Eugies

Entité communale de Frameries

Le territoire

Superficie: 821ha

Altitude: moyenne de 130 m (entre 64 et 144m)

Situation géographique : Village situé sur le plateau du Haut-Pays (ou de Bavay).

Cours d’eau : le Rieu du Coeur, qui prend sa source au lieu-dit “Le Moulin”, puis crée un petit vallon plus prononcé, dû à un ancien débit plus puissant, avant de passer entre les villages de La Bouverie et de Pâturages. Les ruisseaux du Temple et du Rogneau sont situés en partie sur Eugies (à l’est).

Paysage préhistorique (après la dernière période glaciaire) : forestier

Nature du sol : limoneux, argileux (riche en carbonate de chaux)

Nature du sous-sol : pierre (grès, schiste) affleurant au Champ de la Haute-Borne, du côté de la rue Baudouin et de la rue des Déportés.

Eugies est traversé par l’anticlinal houiller et la Grande Faille du Midi d’ouest en est, là où se côtoient deux types de couches : le terrain houiller (déposé au carbonifère) et le massif rocheux (déposé au dévonien).

Préhistoire

Néolithique (Homo Sapiens) :

Deux lieux-dits du village ont pour nom « Haute Borne » et « Haute et Bonne » qui pourraient évoquer la présence jadis de menhirs, dont on n’a trouvé aucune trace à ce jour.

Antiquité gallo-romaine

Seule l’étymologie du nom d’Eugies peut faire penser à un passé gaulois sur son territoire, mais aucun vestige de cette période, ni de la période gallo-romaine qui suit, ainsi que de la période franque, ne semble avoir été découvert à ce jour.

Et ce malgré la proximité d’une chaussée romaine (Sars-la-Bruyère et Genly).

Le site web de la commune de Frameries évoque cependant la découverte au lieu-dit « La cave de l’ermite » de pièces de monnaie des empereurs Valérien et Galien, datant du  milieu du IIIème siècle. Il est possible que çà ait été un « trésor caché » (encore que ce terme n’ait pas été écrit) par les propriétaires d’une villa voisine, peut-être sur le territoire d’un village voisin, au moment des premières invasions barbares en Gaule du nord. Aucune structure d’habitat n’a été révélée, ni aucune nécropole pour le premier millénaire de notre ère.

Premier Moyen-Age (période franque mérovingienne et carolingienne)

Non documenté.

Deuxième Moyen-Age – le village

Première mention: 1167

Toponymie (anciennes orthographes) :

  • Iwegnies, 1167 (charte de Sainte-Waudru, le texte le plus ancien connu)
  • Eugiis, 1167, 1194, 1201 (cartulaires)
  • Iwigiis, 1171 (charte de Sainte-Waudru)
  • Eugies, 1181 (id)
  • Euigiis, 1201 (id)
  • Eugiae, 1201
  • Ugiis, 1219
  • Ugies, 1300, 1327
  • Wigies, XIVème
  • Uigies, 1420 (cartulaire des comtes de Hainaut)
  • Wigies, 1440
  • Eugy, XVIème

Etymologie (hypothèses d’origine du nom) :

  • Aequisius, correspondant à un nom de personne (Carnoy)
  • Euchies, du latin –chia, voulant dire caverne, cabane, chaumière (Chotin)
  • Widgies (Eugies en patois borain) venant de widié, sortir
  • le suffixe –gies (roman picard), du gaulois –iaca, transformé en iacus latin, désignant la propriété (très courant en Hainaut dès le XIIème siècle)
  • le préfixe –Eu, pouvant être lié à un personnage : Iwo, Wis, Wion
  • Eusiacas, Eugiacus, demeure d’Esus, dieu gaulois (André)

Epoque de son apparition: XIIème siècle (?)

Facteurs ayant favorisé son émergence :

voies de communication: pas de voie importante sur le territoire même d’Eugies

sources d’eau ou cours d’eau: les ruisseaux évoqués plus haut

source de bois: une grande partie du territoire était boisé, faisant partie de la Forêt Charbonnière, qui a été défrichée, et qui a laissé quelques vestiges (comme le Bois de Colfontaine)

proximité d’un lieu de pouvoir:

Paroisse dédiée à Saint-Remy (évêque de Reims au VIème siècle)

Evêché: de Cambrai (jusqu’en 1804), puis de Tournai ensuite

Décanat/doyenné: Mons

Autel (dîmes, entretien de l’église, nomination des officiants) donné au chapitre Sainte-Waudru de Mons en 1167 par l’évêque Nicolas de Cambrai. Ce qui fut confirmé par le pape Lucius III en 1182.

