Les Estinnes

Entité communale d’Estinnes

Le territoire

Les actuels villages d’Estinnes-au-Mont (EM) et Estinnes-au-Val (EV) sont regroupés depuis 1977 dans l’entité communale d’Estinnes. Jadis, ils étaient réunis, avec Bray, dans une même commune.  Fauroeulx fut longtemps un endroit boisé qui fut défriché tardivement.

Superficie: Estinnes-au-Mont (970 ha) et Estinnes-au-Val (1086 ha)

Altitude: elle monte de 60 m (Bray) à 120 m (sud d’Estinnes-au-Mont), en passant par 60 m (centre d’Estinnes-au-Val).

Situation géographique : les deux villages sont implantés sur le versant sud de la vallée de la Haine.

Cours d’eau :  Les noyaux originels des trois villages se sont installés dans un petit vallon créé par le ruisseau d’Estinnes, affluent de la Haine.

Paysage préhistorique (après la dernière période glaciaire) : boisé (Forêt Charbonnière) et vallonné 

Nature du sol : limoneux

Nature du sous-sol : grès, pierre calcaire

Préhistoire

Non documentée

Antiquité gallo-romaine

Listinas/Liftinas

A Estinnes-au-Val, à 500m au nord de l’ancienne voie romaine de Bavay à Tongres, sur des terres arrosées par divers ruisseaux se rassemblant dans le Rieu-des-Estinnes, un site assez étendu a été fouillé. Il était connu depuis le XIXème siècle. On y a trouvé les traces d’une grande villa romaine. Elle comportait plus de 20 chambres au rez-de-chaussée. Ses murs étaient décorés de stuc, de marbre et de granit, ce qui témoigne d’une belle opulence de ses propriétaires. On y a ramassé des monnaies du Ier siècle (Germanicus, Néron) au IVème siècle (Galien, Valens 364-378), des fragments de tuiles, de briques, de carreaux, et des substructions. On pense que cette villa aurait été abandonnée à la fin du IVème siècle.

A proximité, à Estinnes au Val et Estinnes-au-Mont, on a retrouvé d’autres traces de bâtiments. On pense qu’à Estinnes-au-Mont, au vu de ce qu’on y  a trouvé (substructions, briques, carreaux, fragments de poteries, monnaies de Constantin 306-337), il y avait aussi un autre grand bâtiment habité.

On ne sait s’il s’agissait d’un seul ou de deux domaines. Ensemble, ils faisaient plus de 2000ha. Il est possible qu’ici se trouvait un domaine impérial romain (fiscus imperialis)

Au lieu-dit « Terres à Pointes » (EV, 1992), on a trouvé un  Dupondius  (monnaie) d’Hadrien (124-128).

Premier Moyen-Age (période franque mérovingienne et carolingienne)

Un fisc royal franc, avec une Maison royale (Villa regia de Leptina), aurait existé ici au moins au milieu du VIIème siècle, à quelque distance de la villa, sur le territoire des Estinnes et de Bray. On y trouvait un atelier monétaire. Ce qu’on en sait provient plutôt de documents et non de fouilles archéologiques.

Situés sans doute sur le même site que la villa romaine, mais pas sur ses vestiges, elle était construite, comme c’était le cas alors, en matériaux périssables, ce qui explique le manque d’indices archéologiques.

On sait que deux conciles s’y sont tenus au VIIIème siècle à la fin de la période mérovingienne.
Celui de 743 fut présidé par le missionnaire Saint Boniface et par Carloman, maire du palais d’Austrasie et frère de Pépin-le-Bref. Un autre eut lieu en 756.

Le nom de Listinas ou Liftinas apparaît à propos du synode de 743. Ce concile eut pour objet de réorganiser le clergé d’Austrasie. On y condamna aussi des pratiques païennes et des superstitions, qui résistaient à la christianisation du petit peuple des campagnes, encore fort paganisé.  Le concile de 756 organisa la dîme.

Il semble exister un long hiatus entre le dernier témoignage romain (monnaie de Valens de la villa gallo-romaine) et le concile de 743. Sans doute, le domaine existait-il auparavant, vu son importance à ce moment-là. Il est possible que le pouvoir mérovingien ait « récupéré » plus tôt le domaine impérial romain.

Ce grand domaine aurait pu appartenir aux Pépinides. Il existait un chemin reliant la résidence nivelloise de Pépin de Landen, maire du palais d’Austrasie au VIIème siècle, et Estinnes. Ce chemin traversait à gué la Haine. Des indices de camps militaires à proximité existent, remontant au VIème-VIIème siècle. Le site du domaine royal était peut-être situé près de l’actuelle ferme dite « Cour du roi Pépin » (Estinne-au-Mont).

Toute cette région, comme celle autour de Mons, était sans doute fort peuplée par les Francs, si l’on se réfère aux nombreux cimetières découverts à proximité (Trivières, Strépy, Haine-Saint-Paul, Maurage, Ciply, Quaregnon, Elouges….).

L’atelier monétaire fonctionnait encore à l’époque du roi Charles le Chauve, duc de Lotharingie de 870 à 877.

Par la suite, les Vikings déferlèrent sur la région, provoquant de grosses destructions, particulièrement en 882.

