Elouges

Entité communale de Dour

Le territoire

Superficie: 995 ha

Altitude: de 40 m (nord) à 110 m (Préfeuillet)

Situation géographique : Le territoire d’Elouges est situé sur la rive gauche de la vallée de la Haine, sur le versant du Haut-Pays.

Cours d’eau : Il est traversé du sud au nord par le Rieu d’Elouges qui creuse un vallon sur les versants duquel se sont étalés à l’origine les deux noyaux ruraux qui ont constitué le village. Ce ruisseau a deux sources: une au “Préfeuillet” près d’Athis et l’autre à Wihéries. Le premier ru s’appelle aussi “ruisseau de Cocars” sur la traversée de ce petit bois à la limite de Dour. Le rieu d’Elouges est aujourd’hui couvert sous une grande partie du village. Il contourne ensuite le Mont d’Elouges avant d’atteindre Thulin. Un autre ruisseau, le Grand Séquisse, passe tout à l’est du village, venant de Dour en direction de Thulin.

Paysage préhistorique (après la dernière période glaciaire) : le versant était boisé avec des clairières humides le long du ruisseau. Au nord de l’actuel village se trouve une petite éminence, nommée “Mont d’Elouges” (altitude 50m).

Nature du sol : limoneux, argileux

Nature du sous-sol : pierre à chaux, grès, houille

Préhistoire

Ce que nous savons aujourd’hui de la préhistoire, de l’antiquité et du haut Moyen Age sur l’actuel territoire d’Elouges, nous le devons surtout à l’historien et archéologue Charles Debove, qui, seul ou avec Mr Hecquet, a passé une bonne partie de sa vie, au milieu du XIXème siècle, à fouiller le sol de son village natal. Il a consigné ses découvertes dans des livres ou articles de revues.

L’archéologue, Madame Cécile Ansieau a ramassé en 2004 des silex de facture paléolithique lors de travaux de réaménagement sur le site du Roseau Vert). Ce type de découverte est plutôt rare dans notre région et attesterait du passage d’humains très anciens sur le Mont d’Elouges. Cependant, il n’est pas précisé de quelle période paléolithique il s’agit. Sans doute l’artefact n’était-ils pas suffisamment parlant pour le faire.

Néolithique (Homo Sapiens) :

Ch. Debove, essentiellement sur le site du Mont d’Elouges et à proximité (nord de l’actuel village), a trouvé de nombreux témoignages de la période néolithique (5000-2200), essentiellement des silex taillés :

  • 340 haches ou fragments de hache, en silex, dont les deux tiers étaient polies.
  • Des haches en jaspe et en porphyre.
  • Un millier de racloirs en silex (pour travailler les peaux pour vêtements ou tentes)
  • Huit pointes de flèches
  • 90 marteaux à éclater le silex
  • 300 couteaux (lamelles de silex), certains en pointe pour forer des trous
  • 7 fores (lamelles de silex épaisses et étroites) pour travailler le bois et 175 forets de forme triangulaire
  • Des polissoirs en grès, sur lesquels on polissait les haches de silex

De nombreux outils en silex ont été travaillés à la flamme.

Plus près de nous, quelques fouilles ont encore été réalisées, permettant de découvrir sur ce même Mont d’Elouges, une hache polie (G. Di Domenico, 2003).

Ch. Debove pense que les habitats néolithiques se situaient sur des collines, comme au Mont d’Elouges. Il compare celui-ci avec le Mont Panisel à Mons et les plateaux riches en silex de la vallée de la Trouille (Spienne, Harmegnies), ainsi que les sites du Bois de Baudour. L’historien a divisé son domaine de recherche en points de fouille numérotés. Le point 19 pourrait être à l’origine un habitat sédentaire, situé dans une cavité en forme de triangle allongé, d’une surface de 1000m², avec au centre un monticule sur lequel on a retrouvé de nombreux déchets et outils de silex. C’est une position protégée contre les intempéries, avec vue sur les environs. Les habitants y auraient établi leurs cabanes. Ils pratiquaient l’agriculture et l’élevage et travaillaient aussi le silex. Mr Debove ne fait pas mention de poteries pouvant classer ses découvertes en cultures néolithiques.

Ages du fer :

Mr. Debove aurait également trouvé des objets datant de la période gauloise dans cette zone du Mont d’Elouges : des haches celtes, des fragments de poterie grossière le long du ruisseau, des pièces de monnaie et un tumulus d’inhumation.

Georges Mulpas rapporte qu’on aurait trouvé « quelque part » à Elouges un casque macédonien en bronze, 311 avt JC. Ce qui apparaît surprenant, mais qui permettrait d’échafauder l’hypothèse qu’un « Gaulois de Slogia », ayant combattu dans les Balkans à cette période (ce fut le cas), aurait rapporté ce « trophée de guerre » de son périple mercenaire en ces régions lointaines.

Antiquité gallo-romaine

Des découvertes ont été réalisées concernant cette période sur plusieurs sites : Mont d’Elouges, Monceau, Préfeuillet, …

Premier établissement (villa). Sur le Mont d’Elouges, on peut conclure qu’un établissement de type villa y a existé dans l’antiquité. Ch. Debove pense que cet habitat a été construit à la fin du Ier siècle à l’époque de Trajan (début IIème siècle). Des traces d’incendie (cendres, bois brûlé…) permettent de penser qu’il termina son existence lors d’un incendie, peut-être à l’époque où des incursions franques eurent lieu le long de l’axe Cologne-Bavay (entre 260 et 280).

Cette villa aurait été construite sur la pente ensoleillée (au sud-ouest) du Mont, à proximité du ruisseau. Dans un puits, on retrouva des pierres plates de Wihéries et des objets romains (crochet de fer, grains de verroterie, une pièce de monnaie de Septime Sévère en bronze, une de Philippe en argent, empereurs du IIIème siècle). Ce puits aurait été comblé 70 ans après la ruine de la villa (selon Debove).  Un établissement à destination défensive aurait pu se trouver au sommet de la colline. Th. Bernier évoque un castrum. Celui-ci aurait pu précéder la construction de la villa pendant la période de consolidation de la paix après la conquête romaine ou plus tard lors de la fortification le long de la chaussée Bavay-Cologne. On retrouva également :

  • Des objets en terre cuite, de débris de vase
  • Des dalles et des pierres de taille (sur la propriété de Mr Marin), des pierres de Wihéries, d’Angre et de Montignies-sur-Roc
  • Des fragments de marbre, des traces de peinture murale, pouvant faire évoquer une habitation luxueuse
  • Des tuiles, des clous
  • Des structures de thermes avec hypocaustes et des bâtiments s’y rattachant (foyer avec dalles agglomérées par le feu).
  • Statuette en argile près du ruisseau, une Vénus Capitoline en bronze, un Mars en bronze
  • Un vase tricéphale (trois figures barbues)
  • Une amphore en pointe (dolium) enfoncée dans la terre (pour conserver de l’huile ou du vin).
  • Des fibules en bronze, des boutons en bronze, des anneaux, des aiguilles, une broche, des épingles en os, des clefs en fer, des faucilles en fer
  • Des objets de toilette, en bronze
  • Une épée, des haches
  • Des restes alimentaires : ossements d’animaux, mollusques et huîtres
  • Des débris d’urnes en terre grise
  • De nombreuses monnaies : Auguste, Vitellus, Néron, Domitien, Trajan, Hadrien, Antonin, Faustine (épouse d’Antonin), Marc-Aurèle, Faustine la Jeune (épouse de Marc-Aurèle), Commode, Alexandre Sévère, Héliogabale, Alexandre Sévère, Philippe et Postumus (usurpateur gaulois). Elles évoluent donc du Ier siècle jusqu’au troisième quart du IIIème siècle.