Répartition des pouvoirs pendant la période féodale

Autorité supérieure: comté de Hainaut

Autorité sous-jacente (administrative et judiciaire): la prévôté de Mons

Seigneuries et fiefs

Le territoire fut partagé en plusieurs domaines seigneuriaux:

  • la seigneurie principale
  • le fief de Colfontaine (voir Pâturages) qui autrefois faisait partie de la commune d’Eugies
  • un fief appartenant au chapitre Sainte-Waudru
  • La seigneurie de la Bassée, fief ample relevant de la baronnie de Quiévrain, puis de la principauté de Chimay (de Croÿ), puis de diverses familles. C’était une exploitation agricole (rue du Coron). On y trouva une carrière de pierres et un four à chaux
  • Fief de Courtejoye, seigneurie foncière, connue à partir de 1500
  • Fief de Champret, citée au XVIIIème
  • Fief du bois d’Elval
  • Fief de la Tourelle
  • Des petits fiefs dépendant directement des comtes de Hainaut : fief Robin, fief de Brillon

La seigneurie principale

Il s’agissait d’un domaine appartenant aux comtes de Hainaut. Ceux-ci le cédèrent en fief lige à des familles qui se succédèrent au fil des siècles. Les seigneurs purent exercer les trois justices, réclamer des corvées et prélever les redevances. Ceux qui séjournèrent à Eugies (ou du moins leurs représentants) habitaient à la ferme de Maskeau, dont il reste quelques éléments. Cette seigneurie avait son maire, héréditaire au début, et ses échevins.

Le premier seigneur connu d’Eugies, fut Fastré de Ligne ( ?-1227), suite à un échange de domaines seigneuriaux avec la comtesse Jeanne (1202-1244) au début du XIIIème siècle. Les informations sont, semble-t-il assez partielles. Les Ligne s’appelant Fastré sont assez nombreux, un par génération à cette époque-là. Celui qui a le plus de chance d’avoir été le seigneur d’Eugies pourrait être un fils cadet de Gauthier I de Ligne, qui était au service des comtes Baudouin V, Baudouin VI, Ferrand et Jeanne. Ce Fastré était aussi chevalier et seigneur de Montroeul-sur-Haine. Il ne semble pas avoir eu de postérité. Montroeul fut hérité par son frère aîné Gauthier II, époux de Marguerite de Fontaine. Il n’y a pas de mention d’Eugies à son propos. On pourrait penser que la seigneurie d’Eugies revint au domaine comtal.

Les Ligne étaient liés aux Condé et aux Fontaine. A la même époque, en 1219, Gauthier III de Fontaine devint propriétaire du domaine de Colfontaine (bois), qu’il donna à son beau-frère Godefroid de Condé, évêque de Cambrai (infra).

Le deuxième seigneur connu est Jean « Saussé » de Boussoit (1279, Boussoit-1344), fils de Jacques de Boussoit. Ecuyer, puis chevalier au service des comtes. Seigneur de Boussoit, de Bois d’Haine, de Marpineau, de la Motte. Seigneur de Ploych par achat en 1296. Il est cité comme seigneur d’Eugies en 1327. Achat ou fief reçu du comte ? Il n’eut pas d’héritier mâle. S’il légua Boussoit à son cousin, on ne sait rien du sort d’Eugies, sans doute à nouveau revenu dans les possessions comtales, pour être remis à:

Jan Aeleman (1320-1359(?), Valenciennes). C’est un fils bâtard du comte Guillaume I « le Bon » d’Avesnes et d’une maîtresse hollandaise. Seigneur de Denain. Il est cité en 1367 comme seigneur d’Eugies, soit par achat, soit par don pour service rendu. Il l’est aussi pour Noirchain. Chevalier. Grand bailli des bois. Grand bailli de Hainaut (1356-1378). Il eut deux enfants, mais aucun n’est renseigné comme seigneur d’Eugies. Comme dans les cas précédents, il est probable que le régent Aubert de Bavière l’ait remis dans le domaine comtal.

A partir des seigneurs suivants, on trouve une véritable continuité:

Gilles d’Arnemuiden (1388, Liège-1438). Seigneur d’Arnemuiden (en Zélande), d’Inchy et d’Eugies, mentionné dès 1410. Son père ne semble pas  avoir possédé les lieux. Il pourrait donc s’agir d’un achat ou d’un don pour services rendus. Chevalier au service des comtes de Hainaut, Hollande et Zélande, peut-être aussi de Philippe le Bon. De son épouse Marie Chabot, il eut Marguerite d’Arnemuiden (1410-1447), dame héritière d’Eugies. Celle-ci épousa  Colard II de la Clyte (1375, Renescure-1453), fils du gouverneur de Lille, bailli de Flandre, avec qui elle eut un fils:

Philippe de Comines/Commynes (1440, Renescure – 1511). Orphelin de père et mère à 13 ans, il fut recueilli par son cousin Jean de Comines, dont il prit le nom. Il devint un érudit. Il entama une carrière diplomatique en 1464 et fut attaché, comme écuyer, par Philippe le Bon à la personne de Charles le Téméraire. Il devint chambellan de celui-ci. Mais il prit le parti du roi de France Louis XI qu’il conseilla. Il était seigneur d’Argenton, de Talmont et de Berrie. Il est cité en 1497 comme seigneur d’Eugies, par héritage de sa mère. Il est surtout connu comme chroniqueur, auteur de la vie de Louis XI. Il épousa Hélène de Chambes, dame d’Argenton, dont il eut Jeanne de Comines (1485-1513), qui épousa:

René de Brosse « de Bretagne » (1480-1524, Pavie). Fils de Jean III de Brosse de Penthièvre.  Comte de Penthièvre. Vicomte de Limoges et de Bridiers. Seigneur d’Aigle, de Boussac, de St Sévère, … et d’Eugies par mariage. Il fut tué à la bataille de Pavie, au service de Charles Quint contre François Ier. Ses terres de France avaient été saisies par ce dernier. Il contracta trois mariages et eut plusieurs enfants, dont:

Jean de Brosse « de Bretagne » (v1510-1565, Lamballe). Comte de Penthièvre. Duc d’Etampes. Gouverneur de Bretagne. Il hérita de son père  la terre d’Eugies, qu’il vendit ensuite.

Thierry Du Mont (1480-1553). Conseiller souverain du Hainaut. Bailli portatif du Hainaut en 1533. Seigneur d’Eugies par achat entre 1524 et 1530. Il la revendit dès 1534.

A partir de cette date, Eugies restera dans la famille de Gavere jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Il s’agissait en fait d’une branche cadette (Gavere-Frésin), détachée de l’aînée au XVème siècle.

Jacques de Gavere (1465, Frésin dans le Luxembourg-1537, Mons). Il est le fils de Godfried van Gavere et de Maria van Ghistel. Il fut seigneur de Frésin, d’Ollignies et acheta la seigneurie principale d’Eugies en 1534. Au service de Philippe le Beau, puis de Charles-Quint, il fut grand bailli  et gouverneur de Hainaut. Lui succédèrent:

Louis de Gavere ( ?-1560, Mons), fils du précédent

Charles de Gavere (1525/1526-1611), fils aîné du précédent

Jean Charles de Gavere (154-1629), fils du précédent

D’Adrien de Montigny (fin XVIème)

Albert de Gavere (1597-1646, Madrid), fils cadet du précédent

Charles « don Carlos »  de Gavere ( ?-1693), fils du précédent. Mort sans postérité.

Rasse François de Gavere ( ?-1752), cousin du précédent

Frédéric Hyacynthe Joseph ( ?-1725), fils aîné du précédent. Sans postérité.

Charles Emmanuel Joseph de Gavere ( ?-1773), frère cadet du précédent

François Joseph de Gavere (1737-1797). Il mourut à Vienne en 1797, déchu de ses droits féodaux par les Révolutionnaires en 1795.

Commune 

Le village d’Eugies résulte en 1726 de la réunion du centre (Petit-Eugies) et de deux lieux-dits, le Culot à l’orée du Bois de Colfontaine et l’Aisette proche de La Bouverie.

Ces lieux-dits, apparus au XVIIème siècle, se sont développés au XIXème, suite à l’installation de mineurs travaillant dans les fosses proches.

Carte de Ferraris (XVIIIème)
Période française (1794-1814)

Fin de l’Ancien Régime féodal en 1794

  • Département: Jemappes
  • Canton: Pâturages
Répartition des pouvoirs pendant la période contemporaine (à partir de 1814)
  • Etat: Belgique
  • Province: Hainaut
  • Arrondissement administratif: Mons
  • Arrondissement judiciaire: Mons
  • Canton: Pâturages
  • Entité communale depuis 1977: Frameries
Evénements et faits marquants sur le sol de la commune

Le 4 novembre 1792, en marge de la bataille de Jemappes, le général français d’Harville s’empara d’Eugies, de Genly et de Noirchain, puis de Ciply. Dumouriez installa son QG à la Court de Wasmes. La bataille de Jemappes eut lieu le 6.

Economie

Elle fut longtemps agricole. Pendant tout le moyen-âge, les paysans d’Eugies menaient leur bétail au pacage sur les « Pâturages Communs » (actuel territoire de Pâturages), appartenant au chapitre montois de Sainte-Waudru. Mais les conflits se succédant aux conflits, surtout quand, au XVIIème et au XVIIIème, de nombreux étrangers vinrent s’y installer pour travailler dans les exploitations minières, on finit par partager les pâturages en 1729 entre les villages qui avaient droit de pacage, soit ceux de Quaregnon, ceux de Jemappes-Flénu, ceux de Frameries-La Bouverie et ceux d’Eugies. Au centre, fut délimité un nouveau village : Pâturages.

Les hameaux du Culot et de l’Aisette (soit 200 bonniers de terre), éloignés de l’actuel centre du village, faisaient partie de cette transaction. Ce qui explique le caractère plus ouvrier de ces quartiers, en comparaison au centre, plus rural et aéré.

Quelques fermes sont encore en activité de nos jours.

Les métiers liés à l’agriculture

Il semble que sont mentionnés des moulins au XVIII-XIX-XXème siècles, mais il est certain que d’autres ont existé dès le moyen âge.

  • Le moulin à vent communal entre 1788 et 1899, rue du Moulin (actuelle chapelle Notre-Dame de Lourdes)
  • Le moulin à eau Piérart, à l’angle de la rue Churchill et de la Cavée, sur un bief venant du Rieu du Cœur (1847-début XXème). Il est probable qu’il succéda, à cet endroit, à des moulins plus anciens, vu la configuration favorable du lieu.

On note une tannerie au XIXème. Ainsi que plusieurs brasseries (Comiant, Fontaine, A la Bonne vôtre)

Exploitation du sous-sol

L’argile du sol s’y prêtant, on a constuit dans le village des briqueteries et une fabrique de tuiles.

Le grès, notamment schisteux, fut extrait dans le bois au XIXème. On en faisait des pavés. Ce fut le cas aussi au « Champ de la Haute Borne ».

On exploita une carrière de pierres à chaux et de construction dans le domaine de Colfontaine dès 1759. Elle alimentait des fours à chaux. On connaît l’existence au XVIIIème siècle d’un four à chaux au Petit-Eugies, près de l’église, et un autre dans le bois de Colfontaine.

Il semble que vers 1650, on chercha déjà de la houille en surface dans le prolongement des couches du sud de Wasmes et de Dour. Il faut cependant attendre 1838, puis 1908, pour réaliser des sondages plus profonds, à l’initiative de la Compagnie des Charbonnages Belges de Frameries. Ce fut le cas à la lisière nord-ouest du bois de Colfontaine. Le sous-sol ne se prêta pas à cette exploitation à cause de l’anticlinal houiller qui aurait obligé à creuser plus profond (1450m) que dans les communes boraines.

Par contre, les quartiers à l’ouest du village se sont développés, dès la fin du XVIIIème siècle, avec l’arrivée de mineurs allant travailler dans les villages voisins.

Autres entreprises

  • Des saboteries
  • Des ateliers de chaussures, comme dans les communes voisines de Frameries et La Bouverie
  • Une fabrique de cierges et de bougies (1840-1930)
  • Une savonnerie

Aujourd’hui, Eugies est un village essentiellement résidentiel.

Un dépôt du TEC y est installé.

Voies de communication

Eugies est un peu à l’écart des grandes voies de communication antiques et médiévales, ce qui explique sans doute la naissance (selon les documents connus) un peu tardive du village.

Ce n’est qu’alors que des chemins l’ont relié à Frameries, à Sars et aux grands pâturages.

La route de Frameries vers la France fut tracée en 1847 sur une voie plus ancienne.

Eugies fut desservi par des trams, entre la fin du XIXème et la deuxième moitié du XXème, puis par des lignes d’autobus.

Patrimoine

Ferme du Maskeau (Mareskiel). C’est l’ancienne cense des seigneurs d’Eugies. Le nom dérive du terme « maréchal », titre porté par quelques-uns des seigneurs.

Eglise St Rémy. Bâtie au XVIème siècle en gothique, elle est refaite vers 1717 en style classique. Chaire de vérité Louis XV en chêne sculpté.

Chapelle Notre-Dame du Coron. Bâtie en 1687, à l’initiative du seigneur Charles de Gavere. Elle contient une statue en bois de la Vierge, réalisée en 1845. Elle fut l’objet d’un pèlerinage, supprimé à la fin du XXème siècle.

Maison Communale. De style néo-classique, 1865. Transformée en salle d’exposition et siège de la Maison de la Mémoire depuis la fusion communale.

Pavillon de chasse. Au sud de la forêt, dans une ancienne propriété d’Henri Degorge. 1855.

Bibliographie spécifique

Eugies dans l’histoire, Albert André, Publication du Cercle d’histoire et d’archéologie de Saint-Ghislain, 1980

 

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