Tène (et gallo-romaine)

La région est particulièrement riche en vestiges datant des deux âges du fer, donc de la présence celtique et notamment gauloise. On a également trouvé des indices de la Tène à Ladeuze, à Huissignies et à Tongre-Notre-Dame.

Antiquité gallo-romaine

Selon d’anciens auteurs qui ont tenté d’interpréter les Commentaires de la Guerre des Gaules, le territoire de Chièvres aurait été choisi par Jules César pour placer une partie de ses cohortes avant d’attaquer les Nerviens qui s’étaient révoltés. Aucune preuve n’est apportée à cette affirmation.

Toute la région connut cependant, comme à la période gauloise précédente, une présence gallo-romaine soutenue. Il n’existe pas de chaussée romaine sur le territoire. Celle qui va de Bavay à la Mer du Nord passe non loin d’ici entre Blicquy et Mainvault. Un diverticulum aurait relié Mons (où passait la chaussée Bavay-Batavie) à Mainvault par Chièvres (Bauwens).

Des découvertes anciennes (XIXème siècle) avaient mis au jour un four de potier, des pièces de monnaie, des puits. On aurait trouvé des vestiges gallo-romains au hameau de la Neufville. Plus près de nous, des fouilles préventives ont permis de mettre au jour des indices importants de présence humaine pendant cette période :

  • Site de la Hunnelle : indices d’une occupation gallo-romaine (débris de céramiques du Ier siècle, nombreux fossés de drainage, vestiges d’un petit bâtiment à abside, palissade).
  • Lieu-dit « Champ des Enfers », dans la vallée de la Hunnelle (travaux de pose d’un gazoduc en 2000), à 200m de la rive droite de la rivière, non loin de son confluent avec la Dendre orientale. On y a mis en évidence trois phases d’occupation
    • Protohistorique : des fossés avec des débris de céramique de l’âge du fer
    • Ier siècle apr.J.C.: une grande fosse, avec de la céramique fine et commune, des fragments de meule, quelques morceaux de tuiles
    • des fondations de deux bâtiments (ou de deux excroissances d’un même bâtiment avec des murs en moellons de pierre calcaire bleue), des fossés avec de la céramique du IIème siècle, dont de la sigillée de Lezoux, de Dressel, de Bétique, fine sombre, des cruches, des dolia, …), des débris de meule et une pierre à aiguiser (activité artisanale). On pense à la probabilité d’une villa gallo-romaine assez riche au vu des objets d’importation lointaine.
  • Au sud de l’école Moyenne (1985) : d’autres traces d’occupation gallo-romaine : fragments de tuiles, quelques tessons de céramique (sigillée du Centre de la Gaule, cruche en pâte de la région Bavay-Famars, plat en vernis rouge pompéien originaire de la Rue-des-Vignes à Cambrai, céramique commune sombre, cruches-amphores, dolium, fragments de verre). On pense aussi à un habitat plus petit des IIème et IIIème siècles.
  • A 500m de là, dans la rue de la Hoche, au centre de la ville, une fosse-dépotoir a été découverte en 2006 avec un peu de matériel du IIème siècle : des fragments de céramique grise, un morceau de verre.
  • A proximité (350m) du ruisseau de Beaumont, au Nord-ouest de Chièvres (2000), d’autres traces d’occupation gallo-romaine pouvant plutôt faire penser à une structure artisanale: des tessons de céramique commune, des scories de fer, des éclats de silex, des fragments de tegulae peu nombreux
  • A Vaudignies, un petit site gallo-romain (2001) a révélé des tessons de céramique commune et des fragments de tegulae.
  • En 1925, à 1km de là, au « Fayt », des tuiles romaines et une pièce d’or de Néron avaient été découverts.
  • Une autre occupation gallo-romaine à 800m de là (ou ? 1998) : encore des fragments de tuiles, des tessons céramiques et un fragment de fibule

D’autres indices d’occupation gallo-romaine ont été également retrouvés à Grosage, Huissignies, Ladeuze et Tongre-Notre-Dame.

Pour rappel, certains auteurs du Moyen-Age ont tenté de donner à Chièvres une fondation légendaire par un des « sept rois » de Rome, Servius Tullius. En réalité, à son époque (VIIème siècle avant Jésus-Christ), on en était ici encore à des activités rurales typiques du premier âge du fer : agriculture, élevage et très peu de métallurgie. Pas de ville en tout cas.

Y-a-t-il eu une continuation dans l’habitat entre la période gallo-romaine (qui s’est terminée au Vème siècle) et la période franque mérovingienne (du Vème au VIIIème siècle) ? Nous n’en savons apparemment rien. Beaucoup de villas et de fermes gallo-romaines ont disparu dès le IIIème siècle. Nous n’avons pas connaissance des monnaies trouvées sur le territoire, qui sont souvent de bons indices de datation. Mais plus la romanité s’enfonçait dans la crise et moins on utilisait la monnaie au profit du troc. Il est possible que les habitants de la fin de la période romaine et ceux du début de la période franque n’ont pas laissé de traces.

Premier Moyen-Age (période franque mérovingienne et carolingienne)

Un habitat franc est probable sur le territoire de Chièvres, car certains éléments ont été mis à jour autrefois, sans qu’on n’ait d’informations précises malheureusement. On aurait trouvé des objets datant du VIème au VIIIème siècle: des grains de collier, une hache de fer, une sépulture sur le site « Hove ».

On sait qu’à la fin de l’empire romain, les provinces et les cités étaient divisées en comtés (pagus) dirigées par des comtes (comes) aux compétences uniquement militaires. Il semble que les Francs mérovingiens ont abandonné très tôt les divisions en provinces et en cités au profit de ces pagus. Ceux-ci étaient alors administrés par des comtes, nommés par le roi et exerçant au nom de celui-ci des pouvoirs politiques, militaires et judiciaires.

Le territoire de Chièvres se trouvait dans le Pagus Bracbatensis (aussi appelé Burbant), lui-même divisé en quatre petits comtés. Il est possible, mais non prouvé, que le comte résidait à Chièvres. Cependant on n’est pas documenté suffisamment sur cette période pour l’affirmer.