Deux aqueducs venaient alimenter en eau les thermes de cette villa. L’un  partait du site la « Noire Geulene » (près des Viviers de Wihéries). Il longeait le chemin de Wihéries à Elouges, passait près de l’actuelle église de Monceau, puis passait dans l’actuelle propriété du Dr Pépin (où se trouvait un cimetière franc), il coupait la rue d’Audregnies, traversait le chemin de fer de Ferrand et de Tournelle, puis prenait la direction du Mont d’Elouges. Charles Debove découvrit des éléments du deuxième dans sa propriété. Cet aqueduc allait vers le Mont en passant par la ferme Nicolas Doye.

Deuxième établissement. A Monceau, il existait également un établissement romain, près de la fosse de la Tournelle. On y a retrouvé :

  • Une poignée de tiroir ou de coffret (sujet mythologique du culte de Cybèle ou Vesta) en bronze
  • une autre plaque en bronze
  • un fragment de cuillère, une spatule pour cure-oreille
  • un couvercle de lampe en bronze,
  • un style (tige en bronze), des styles à écrire
  • huit fibules
  • des feuilles de bronze enroulées
  • des clefs en fer, un mors de cheval, des crochets de porte, des fers de râteau, des couteaux, un plateau de balance, un cadenas, des anneaux,
  • des vases en terre, des fragments d’amphores
  • des dalles, des tuiles, des fragments de tuyaux en terre cuite, des poids en pierre, dont certains d’époque néolithique, récupérés par les Gallo-Romains. Pas de monnaie permettant de dater l’édifice. Debove pense qu’il est postérieur à la villa du Mont d’Elouges. En 2011, on y a encore fait la découverte d’éléments romains: des fragments de céramique du IIIème siècle. Il devait sans doute s’agir aussi d’une villa gallo-romaine, apparemment moins cossue que la première.

Troisième établissement. Il semble qu’il y ait eu également une exploitation agricole sur le site du Préfeuillet (parcelle de territoire élougeois, entre Dour et Wihéries). Les structures d’un troisième aqueduc furent trouvées. Il partait de Plantis (Dour) et passait successivement près du Locheniot (place de Dour), dans la fondrière de St Jean, sur le terrain des  câbleries actuelles, le Chemin de Fer du Sept, les chaufours, Bellevue, Champs des Avoines.

Après Charles Debove, d’autres monnaies ont encore été trouvées sur le sol d’Elouges et sont rapportées par G. Mulpas : Antonin (138-161 ; 140-144), Faustine I (141-161), Marc-Aurèle (176-177), Faustine II (161-175), Lucille (161-169), Philippe I l’Arabe (244-249), Postumus (259-261), Tétricus (272), Dioclétien (300-305), Magnence (350). Ainsi que quelques fragments de poterie en terre cuite, de tuiles, d’aqueduc, de meule. Tous ces vestiges ont été retrouvés au Mont d’Elouges entre le chemin du Vieil Empire, le ruisseau et la route vers Thulin-Pommeroeul.

La construction du chemin de fer Dour-Quiévrain a révélé un puits gallo-romain (en pierres cimentées – bouché mais dans lequel on a retrouvé des tessons) au sommet du dernier plateau de la chaîne de collines du Borinage vers la France. Il est placé sur Elouges, à 20 mètres du côté de Quiévrain, à partir de la traverse du chemin dit de la Blanche-Maison.

Tous ces éléments démontrent qu’un habitat gallo-romain a persisté à Elouges, au moins jusqu’au milieu du IVème siècle, et qui aurait donc résisté aux invasions franques du siècle précédent et à la grande crise économique de la même période. Ce qui renforce l’hypothèse d’un habitat fortifié ou d’un castrum, édifié à la fin du IIIème siècle, sur la petite éminence stratégique du Mont d’Elouges. Celui-ci aurait donc pu être habité par un personnage d’importance militaire. Mais était-il encore gallo-romain ou était-ce déjà un franc admis en terre impériale?

Premier Moyen-Age (période franque mérovingienne et carolingienne)

Comme souvent pour le haut Moyen-Age, les témoignages les plus probants viennent des nécropoles franques. Les Francs vénéraient leurs morts et construisaient plus soigneusement leurs tombes que leurs maisons. Ces dernières, bâties en matières périssables (torchis, bois), ont totalement disparu. Dans ces sépultures, sont enterrés des hommes, des femmes et des enfants, le plus souvent les pieds tournés vers l’est. Les accompagnaient pour l’au-delà des objets funéraires qui dénotaient la position sociale des personnages inhumés.

Une première tombe fut découverte en 1808, attenante aux fondations des bâtiments de la villa gallo-romaine du Mont d’Elouges, antérieurement détruite par un incendie (supra) et peut-être récupérée par un chef franc, de la suite de Clodion, vers 430-450 (simple hypothèse naturellement !). Elle était maçonnée en pierres sèches. Le fond était pavé de dalles romaines de grandes dimensions. Les pieds du mort étaient tournés vers le sud, un poignard au côté gauche.

A Elouges, Ch. Debove découvrit trois nécropoles (398 tombeaux, 40 tombeaux et 27 tombeaux) utilisées sur une période de 500 ans, depuis le Bas-Empire romain jusqu’à l’époque de Charlemagne. Ce dernier, à une époque plus christianisée, interdit ce type d’inhumation et favorisa l’enterrement près des églises.

Ceci en fait un des sites funéraires francs les plus importants de la vallée de la Haine (après Estinnes et Ciply). A Elouges, les dépôts sont semblables malgré la longue période d’utilisation. Les chefs étaient enterrés dans des tombes au sol pavé à fond rouge (dalles, fragments de tuiles) et aux murs tapissés de dalles ou de tuiles romaines de réemploi, dans des cercueils en bois de chêne. Les autres tombes comportaient des parois latérales tapissées d’argile verte. Les dépôts funéraires comportaient :

  • des vases en pâte grise (souvent des poteries grossières) avec des restes de nourriture
  • des armes : lances, épées, poignards, scramasaxes, haches, des boucles de ceinture, des cônes de bouclier, pointes de flèche, pierres à feu en silex, clefs (pour les hommes)
  • des bijoux : des agrafes en or, argent ou bronze, anneaux, bracelets, colliers en verroterie, fibules en or ou bronze, des bagues (pour les femmes)
  • un fragment de plaque pour polir des haches (dans le mur d’un tombeau)
  • des monnaies s’étalant depuis 270 (Julia Mamaea) jusque vers 800, période où s’arrêtèrent les inhumations hors de la zone habitée.

Beaucoup de ces tombes avaient déjà été profanées. Il est possible que certaines coutumes aient changé avec la christianisation de certaines élites, après le baptême de Clovis, vers 490-500. Les Francs inhumaient leurs morts les pieds vers le soleil levant, mais ce mode variait selon les saisons, et aussi selon la hiérarchie. Les inhumations ont eu lieu, s’échelonnant avec le temps du nord vers le sud, à partir du Mont d’Elouges. Mais ce sont toujours les mêmes ornements, les mêmes armes, les mêmes urnes. Seules les pièces de monnaie changent et peuvent permettre la datation.

