Houdeng-Aimeries

Entité communale de La Louvière

Le village s’est appelé « Houdeng » jusqu’en 1441. Il prit ensuite le nom de Houdeng-Aimeries.

Le territoire

Superficie: 782 ha

Altitude: de 110 à 125 m

Situation géographique : 

Ce village est né sur le versant nord de la vallée de la Haine en bordure du plateau du Brabant.

Cours d’eau : le Thiriau

Paysage préhistorique (après la dernière période glaciaire) : région boisée (Forêt Charbonnière)

Nature du sol : limoneux

Nature du sous-sol : grès, houille

Préhistoire

Vestiges non précisés

Antiquité gallo-romaine

A Bosquetville, on a découvert quelques vestiges (céramique, tuyaux en terre cuite) insuffisants pour conclure à un type précis d’habitat.

Premier Moyen-Age (période franque mérovingienne et carolingienne)

Non documentée.

Deuxième Moyen-Age – le village

Première mention: Les premières mentions de Houdeng apparaissent au XIIème siècle, dans le cartulaire de Saint-Denis (1100-1119).

Toponymie (anciennes orthographes) : Le mot Houdeng ne s’écrivit comme tel que dans une charte de 1400. Mais on l’écrivit autrement bien avant.

  • En 1119, Hosden
  • En 1157, Houdenc
  • En 1158 et 1168, Hosdaing
  • En 1190, Hosdenc
  • En 1191, Hosdain
  • En 1203, Hosdaing
  • En 1306, Hosdeing
  • En 1612, Houdez
  • Houdain
  • En 1779, Houdé.

Etymologie (hypothèses d’origine du nom) :  Ce nom est roman, langue officialisée en 813. Il n’a aucune consistance latine ni celtique. Le site villageois n’est donc pas antérieur à cette date, même si le territoire était sans doute habité auparavant. Les significations qu’on lui donne sont :

  • le radical Hos-, hou-, hous rappelle le bas latin hossura qui signifie «  le houx »
  • la lettre « d » intercalée est présente par euphonie ou par abus
  • les suffixes –ein, –ain, –en, -eng, -aing aussi présents dans le bas-latin expriment l’idée d’une réunion d’objets de même espèce (J.Monoyer).

Houdeng aurait été, selon cette hypothèse, un endroit couvert de houx.

Houdeng pourrait aussi provenir de hout et heim signifiant « demeure dans les bois » (Chotin), ce qui correspondait à l’aspect médiéval du paysage.

Certains pensent plutôt qu’Hosdenc vient du vieux bas francique Husiden qui signifie « maison sur une hauteur ». Huis en néerlandais signifie « maison »

« Aimeries » fut ajouté vers 1441 par le seigneur du lieu, Nicolas Rollin, aussi seigneur d’Aymeries-lez-Berlaimont (département du Nord). En fait il s’agissait de distinguer sa seigneurie de celle que les seigneurs du Roeulx possédaient sur Houdeng.

Epoque de son apparition: au XIème ou XIIème siècle

Facteurs ayant favorisé son émergence :

voies de communication: pas de voie antique ni médiévale d’importance, hormis un probable chemin entre Le Roeulx et Morlanwelz

sources d’eau ou cours d’eau: le Thiriau

source de bois: région boisée

proximité d’un lieu de pouvoir: château seigneurial

Paroisse dédiée à Saint-Jean-Baptiste

Evêché: de Cambrai (jusqu’en 1804), puis de Tournai ensuite

Décanat/doyenné: Binche

Autel (dîmes, entretien de l’église, nomination des officiants) donné à  l’abbaye de Saint-Denis-en-Broqueroie par l’évêque Burchard de Cambrai en 1119.

Répartition des pouvoirs pendant la période féodale

Autorité supérieure: comté de Hainaut

Autorité sous-jacente (administrative et judiciaire): baillage du Roeulx

Seigneuries et fiefs

Dans cette région, la plupart des domaines d’époque carolingienne appartenaient aux comtes de Hainaut au moment de la constitution des villages et du début de la féodalisation. Une partie autour du Roeulx (« Terre du Roeulx ») fut donnée à une famille qui porta le nom du lieu. Elle démembra une part de ce grand territoire en accordant des fiefs (villages et biens fonciers) à quelques familles locales. Ce fut le cas pour le village voisin de (Houdeng)-Goegnies. Quant aux comtes, ils firent de même sur les territoires qui relevaient de leur juridiction.