Deuxième Moyen-Age – la seigneurie et la ville

Première mention:

On trouve une première mention écrite en 828 dans la Translatio et Miracula SS. Marcellini et Petri, d’Éginhard, le biographe de Charlemagne et de Louis le Pieux. On y trouve la mention « de villa Cervo » dans un document traitant du transfert des reliques de St Marcellin et de St Pierre de l’abbaye gantoise de St-Bavon vers le monastère germanique de Seelingenstadt fondé par Eginhard lui-même. Lors du passage sur les terres de Chièvres, un miracle aurait eu lieu : la guérison d’un jeune homme de la villa (donc du domaine franc d’un notable du lieu, peut-être du “comte” de Chièvres).

Il semble d’ailleurs qu’à l’époque carolingienne, Chièvres jouissait d’un certain statut, puisque sous  Charles le Chauve (869-875), la cité jouissait du droit de battre monnaie au nom du roi. On connaît au moins une pièce d’un denier, datée de 877, où l’on peut lire l’inscription « Cervia Moneta » (moneta était le terme utilisé pour désigner une ville frappant monnaie).

L’hypothèse énoncée un peu plus haut pourrait trouver confirmation dans ce fait. Chièvres aurait acquis pendant la période franque (nous ne savons pas à quel moment) un statut politique d’une certaine importance, peut-être égale à Famars (près de Valenciennes) et à Estinnes.

Lors du Traité de Meersen en 870, il existait dans le Pagus Bracbatensis (pagus de Brabant ou Burbant) quatre comtés, non nommés dans le document. Des historiens du XIXème font de Chièvres un des chefs-lieux d’un de ces comtés. Ce qui est certain, c’est que Chièvres devint le siège d’un des six doyennés (circonscription religieuse, mais non politique) qui s’étendait de Flobecq à Casteau et de Blaton à Soignies.

Tous ces comtés passèrent sous la souveraineté du roi de Germanie, comme tous les territoires à l’est de l’Escaut. Chièvres occupait en réalité une position stratégique, pas très loin de l’Escaut qui servait de frontière entre le royaume de Francie Occidentale (avec son puissant vassal de Flandre) et celui de Francie Orientale (devenu Empire romain germanique).

Toponymie (anciennes orthographes) :

  • Villa Cervo (828, 869-75)
  • Scrivia (1093, 1110)
  • Cirvia (1127)
  • Chilvia (1200)
  • Chirvia (1210)
  • Chièvres, dernier quart du XVIème

Etymologie (hypothèses d’origine du nom) : La localité de Cervia dériverait de « Capsus Cervius », signifiant « parc aux cerfs ou aux biches » (Cervia, cerva : biche). L’appellation est d’origine latine. Le nom du site pourrait provenir de celui d’un domaine de villa, encore que dans les siècles suivants on utilisait toujours le latin dans les documents administratifs. On sait que pendant le premier millénaire la région entre Mons et Chièvres était fortement boisée.

Epoque de l’apparition d’une agglomération : Parce qu’on ne connait pas la description exacte de ce qu’était Chièvres à la période franque, il est difficile de préciser quand est apparu un noyau habité, sans doute autour d’une résidence fortifiée seigneuriale (ou « comtale »).

Facteurs ayant favorisé son émergence :

voies de communication: Chièvres était éloigné de la chaussée Bavay-Blicquy-Mer du Nord. Pourtant la région était déjà bien habitée aux âges du fer et ensuite à la période gallo-romaine. On évoque un chemin (diverticulum) qui reliait cette chaussée romaine à celle qui allait de Bavay vers le pays des Bataves (Utrecht ?). ce chemin allait de Mons à Mainvault en passant par Chièvres.

La situation politique de Chièvres (évoquée plus haut) explique que le site était relié dès le premier moyen-âge avec les autres centres importants du moment (la ville de Tournai, les abbayes de Mons, Saint-Ghislain, Condé et Leuze). Dans la période suivante, Ath s’est développée et fut reliée à Chièvres.

sources d’eau ou cours d’eau: la Hunelle et son affluent

source de bois: région boisée

proximité d’un lieu de pouvoir: une résidence fortifiée

Paroisse dédiée à Saint-Martin. Celle de Grosage en fut dépendante jusqu’en 1234.

Evêché: de Cambrai

Décanat/doyenné: Chièvres fut placé à la tête d’un doyenné qui fut fort étendu et comprenait les paroisses d’Ath, de Beloeil, de Condé, de Lessines, de Flobecq et de Sirault. Plusieurs de ces communes lui furent enlevées en 1559 lorsque naquit le décanat de Lessines.

Autel (dîmes, entretien de l’église, nomination des officiants) donné à l’abbaye d’Enaeme en 1108 par Odon, évêque de Cambrai. Ce qui fut confirmé en 1181 par le pape Lucius III, qui y ajouta une chapelle fondée par Eve de Chièvres (celle de l’Hôpital St-Nicolas).

Répartition des pouvoirs pendant la période féodale (jusqu’en 1792/1794)

Autorité supérieure: comté de Hainaut (à partir de 1049)

Autorité sous-jacente (administrative et judiciaire): châtellenie d’Ath (ce qui démontre que cette ville acquit dès le XIIème siècle plus d’importance que Chièvres).

Nous allons développer successivement l’histoire de la seigneurie, puis celle de la ville.

La seigneurie de Chièvres

Vers 950, le « comté » de Burbant fut incorporé dans la marche militaire d’Eename, créée par l’empereur Othon I, face aux menaces constantes du comte de Flandre. La marche d’Eename était un territoire constitué sur la rive droite de l’Escaut incluant Renaix, Lessines, Chièvres et le Burbant. Eename était situé de l’autre côté de l’Escaut par rapport à Audenarde.

Jusqu’en 1195, Chièvres fut un vaste alleu, propriété d’un important lignage connu depuis au moins 936, exempt de toute redevance et de tout hommage au comte. Ce statut favorisera sa prospérité et un début d’urbanisation.

En 1049, pour mettre fin à un conflit qui les opposait, Herman, comte de Hainaut, et Baudouin V, comte de Flandre, traitèrent à propos des territoires du pagus de Brabant qu’ils revendiquaient tous les deux. La marche d’Enaeme fut divisée en deux : le comté d’Alost passa à la Flandre et le reste (Chièvres, Hal) revint au Hainaut.

La comtesse Richilde, veuve d’Herman, et son second époux, Baudouin Ier,  constituèrent les pairies. En 1076, Chièvres faisait partie des douze pairies du Hainaut. A ce titre, le seigneur de Chièvres devenait un proche conseiller du pouvoir comtal auquel il participait.