Les habitations des chefs francs s’appelaient des « Korons » (terme ayant évolué vers « courtil, courte » selon Cambier & Audin). Ces courtils étaient des bâtiments avec cour et enclos. C’étaient des grandes fermes dispersées sur le territoire d’Elouges et des environs. On ne pouvait donc pas parler de village au sens strict du terme. Il s’agissait probablement d’un clan ou d’une communauté partageant un même territoire et les mêmes nécropoles. Ces fermes étaient soit d’anciennes exploitations abandonnées par les Gallo-Romains au moment des invasions ou de la grande crise économique du IIIème siècle, soit des fermes confisquées lors de la grande migration franque du Vème siècle, soit de nouveaux établissements. Les Francs délimitaient avec soin leurs domaines par des sortes de processions, ancêtres des Rogations de printemps qui virent le jour au VI-VIIème siècle. Les cimetières se trouvaient en dehors, mais à proximité de leur habitat.

Selon Cambier et Audin, certains des hameaux actuels datent de cette époque et se sont développés au départ d’une ferme, d’importance variable :

  • Coron de la Marlière (au nord de l’actuel zoning Dour-Elouges). Il fut le siège d’un fief au moyen âge. On y a retrouvé deux tombes franques en 1845. Une d’homme avec scramasaxe (glaive) et une de femme, reposant sur des dalles romaines saupoudrées d’argile de tuiles romaines broyées. Les tombes avaient des murs de pierres sèches mal équarries, mêlées à des débris de tuiles. Elles étaient orientées vers l’ouest.
  • A proximité, se trouvait la vieille ferme seigneuriale des Doye (cense du Coron).
  • Coron avec la Maison Debove et Grand-Rue comme centre
  • Ferme des Andrieux (les André). Tombe découverte en 1840 lors de l’exploitation d’une fosse. Elle était orientée au midi et dallée de pierres plates. Un poignard et des autres ferrailles accompagnaient la dépouille.
  • Coron Martin Chêne (haut du Monceau). Groupe de maisons ouvrières sises en haut du Monceau, à proximité de la fosse de la Tournelle où se trouvent les fondations d’une villa romaine. Deux tombeaux en pierre sèche furent découverts en 1871. Cambier pense qu’elle indique la prise par un chef franc d’une résidence romaine en ruines. Elle était éloignée du cimetière commun du Mont d’Elouges et des autres tombes isolées.
  • Près de l’église de Monceau. Découverte en 1842 d’un grand nombre de squelettes mis simplement en terre, avec des lances et des épées, selon une manière d’inhumer au VIII-IXème siècle. La population franque était assez nombreuse dans cette partie du village. Découverte en 1873 près de la ferme Derveau d’une tombe franque, orientée les pieds vers le levant du soleil, avec un scramasaxe. Pas de tombeau. A proximité, un bronze d’Hadrien (venant sans doute de la villa du Monceau), des poteries noires et des fondations du XIIème avec des matériaux gallo-romains.
  • Au Préfeuillet. Près du champ du Préfeuillet (à 4km du Mont d’Elouges) : des fondations romaines, tessons de poteries, clous. Cinq tombeaux francs avec un pavement en tuiles romaines broyées. Identiques à ceux d’Elouges.
  • Corons des Faidherbe, de la Rosière et de la Citadelle

En 2011, à Monceau, on découvrit encore quatre sépultures en pierres à inhumation d’époque mérovingienne, dont une contenait un tesson de céramique (datation 570-660 et 615-685). Elles faisaient partie d’un probable ensemble plus vaste sur le versant occidental du ruisseau d’Elouges, à proximité des sites déjà fouillés par Ch. Debove.

On peut déduire de ces fouilles que, dans la villa du Mont d’Elouges, vécurent des militaires francs de haut rang, entourés d’une communauté d’une certaine importance pour l’époque. Quand on sait qu’à Wihéries, il existait probablement un domaine fiscal royal, on peut penser qu’il pouvait y avoir un lien avec les Francs d’Elouges. Ceux-ci étaient en partie des militaires, peut-être des aristocrates à l’époque des rois mérovingiens, mais aussi des propriétaires d’exploitations agricoles d’importance variable. Avec eux vivaient des serfs, prisonniers de guerre ou descendants de ceux-ci.

On n’est pas sûr d’une continuité absolue entre l’habitat gallo-romain et l’habitat franc, mais elle n’est pas impossible. On sait que dès 280, sous l’empereur Maximien, celui-ci a permis à des Francs Saliens de s’installer en Gaule septentrionale, sous autorité romaine, avec pour mission de défendre la frontière contre de nouvelles incursions. La précocité d’utilisation de la nécropole franque à Elouges pourrait en être un témoignage.

Dès qu’ils furent christianisés, les Francs auraient édifié un oratoire au centre de leurs possessions, centre qui devint progressivement le village d’Elouges dans les siècles suivants (probablement seulement au IXème ou Xème siècle). En se regroupant au milieu de toutes les fermes, certains manants formèrent le noyau du village sur des terrains vagues octroyés par les maîtres, terrains les moins propres à la culture.

Cette période a subi de grands changements hydrographiques, à cause du défrichement des bois séparant le Monceau et Wihéries et du dessèchement des étangs que la roche entretenait sur ce plateau. Un champ concave entre Wihéries et Athis a gardé le nom de Vivier, et la vallée entre Wihéries et le Monceau celui de Vivroeulx (viviers). Ces viviers s’écoulaient vers Elouges en une rivière poissonneuse. Les moines de St Ghislain y prélevaient leur poisson.

Les ruines des trois villas servirent probablement d’habitation à des chefs francs. D’autres, moins riches, furent construites à proximité. Des pierres de ces édifices servirent à construire l’église. Deux églises furent construites dès l’époque mérovingienne.

Pour Debove, les fermes isolées furent saccagées par les Normands et disparurent, les fermiers s’installant dans le village. Les noms des fermes abandonnées restèrent aux champs et lieux-dits. Nous pensons que la situation fut mixte : persistance de fermes isolées et regroupement en deux noyaux villageois, celui d’Elouges-au-Val et celui d’Elouges-au-Mont (Monceau).

On pourrait en conclusion avancer l’hypothèse que Wihéries était une terre fiscale, où avait été bâtie une résidence fortifiée pour un seigneur plus important, peut-être proche de la famille royale de Neustrie. Dans les environs, et particulièrement à Elouges, existaient un nombre assez important de villas, certaines assez cossues, et de fermes plus petites. Ces Francs furent enterrés dans de grandes nécropoles situées surtout au nord d’Elouges.

Deuxième Moyen-Age – le village

Première mention: 965

Toponymie (anciennes orthographes) :

  • Slogia (965, « faux » document des abbés de Saint-Ghislain)
  • Heslogio (1118, confirmation de ce document par le pape Gélase), distinguant « Cum Monticulo » (Monceau)
  • Escolgium (1131, 1142)
  • Ellogio (1186, sentence de l’évêque de Cambrai à propos d’un litige entre les abbayes de St Ghislain et d’Haumont)
  • Esluges, Esloges (1211)
  • Eslouges (1214 et à plusieurs reprises par la suite)
  • Louges, 1400
  • Esloges (1455)

Etymologie (hypothèses d’origine du nom) :

  • Logeion, du mot grec signifiant : temple. Selon l’abbé Lambiez (1843), un temple romain dédié à Cérès ou Eleusine/Eleusis, fut peut-être construit sur le mont d’Elouges. Aucun vestige de construction n’y a été découvert, permettant de privilégier cette étymologie. A. Debove rejette cette hypothèse. Seules des médailles et des pièces de monnaie attestent de la présence romaine dans les environs
  •  – ell, lug, du celtique, signifiant : choc et rivière, soit un point de rencontre de deux cours d’eau. Il est peu plausible que ce confluent de deux petits ruisseaux, éloigné du centre du village, ait donné un nom à ce dernier (Hypothèse de Piérard et A. Debove, rejetée par Mulpas)
  • Slogia, Elogia (1118), Eslogium, Logia, Esloges (1213), du latin : loge, demeure princière, fisc royal (selon Chotin) – parait plus vraisemblable
  • sloha, du germanique : marais (selon Carnoy)
  • – loodse, qui en teuton signifie : loge, demeure, résidence – loges de bûcherons travaillant dans la forêt?

