Crespin

Le territoire

Superficie:  994 ha (dont 80 pour le hameau de Saint-Aybert qui devint une municipalité autonome en 1837).

Altitude: Entre le nord et le sud du village, on passe de l’altitude 16m à 32m (25m près de la mairie).

Situation géographique : Ce village est situé dans le fond de la vallée de la Haine à proximité du confluent de celle-ci avec l’Escaut

Cours d’eau : Le village actuel est bordé à l’est par la rivière Aunelle, qui fait la frontière actuelle avec Quiévrain et la Belgique. Ce cours d’eau se jette dans la Honnelle (entre Quiévrain et Hensies) qui reprend son nom français de Hogneau. Celui-ci se dirige vers le nord-ouest, traverse le village de Thivencelle avant de se jeter dans la Haine peu avant le confluent de celle-ci avec l’Escaut à Condé.

Dans le Hogniau, se déversent quelques  ruisseaux dont le Quinquerniau, fossé de dessèchement creusé par les moines autrefois, alimenté par les sources du Campos, dont la fontaine de St Landelin. Ces cours d’eau par leurs débordements pouvaient occasionner des désastres.

Paysage préhistorique (après la dernière période glaciaire) : marécageux et boisé. A l’origine du village, une zone de marécages recouvrait en partie le village, flanquée de bosquets. En dehors de ces zones, les prairies humides abondaient. A l’ouest du village se trouvait la forêt d’Emblise, encore très touffue jusqu’au VIIème siècle.

Nature du sol : Le sol est fait d’alluvions fertiles (sable, argile, limon, glaise) et de graviers (entre Crespin et Blanc Misseron)

Nature du sous-sol : grès, houille

Préhistoire

A notre connaissance, on n’aurait pas de découvert de vestige datant de la préhistoire ni de la protohistoire sur ou sous le sol de Crespin.

Antiquité gallo-romaine

Le territoire de Crespin se trouvait entre deux chaussées romaines, celle de Bavay-Blicquy qui passait par Hensies (à l’est) et celle de Bavay-Tournai-Cassel-Boulogne qui franchissait l’Escaut à Escaupont. Un diverticulum rejoignait ces deux voies. Il franchissait le Hogneau entre Crespin et Hensies, puis s’enfonçait ensuite à travers la forêt d’Emblise, pour rejoindre l’autre chaussée, en passant par Famars.

Je n’ai pas notion d’un habitat gallo-romain à Crespin, mais en 1836, un cultivateur dégagea un vase romain contenant environ 300 pièces d’argent à l’effigie de Gordien et Philippe (IIIème siècle), trésor sans doute enfoui pour échapper aux envahisseurs francs au milieu du siècle et ensuite oublié parce que le propriétaire y perdit probablement la vie.

Hormis cette découverte, il n’y a pas de vestige qui permette de penser à une forme d’habitat romain sur les terres de Crespin et d’Emblise.

Ce qui est assez étonnant, au vu des découvertes dans les villages belges voisins.

Premier Moyen-Age (période franque mérovingienne et carolingienne) – fondation de l’abbaye

Elle est le fait de Saint Landelin. Ce dernier naquit vers 613 dans une famille noble de Vaulx-en-Artois.  Il fut baptisé à 10 ans. Son parrain fut St Aubert, qui assura son éducation et son instruction. St Aubert fut d’abord évêque auxiliaire de Cambrai et à ce titre chargé de l’école épiscopale, où l’on envoya Landelin pour parfaire son enseignement.

En 630, Landelin quitta le monastère pour se lancer dans une vie de plaisirs, de débauche et même de brigandage avec une compagnie de voleurs. Se faisant appeler « Maurose », élu chef de la bande, il exerça ses activités criminelles dans la région de Lobbes, où il enleva même la femme d’un noble.  Aubert ne cessait de prier pour le salut de son âme et Dieu l’exauça. Landelin revint à une vie de pénitence et se retira dans un monastère quelques temps. Il fit un premier voyage à Rome où il se prosterna devant le pape Martin Ier.

Entretemps, Aubert était devenu évêque de Cambrai en 633. Il conféra le diaconat à Landelin, qui entreprit un deuxième voyage à Rome en 634 où il devint prêtre, puis un troisième voyage avec ses compagnons Adelin et Domitien. Cette fois le pape Martin Ier lui confia la mission d’aller prêcher l’évangile dans la Gaule Belgique et lui remit des reliques pour y fonder un monastère.

Landelin alla fonder un oratoire vers 635 à Lobbes, qui devint ensuite un monastère. Il se donna un successeur en 637 et alla fonder une seconde abbaye à proximité à Aulne. Les deux abbayes suivirent la Règle bénédictine.

Le roi de France Dagobert lui donna alors des terres à Wallers et Baives (Avesnois) pour y construire une troisième abbaye, qu’il dédia à St Pierre. 