La seigneurie de Chièvres comprenait les domaines de Chièvres, Grosage, Arbre-sur-Chièvres, Maffle-sur-Chièvres, Ponchau (hameau d’Arbre), le Long Aulnois (hameau de Herchies), Tongres-sur-Chièvres (Tongre-Saint-Martin). Les seigneurs de Chièvres furent également à la tête de nombreux fiefs dispersés en Hainaut. Plusieurs familles (maisons) se sont succédé à sa tête :

Famille de Chièvres

Le premier seigneur de Chièvres connu était le « comte » Legbert (ou Egbert), né en 930, donc un siècle après les traités de Verdun (843) et de Meersen (870) évoqués plus haut et un demi-siècle après les invasions vikings (880-890) dont on ne sait pas si elles créèrent des dommages à Chièvres. Selon certains généalogises, Egbert serait le fils d’Arnould de Chièvres (900- ?) dont on ne connait pas l’épouse.

Il était le riche propriétaire de ce grand alleu de Chièvres. Certains pensent que sa famille était issue de la famille comtale. Mais les liens généalogiques ne sont pas connus. Chièvres était probablement déjà un grand domaine dans l’ancien pagus de Brabant, puis dans la marche d’Eename. C’était un alleu et ses seigneurs ne devaient rien à personne. Lui succédèrent :

  • Rasse I de Chièvres (v960- ?), fils du précédent
  • Rasse II de Chièvres (992- ?), fils du précédent. Ce personnage eut une fille, Jeanne, qui épousa Wédric « le Sor » ou plus probablement son fils Wédric « le Barbu », premiers seigneurs d’Avesnes, qui avaient tenté de s’emparer de tout le Burbant à l’époque de Richilde, de Baudouin I et Baudouin II.
  • Thierry I de Chièvres (1023- ?), fils du précédent. 

En 1047, Chièvres et la marche d’Ename sont absorbés par Herman, comte de Hainaut, mais le fait d’être un alleu fit que les seigneurs se considérèrent longtemps comme indépendants par rapport aux comtes, même s’ils devinrent rapidement pairs de Hainaut, soit des conseillers entourant le souverain pour la prise de décisions importantes.

  • Wauthier/Gauthier de Chièvres (1050-1093), fils du précédent. C’est lui qui, premier de la lignée, aurait obtenu vers 1076 le titre et la fonction de pair de Hainaut, de la part de Richilde et de Baudouin II.
  • Guy (Widon) de Chièvres(1090-1127), fils du précédent. Il épousa Ide d’Ath, fille de Walter, seigneur d’Ath. A leur décès, ils laissaient une fille qui fut peut-être le personnage le plus important de toute l’histoire de Chièvres.
  • Eve dite « Damison » ou « Ydon » de Chièvres (1115/1124-1180). Elle épousa successivement trois grands seigneurs de l’époque :
    • Gilles de Chin ( ?-1137), seigneur de Berlaymont, chambellan du comte de Hainaut. Ce preux chevalier qui partit à la croisade, terrassa (selon la légende) un monstre dans son domaine de Wasmes et donna ce même domaine à sa mort aux moines de Saint-Ghislain. Il aurait été enterré dans cette abbaye.
    • Rasse III de Gavere (1118-1148/1150), chevalier et grand échanson du comte de Flandre (Gavere était une seigneurie flamande importante sur la rive droite de l’Escaut).
    • Nicolas III de Rumigny et de Florennes ( ?-v.1170/1175). On dit que ce mariage fut réalisé à la demande du comte Baudouin IV pour ramener Chièvres sous influence hennuyère.

Eve de Chièvres survécut à ses trois maris. Elle fit beaucoup pour sa ville naissante, puisqu’elle y fit bâtir une léproserie, une chapelle Notre-Dame-de-la-Fontaine et un hôpital Saint-Nicolas. Elle favorisa aussi l’implantation d’une commanderie des Chevaliers Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem (ordre similaire à celui des Templiers). Pour sa ville, elle accorda des privilèges, dont des exemptions de taxes sur les ventes au marché, à ses commerçants et artisans.

A la fin de sa vie, Eve Damison se retira dans l’abbaye proche de Ghislenghien, institution qu’elle avait aussi favorisée de son vivant par de nombreux dons. Elle y mourut en 1180 et y fut inhumée. A la mort d’Eve de Chièvres, les familles de Gavere et de Rumigny  s’entendirent pour présider aux destinées de la ville de Chièvres en fondant une « co-seigneurie », les bénéfices étant partagés strictement entre elles deux.

A cette époque, Chièvres était en train de devenir un centre commercial d’importance dans la région, où l’on écoulait les produits agricoles et les draperies (surtout des toiles de lin).

Considérons les deux lignées seigneuriales.

Les seigneurs de la famille de Rumigny

  • Nicolas IV de Rumigny-Florennes (v1140/1160, Florennes – 1205), fils de Nicolas III de Rumigny et d’Eve de Chièvres. Il signa la loi-charte de Chièvres en 1194 avec Rasse de Gavre et Baudouin VI (infra).
  • Nicolas V de Rumigny  (1195-1255), fils du précédent. Son fils unique, Nicolas VI de Rumigny (1215-1249) mourut avant lui.
  • La seigneurie passa alors à son frère cadet Hugues I de Rumigny (1198-1250 ?), souche de la branche de Rumigny-Fagnolles. Il mourut à Chièvres, preuve qu’il y séjourna.
  • Nicolas I de Rumigny-Fagnolles,  fils du précédent. Au service du comte Jean d’Avesnes. Mort sans postérité.
  • La co-seigneurie de Chièvres passa alors à son neveu Nicolas II « le Bègue » de Rumigny-Fagnolles. En 1289, il se déshérita du fief qu’il tenait à Chièvres en faveur du comte de Hainaut, Jean d’Avesnes.

Cette partie restera dans les propriétés comtales jusqu’en 1428 et sera réunie à l’autre en 1440. 

Dans l’autre partie, àprès les Gavere (voir plus loin), la seigneurie passa à la famille bretonne de Laval qui s’en désintéressa, laissant aux comtes le soin d’administrer toute la population de Chièvres, tout en empochant les revenus des terres qui leur appartenaient.