Epoque de son apparition: A la fin de la période carolingienne, deux noyaux villageois, constitués peut-être par les serfs des propriétaires fermiers, s’installèrent le long du vallon du ruisseau, y créant deux communautés rurales avec paroisses.

Facteurs ayant favorisé son émergence :

voies de communication: Elouges n’est pas éloigné de la chaussée romaine antique Bavay-Blicquy, dont des diverticulums s’échappaient pour rejoindre les villas des environs. A la période franque, on aménagea de nouveaux chemins entre les centres politiques, ainsi qu’entre les abbayes. Ainsi la communauté franque d’Elouges-Wihéries vit passer près du Mont d’Elouges un chemin qui reliait Famars (chef-lieu du comté) à  Estinnes (résidence royale) en passant par les grosses communautés franques d’Elouges, de Quaregnon, de Ciply et d’autres autour de Mons. Plus tard, ce chemin relia Valenciennes à Binche. Il était rejoint sur le territoire d’Elouges par un autre qui venait du Quesnoy par Sebourg, Angre et Audregnies, et un autre  encore qui venait de Quiévrain. Elouges fut encore relié par d’autres chemins à Crespin, à Saint-Ghislain, puis aux villages voisins (Dour, Wihéries).

sources d’eau ou cours d’eau: le rieu d’Elouges

source de bois: les versants étaient boisés

proximité d’un lieu de pouvoir: les fermes-villas dont certaines ont dû être fortifiées.

Paroisses dédiées toutes deux à Saint-Martin

Evêché: de Cambrai (jusqu’en 1804), puis de Tournai

Décanat/doyenné: Bavay jusqu’en 1803, puis Dour

Autel (dîmes, entretien de l’église, nomination des officiants) donné à l’abbaye de Saint-Ghislain, pour ce qui concerne la paroisse de Monceau, selon un acte d’Odon de Cambrai de 1190. Cette paroisse était une dépendance (secours) de la paroisse Saint-Victor de Dour. Elle était desservie par un curé ou vicaire venant de Dour par « la voie du prêtre » et le chemin de Cocars. Les nouveaux nés étaient baptisés à Dour. Elle ne devint paroisse autonome qu’en 1842.

La paroisse d’Elouges-au-Val fut attribuée à l’abbaye de Crespin. Il semble que la dîme y était déjà collectée en 965. Elle fut confirmée par le pape Gélase en 1118. L’abbaye d’Haumont recevait aussi une partie de la dîme.

Répartition des pouvoirs pendant la période féodale

Autorité supérieure: comté de Hainaut

Autorité sous-jacente (administrative et judiciaire): prévôté de Mons, mais une partie des villages couverts par celle-ci fut administrée à partir d’Elouges (infra).

Seigneuries et fiefs

Avec le développement du comté de Hainaut, tout le territoire d’Elouges, fut partagé en plusieurs fiefs. Il s’agissait de seigneuries foncières qui appartenaient à :

  • Abbaye de St-Ghislain, le plus étendu des fiefs. Au début du IXème siècle, l’abbé Eléphas de l’abbaye de Saint-Ghislain, dont la famille aurait été proche de celle de l’empereur Charlemagne, offrit à son abbaye, tout le territoire de Wihéries, où se situait sa résidence, sans doute devenue avec le temps « la Courte », ainsi que la moitié du village d’Elouges, qui lui appartenait.
  • Abbaye de Crespin
  • Abbaye d’Hautmont, dont le moulin est cité en 1083
  • Abbaye de St Germain de Mons
  • Abbaye de Ste Ménégonde de Chimay (ferme du Préfeuillet – infra)
  • Abbaye du Val des Ecoliers de Mons (ferme du fief de la Rosière)

Ces domaines agricoles furent offerts à ces établissements religieux par des aristocrates francs, soit par les rois eux-mêmes, soit par les premiers comtes du Hainaut, qui s’étaient rendus maîtres de ces abbayes. La plupart de ces fiefs étaient constitués de terres, et le plus souvent d’une ferme. Ces fermes étaient donc nombreuses au Moyen Age sur le territoire d’Elouges.

  • La seigneurie laïque “principale”. Il est vraisemblable qu’une partie du village resta propriété des comtes, car ceux-ci y « délocalisèrent » une partie de leur prévôté de Mons (tribunal comtal). La prévôté d’Elouges étendait ses compétences sur 27 villages (actuel canton de Dour, Hornu, Wasmes, Wasmuel, Boussu et dépendances, Saint-Ghislain). Un prévôt comtal subalterne y exerçait l’autorité. Un pilori figurait au milieu de la place. Cette seigneurie comtale d’Elouges avait son château où résidaient des représentants du comte, située dans la “ferme Doye”, du nom d’un des derniers seigneurs. Ont été cités, parmi ces seigneurs:
  • Ide d’Elouges, 1107
  • François et Jean d’Elouges, 1190
  • Francon d’Eslouges, 1211
  • Gilles d’Elouges, 1251
  • Adam de Warelles, 1332
  • Veuve de Warelles, 1428
  • Berthe de la Sauch, 1473
  • Jean d’Espiennes, 1578
  • Joseph Doye, 1716

Les prévôts rendaient justice à Elouges mais ils ne laissèrent pas de traces, résidant sans doute ailleurs. Quelques noms connus de prévôts :

  • Jehan de Condé, 1318
  • Willaume Maures, mort en 1400. Il avait une pierre tumulaire dans l’église d’Elouges
  • Jean Lefèvre, 1605.
  • Philippe de Gorrain
  • Jean de Bruyus, mort en 1673 – tombe dans l’église
  • Hercule de Ronquier, 1675
  • Marie de Ronquier, qui épousa Antoine Belhomme, seigneur d’Ophain. Elle mourut en 1702.

    D’Adrien de Montigny (fin XVIème siècle)

Le fief du Préfeuillet. « L’Ancienne ferme du Préfeuillet » (ou « cense du Pont », car il fallait franchir un pont sur le ruisseau Saussez pour y accéder) avait son domaine sur un territoire étendu (2km) qui partait du centre du village vers le bois de Cocars et le lieu-dit Rosières, puis qui se prolongeait entre les territoires de Dour et de Wihéries vers Athis. Le chemin du Préfeuillet continuait le chemin de la Rosière vers le Préfeuillet. Une villa romaine y aurait existé. Deux tombes mérovingiennes attestent d’une certaine continuité entre la période gallo-romaine et le Moyen Age. La propriété de ce fief ne semble pas connue avant le XVème siècle, peut-être était-ce un domaine comtal, donné ou vendu à une famille, peut-être celle de Quiévrain.

