5. Installation des Homo Sapiens

Paléolithique supérieur

C’est à Maisières que l’on trouve les traces les plus anciennes d’Homo Sapiens dans la vallée de la Haine. Mais les remarques que nous avons émises au chapitre précédent à propos de l’homme de Neandertal sont valables ici aussi. Le temps, et particulièrement le rude climat de la dernière période glaciaire a effacé beaucoup de traces.

Présentons le personnage. Appelé en France “l’Homme de Cro-Magnon”, la dernière espèce du genre Homo est apparue en Afrique de l’Est il y a plus ou moins 200.000 ans. Il descend de l’Homo Erectus africain et a présenté plusieurs morphologies intermédiaires, nommées archaïques, avant de devenir 100% de ce que nous sommes encore aujourd’hui: le même bagage génétique, les mêmes potentialités physiques et intellectuelles. Les différences sont culturelles. Elles sont dues au milieu dans lequel l’homme naît et vit. Ainsi, on a trouvé en Afrique du Sud, sur des sites datant de 100.000 à 80.000 ans, des innovations techniques propres à Sapiens et les premières oeuvres d’art.

Après avoir colonisé toute l’Afrique, Homo Sapiens est passé de l’Egypte vers le Proche-Orient entre 100.000 et 80.000 ans, il y a côtoyé des Néandertaliens arrivés d’Europe. Il a poursuivi son chemin vers l’est, vers l’Asie, puis l’Australie. Les conditions climatiques n’étant pas excellentes en Europe, il ne s’y est pas aventuré tout de suite. Une fenêtre climatique favorable vers 45.000 l’a décidé à prendre la route de l’ouest, croisant au passage d’autres Néandertaliens. On le retrouve sous nos latitudes vers 42.000.

Mode de vie

Au Paléolithique supérieur, qui commence donc en Europe avec l’arrivée d‘Homo Sapiens, ce dernier va développer plusieurs cultures successives qui vont se définir selon ses méthodes de taille du silex. Il va cependant améliorer son outillage en travaillant d’autres matières : l’os, le bois des arbres, les bois de cerf, l’ivoire de mammouth, dans le but d’être plus efficace à la chasse (pointes en os, silex ou ivoire, sagaies, propulseurs, frondes), à la pêche (harpon), dans les activités de boucherie, de boulangerie (premières meules manuelles pour broyer des graines et des racines), etc. Il débite des fines lames de silex qu’il retouche avec précision. Les plus vieux arcs datent de la fin de cette période.

Homo Sapiens est le réel inventeur de l’art. Il va sculpter dans la pierre, le bois et l’ivoire des petites figurines. Il va peindre et graver sur les parois des cavernes, sur des pierres, sur des os. Les préhistoriens pensent que l’art était alors un acte religieux (les Vénus aux formes généreuses seraient des déesses de la fertilité que l’on invoque pour la persistance du genre humain ; les animaux peints ou gravés sont à la fois liés à la subsistance alimentaire par la chasse et aussi à la crainte de la nature sauvage). Cet homme va aussi fabriquer des petits instruments de musique (flûtes) et des parures (colliers, bracelets). Chantait-il ? Dansait-il ? C’est fort probable.

Cet humain reste cependant un nomade, chasseur, cueilleur et pêcheur. Il va traverser cette période très rude qu’est le dernier pic glaciaire (entre 22.000 et 20.000) en s’abritant au mieux dans les entrées de grotte et les abris sous roche où il peut allumer et entretenir du feu. Il est probable qu’au plus fort de la période glaciaire, il s’est éloigné de nos régions pour rejoindre le climat plus doux du Midi de la France (Périgord, Provence, Pyrénées) et de l’Espagne. C’est là qu’il va déployer toute la perfection de son art rupestre (Chauvet, Pech Merle, Cosquer, Lascaux, Altamira, …). Nous n’avons pas eu cette chance chez nous.

C’est également pendant cette dernière période glaciaire que se sont déposés des dépôts éoliens importants faits de loess qui ont recouvert la Moyenne Belgique et les versants de la vallée de la Haine, principalement au sud de celle-ci. Le paysage était celui des steppes, très ouvert, et la faune assez proche de celle décrite dans le chapitre précédent.