Les comtes, seigneurs de Chièvres, furent :

  • Jean d’Avesnes (1280-1304), petit-fils de la comtesse Marguerite de Hainaut et de Bouchard d’Avesnes
  • Guillaume Ier « le Bon » d’Avesnes (1304-1337), fils du précédent
  • Guillaume II « le Hardi » d’Avesnes (1337-1345), fils du précédent, mort sans enfant
  • Marguerite d’Avesnes (1345-1356), sœur du précédent, qui épousa Louis de Bavière, qui devint empereur de Germanie
  • Guillaume III « l’Insensé » de Bavière (1356-1389), fils des précédents
  • Aubert ou Albert de Bavière (1389-1404), frère du précédent dont il assura la régence pendant sa maladie (folie)
  • Guillaume IV de Bavière (1404-1417), fils du précédent
  • Jacqueline de Bavière (1417-1433), fille du précédent, aux nombreuses frasques conjugales, qui n’eut pas d’enfant et dut finalement céder son comté à son cousin Philippe « le Bon », duc de Bourgogne.

Peu de temps après, le duc récompensa son chambellan Antoine de Croÿ en lui donnant cette partie de Chièvres. En 1440, ce seigneur acheta l’autre moitié de Chièvres pour réunifier à nouveau le grand domaine.

Les seigneurs de la famille de Gavere

Il semble que c’est eux qui possédaient le titre de pair du comté de Hainaut et la jouissance du château.

  • Rasse IV de Gavre (1139-1190) était le fils de Rasse III et d’Eve de Chièvres, demi-frère de Nicolas IV de Rumigny.

Ces seigneurs de Gavere, en leur (demi-)alleu de Chièvres, ne se considéraient pas comme des sujets à part entière du comte de Hainaut. C’est pourquoi, appuyé par le comte de Flandre Thierry d’Alsace, Rasse tenta vainement de s’opposer au comte Baudouin IV de Hainaut lorsque celui-ci voulut fortifier la ville voisine d’Ath en y construisant un donjon (la tour Burbant). On se toisa, mais il n’y eut pas de conflit armé et le comte sut faire valoir son autorité en venant placer une armée à Blicquy, non loin de Chièvres.

  • Rasse V de Gavre (1170-1217/1218), fils du précédent
  • Rasse VI « le Jeune » (v1190-1214, Bouvines), fils du précédent
  • Rasse VII de Gavre-Chièvres ( ?-1253), fils du précédent
  • Rasse VIII de Gavre ( ?-1300), fils du précédent
  • Il n’eut qu’une fille, Béatrix de Gavere ( ?-1316)

Famille de Montmorency-Laval

  • Guy IX de Montmorency-Laval (1262-1332) devint co-seigneur de Chièvres en épousant en 1286 Béatrice de Gavere.  Il était seigneur de Laval, vicomte de Rennes et baron de Vitré. Il devenait par mariage propriétaire des grands domaines des Gavere en Flandre. Quant à la moitié de Chièvres, ce n’était pour la famille Laval qu’une petite possession lointaine qui ne nécessitait pas qu’on y entretint une résidence. Les revenus suffisaient. Le reste, ils s’en désintéressèrent.
  • Guy X de Laval (1295-1347), fils du précédent. Français, il fut du côté de son roi Philippe V dans les premières batailles de la Guerre de Cent Ans … contre les Flamands et les Anglais.
  • Guy XI de Laval (v.1316-1348), mort peu après son père, sans enfant.
  • Jean de Laval, frère de Guy XI, devenu Guy XII de Laval selon une coutume familiale qui voulait que les seigneurs portent le prénom de Guy (apr.1327-1412). Il se signala aussi lors de la Guerre de Cent Ans aux côtés de du Guesclin.
  • Il fit deux mariages. Il n‘eut qu’un seul fils, mort avant lui, et une fille Anne de Laval qui hérita de tous ses biens. En 1405, elle épousa Jean de Montfort qui, pour conserver les traditions familiales, prit le nom de Guy XIII de Laval ( ?-1412). Après avoir servi dans l’armée, il partit en pèlerinage en Terre Sainte et mourut de la peste à Rhodes. Leurs enfants étaient encore mineurs. Leur mère Anne voulut exercer la tutelle et donc diriger tous les grands domaines. Cela ne se passa pas sans conflit dans la famille ni dans le voisinage de Laval où la guerre sévissait.

On ne sait pas très bien comment et pourquoi, mais le domaine de Chièvres (toujours la moitié) fut vendu à Charles Ier d’Orléans (1394-1465), petit-fils du roi Charles V de France, duc d’Orléans, de Blois et de Valois, et surtout connu comme poète en son château de Blois. Il engendra le futur roi Louis XII. Mais il revendit en 1440 la moitié de la petite ville de Chièvres qu’il possédait au propriétaire de l’autre moitié, Antoine de Croÿ.

D’Adrien de Montigny (fin XVIème)

Famille de Croÿ

Antoine Ier de Croÿ dit le Grand (v.1385/1390-1475) s’est donc vu donner la moitié « comtale » de Chièvres par le duc Philippe le Bon en 1433. Il acheta l’autre moitié en 1440, réunifiant ainsi la seigneurie qui avait été divisée dans l’héritage d’Eve de Chièvres.

Il était le fils de Jean I de Croÿ, considéré comme le fondateur de la Maison. Tous ses descendants exerceront des charges importantes au service des ducs de Bourgogne et des souverains des Pays-Bas Espagnols et Autrichiens. Ils cumuleront les titres et les honneurs et possèderont de grands domaines. Antoine était déjà seigneur de Croÿ, du Roeulx et de Condé. Il se mit au service des ducs Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire qui lui conféreront des charges importantes. Il devint un des premiers Chevaliers de la Toison d’Or. Lui succédèrent comme seigneur de Chièvres :

  • PhilippeIer de Croÿ (1435 – 1511), fils du précédent, au service de Charles le Téméraire, de Marie de Bourgogne et de Maximilien d’Autriche.
  • Guillaume I de Croÿ (1458-1521), fils cadet du précédent, mais qui aurait racheté la seigneurie de Chièvres à son père en 1485. Au service de Philippe le Beau, puis du jeune Charles-Quint, dont il fut le précepteur, puis un conseiller influent. Il n’eut pas d’enfant. Il était connu sous le nom de « Guillaume de Chièvres » ou “Chièvres” tout court.
  • Philippe II de Croÿ (1496-1549, Bruxelles), son cousin, lui succéda. Il était également entre autres prince de Chimay et comte de Beaumont.
  • Guillaume II de Croÿ (1527, Binche-1565, Renty)
  • Il n’eut qu’une fille, Anne de Croÿ ( ?-1608)
  • Elle épousa en secondes noces son cousin Philippe II de Croÿ (1562-1612) en lui apportant ses domaines, dont celui de Chièvres.
  • Charles Philippe Alexandre de Croÿ ( ?-1640), leur fils, leur succéda. Par mariage avec une cousine, il devint duc d’Havré. De ses deux enfants, le premier, un fils, devint évêque de Gand.
  • Sa fille, Marie-Ferdinande de Croÿ (1636/37-1683), hérita des domaines.