Ce fief et sa ferme furent donnés en 1449 par Jeanne de Lalaing, dame de Quiévrain, au chapitre de Ste Monégonde de Chimay et au cantuaire St Jean de Quiévrain. Elle était dame héritière de Quiévrain par son père et comtesse de Penthièvre par son mariage avec Olivier de Châtillon. Sa sœur Marie épousa Jean II de Croÿ, comte de Chimay. Ce fief fut tenu par des intendants de diverses familles :

  • Bady
  • Rouneau
  • François Debove. Son gendre, l’historien Charles Debove, y aurait habité au XIXème siècle

La ferme fut vendue à la Révolution comme bien public.

La seigneurie de CourtevilleC’était un fief lige relevant du comte de Hainaut. Elle fut tenue entre autres par :

  • Jean Brumiel, 1332
  • Jean Dujardin, bourgeois de Valenciennes, 1410
  • Colart de Castellois, 1420
  • Nicolas de Beauffort, 1594, prévôt du Quesnoy
  • 1685, comte de Souastre, par mariage

La seigneurie de Leval ou  du Val. Là où se trouve l’actuelle ferme Roucoux, bâtie en 1492 puis reconstruite en 1649. Près de l’église du Val. Elle fut tenue entre autres par Marie Godemart, héritière, qui épousa Henry de Dessus-les-Moustier.

La seigneurie d’Epinois. Située dans le bois de Cocars, entre Elouges et Dour. Nous ne sommes pas documentés sur l’origine du nom (Epinois est un village près de Binche, mais il existe aussi Epinoy dans le département du Nord). Il est possible que ce domaine ait appartenu à certaines époques aux seigneurs de Dour, notamment les de Royer à la fin de l’Ancien Régime. L’histoire de l’ermitage est décrite dans le paragraphe « patrimoine » (infra).

Le fief de Robert Li Dus, cité en 1328

La commune

Aucune mention d’une charte de privilèges, de maïeurs ou d’échevins ou de l’administration de cette commune (une ou deux?) par rapport aux deux paroisses.

Carte de Ferraris (XVIIIème)
Période française (1794-1814)

Fin de l’Ancien Régime féodal en 1794

  • Département: Jemappes
  • Canton: Quiévrain, puis Dour
Répartition des pouvoirs pendant la période contemporaine (à partir de 1814)
  • Etat: Royaume des Pays-Bas (1814-1830), puis Royaume de Belgique
  • Province: Hainaut
  • Arrondissement administratif: Mons
  • Arrondissement judiciaire: Mons
  • Canton: Dour
  • Entité communale depuis 1977: Dour
Evénements et faits marquants sur le sol de la commune

Le château de la seigneurie principale est surtout connu pour les dommages qu’il subit à plusieurs reprises. Le comte Aubert de Bavière s’en serait emparé en 1396. Pour quelles raisons ? Cette année-là, il combattait les Frisons, assisté par plusieurs seigneurs de la région (Trazegnies, Audregnies, Boussu, Roisin). Un vassal local se serait-il rebellé, profitant de son absence?

Il en fut de même en 1423 avec la comtesse Jacqueline de Bavière, qui était en conflit avec son mari, le duc Jean de Brabant. S’était-elle réfugiée à  Elouges, raison pour laquelle le château fut attaqué?

Le château fut définitivement détruit en 1578 par le duc d’Alençon. Ce dernier était au service de son frère, le roi de France. Tout catholique qu’il fût, en ces temps de troubles religieux, le roi venait en aide aux Réformés des Pays-Bas qui étaient en guerre contre Philippe II, roi d’Espagne, ennemi de la France. Repoussé par les troupes du comte de Boussu, Maximilien de Hénin-Liétard, le duc d’Alençon se mit à piller la région, détruisant les châteaux d’Elouges et de Baisieux.

Economie

Exploitation du sol. Le sol d’Elouges, étant très limoneux (sédiments éoliens), ses habitants, depuis le néolithique, s’adonnèrent à l’agriculture et à l’élevage. 

On trouva plusieurs moulins à grains.

  • Un premier existait déjà, avec une brasserie, dès 1083 sur la terre possédée par « l’abbaye d’Hautmont » (chartes des évêques de Cambrai Gérard et Odon, et du pape Innocent II). Pas de vestige retrouvé.
  • « Moulin à vent de la Rosière », bâti en 1621. Aucune mention après 1772.
  • Un autre moulin à vent est cité en 1699, puis  en 1743. Il appartenait à « Mr Belhomme », probablement à la Taule (Mont d’Elouges).
  • Un moulin était placé sur une éminence le long du chemin d’Audregnies, anciennement connu sous le nom de chemin du Quesnoy, ou de St-Ghislain au Quesnoy. Cette voie fut appelée plus tard Cavée Bryelle (cavin de Gabriel).  Des vestiges de fondationde ce moulin furent retrouvés au XIXème.
  • « Moulin au Trieu du Monceau » construit en l’an VIII (période révolutionnaire française), près du waressaix (pâturages communs). Muni d’une machine à vapeur en 1861 puis électrifié en 1911. Abandonné en 1944.
  • « Moulin de la Chapelle », 1764, endommagé en 14-18, disparu en 1930, il appartenait à la famille Williot depuis 1861.
  • Moulin sur le terrain de « Narcisse Debove », 1848
  • Moulin au n°18 de la rue de Dour, à vapeur, sur le terrain de « Mr Labbé-Moreau », 1859

Des entreprises étaient liées aux productions agricoles :

  • Des brasseries – plusieurs sont connues au XIXème. Elles desservaient 198 cabarets au XIXème pour 4224 habitants
  • Des sucreries existèrent dès 1839 à partir de betteraves
    • La première utilisait d’abord du sucre exotique et fut créée en 1819 par les frères Tellier (importation de sucre roux débarqué à Anvers). On y raffinait le sucre. En 1851, on créa la « Fabrique et Raffinerie de Sucre » avec machines à vapeur, gazomètre, liaison au chemin de fer. Elle fut remplacée (en ?) par la SA Verreries d’Elouges et plus tard par une « Fabrique Nationale des produits chimiques et explosifs ».
    • Jouveneau et Cie, route de Bavay, à la limite avec Wihéries et Athis, au croisement avec le Rieu Saussez (1870-1910)
  • Une vinaigrerie
  • Des fabriques de chicorée

Exploitation de la chaux. Il y avait un affleurement de pierre à chaux sur une surface étendue et profonde. On y mit en valeur la marne pour l’amendement des sols cultivables acidifiés. Il y avait de nombreuses exploitations à ciel ouvert en divers endroits du village (zone du Terpied à l’ouest, Taule, Bellevue, champ des Avoines). Au XIXème, on compta plus de 55 carrières (à ciel ouvert et souterraines). La dernière arrêta ses activités en 1967. Il y avait des fours à chaux à proximité. On exploitait aussi la craie. Le sous-sol à l’est du village était un véritable gruyère. Des effondrements se produisirent sous des habitations ou sur des chemins.

Exploitation de la houille avant le XIXème siècle

Lors de la démolition de l’église de Monceau, Ch. Debove dit que l’on découvrit dans le ciment des incrustations d’une substance noire et brillante, datant donc de l’époque de la construction de l’église romane. On commença à extraire la houille au XIIIème siècle selon des documents de 1248, 1251 et 1274. Des documents d’avant le XVIème siècle ont été perdus. L’exploitation a probablement été aussi ancienne ici qu’à Dour et Boussu.

En 1402, on cite les lieux « Buisson » et « Champ des Trauweurs ». Fin du XVème, il existe les veines dites « Berteaux ». En 1545, il y a déjà les fosses « Désirée » et « Longterne ». Vers 1560-1575, sont encore citées « Semaillères », « Dure-Veine », « Engleuse », » Grande Veine ».