Sur l’actuel territoire d’Houdeng-Aimeries, on comptait plusieurs fiefs et seigneuries :

  • La seigneurie principale (infra)
  • Des biens relevant de la terre du Roeulx, rattachés à la juridiction civile de Goegnies.
  • Des fiefs attribués à diverses périodes à des institutions religieuses
    • Abbaye Saint-Feuillien du Roeulx
    • Abbaye d’Aulnes
    • Abbaye de Saint-Denis-en-Broqueroie
    • Abbaye de Bonne-espérance.

Quant à la seigneurie principale de Houdeng (Aimeries), elle étendait sa juridiction sur les arrières-fiefs qu’étaient les villages de Saint-Vaast, de Mignault et de Haine-Saint-Paul.

Famille de Houdeng

Elle apparait dès la fin du XIème siècle. Plusieurs personnages sont cités dans divers documents d’époque, sans qu’il ne soit nécessairement écrit s’ils étaient seigneurs des lieux ni quels liens de parenté les reliaient. Les généalogies online ne sont pas claires non plus sur ce sujet.

  • Hubert de Houdeng, le premier personnage cité vers 1100, au service du comte Baudouin II ou de son épouse Ida.
  • Allard de Houdeng, cité en 1119, lors de la donation de la paroisse de Houdeng à l’abbaye de Saint-Denis-en-Broqueroie par l’évêque de Cambrai.
  • Guidon de Houdeng, cité aussi la même année, dans une donation de biens à l’abbaye d’Aulne
  • Wauthier de Houdeng et son fils Allard de Houdeng, cités dans une donation à la même abbaye, acte ratifié par le comte Baudouin IV.
  • Raoul de Houdeng fut un  auteur de romans de chevalerie et un trouvère renommé, à l’époque du comte Baudouin V.
  • Simon de Houdeng, chevalier, cité avec sa mère, en 1200 et 1203 dans des actes de donation l’abbaye de Saint-Denis.
  • Un autre Guidon de Houdeng, chevalier, aurait accompagné le comte Baudouin VI à la quatrième croisade. Il en serait revenu.
  • Nicolas de Houdeng, chevalier, ami et conseiller du comte Jean d’Avesnes. Ce dernier aurait accru ses possessions en lui offrant le fief de Saint-Vaast à Houdeng, ainsi qu’un autre à Epinois. Il aurait acheté en 1294 le Bois-de-Luz (futur Bois-du-Luc ») à Jean de Goegnies. Il possédait un hôtel à Mons, qu’il légua en 1309 aux magistrats de la ville pour en faire un hôpital. Le jardin de cet établissement fut converti en un établissement d’instruction publique : le « Collège de Houdain ».
  • Son fils, Nicolas de Houdeng, fut conseiller de la comtesse, Marguerite de Bavière.
  • Cette famille aurait disparu en 1336.

Le domaine d’Houdeng revint dans les possessions du comte de Hainaut. Vers 1340, le comte Guillaume II d’Avesnes l’octroya aux Walcourt, qui détenaient la charge héréditaire de maréchal de Hainaut. Ce titre semble alors passer au propriétaire de la seigneurie d’Houdeng.

Maison de Walcourt

  • Le bénéficiaire en fut Thierry de Walcourt « de Rochefort » ( ?-1345), fils du seigneur de Walcourt et de Rochefort, qui était aussi comte de Montaigu.
  • Ces titres et ces biens passèrent à son fils. Ce dernier était au service du comte Guillaume II, avec qui il alla soumettre une révolte des Frisons en 1345. Leur armée fut écrasée à la bataille de Staveren où ils moururent tous les deux.
  • Son fils Jean de Walcourt ( ?-apr1356) lui succéda.
  • Il n’eut qu’une fille, Marie.

Maison d’Abcoude de Gaesbeeck

  • En épousant Marie de Walcourt ( ?-1402), Guillaume d’Abcoude, seigneur d’Abcoude et de Gaesbeeck, devint, entre autres, seigneur de Houdeng.
  • Ils léguèrent leurs biens à leur fils Sweeder III van Abcoude ( ?-1400).
  • Celui-ci les transmit à son fils Jacob (Jacques) van Abcoude van Gaesbeeck (1391, Bruxelles-1459, Utrecht), baron au  service du duc Jean IV de Brabant, puis de Philippe le Bon. Endetté, il dut vendre quelques biens, dont Houdeng, en 1441.