Famille d’Egmont et de Pignatelli-Egmont

Elle épousa le comte Philippe Louis d’Egmont (1623-1682), également prince de Gavere (réunification des deux domaines comme jadis), officier au service du roi d’Espagne, pour qui il fut aussi ambassadeur à Londres. C’est sa fille Marie-Claire Angélique d’Egmont  (1661-1714) qui hérita de Chièvres et le transmit à son époux Nicola Pignatelli Bisaccia (1658-1719), un noble italien. Leur succédèrent :

  • Leur fils Procopio Pignatelli « d’Egmont » (1703, Bruxelles – 1743)
  • Guido Felix Pignatelli (1720-1753), leur fils aîné qui eut un fils mort avant lui
  • Casimir Pignatelli (1727-1801), frère du précédent. Il fut un officier au service du roi de France. Il devint député aux Etats Généraux de 1789, puis il émigra en 1792 aux Pays-Bas où il commanda un corps d’émigrés français et se battit contre son pays en 1792. Par la suite, il alla résider à Brunswick, où, malade, il mourut en 1801.

Entretemps en 1794, les droits féodaux avaient été abolis. Chièvres devint une commune du département de Jemappes et chef-lieu de canton.

 

Répartition des pouvoirs pendant la période contemporaine (à partir de 1830)
  • Etat: Belgique
  • Province: Hainaut
  • Arrondissement administratif : Ath
  • Arrondissement judiciaire : Mons
  • Canton: Chièvres (chef-lieu)
Histoire de la ville de Chièvres

XIIème siècle

Chièvres a commencé à s’urbaniser dès le XIIème siècle. Au milieu de ce siècle, « régnait » sur Chièvres Eve « Damison » de Chièvres. Elle accorda des privilèges aux artisans et commerçants de sa ville et y fonda plusieurs institutions de type urbain (voir patrimoine), ce qui prouve l’importance de la ville naissante à cette époque.

Une première enceinte réduite fut édifiée en 1181, sans doute autour de la résidence fortifiée des seigneurs, encore que certains documents semblent dire qu’elle pouvait déjà entourer une partie civile du bourg.

Chièvres fut dotée d’une charte-loi (charte instituant la commune) dès 1194 par Rasse de Gavre et Nicolas de Rumigny, coseigneurs,  à l’initiative du comte Baudouin VI de Hainaut. Jusque-là, il n’existait aucune loi écrite réglant les rapports des seigneurs avec leurs sujets. On appliquait les coutumes, ce qui laissait libre-cours à des abus et à des absences de garanties juridiques pour les manants. Cette charte déterminait les lois et devoirs de chacun : seigneurs, hommes libres (commerçants, bourgeois, etc..), étrangers et serfs. Elle veillait à  protéger contre les abus du pouvoir seigneurial et permettait d’obtenir des garanties de sécurité pour l’avenir. Elle fixait précisément le montant des redevances et des amendes. 

C’est le seigneur qui était en charge de la police et de la justice. Il était aidé par un maïeur, des échevins et des sergents. Cette charte loi apporta de la prospérité et le titre de ” franche ville ” du comté de Hainaut, soit un statut juridique privilégié. C’est le plus ancien acte connu en langue d’oïl.

Chièvres va alors évoluer vers le stade urbain, étant devenu un centre important d’échanges agricoles. Un tonlieu sur le commerce des marchandises, et notamment des draps, existait depuis au moins 1179. Il s’agissait d’une taxe qui était perçue par le seigneur des lieux. On y vendait donc des draps, de laine et surtout de lin, tissés en partie dans les campagnes environnantes. En 1195, il y avait deux moulins seigneuriaux.

Chièvres, possession seigneuriale, était alors plus importante qu’Ath, possession comtale, fondée vers 1150. Mais cette dernière la dépassera un siècle plus tard, favorisée par les comtes.

XIIIème – XIVème siècle

Pendant ces deux siècle, Chièvres atteignit son apogée sur le plan économique, grâce à son commerce et à la draperie (comme de nombreuses villes flamandes et hennuyères de l’époque). 

Un marché du mardi est attesté depuis 1336.

En 1363, Robert de Namur, beau-frère de la comtesse de Hainaut, auquel la seigneurie comtale de Chièvres avait été attribuée à titre viager, instaura une foire annuelle aux chevaux. Elle survécut jusqu’au XIXème siècle malgré les nombreuses crises que connut la ville.

La ville comptait, en 1365, 470 foyers. Mais le développement plus rapide de la ville d’Ath lui faisait de la concurrence.

Le comte Aubert se préoccupa néanmoins du développement économique de la cité et lui conféra de nouveaux privilèges. En 1366, il autorisa les bourgeois de Chièvres à lever des maltôtes (taxes communales sur l’achat et la vente de biens de consommation courante : bière, vin, …) et à louer à leur profit les fossés et les terrées de l’enceinte. On constatait l’existence de nombreux métiers et la présence de Lombards (banquiers) à la halle aux grains.

Entre 1366 et 1388, la ville reçut une seconde enceinte urbaine, toujours à l’initiative d’Aubert de Bavière. Elle était défendue par des archers et des arbalétriers (attestés en 1382). Ceci a été décidé dans un contexte d’opposition politique avec la Flandre et avec certains vassaux turbulents, tels les Enghien.

Une nouvelle draperie, sur le modèle du règlement de Mons, fut instaurée en 1389 et apporta de la prospérité. Une corporation fut fondée à l’occasion. D’autres corporations professionnelles naquirent. On est peu documenté à leur sujet.