Deuxième Moyen-Age – le village

Première mention:

Toponymie (anciennes orthographes) : 

  • Listinas, 830, dans la  Translatio SS Marcellini et Petri, d’Eginhard
  • Liftinas
  • Leptinas fisco, au revers d’un denier d’argent de Charles le Chauve

Etymologie (hypothèses d’origine du nom) : ?

Epoque de son apparition: les villages, en tant que communautés rurales et paroissiales, sont apparus probablement plus tard, entre le IXème et le XIème siècle.

Facteurs ayant favorisé son émergence :

voies de communication: la chaussée romaine

sources d’eau ou cours d’eau: le ruisseau des Estinnes

source de bois: toute la région était boisée, mais dut subir de larges défrichements à l’époque romaine

proximité d’un lieu de pouvoir: ?

Paroisses dédiées à Saint-Remi (EM) et Saint-Martin (EV). Il semblerait qu’à l’origine il n’existait qu’une seule paroisse, qui se serait scindée en deux au milieu du Xème siècle.

Evêché: de Cambrai (jusqu’en 1804), puis de Tournai ensuite

Décanat/doyenné: Binche

Autel (dîmes, entretien de l’église, nomination des officiants) donné au chapitre épiscopal de Cambrai.

Répartition des pouvoirs pendant la période féodale

Autorité supérieure: comté de Hainaut

Autorité sous-jacente (administrative et judiciaire): prévôté de Binche

Seigneuries et fiefs

Les comtes de Hainaut s’approprièrent  ce domaine royal  dès l’époque des  Régnier et l’administrèrent eux-mêmes jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, par l’intermédiaire de prévôts ou baillis. 

Deux fiefs secondaires s’en détachèrent au XVIème siècle : Bray et Fauroeulx.

La commune

Un maire héréditaire, nommé par les comtes, exista sans doute assez tôt. Un échevinat commun aux trois localités fut érigé dès 1189. On suivait dans la commune la coutume de Mons.

Les deux Estinnes, Bray et Fauroeulx ne formaient qu’une seule administration civile, sorte d’entité communale, composée de quatre noyaux d’habitat (le quatrième tardif) le long du ruisseau des Estinnes.

Au XVIIIème siècle, Bray s’en détacha. Fauroeulx ne s’en détacha qu’au début du XIXème siècle.

Nous n’avons pas la date de séparation d’Estinne-au-Mont et d’Estinne-au-Val.

Période française (1794-1814)

Fin de l’Ancien Régime féodal en 1794

  • Département: Jemappes
  • Canton: Binche
Répartition des pouvoirs pendant la période contemporaine (à partir de 1814)
  • Etat: Royaume des Pays-Bas (1814-1830), puis Royaume de Belgique
  • Province: Hainaut
  • Arrondissement administratif: Thuin
  • Arrondissement judiciaire: Charleroi
  • Canton: Binche
  • Entité communale depuis 1977: Estinnes
Evénements et faits marquants sur le sol de la commune

On note en 1185 que la région (et ses paysans) eurent à subir les raids destructeurs des troupes de l’archevêque de Cologne et du duc de Brabant en guerre contre le comte de Hainaut.

Ce fut encore le cas en 1417 et 1427 lors du conflit entre la comtesse Jacqueline de Bavière et son ex-mari, le duc Jean de Brabant.

Pendant les guerres religieuses, le prince d’Orange vint également s’attaquer à la région en 1568.

Et pendant les guerres de Louis XIV au XVIIème siècle, les armées espagnoles, autrichiennes ou françaises installèrent souvent leurs camps dans les campagnes environnantes, exigeant des habitants de quoi se nourrir, eux et leurs chevaux.

Economie

Elle fut agricole. Il reste encore aujourd’hui de nombreuses fermes en quadrilatère. 

A mentionner deux brasseries:

  • Brasserie Canart-Bougard (XIX-XX)
  • Brasserie Michaux
Patrimoine

Eglise St Remi (Estinnes-au-Mont). Du XVème siècle, persistent la tour et le chœur (gothique). Des restaurations ont été effectuées en 1729 et en 1750, notamment la réfection des trois nefs (Cl. De Bettignies, architecte). Jehan Froissart, le chroniqueur,  fut curé à Estinnes de 1372 à 1382.

Presbytère, 1786

Chapelle Notre-Dame de Cambron, sur une première chapelle de 1483

Eglise St Martin (Val). Le chevet serait toujours du XIIIème siècle. La tour carrée est du XVIème. Le reste a été rebâti en 1727-1795 en style semi-classique. Pierres sépulcrales du XVème.

Ancien hôpital Saint-Nicolas – supprimé en 1703

Estinnes fut une étape sur la Via Gallia Belgica du pèlerinage de St Jacques de Compostelle. Elle rejoignait la Via Turonensis en France. L’étape précédente se trouvait à Waudrez-lez-Binche et la suivante à Vieux-Reng.

2 réflexions au sujet de « Les Estinnes »

  1. Bonjour,
    à part le livre “Au fil de l’Estinnes, les clochers de Leptines” que je lis pour le moment, auriez-vous quelques pistes bibliographiques qui concernent les deux villages d’Estinnes au Mont et d’Estinnes au Val ?
    Très cordialement.

    1. Pour cet article sur Estinnes, j’ai puisé surtout sur ce qu’Internet peut apporter. Divers sites. Mais surtout, pour la partie archéologique, les “Chroniques de l’archéologie wallonne”.

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