On trouve des concessions de part et d’autre du ruisseau au XVIIème siècle au Bois d’Epinois et dans les Cavains (vers Audregnies).

Les seigneurs d’Elouges, abbés et laïcs, louaient des concessions à des exploitants, qui, en retour, leur payaient une location (cens) et un pourcentage des revenus (contre-cens). Le charbon était vendu sur place ou était transporté vers des villages voisins ou encore vers la Haine. Chaque traversée de seigneurie se faisait contre un droit de douane (tonlieu).

De nombreux noms de concessionnaires apparurent au XVIIIème, dont Andrieux, Longterne, Grande Veine, Désirée, Belle Vue et bien d’autres. Cette industrie connut des périodes de déclin. Elles furent quasi à l’arrêt lors des guerres de Louis XIV. Dès le XVIIIème, le Borinage connut un développement important des sociétés charbonnières qui regroupaient les concessions. On y notait à cette époque 31 fosses en activité. Beaucoup de sites ont été abandonnés avant la fin du XVIIIème, dont la Fosse du Champ des Avoines (1782-1788) et celle de Sainte-Catherine (1775-1782).

Exploitation de la houille aux XIXème et XXème siècles. Les regroupements continuèrent. 

Le charbon n’affleurait nulle part à Elouges. Par contre il était abondant en profondeur. Mais là, les infiltrations d’eau empêchaient d’exploiter en profondeur. Les premières pompes à feu à Elouges n’apparurent qu’en 1809 aux Andrieux, en 1818 à Bellevue, en 1835 à la Grande Veine. C’est en 1816, qu’on utilisa au Tapatout 2  la lampe de sécurité Davy qui ne pouvait être allumée qu’au jour. La première pompe d’extraction à vapeur de Watt à Elouges fut utilisée en 1807. En 1846, on installa des échelles hélicoïdales à la Grande Veine.

La “Société de Belle-Vue”  était le fruit du regroupement de 10 exploitations. En 1785, Guillaume Castiau se fit octroyer par le prince de Ligne une concession charbonnière s’étendant sur les terres et les seigneuries de Baudour, Hautrage, Imbrechies, Montroeul, Stambruges, Thulin, Ville-Pommeroeul et Villerot. Il fonda une société. Il racheta ensuite une dizaine de concessions de charbonnages à Elouges et à Dour.

Le site de Belle-Vue

Le nom du site viendrait de sa situation au sommet d’un plateau d’où l’on pouvait admirer un vaste paysage, surtout vers le nord, moins enfumé et noir que les cités ouvrières de Dour, Elouges et Boussu-Bois.

En 1792, la nouvelle association d’actionnaires créée fixa son siège social à Elouges. Elle fut baptisée « Société de Belle-Vue » par référence au nom du champ sur lequel fut construit le « Grand Bureau », vaste immeuble destiné à abriter les services administratifs du charbonnage, un des plus anciens du Borinage encore debout. Autour du bâtiment principal, on construisit des maisonnettes pour une vingtaine de familles d’ouvriers en plusieurs étapes, entre 1810 (donc avant le Grand-Hornu) et 1874. Le tout entoure une grande cour, accessible par un porche. Ce site servit parfois de caserne pour les forces de l’ordre chargées de réprimer les mouvements sociaux au XIXème siècle. 

Le site a été rénové. En 1823, le charbonnage fut vendu, car la société ne se releva pas d’une série de coups de grisou qui avaient fait plus de vingt victimes et avaient détruit une partie des installations. En 1874, des travaux d’agrandissement furent réalisés : de nouvelles maisons furent construites autour d’une cour rectangulaire. Ce modèle, appelé “phalanstère » répondait à une conception ouvriériste de l’époque. Avec la fermeture des charbonnages, les bâtiments furent abandonnés et se détériorèrent. En 1980, un entrepreneur décida de les restaurer, mais le projet échoua.

Le charbonnage de Belle-Vue se développa rapidement au point d’être le plus puissant du Borinage au début du XIXème siècle. Les puits:

  • « Belle-Vue n°2 », au bois d’Epinois (1792-1877). On y déplora des accidents en 1831 (36 morts) et 1862 (25 morts). Après la cessation, le site fut transformé en atelier de traitement du charbon, avant sa transformation en coke dans les 80 fours. Une station électrique fut alimentée par les gaz produits par les fours à coke, dès 1911. Elle alimentait le triage et les lampes portatives du puits n°7.
  • « Belle-Vue n°7, » rue des Canadiens et route Dour-Elouges (1837-1936). Site ouvert par Marc Lefebvre-Meuret. Il subit un incendie en 1838. Une machine à vapeur y fonctionna dès 1844. Deux coups de grisou : 1861 (12 morts) et 1874 (15 morts). Le site fut raccordé au chemin de fer en 1860.
  • « Belle Vue n°8 », près du Pont du Bibelot (1844-1922). En 1894, 53 fours à coke y étaient en activité. Entre 1908 et 1921, l’exploitation de la veine Grande Godinette à 695 mètres de profondeur provoque 32 coups de grisou dont plusieurs sont meurtriers. Une seconde centrale électrique y sera construite.
  • Sainte-Catherine sous Elouges
  • Ruisseau
  • Champ des Avoines

La Société de Belle-Vue absorba ensuite deux charbonnages dourois :

  • Grande Veine à Dour
  • Longterne du côté de Dour

La société Belle- Vue-Baisieux

Elle est le fruit d’une fusion en 1823 entre la “Société de Belle-Vue” et le  « Charbonnage de Baisieux ». C’était alors la plus importante du Borinage. Jusqu’à 1000 ouvriers en 1830. Elle devint propriété de la Banque Nationale en 1843. Elle couvrait alors 3939 ha. En 1860, fut créée une liaison ferroviaire de Belle Vue à Saint-Ghislain. En 1873, fut créée la liaison de chemin de fer de l’Etat Dour-Quiévrain, et en 1882, celle de Dour-Roisin.

S.A. des Charbonnages unis de l’ouest de Mons (CUOM)

Elle résulte de la fusion en 1868 de la « Société Belle Vue-Baisieux” et des charbonnages de Boussu (qui englobaient les sociétés Ste Croix-Ste Claire, Longterne-Trichères, Grand Hainin). Elle absorba successivement  d’autres sociétés existantes:

  • Société Longterne-Ferrand, fondée en 1768, dont le siège se trouve à la rue d’Audregnies. Avec ses trois puits, elle couvrait 415ha:
    • Puits N°1 « Ferrand » et « Longterne-Ferrand », rue d’Audregnies (1801-1959/1961, le dernier à fermer à Elouges). Plusieurs catastrophes, parmi les plus meurtrières du bassin borain, dues à une présence importante de grisou:
      • Le 6 mars 1852 : mort de 63 mineurs, deux autres sont noyés et 14 sont blessés.
      • Le 4 octobre 1856 : 16 morts et blessés
      • Le 30 août 1862, 19 morts et blessés.
      • Le 3 avril 1930 : 20 morts.

Elle fut reliée au chemin de fer des Houilles Grasses en 1858. Le charbon passait sur un viaduc au-dessus de la route Elouges-Wihéries. Il en reste la cheminée, des bâtiments en briques (vestiaires, douches, salle des machines, magasins, station de triage) et le terril exploité. Une partie des bâtiments a été transformée en logements.