Les cultures du Paléolithique Supérieur sont plus nombreuses:

  • la Culture Aurignacienne (43.000-29.000). La plupart des sites belges de cette époque se trouvent dans la vallée de la Meuse, dans des grottes. L’exception est ce campement de chasseurs dont les vestiges ont été trouvés, lors de travaux sur le canal, à Maisières. Ce sont des outils en silex, en os et en ivoire, très nombreux (plus de 34.000) et très diversifiés (burins, perçoirs, grattoirs, aiguilles, pointes, …) qui dateraient de 37.000 (premier campement) et de 32.000 (deuxième campement). On y a également trouvé des plaquettes en ivoire gravées de motifs géométriques et beaucoup d’ossements d’animaux chassés.
    De la même période, datent des silex taillés trouvés à Stambruges, Quevaucamps, Obourg, Vellereille-le-Sec et Leval-Trahegnies.
  • la Culture Gravettienne (29.000-18.000), documentée dans les grottes mosanes, mais pas chez nous, hormis peut-être quelques silex ramassés à Quevaucamps. Les hommes de cette période étaient de grands chasseurs des troupeaux des steppes (rennes, mammouths, bisons, chevaux). Ils inventèrent la meule pour moudre les grains sauvages.
  • la Culture Magdalénenne (18.000-12.000), à partir de laquelle le climat est devenu moins rude. La toundra recule et laisse place aux forêts de pins, puis de feuillus. Les animaux des steppes disparaissent (mammouths) ou remontent plus au nord (rennes). Ceux des forêts les remplacent (cerfs, sangliers, daims, …) et deviennent les premières victimes des chasseurs qui ont inventé l’arc et la flèche, mieux adaptés pour la chasse en forêt. Les sites sont nombreux dans le bassin mosan. On mentionne un gisement de silex taillés de grande qualité à Obourg (Bois Saint-Macaire) et un autre moins important à Quevaucamps.
  • les Cultures épipaléolithiques (12.000-9500), intermédiaires et proches du mésolithique ; quelques outils en silex ramassés à Obourg (Bois du Gard et Bois Saint-Macaire) et à Hyon appartiendraient à des cultures de cette époque (creswellien, hambourgien, ahrenbourgien).

Mésolithique
Nous plaçons cette période dans ce chapitre, car elle est plus brève (9500-5200) et constitue un intermédiaire avant le néolithique. Ce qui la caractérise, c’est l’adoucissement net du climat qui évolue en quelques milliers d’années vers le climat tempéré actuel et qui détermine le paysage que nous connaîtrions aujourd’hui si l’homme ne l’avait pas complètement transformé par ses activités. La description de ce nouvel environnement se trouve dans le chapitre consacré à la géographie de la vallée de la Haine (chapitre 2).
L’homme reste un nomade, chasseur et cueilleur, mais il a l’avantage de pouvoir trouver sa subsistance dans son environnement quotidien quasi toute l’année. Ses campements deviennent donc plus prolongés, mais comme ils ne sont pas réalisés en matière dure, ils n’ont pas été conservés. Les seuls témoignages restent encore leurs outils, assez peu différents de ceux de la période précédente. Affaire de spécialistes donc !

Pour information, quelques sites mésolithiques sont documentés du côté de Charleroi (Loverval et Aiseau-Presles) et dans la vallée française de l’Escaut (Valenciennes, Bouchain, Bruay-sur-Escaut). Mais il faut aussi signaler quelques ramassages de silex mésolithiques, comme des haches-marteaux, et des harpons en os (cultures du Tardenoisien et du Maglemosien) en petites quantités dans les localités suivantes : Mons (Porte du Parc), Hyon, Obourg, Sirault, Bernissart, Blaton, Harchies, Ville-Pommeroeul, Stambruges, Quevaucamps, Ellignies-Sainte-Anne, Wadelincourt et Blicquy ( lieu-dit Ville d’Anderlecht).

On peut considérer que, dès cette période, il existait de nombreuses petites communautés qui nomadisaient un peu partout en vallée de Haine.
Pendant notre mésolithique, si peu inventif, au Proche-Orient, les hommes transformaient complètement leurs sociétés et leur économie dans des modèles qu’ils vont exporter chez nous.

Place à la révolution néolithique !

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