XVème siècle

Entre 1406 et 1413, Chièvres devint une des « bonnes villes » du Hainaut. Une « bonne ville » était une localité qui, en raison de son importance administrative, militaire ou économique, était admise à traiter directement avec le souverain des questions d’ordre financier et politique. La ville fut admise aux États du Hainaut en 1413. Ses représentants bourgeois pouvaient y siéger à  côté de la noblesse et du clergé et intervenir dans la politique intérieure du comté (décision et fixation des taux d’impôts).

Pendant la première moitié du siècle, la ville continua de prospérer. A côté des drapiers, on trouvait des orfèvres, des brasseurs, des bouchers, des tanneurs, des maçons, … On instaura une halle aux viandes, une halle aux grains et une halle aux draps.

La ville appartenait encore au début du siècle en partie aux comtes qui y plaçaient des fonctionnaires et un receveur des revenus domaniaux. Le châtelain d’Ath venait y exercer la haute justice (criminelle).  Les échevins rendaient la basse justice. Le maire et les échevins administraient la ville en accord avec les seigneurs.

L’autre seigneur (celui de la famille de Laval) avait aussi son receveur. Son châtelain résidait au château. En réalité, à part les revenus, cette famille se désintéressait complètement de Chièvres. 

La seigneurie fut réunifiée en 1440 sous Antoine de Croÿ.

C’est à ce moment que les calamités commencèrent à s’abattre sur la ville. Il y avait déjà eu une épidémie de peste en 1414. Trois incendies (1439, 1459 et 1476) détruisirent les deux tiers des maisons. L’artisanat déclina. La draperie disparut.  La pauvreté fit son apparition. Chièvres retourna petit à petit au stade rural, d’autant plus qu’Ath polarisait toute l’activité économique de l’époque.

Les seigneurs n’habitaient plus le château et délaissaient celui-ci. Ils venaient rarement dans leur bonne ville de Chièvres. Un bailli ou gouverneur, qui habitait une maison particulière, les représentait pour administrer la ville. Ses fonctions étaient politiques, administratives et judiciaires. Il nommait les échevins et le bourgmestre (Magistrat de la ville) dans la couche sociale la plus aisée. Il faisait appliquer les ordonnances de police. Il était aidé par des sergents et des huissiers. Le Magistrat nommait les fonctionnaires communaux : un greffier chargé des écritures, un massart qui percevait les impôts et réglait les dépenses, des sergents de police, un huissier communal.

En 1459, Philippe le Bon institua une seconde foire à la Saint-Michel pour réactiver la vie de la cité. Auparavant en 1437, il avait conféré des privilèges aux archers de Chièvres…, que son fils Charles le Téméraire supprima.

XVIème siècle

La ville resta dans une situation pitoyable, endettée. La population avait diminué de moitié. Une grande partie des habitations était laissée à l’abandon. La moitié des habitants étaient indigents. Seuls quelques privilégiés dans le centre urbain pouvaient valoir quelque richesse. Le marché était maigrelet. Les auberges avaient disparu. Les fortifications et la voirie étaient délabrées.

La réforme de l’Eglise de 1559 réduisit l’importance du doyenné de Chièvres qui perdit 25 paroisses au profit d’un nouveau doyenné de Lessines.

Les guerres religieuses de la seconde moitié du siècle n’arrangèrent pas les choses. Le magistrat fut obligé de renforcer les défenses (remparts, corps de garde assuré par la population). Ce qui coûtait à celle-ci. Il fallait se défendre contre les bandes de huguenots qui s’attaquaient aux églises et aux institutions religieuses et tentaient même de s’emparer du pouvoir dans certaines villes. La démographie continua à s’effondrer malgré la trêve sous les archiducs Albert et Isabelle.

Plan Popp

XVIIème siècle

A partir de 1630, une suite quasi ininterrompue de guerres jusqu’en 1715 donna le coup de grâce. Le pouvoir espagnol des Pays-Bas imposa des garnisons de soldats étrangers (espagnols, italiens, mercenaires) dans les bourgs fortifiés. Leur comportement irrita souvent les habitants, d’autant plus qu’il fallait les loger, les nourrir, les entretenir. Le Magistrat n’avait pas le choix et chaque fois était obligé d’augmenter les « aides », c’est-à-dire les impôts, d’autant plus que l’Etat central augmentait les siennes. La ville était  ruinée. Elle ne pouvait même plus entretenir et restaurer les remparts.

La population passa de 1304 habitants en 1636 à 858 dès 1660.

Les armées françaises du roi Louis XIV pénétrèrent à plusieurs reprises en Hainaut, s’emparant des villes, réquisitionnant les campagnes et s’adonnant souvent au pillage, mode de rémunération habituel des soldats d’antan. Chièvres fut pillé à plusieurs reprises, en 1654 et en 1655. Beaucoup d’habitants durent fuir leur ville.

Un premier traité de paix fut signé en 1659 (Traité des Pyrénées). Les Français se retirèrent. La ville était exsangue et ses monuments délabrés. Pourtant les Français revinrent encore, intéressés particulièrement par la place-forte d’Ath qui fut assiégée à plusieurs reprises : 1667, 1697, 1701. Il n’y avait plus grand-chose à prendre à Chièvres et ce qui reste de la ville ne souffrira pas trop de ces nouveaux assauts.

Entre 1668 et 1678, toute la châtellenie d’Ath fut annexée au royaume de France, selon les clauses du Traité d’Aix-la-Chapelle. Chièvres était française ! On continua cependant à se battre. Les armées, de quelque camp qu’elles étaient (françaises, espagnoles ou hollandaises), passaient … et se servaient chez l’habitant. En 1674, Chièvres fut occupée par l’armée française et en partie détruite. Les environs furent aussi incendiés.

Vauban envisagea de la fortifier mais le projet ne fut jamais réalisé. Les passages et campements ne s’arrêtèrent pas jusqu’en 1678. Vint cette année-là la Paix de Nimègue. Si la châtellenie d’Ath revint au Hainaut, celui-ci fut dépecé des prévôtés de Valenciennes, de Maubeuge et de Bavay. Celles du Quesnoy et d’Avesnes avaient déjà été annexées auparavant au royaume de Louis XIV.

Cependant, toujours avides de nouveaux territoires, celui-ci revint s’emparer « de ce qu’il venait de perdre ». Chièvres fut de nouveau occupée par les Français, dépendant du Parlement de Tournai. Les exactions militaires continuèrent à appauvrir la population des villes et des campagnes.