Maison Rolin

Le chancelier Rolin, par Van Eyck

C’est un autre personnage, très proche du duc Philippe « le Bon » de Bourgogne, puisqu’il en était le conseiller et le chancelier, Nicolas Rolin (1376-1462), qui acheta la seigneurie haute-justicière de Houdeng et ses dépendances (fiefs de Saint-Vaast, de Mignault, d’Erbaut et de Haine-Saint-Paul).

Issu de la haute bourgeoisie d’Autun en Bourgogne, grâce à ses hautes fonctions, Nicolas Rolin s’enrichit, acheta de nombreux domaines et se montra un grand mécène. Il fut le fondateur des Hospices de Beaune. Il avait acquis la seigneurie d’Aymeries près de Berlaimont et du Quesnoy. Avec la seigneurie de Houdeng, il devenait maréchal héréditaire de Hainaut. Avec celle de Raismes, aussi achetée, il obtenait le titre héréditaire de grand veneur du Hainaut. Il fut convenu alors que la seigneurie d’Houdeng, avec l’enclave de Goegnies-lez-Houdeng, réunies, se dénommerait désormais « Houdeng-Aimeries » pour distinguer l’étendue de sa juridiction de celle du Roeulx.

  • Son fils Antoine Rolin (1424-1497, Aymeries) lui succéda dans ses domaines du Hainaut. Il fut au service de Charles le Téméraire, puis de Marie de Bourgogne et de l’archiduc Maximilien d’Autriche.
  • Puis ce fut son fils Louis Rolin (v1447-1528, Marly) qui obtint les mêmes biens et titres, lui-même au service des mêmes personnages. Il n’eut pas d’enfant légitime.
  • Son cousin Georges Rolin (v1491-1566, Valenciennes) hérita tous ses biens et titres.
  • Ce dernier n’eut qu’une fille Anne Rolin (v1535-1603), qui, malgré deux mariages, n’eut pas d’enfant. Elle légua ses biens qu’elle partagea entre deux nièces, dont Jeanne Rolin en ce qui concerne Houdeng.

Famille le Danois

  • Charles le Danois ( ?- ?), gentilhomme du duc de Lorraine, il hérita de Houdeng et des titres afférents par son mariage en 1560 avec Jeanne Rolin ( ?-1626).
  • Ils les transmirent à leur deuxième fils Jean le Danois ( ?-1627). Lui succédèrent :
  • Joseph François le Danois « de Neufchâtel »( ?-apr1685), son fils. Seigneur de Houdeng et de Raismes. Vicomte de Hainaut. Grand maréchal héréditaire de Hainaut. En tant que haut justicier, il octroya en 1685 la concession d’exploitation du sous-sol aux « comparchonniers du Grand Conduit » contre un cens (location) et un entre-cens (pourcentage sur les ventes de charbon).
  • François Marie le Danois, fils aîné du précédent, qui ne se maria pas.
  • Jean François le Danois, son frère. Ce dernier vendit en 1740 la seigneurie haute justicière de Houdeng, ainsi qu’une partie de ses droits de charbonnage. Il quitta la région. Il garda le titre de maréchal héréditaire de Hainaut, mais la famille suivante le récupérera.

Famille Biseau

  • Nicolas François Joseph de Biseau de la Motte ( ?-1774), déjà seigneur de Bougnies, acquit Houdeng.
  • Son fils Antoine François de Biseau (1735-1785) lui succéda. N’ayant pas de postérité, il légua ses biens à sa sœur, Marie Françoise.

Famille de Wavrin-Villers

Alphonse François de Wavrin ( ?-1802), fait marquis de Wavrin en 1767 par le roi Louis XV, était aussi baron de Villers-au-Tertre et du Saint-Empire.  Il devint vicomte de Houdeng et grand maréchal de Hainaut en épousant Marie Françoise Eugénie Louise Ursule de Biseau (1746-1817).

La féodalité se termina avec eux. Leurs titres disparurent. Ce sont leurs enfants et leurs successeurs qui hériteront des propriétés mais aussi des quatre dixièmes de part de charbonnage de Bois-du-Luc qui étaient dans la famille, rachetés aux le Danois.