Puis Landelin se retira dans la forêt d’Emblise (qui couvrait alors la plus grande partie du village actuel). Il s’installa au bord de l’Hon (Hogneau). Il défricha les lieux pour y ériger un quatrième monastère, malgré l’opposition du seigneur du lieu. Ce dernier tomba gravement malade. Implorant Landelin, il fut guéri par les prières de celui-ci. Reconnaissant, il fit don au moine de la moitié de son domaine d’Emblise. Landelin y érigea un oratoire dédié à Notre-Dame, où il baptisa le seigneur du lieu.

L’autre partie de la forêt d’Emblise entra par la suite dans des seigneuries successives et devint une principauté (voir ce chapitre).

Landelin se mit à prêcher, faire des miracles et attira disciples et foules à convertir. Vers 646, il fit construire d’autres huttes pour ses adhérents et un autre oratoire dédié à St Martin.

Pour avoir de l’eau, Landelin frappa la terre de son bourdon. Il en sortit une source abondante en « ondées crépelues » qui donnèrent leur nom à ce domaine : Crispina (Crespin). On construisit un bassin à proximité en maçonnerie. Il va sans dire que l’eau de cette fontaine permit de guérir de nombreux maux, surtout ceux des yeux. Un jeune aveugle par mégarde s’y noya, mais l’intervention du saint permit de le sauver.

Cet endroit, appelé « campos » était trop marécageux. Landelin remonta la forêt sur un mille pour y construire une église que St Aubert vint consacrer en 673 en l’honneur de St Pierre. C’est ici que naquit réellement l’abbaye de Crespin à l’endroit où l’eau de la fontaine (via le ruisseau du Quinquerniau) se jette dans l’Hogneau.

Pour propager l’évangile, Landelin envoya son compagnon Domitien au lieu-dit Scopignies (actuel St Aybert), au bord de la Haine, ainsi que son autre compagnon Adelin au lieu-dit Scoville (actuelle ferme « Chapelle entre-deux-Haines »). Il est dit aussi que Domitien fonda un petit couvent pour nonnes sur l’actuel territoire de Montroeul-sur-Haine (Monasteriolum) où l’abbaye possédait quelques terres.

Quant à lui, Landelin se retira dans un petit ermitage où il s’éteignit en 686. Il fut enterré dans l’église St Pierre. Saint Adelin lui succéda comme abbé. Sur sa tombe, de nombreux miracles survinrent.

Deuxième Moyen-Age – le village

Première mention: 870

Toponymie (anciennes orthographes) : 

  • Crispino (870)
  • Crispin (960)
  • Crispinum 1220)
  • Crispinio (1260)
  • Crespin (1323)

Etymologie (hypothèses d’origine du nom) : expliquée plus haut (ondes crépues)

Epoque de son apparition: Une abbaye est apparue au VIIème siècle et une agglomération de paysans s’est organisée autour, surtout à partir du XIème siècle.

Facteurs ayant favorisé son émergence :

voies de communication: un diverticulum reliant les deux chaussées romaines (supra)

sources d’eau ou cours d’eau: sources, ruisseau du Quinquerniau, le Hogneau

source de bois: bosquets et forêt proche (faisant partie de la Forêt Charbonnière)

proximité d’un lieu de pouvoir: abbaye

Paroisse dédiée à Saint-Pierre-et-Paul, puis dès 1802 à Saint-Martin

Evêché: de Cambrai 

Décanat/doyenné:  Bavay

Autel (dîmes, entretien de l’église, nomination des officiants) donné à l’abbaye de Crespin

Répartition des pouvoirs pendant la période féodale

Autorité supérieure: comté de Hainaut

Autorité sous-jacente (administrative et judiciaire): prévôté de Valenciennes

Seigneuries 

Les droits féodaux sur les habitants du village furent exercés par l’abbé du monastère. 

Sur l’actuel territoire de Crespin, il y avait une deuxième seigneurie, celle d’Emblise (ou d’Amblise) dont il est question dans un autre chapitre.

IXème siècle

Il est probable que l’abbaye fut saccagée par les Vikings et que les moines en furent chassés dès 881.

XIème siècle

Les moines ne seraient revenus que vers 1080, à l’initiative de Gérard II, évêque de Cambrai, de la comtesse Richilde et de son fils Baudouin II. C’est à ce moment que l’abbaye fut appelée St Landelin.

Rénier, moine de l’abbaye d’Hasnon, fut nommé abbé. L’église abbatiale fut dédiée à St Pierre et Paul.

C’est à cette époque qu’apparut St Aybert qui fonda également un petit monastère entre l’actuel village de Saint-Aybert et le hameau de la Neuville à Hensies.

XIIème siècle

L’abbé Algot (1132-1159) obtint différentes confirmations pour la possession des biens acquis sous la prélature de ses prédécesseurs, Hugues, Gauthier et Thierry, notamment des biens à Quiévrain, Ath, Angre, Audregnies, … sous forme de terres, de bois, de fermes.

L’abbé, propriétaire du domaine de Crespin, et donc du petit village qui se constitua autour de l’abbaye, avait les droits de seigneurie.

L’abbaye fut fortifiée au Moyen Age, sans doute dès le retour des moines au XIème siècle. L’histoire du village est donc celle de l’abbaye.

XVème siècle

Dès 1433, Crespin, comme tout le Hainaut, fut incorporé dans le vaste territoire des ducs de Bourgogne et son sort devint désormais celui des Pays-Bas Bourguignons, puis Autrichiens et Espagnols.

XVIème siècle

En août 1566, pendant les guerres religieuses, les Gueux (Huguenots calvinistes) mirent le village et l’abbaye à sac et à feu.

D’Adrien de Montigny

XVIIème siècle

En 1678, lors du Traité de Nimègue, les villages dépendant de la prévôté de Valenciennes passèrent des Pays-Bas Espagnols au Royaume de France. La frontière se situait sur l’Aunelle et le Hogneau.

XVIIIème siècle

L’abbaye fut dissoute en 1790 par les Révolutionnaires. Les moines dans un premier temps de réfugièrent chez les habitants, avant de fuir à Mons, puis à Dusseldorf en Allemagne.

Les biens de l’abbaye furent vendus à Isidore Luton, bourgeois de Valenciennes, en 1794, qui les revendit lui-même à un parisien, Marc Delannoy, en 1797.

L’église fut démolie, hormis quelques piliers qui servirent de support à un hangar à chariots pour la sucrerie de M. Delannoy.

En 1802, le dernier abbé Dom Aybert Pildoren revint à Crespin où il inaugura l’église paroissiale, qui fut alors dédiée à Saint Martin. Un autre moine, Dom Louis Sellier, ramena les biens précieux que les moines avaient eu le temps d’emporter, dont les reliques de Landelin.

Répartition des pouvoirs pendant la période contemporaine (à partir de 1792)
  • Etat: Divers régimes (républiques, empires, monarchie)
  • Département: Nord
  • Arrondissement: Valenciennes
  • Canton: Marly
Economie

Le sol était fertile et dans les zones non marécageuses, les villageois pratiquèrent de tout temps l’agriculture (céréales, chicorée, betteraves, plantes médicinales) et l’élevage.

Des entreprises en dépendaient. Sont connues pour le XIXème siècle :

  • Deux brasseries (Brunel-Estoret, Justin Laurent, Claude Rimaux dans l’ancienne abbaye)
  • Une fabrique de chicorée
  • Deux sucreries

On y trouvait autrefois des moulins :

  • Sur l’Aunelle, près de la frontière actuelle et sur la droite du chemin de Blanc-Misseron à Quiévrain : moulin du Corbeau, dépendant de l’abbaye. Il fut incendié en 1907.
  • Sur l’Hogneau, on en trouvait deux, qui appartinrent successivement à l’abbaye (blason de l’abbé Delfeuille), puis à d’autres familles:
    • à l’entrée du village de Quiévrain, détruit par un incendie en 1894.
    • Le Grand Moulin, dans la commune de Quiévrain ( ?)
  • Sur le Quinquerniau : Le Petit Moulin, dans l’enceinte de l’abbaye. Il fut vendu par la suite successivement à plusieurs familles.

Au XIXème siècle, la métallurgie se développa au hameau de Blanc-Misseron, au sud du village.

“Les ateliers de construction du Nord de la France (ANF)” furent fondés en 1882. C’était une filiale de la société anonyme belge La Métallurgique, crée en 1882. Elle fit partie du Groupe Empain-Jeumont-Schneider, puis devint une filiale du groupe canadien Bombardier en 1989 à un moment où elle risqua la faillite.

Au début et jusqu’en 1945, on y construisait des locomotives à vapeur, ainsi que des wagons, des tramways et des autorails. L’entreprise s’est tournée progressivement vers les Turbotrains (rames à turbines à gaz), les voitures pour les TGV et les métros. 

Dans ce hameau, on trouvait en 1875 quelques maisons. Elles se multiplièrent pour devenir des centaines au XXème siècle.

D’autres entreprises se développèrent :

  • Un laminoir, disparu pour devenir une gobletterie
  • Une usine de produits émaillés
  • Une verrerie
  • Une fabrique de boules bleues

En 1842, le chemin de fer du Nord relia Paris à Bruxelles, via Quiévrain.

Il existait un tramway depuis Valenciennes jusqu’à Quiévrain.

Au nord du village, passe depuis le début des années ‘1970 l’autoroute Bruxelles-Paris.

 Références

Histoire de l’abbaye de Crespin, par l’abbé Delcat.

 

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