A partir de 1709 (bataille de Malplaquet), les armées françaises furent repoussées. Le Traité d’Utrecht mit fin à la guerre, tout en faisant passer les Pays-Bas de l’Espagne à l’Autriche. Pendant quelques années, une garnison anglo-hollandaise fut installée à Chièvres … aux frais des habitants qu’ils défendaient.

Pendant ce siècle, on instaura un deuxième marché hebdomadaire le vendredi. Il disparut en 1933.

XVIIIème siècle

La paix revenue, une certaine stabilité économique s’installa jusqu’à la fin du siècle. Le Magistrat put épurer les dettes. La démographie se releva lentement.  Malheureusement, en 1733, un incendie se propagea dans une grande partie de la ville et des faubourgs, détruisant de nombreuses habitations et l’hôtel de ville. Des aides pour la reconstruction viendront des doyennés voisins et du pouvoir civil central.

En 1740, on se remit à restaurer les portes et à remettre de l’eau dans les fossés, car la crainte d’une nouvelle guerre (Succession d’Autriche) se profilait. En effet, les Français de Louis XV vinrent occuper la ville de 1744 à 1749. Malgré les habituelles réquisitions, ce fait d’arme n’eut pas trop de conséquence pour la population. Ce qui ne fut pas le cas pour les finances publiques.

On s’en releva cependant et on put reconstruire l’hôtel de ville en 1782-1783. En 1787, on pava un chemin qui reliait la ville à la nouvelle chaussée Mons-Ath.  L’empereur Joseph II fit démanteler la place forte à la fin du siècle.

Période française (1792-1814)

En novembre 1792, les armées révolutionnaires françaises s’installèrent dans le pays. Elles en furent chassées par les Autrichiens quelques mois plus tard, mais revinrent en juin1794. La République Française annexa les Pays-Bas, abolit le régime féodal et mit en place de nouvelles administrations. Chièvres fut versé dans le département de Jemappes. Les humiliations subies n’empêchèrent pas l’économie de se maintenir et la démographie de continuer à augmenter. Il en fut de même pendant la période napoléonienne. Chièvres devint le chef-lieu d’un canton.

En 1798, la population était de 2 115 habitants pour une superficie de 2 160 ha.

C’est pendant la période française que Grosage s’est constituée en commune autonome.

Le Concordat de 1802 a maintenu à Chièvres un siège de doyenné, faisant désormais partie de l’évêché de Tournai et non plus de Cambrai.

XIXème et XXème siècle

Depuis la disparition de l’économie urbaine médiévale, Chièvres et ses environs étaient voués à l’agriculture et l’élevage, ce qui occupait deux-tiers des habitants. Le reste se consacrait à des activités artisanales : construction, habillement (4%, résidu de l’ancienne draperie). Le commerce et les professions libérales n’occupaient que quelques % de la population.
Chièvres ne portait plus de ville que le nom, en « considération de sa fortune passée » (arrêté royal de 1825).

Le hameau de Vaudignies vit s’élever une église dédiée à Saint-Philippe en 1871, dépendante de celle de Chièvres.

Aujourd’hui, Chièvres est un petit centre commercial, malgré la présence de la base militaire de l’OTAN. L’activité économique est réduite (agriculture, élevage) et ne rappelle que faiblement la gloire passée de la cité.

Tongres-Saint-Martin a été annexé à Chièvres en 1971. En 1977, d’autres communes lui ont été fusionnées.

Voies nouvelles de communication au XIXème siècle

  • le canal Blaton-Ath
  • la ligne ferroviaire Ath-Saint-Ghislain, aujourd’hui désaffectée. Elle avait des stations à Vaudignies-Neufmaison et à Chièvres au sud-ouest
  • la ligne Ath-Jurbise-Mons qui passait au nord
Patrimoine

Patrimoine ancien

Le centre ancien médiéval couvre une dizaine d’hectares.

Les incendies du XVème et début du XVIème siècle en ont détruit la quasi-totalité des bâtiments anciens et ont freiné l’expansion de la ville (en plus des épidémies). Au XVIIème et XVIIIème, les guerres ont aggravé la situation, Chièvres ayant servi de lieu de gîte pour les troupes qui opéraient dans la région.

Le château seigneurial. Il jouxtait l’église qui devait sans doute être domaniale. Il était bâti sur un petit éperon. Entre le château, l’église et la Grand-Place, on situe l’ancien noyau castral et celui du bourg castral.

On n’en connait pas l’origine, mais il a sans doute été édifié en plusieurs épisodes depuis les premiers seigneurs connus de Chièvres au IXème ou Xème siècle. Il s’agissait d’une tour-donjon entouré d’un castrum, résidence fortifiée. On n’en a retrouvé aucune trace aujourd’hui, alors qu’il figure encore sur un plan de Deventer au XVIème. Une maison de retraite figure aujourd’hui sur son emplacement.

Les remparts de 1366. La surface enclose était d’une dizaine d’hectares. Il s’agissait d’une levée de terres et d’une palissade à son sommet, entourée d’un fossé alimenté par les eaux de la Hunelle. Un chemin de ronde se trouvait sur les terrées. Ce type de fortification était très bien adapté face à l’artillerie de l’époque, car il était difficile pour les assaillants de la franchir sous le tir des défenseurs. L’essentiel de la défense reposait sur les fossés, dont on pouvait réguler les flux d’eau par des dispositifs appelés dodanes (écluses-barrages dotées d’un système de vannes et de vantaux). La plupart des enceintes des villes du Hainaut sont sur ce modèle, même à Mons.

Au XVème, lorsque les armées de Louis XI envahirent le Hainaut, nombre de châteaux bâtis en dur furent investis, mais la plupart des villes résistèrent.

Au XVème, certaines parties furent renforcées par un mur. On entrait dans la ville par trois portes construites en dur, précédées d’un pont-levis :

  • Porte du Marché-aux-bêtes ou St-Martin, à l’est
  • Porte de St-Jean, au sud
  • Porte Notre-Dame, au nord

Une petite tour en bois (tour al owe) fut aménagée en 1388-1389 pour le guet. La Tour de Gavre fut construite sous le duc Philippe le Bon en 1436 (ou 1462). Elle est toujours debout (infra). Les remparts furent démolis sous l’empereur Joseph II.

http://chievres-medieval.wikeo.be/ (Histoire de l’enceinte urbaine de Chièvres)

Le moulin de la Hunelle (10-12, rue du Moulin). A proximité de la Porte Notre-Dame.