  • Puits n°2 La Tournelle (1801-1861)
  • Puits n°3 Sainte-Odile (1882-1892). On y déplora aussi plusieurs coups de grisou : 1852 (59 morts), 1856 (16 morts), 1862 (29 morts), 1930 (20 morts). On construisit à proximité la cité Sainte-Odile.
  • Société des Houilles grasse du Levant d’Élouges, avec le Puits N°4 « Grande-Veine » (1752-1952), rue de la Grande Veine. Déjà mentionnée de 1736 à 1745. Elle fut exploitée d’abord par la Société de la Grande Veine du Bois d’Epinois, née en 1752. Superficie de 399 ha. Coups de grisou en 1763, 8 morts et en 1784, 3 morts. Une inondation en 1775 (12 morts). Elle se transforma en « SA des Houilles Grasses du Levant d’Elouges » en 1838. C’est le premier charbonnage borain éclairé à l’électricité par une dynamo Dulait. Il fonctionnait avec les fours à coke à proximité. Ce fut aussi le premier charbonnage à fermer avec le plan CECA en 1952. Les autres puits de la Grande Veine avaient déjà tous fermés au XIXème. Il fut relié au chemin de fer vers Saint-Ghislain en 1846, puis vers Thulin en 1856. En 1882, cette société  fut absorbée par la CUOM (supra).En 1905, 50 fours à coke y sont en activité. Il y existe une pompe souterraine pouvant refouler l’eau d’un seul jet de 552 mètres à la surface. 

??? Le puits des Andrieux, petit exploitation

Activités conjointes

D’autres activités étaient liées aux charbonnages, qui utilisaient du charbon ou pour fabriquaient du matériel :

  • Fours à coke dès 1855 à la Grande Veine et à Belle Vue (N°2 : 8 ; n°4 :53). Pour la production de gaz et de coke.
  • Usines chimiques:
    • carbonisation de noir animal (Tellier, 1851)
    • superphosphate (Faidherbe)
    • engrais chimiques (Faidherbe, 1903)
    • carbonate ammoniaqué (Bochon, 1870)
  • Corderies et vanneries dès 1450 à partir d’osier récolté à Elouges
  • Charrons pour la construction de véhicules destinés au transport (houille, chaux, céréales)

Les autres entreprises

  • Travail du métal (ferronnerie) et du cuivre, chaudronneries, ferblanteries
  • Travail du bois : menuiserie, scierie, tonnelier
  • Tanneurs, cordonniers, selliers-bourreliers
  • Une savonnerie

Carrières

  • De pierre à chaux et de marne, actives jusqu’à la fin du XIXème. Avec des fours à chaux, rue de Dour, dont le dernier s’est arrêté en 1967.
  • D’argile pour briqueteries (André)
Les voies de communication

A l’origine, Elouges n’était pas au bord d’une chaussée romaine, mais celle-ci ne passait pas bien loin et était sans doute reliée aux villas locales par des chemins praticables. Les villas étaient aussi reliées entre elles: celles d’Elouges, de Dour, d’Audregnies, de Thulin, de Quiévrain et de Montroeul-sur-Haine. On n’était ici pas très loin du vicus d’Hensies, couplé à l’embarcadère de Pommeroeul, sur la Haine.

Dès le VIIème siècle, on sait que les communautés mérovingiennes étaient assez nombreuses en vallée de Haine. Il y en avait une à Wihéries-Elouges. On en connaît d’autres à Quaregnon, au sud et à l’est de Mons (Ghlin, Cuesmes, Ciply, …). De plus, trois abbayes furent fondées : Crespin, Saint-Ghislain, Mons, sans parler de Condé, Haumont et Maubeuge. Des résidences royales existaient aussi à Valenciennes, peut-être à Wihéries et à Chièvres, et sûrement à Estinnes. Le comté (pagus) était administré à Famars (près de Valenciennes).

Tous ces centres devaient probablement être reliés entre eux par des routes qui desservaient au passage les communautés paysannes ou militaires, d’importance variable.

Elouges (cela révèle peut-être l’importance de l’endroit à cette époque) se trouvait au bord du “Vieux chemin de Binche” (ou du “Vieil Empire”). En fait, au départ, il reliait Famars et Valenciennes à Estinnes, en desservant les communautés franques du sud de la Haine et l’abbaye de Mons. Elouges fut aussi reliée aux abbayes de Crespin et de Saint-Ghislain.

Quelques siècles plus tard, si Famars et Estinnes perdirent leur importance, on vit apparaître d’autres centres importants: Valenciennes, Le Quesnoy et Binche. C’est pourquoi le Vieux Chemin de Binche devint le “Vieux chemin de Valenciennes à Binche”. Il passait l’Aunelle à Marchipont, rejoignait l’actuel centre de Baisieux, se dirigeait par le lieu-dit “Carochette” vers le sud du Mont d’Elouges et se continuait, par le “Plat-Pied” au sud de l’actuelle grand-route (qui n’existait pas alors!) vers Boussu et Hornu. Il était rejoint à hauteur d’Elouges par une autre voie qui venait du Quesnoy par Sebourg, Angre et Audregnies, chemin lui-même rejoint par un autre qui descendait de Roisin. Enfin, un autre chemin, venant de Valenciennes par Quarouble, passait à Quiévrain, au Saulçoir pour rejoindre le “vieux chemin de Valenciennes à Binche”.

Il paraît que ce chemin de Binche (ou du Vieil Empire – sans doute une appellation plus tardive) était dédoublé en gravissant le Mont d’Elouges pour éviter des rencontres de chariots allant en sens contraire, fait habituel chez les Romains. A cet emplacement, la partie supérieure du dédoublement est actuellement cultivé. Cette voie a disparu en de nombreux endroits, mais de nombreux tronçons subsistent, qui s’appellent  souvent « chemin ou rue de Binche ».

Les deux pôles du village d’Elouges se sont constitués à la fin de la période franque (entre le IXème et le XIème siècle). Ils étaient reliés en ligne droite entre eux, puis ils se sont étendus le long du ruisseau. Des voies transversales menaient vers les villages voisins :

  • Vers Crespin, l’actuelle rue de Quevauville
  • Vers Audregnies (ancien chemin du Quesnoy), devenue rue des Canadiens en 1919, suite à la libération d’Elouges en novembre 1918 par des soldats canadiens. Au bas de cette rue se trouvait une barrière de péage, avec un bureau.
  • Vers la seigneurie laïque de Dour, l’ancienne rue de Dour, devenue rue des Andrieux.
  • Vers la seigneurie abbatiale de Dour, le chemin de Cocars et la voie du Prêtre
  • vers Quiévrain, l’actuelle rue Victor Caudron, près de la gare. Ce chemin a disparu en grande partie. Il rejoignait la ferme seigneuriale du Saulçoir et entrait dans le village de Quiévrain par la rue de Dour. A mi-route, s’en détachait un autre chemin qui allait rejoindre le “Calvaire  des Six Chemins” situé à la limite Quiévrain-Hensies-Montroeul-Haine. A cet endroit existait le hameau de la Cattoire, aujourd’hui disparu. Ce chemin de Quiévrain croisait également un autre chemin qui reliait Saint-Ghislain au Quesnoy,  passant par les villages d’Hainin et de Thulin (rue d’Audregnies), et passait à l’ouest du Mont d’Elouges au lieu-dit « les profonds chemins » ou aussi « Cavée Bryelle » (cavin de Gabriel). Un moulin à vent y aurait existé.