Carte de Ferraris (XVIIIème)
Période française (1794-1814)

Fin de l’Ancien Régime féodal en 1794

  • Département: Jemappes
  • Canton: Le Roeulx
Répartition des pouvoirs pendant la période contemporaine (à partir de 1814)
  • Etat: Royaume des Pays-Bas (1814-1830), puis Royaume de Belgique
  • Province: Hainaut
  • Arrondissement administratif: Soignies
  • Arrondissement judiciaire: Mons
  • Canton: Le Roeulx
  • Entité communale depuis 1977: Le Roeulx
Evènements et faits marquants sur le sol de la commune

Lors des guerres de Louis XIV, les campements et passages des troupes armées entraînèrent de lourds dommages pour Houdeng et les villages avoisinants.

Economie

Elle fut essentiellement consacrée à l’agriculture et l’élevage pendant longtemps.

Exploitation houillère

La chronique de l’abbaye de Bonne Espérance dit qu’en 1299 on y exploitait déjà la houille. Gilles I du Roeulx permit à l’abbaye de Bonne-Espérance d’extraire du charbon pour ses possessions de Houdeng et Goegnies (un des premiers documents prouvant l’exploitation de la houille dans l’actuel bassin du Centre).

En 1685 fut créée la « Société du Grand Conduit et du Charbonnage d’Houdeng ». Les couches superficielles, jusque-là exploitées, s’épuisaient. Il fallait creuser plus en profondeur, mais aussi résoudre le problème des inondations des puits. Dans un premier temps, on aménagea en profondeur (une trentaine de mètres) une canalisation en troncs de chênes évidés pour évacuer l’eau vers le Thiriau qui passait en contrebas. Ce stratagème permit de multiplier les fosses.

En 1779, les concessionnaires firent installer la première machine à feu de la région du Centre. Elle permit de creuser jusqu’à 112m.

En 1807, ils mirent en route une des premières machines à vapeur d’Europe. Cette année-là la société devint la « Société du Bois du Luc ».
A cette époque, on comptait cinq puits. La société continua d’investir dans de nouveaux équipements technologiques. Elle racheta les charbonnages de Trivières, de la Barette (Houdeng-Goegnies), de Saint Denis ainsi que ceux d’Obourg et d’Havré. Par la suite, elle fit creuser quatre nouveaux puits : le Saint Patrice, le Saint Charles, le Saint Emmanuel et le Saint Amand.

La société exploitait alors une concession de 6.000 hectares. Elle devint la « Société Civile des Charbonnages du Bois du Luc, la Barette, Trivières, Saint Denis, Obourg et Havré ». Avec la fosse Saint-Emmanuel sur la rive gauche du Thiriau, ouverte en 1846, elle atteignit de très hauts rendements, en creusant à plus de 500m.

Puits Saint-Emmanuel

De 1838 à 1853, la société fit construire la cité de Bosquetville (corons), un ensemble de 162 maisons ouvrières,  auxquelles on ajouta des magasins, des cafés, une salle des fêtes, un kiosque, une église Sainte-Barbe, une école et un hôpital. On favorisa les mouvements associatifs. Reprenant ainsi l’exemple du Grand Hornu construit vers 1830. Ce site a été restauré et figure au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Cité du Bois-du-Luc vers 1850

En 1846, on construisit un premier four à coke.

Un chemin de fer privé industriel fut aménagé en 1855.

Dans les années 1930, le Bois du Luc fut victime de la crise. Elle perdit la totalité de ses bénéfices avant de finalement redresser la situation quelques années plus tard. Mais par manque de rentabilité, la société dut fermer ses puits en 1959, à l’exception du siège du Quesnoy à Trivières qui fonctionna jusqu’au 15 juin 1973, date de la fin de la société. Ce fut le dernier charbonnage à fermer dans le bassin du Centre.

Autres entreprises :

  • Verreries
  • Fonderies
  • Constructions métalliques, dont l’atelier Eidenschenck, fondé en 1932 par Charles Eidenschenck, fils d’un ouvrier alsacien, du même nom, arrivé ici en 1893. 
Voies de communication

Au milieu du XIXème siècle, on construisit le Canal du Centre qui desservit toutes les entreprises de la région.

Ascenseur n°2

En 1986, on installa « Garocentre », une plateforme multimodale (eau-route-rail) pour les échanges économiques internationaux.

Patrimoine

Eglise St Jean Baptiste. Erigée en 1779, elle est de style semi-classique. 

On pense que la ferme de la Tourre située à proximité de l’église était le manoir de la famille de Houdeng. Cette ferme possédait une tour de guet puis élément d’ornementation.

Bibliographie

Le site http://chemin-des-loups.skynetblogs.be/ m’a beaucoup aidé pour constituer les chapitres consacrés aux villages de La Louvière.

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