Patrimoine actuel

Eglise Saint-Martin. Elle est mentionnée depuis 1108, mais la Villa Cervia, attestée dès le IXème siècle dut déjà avoir une église. Elle fut construite à l’extrémité nord de l’agglomération et à proximité d’éléments fortifiés, donc assez décentrée par rapport à l’habitat. Un nouvel édifice fut construit au XIVème siècle sur l’éperon rocheux près de l’église actuelle. 

Le bâtiment actuel est de 1543, bâti en style gothique hennuyer, construit à l’initiative du bailli de Chièvres, Jean Delmont, aussi seigneur de Ghislenghien. On y trouve quelques éléments anciens du XIVème, mais on n’a retrouvé aucune trace des édifices plus anciens. Le clocher, qui domine la tour occidentale, fut détruit en 1684 et reconstruit en 1705. Les tourelles d’angle sont inspirées de l’église St Julien d’Ath. L’église ne comporte qu’une nef de trois travées, un choeur avec une chapelle et une sacristie. La couverture est un berceau en bois lambrissé. La construction fut faite en moellons locaux, en briques et en pierre de Tournai. Elle comporte de beaux monuments funéraires et un lutrin du XVème. Elle fut restaurée en 1872, mais connut encore des bombardements au cours de la Seconde Guerre Mondiale.

Hôtel de ville. Il fut bâti à l’initiative des comtes d’Egmont en 1782. Il était voisin à l’origine de la ligne de fortification. Style classique Louis XVI.

Le château des comtes d’Egmont. Il s’agissait en fait d’un hôtel-résidence établi à Chièvres. Il fut en réalité bâti par Charles de Croÿ vers 1560 à la limite de la surface enclose par la fortification du XIIème. 

On trouve au sud de la place deux maisons du XVIIIème et cinq immeubles du XVIème siècle : n°6, n°7 (datant de 1507), n° 8 (refuge de l’abbaye de Vicoigne, de 1507). 

La chapelle Saint-Jean-Baptiste. Elle est située au sud de Chièvres en dehors du noyau urbain. Elle fut fondée par Eve de Chièvres au XIIème siècle. Elle faisait partie de la Commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Il s’agissait d’une institution qui avait un caractère caritatif à son origine. Elle dépendait de la Commanderie de Piéton et possédait des terres dont elle tirait des revenus. La chapelle actuelle a été reconstruite en partie au XVIIIème et restaurée peu avant 1940. Elle a un plan en salle, avec des fenêtres hautes et un petit clocheton en bois au sommet de la toiture. Cette salle abritait des hôtes et des malades et servait aussi au culte liturgique.

La chapelle Notre-Dame de la Fontaine. Elle fut fondée au XIIème siècle par Eve de Chièvres, pas loin de l’église et du château. Elle abritait une image miraculeuse de la Vierge. On y organisa un pèlerinage avec procession pendant tout l’Ancien Régime. Plusieurs fois reconstruite, elle fut finalement démolie en 1798.

Le couvent des Sœurs Grises (franciscaines). Il fut fondé en 1435 par Quintine de Jauche, dame de Mastaing. Il abrita dans un premier temps des religieuses venues de Thérouanne qui logaient en fait dans le manoir de la fondatrice. Cette institution s’enrichit par achats et donations. Les sœurs soignaient les malades et enseignaient aux filles. Le couvent fut supprimé par les révolutionnaires en 1792. Il fut vendu comme bien national, puis démoli. Une autre communauté (les Sœurs de la Providence) fit ériger un nouveau monastère au XIXème siècle qui fut occupé jusqu’en 1933.

L’Oratoire de l’Ordre de Saint-Philippe de Neri (nord de la Place). Il fut fondé en 1626 par Jean de la Motte, curé de Chièvres, non loin du château (actuel Cercle Notre-Dame). Les religieux desservirent la paroisse et les deux chapelles. Ils firent de l’enseignement aux enfants. L’institution fut aussi abolie lors de la Révolution. Le bâtiment actuel est du XVIIIème.

La ladrerie. Elle fut dondée entre 1167 et 1181 par Eve de Chièvres. Ce genre d’institution permettait d’isoler les malades contagieux, notamment ceux qui avaient la peste. Elles étaient construites à l’écart des agglomérations. A Chièvres, ce fut à la « Neuville ». Du bâtiment, seule subsiste la chapelle (rue d’Ath). La chapelle est composée d’une nef (romane du XIIème) et d’un chœur (gothique du XIIIème), sans voûte couvrante. La ladrerie disparut probablement après 1588.

Les refuges d’abbaye

  • Abbaye de Vicoigne (sur la Grand-Place)
  • Ordre des Prémontrés (actuelle gendarmerie)
  • Abbaye cistercienne de Cambron

L’Hôpital de St Nicolas. Il fut fondé à la fin du XIIème par Ide de Chièvres pour accueillir des veuves, des orphelins, des voyageurs et des pèlerins. Il fut construit au faubourg Saint-Martin et semble avoir fonctionné jusqu’en 1729. Il fut remplacé en 1813 par l’hôpital civil, aujourd’hui disparu.

La base aérienne. Pendant la guerre 1914-1918, les Allemands installèrent ici un aérodrome. Abandonné à la fin du conflit, il fut remis en état par l’armée Belge à la veille de la seconde guerre mondiale. Les Allemands se l’approprièrent le 20 mai 1940 pour lui donner une plus grande extension et bâtir des hangars et des casernes. Il servit de base de départ pour des bombardements en Angleterre. Il fut abandonné dès septembre 1944 lors du recul de l’armée allemande. Les armées alliées vont l’occuper jusqu’en 1947. Lorsqu’ils la quittèrent, l’armée belge en reprit l’usage. Sa patrouille acrobatique « les Diables Rouges »  s’y fixa. La base fut finalement cédée à l’OTAN en janvier 1968 lorsqu’on installa le SHAPE à Casteau.

Bibliographie

Du carolingien à la base aérienne, heurs et malheurs de Chièvres – Michel Waha, Carnet du Patrimoine – 2010, Edition IPW

Chièvres, « Bonne Ville » du Hainaut, Pierre Bauwens, 1972, Wallonie, Art et Histoire, Ed. Duculot, Gembloux

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