L’intensification du trafic de diligences entre la Belgique et la France, et du transport du charbon, fit qu’on doubla l’ancien chemin de Valenciennes à Binche vers 1750 par une route pavée parallèle tracée quelques centaines de mètres plus au nord. Elle reliait Mons (et au-delà Bruxelles)  à Valenciennes. Elle était aussi appelée “route thérésienne”, car autorisée par l’impératrice Marie-Thérèse.

En 1758, la même impératrice octroya au mayeur, aux échevins et aux habitants d’Elouges le droit de construire une chaussée pavée depuis le corps de garde du village (« Marlière ») jusqu’à la chaussée Mons-Quiévrain, récemment construite. Cette chaussée fut construite par les Elougeois en pavés de Wihéries. Pour subvenir à la dépense, un droit de péage avec barrière fut affermé. Les Elougeois en étaient exemptés.

Il y avait plusieurs barrières sur le territoire d’Elouges :

  • un corps de garde à la « Marlière » où un employé percevait les droits de passage dus par les étrangers
  • un contrôle sur la route vers Audregnies-Roisin, au carrefour rue grande – rue de Dour – rue des Canadiens
  • une aussi au carrefour rue grande – rues Ferrer et Joseph Wauters

En 1868, on supprima les barrières sur les routes de l’Etat. En 1877, l’Etat reprit ses droits sur la route St Homme-Elouges-Roisin et supprima ce droit de chausséage. Les routes furent désormais entretenues par un fonds provincial. 

La Grand-Rue fut également pavée à cette époque et le Ruisseau (Rieu) fut canalisé et voûté sous cet axe au XIXème siècle. 

L’augmentation de la démographie fut surtout intense au XIXème et au XXème siècle. Des quartiers à Elouges se sont développés et le réseau initial des voies de communication s’est étoffé. Ainsi sont apparues la cité « Sainte Odile » en 1949, les cités ouvrières des rues François André (1924), Edouard André (1934), Paul Pastur, Cantineau (1954). 

Au XIXème siècle, le chemin de fer est venu compléter ce réseau, surtout pour le transport du charbon et des marchandises. C’est pourquoi des voies industrielles relièrent les sites miniers vers la gare charbonnière de Dour. Le transport des humains n’a pas été oublié, puisqu’une ligne venant de Mons par Dour fut aménagée en 1882 et prolongée d’une part vers Quiévrain et d’autre part vers Roisin et Bavay. Une gare fut alors construite.

Patrimoine 

Le château comtal

Pour Debove, il y eut deux châteaux à Elouges, correspondant aux deux noyaux villageois et aux deux paroisses. Du château comtal, au Val, on ne sait pas grand-chose. Il fut détruit et rasé en 1578 par les troupes françaises du duc d’Alençon, au moment du siège de Mons. La ferme Doye, du nom du dernier seigneur, aurait peut-être été reconstruite sur ses ruines.

L’autre château, au Monceau, fut tenu par les de Castellois entre autres. Il aurait pu disparaître au XIVème siècle déjà.

Eglise St Martin (d’Elouges au Val). Elle aurait changé plusieurs fois d’emplacement. A la place de l’actuelle, il y eut un édifice roman au XIIème siècle. Il fut rebâti en style néogothique en 1865, sur les bases  anciennes. De plan en croix latine, elle comporte une tour, trois nefs de cinq travées et un chœur à chevet plat. 

Eglise St Martin (d’Elouges au Mont ou du Monceau). On parle parfois de Monceau-Rosières. Elle aurait été construite à l’origine avec des matériaux provenant des villas romaines. Un second édifice fut reconstruit au XVème, puis un troisième en 1870. On y aurait retrouvé la trace d’inhumations datant de vers 900 (selon Debove) près de l’église, donc d’époque franque.

Chapelle du Bon Dieu. Elle se situe au croisement des chemins de Quiévrain et d’Audregnies. Elle fut bâtie en 1721 au milieu des champs, non loin du coron Faidherbe. Quelques années après, on construisit,  à proximité, un moulin à vent. Un petit habitat de quelques maisons est apparu en 1853 (actuelle rue des Canadiens). Cette chapelle contient une statue d’un Christ flagellé (Bon Dieu de Pitié) en bois polychrome du XVIIème, objet d’une vénération profonde au XVIIIème, principalement la nuit du 31 décembre. La chapelle fut détruite par les Allemands lors de leur retraite de 1918. La statue fut épargnée et reposée dans la nouvelle chapelle érigée en 1933 dans la même rue.

L’ermitage de Notre-Dame de Cocars. Il était situé dans un petit vallon du bois d’Epinois, aux confins de Dour, Elouges et Wihéries. Le site appartenait aux seigneurs d’Epinois depuis le XIème siècle (???). Ils y érigèrent une demeure. Cette famille était issue d’une branche cadette des Lalaing et des Enghien, alliée aux barons d’Athis et de Quiévrain. La résidence fut détruite lors d’un conflit familial pour un héritage. Le site fut réoccupé au XIVème par Ferdinand d’Epinois qui y fit bâtir une ferme-château. Celle-ci fut détruite par la foudre, à l’exception d’un petit oratoire dédié à la Vierge Marie. 

Cet édifice fut restauré par un frère de Saint-Ghislain et d’autres moines. Il en résulta une appellation fallacieuse d’ermitage. Cette petite institution dépendait d’une maison-mère de Fontaine-aux-Bois, près de Landrecies. L’ermitage fut placé sous le patronage de St Jean-Baptiste et St Antoine. La chapelle dépendait de la paroisse de Dour. En 1628, le chapelain Derodé, vicaire de Dour, y installa sa résidence. 

En 1661, les moines construisirent un pensionnat pour les enfants de la région, soit un bâtiment abritant une salle d’études, un réfectoire et un étage-dortoir pour les pensionnaires. Des élèves externes suivaient aussi les cours. Les « ermites », depuis 1720, avec la permission de l’évêque, se faisaient enterrer sous la chapelle castrale, dans une crypte. Ce qui fut interdit par l’empereur Joseph II. Le dernier moine mourut en 1818. L’enseignement continua encore jusqu’en 1842.

Des travaux importants furent engagés par le baron de Royer en 1842. Il fit abattre les bâtiments de l’école. La façade fut restaurée. Les armoiries des Royer y sont inscrites. En 1862, Charles-Ignace de Royer fit creuser une nouvelle crypte sous le chœur pour les membres de sa famille. Des pèlerinages furent organisés à Notre-Dame-au-Bois. Cette chapelle est la seule subsistance aujourd’hui de cet ancien domaine.

Pierre d’Or. Il s’agit d’une habitation se situant à la limite entre Hainin, Thulin et Elouges. Un boulet de canon est scellé dans le mur  en souvenir d’une bataille qui eut lieu le 4 novembre 1792 entre Autrichiens et Révolutionnaires Français sur les terres situées entre ces villages. Un moulin se trouvait à côté, et plus bas, « l’auberge des trois fillettes » et celle de « Belle Croix » (au croisement entre le vieux chemin de Mons à Valenciennes et la voie descendant de Pierre d’Or vers Thulin). Il y avait là les terres de la Capellerie (lieu-dit près de l’ancien café du Bleuet). A proximité passe le ruisseau Séquisse, descendant de Dour entre Hainin et Thulin. Il était longé par un petit chemin, « la Voie des Croix » (emprunté par la Procession des Rogations).

Bibliographie

Elouges, ses antiquités et son histoire – Charles Debove, 1885

Recherches historiques sur les communes du canton de Dour, Debove, 1860

Histoire d’Elouges – G. Mulpas, Impr. Manteau, Thulin, 1968

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *