3. Les premiers pas de l’homme

Le paléolithique inférieur

C’est plutôt en bord de Houille que les archéologues ont découvert des traces du passage des premiers hommes chez nous. D’abord à Spiennes, ensuite à Mesvin. C’était il y a entre 500.000 et 300.000 ans avant notre ère.

Mais avant d’entrer dans les détails, il paraît bon, pour celles et ceux qui ont une idée un peu floue de la préhistoire, de définir plus précisément celle-ci. Cette science traite de ce qui concerne l’humanité, y compris dans ses formes originelles (préhominiens). Elle ne repose pas sur des écrits de ces époques primitives. Elle n’est connue que par l’archéologie (et ses nombreuses branches annexes, dont la paléo-génétique). L’écriture a été inventée entre 4000 et 3500 avant J.C. par les Sumériens et les Egyptiens. Elle n’a d’abord concerné que leurs transactions commerciales, puis l’histoire de leurs rois, leurs religions et enfin leurs codes de lois. Les écrivains ne se sont intéressés que très tardivement à notre région, soit au Ier siècle avant Jésus-Christ. Tout ce qui s’y est passé avant n’est donc connu que par l’archéologie.

La préhistoire est divisée en quatre grandes périodes: le paléolithique, le mésolithique (période très courte), le néolithique et les âges des métaux : cuivre, bronze et fer.

Le paléolithique est lui-même subdivisé en trois périodes: inférieur, moyen et supérieur, en fonction des diverses espèces humaines qui y ont vécu.

A chacune de ces périodes, correspondent des cultures qui se définissent par les modes de vie et de fabrication d’objets. Pour les premières cultures, il s’agit essentiellement de la forme des outils en pierre fabriqués, puis avec la complexification des cultures, on s’est intéressé aux modes de sépultures, aux arts, aux formes et décorations des céramiques, etc…

L’humanité est représentée par le genre homo. Elle commence il y a 2.500.000 ans (et avec elle le Paléolithique Inférieur). Les hommes sont les premiers à s’aider de pierres qu’ils ramassent pour effectuer des gestes précis (découpe de la viande, des peaux, taille de branches, cueillette de racines, …), après avoir transformé ces pierres par une taille destinée à leur donner une forme précise, la plus efficace possible pour leur usage.

Ces premiers humains étaient aussi capables de transmettre leur “technologie” à leurs proches et à leurs descendants. Aux gestes, ils commencèrent, dès  qu’ils le purent, à joindre la parole. Leurs ancêtres Australopithèques avaient appris à se tenir debout (mais grimpaient encore aux arbres comme leurs cousins, les singes). L’homme, lui, vit debout, explore mieux son environnement. Il marche mieux et peut courir. La position relevée de sa tête a permis de développer son larynx au point qu’il peut émettre des sons articulés.

Ce premier homme « inventeur » a été surnommé homo habilis. Cela va de soi. Son espèce a vécu près de 700.000 ans.

Il est apparu en Afrique, du côté de l’Ethiopie et du Kenya. Il s’est répandu dans une partie du continent. Il a côtoyé les derniers Australopithèques. On a trouvé en Géorgie (Caucase européen) des hommes qui lui ressemblaient assez bien morphologiquement et qui y ont vécu il y a 1.800.000 ans. Sans doute des descendants, les premiers Européens, mais qui ne sont pas allés plus loin dans leur migration (dans l’état actuel des connaissances). Ce sont les “hommes de Dmanissi” (Homo Georgicus).

A la même époque, une autre espèce était apparue en Afrique, celle des homo erectus, probablement plus adaptée à la vie et aux changements de conditions climatiques. Elle s’est répandue dans toute l’Afrique et a rapidement pris le chemin des autres continents, surtout en direction de l’Asie. Cet homme a vécu très longtemps, plus de 1.500.000 ans, ce qui lui a valu plusieurs mutations génétiques qui ont transformé sa morphologie et ont permis d’établir des sous-espèces.

Cet homo erectus est venu en Europe. Sans doute, les conditions climatiques rudes l’ont confiné au début sur les bords de la Méditerranée, de la Grèce à l’Espagne. Dans ce dernier pays, comme dans le sud de la France, il y vivait il y a 1.200.000 ans. Il a été classé dans la sous-espèce des homo antecessor.

L’audace ou l’amélioration du climat l’ont poussé à se risquer plus au nord. En effet, pendant ce que l’on appelle le Pléistocène Moyen (800.000-180.000), le climat était généralement froid, mais les périodes de temps très rigoureux (80% du temps) alternaient avec des périodes plus chaudes et humides pendant lesquelles la vie humaine devenait possible sur nos territoires.

Il y a 600.000 ans, ce descendant de l’homo erectus commença à nomadiser sous nos latitudes. Il avait lui aussi un peu évolué sur le plan morphologique. On l’a bien décrit sur des parties de squelettes découvertes près d’Heidelberg en Allemagne. C’est pourquoi on a appelé cette sous-espèce homo heidelbergensis.

Essai de reconstitution d’un homo heidelbergensis

Le “Belge” le plus ancien connu a été signalé à Sprimont, dans la Grotte de la Belle-Roche, sur les bords de l’Amblève. Il existe quelques controverses pour le dater très précisément, mais il semble qu’il y ait vécu il y a 500.000 ans.

C’est probablement l’un de son espèce qui est passé et a laissé des traces, sous forme de silex taillés, en bord de Trouille, à Spiennes. Probablement, car ses os ont disparu, mais à cette époque, ce ne pouvait être que lui. Il était nomade, suivait les troupeaux qu’il chassait pour en avoir la viande et les peaux. Il se nourrissait aussi de fruits, de racines, de poissons et de crustacés. A Spiennes, c’est sur les sites du “Pa d’la liau” et de “Petit-Spiennes” que des silex taillés, datés entre 450.000 et 300.000 ans, ont été trouvés, bien longtemps avant que d’autres hommes plus récents ne viennent y creuser des puits et des galeries pour les extraire en profondeur. Sur cette large période, plusieurs occupations eurent lieu à des moments différents.

Bifaces acheuléens trouvés à Spiennes

Plus haut, j’ai évoqué les cultures qui, pour ces premiers temps préhistoriques ,se définissaient par la forme des outils. La première culture fut dénommée oldowayenne, car décrite pour la première fois à Olduvaï en Tanzanie. Il s’agissait de pierres encore taillées avec peu de précision. L’inventeur en était Homo habilis, qui transmit sa technologie à Homo Erectus. On a encore trouvé de tels outils en Europe jusqu’il y a 700.000 ans, mais pas chez nous. Cependant en Afrique, Erectus avait déjà inventé le biface, outil taillé sur deux faces, plus tranchant et précis, pour en faire des grattoirs et des racloirs. On parla alors de Culture acheuléenne, car décrite pour la première fois à Saint-Acheul, près d’Amiens. Cette technique de taille n’a pénétré l’Europe que tardivement. C’est cependant elle qu’on retrouve chez les Homo Heidelbergensis, ces premiers “gens de chez nous”. De nombreux silex acheuléens furent trouvés à Spiennes.

Ce sont également ces humains qui semblent avoir “inventé le feu“, c’est-à-dire qu’ils avaient la capacité d’allumer un feu et de l’entretenir, ce qui améliorait leur quotidien (chaleur, lumière, défense vis-à-vis des animaux sauvages, cuisson, …). C’était il y a 400.000 ans.

Enfin, ces premiers hommes appréciaient particulièrement les entrées de grottes et les abris sous roche pour y établir leurs camps. On en a trouvé de nombreuses traces en bord de Meuse et de ses affluents. Mais à la bonne saison, ils s’aventuraient dans des régions où ils ne pouvaient s’abriter que sous des tentes en peau. Et ce fut le cas au bord de la Trouille.

La région au sud et à l’est de Mons a été très appréciée pour son silex, car on trouve d’autres témoignages du passage des hommes dans les époques suivantes, du moins lorsqu’on se trouvait dans des fenêtres climatiques plus douces, quand les forêts reprenaient leurs droits sur les toundras gelées et que la nourriture y était plus abondante.

Ainsi entre 300.000 et 200.000 ans avant notre ère, on trouve de nombreuses traces archéologiques, toujours à travers des quantités parfois impressionnantes de silex taillés, dans les localités suivantes :

  • À Mesvin, sur un plateau entre la Wampe et le By (v.250.000). Ici, on a découvert une évolution progressive de la technique de taille vers la confection de lames de silex selon une nouvelle méthode, dite débitage Levallois, que, plus tard, les Néandertaliens vont utiliser à grande échelle. A la même époque, à d’autres endroits, on trouve encore majoritairement des silex acheuléens (bifaces). Ce qui fait penser à certains préhistoriens qu’il existait deux groupes humains qui se côtoyaient mais qui utilisaient des technologies différentes. Le premier se trouvait en Angleterre (Clacton-on-Sea) et se répandit via nos régions vers l’Elbe en Allemagne. Le second le voisinait au sud à partir du Bassin de Paris
Outils trouvés à Mesvin

En fait, sur plusieurs de ces sites (Obourg, Spiennes, Mesvin, Saint-Symphorien, La Louvière), les découvertes réalisées dans les couches plus supérieures sont essentiellement liées à des outils façonnés selon les méthodes Levallois plus récentes (dites Levallois IV). Il s’agit d’une période plus clémente entre les deux dernières périodes glaciaires. On sait qu’à ce moment, les hommes qui vivaient en Europe Occidentale, les derniers Homo Heidelbergensis, étaient lentement en train d’évoluer vers des morphologies proches de celles des Néandertaliens, leurs descendants.

On considère que le Paléolithique Inférieur commence il y a 2.500.000 ans (découverte des premiers silex taillés et des plus vieux fossiles humains en Afrique) et se termine il y a 130.000 ans. Deux espèces d’hommes ont vécu pendant ce très long laps de temps : Homo Habilis (qui n’est pas venu dans nos contrées) et Homo Erectus, dont une forme évolutive, Homo Heidelbergensis, a parcouru nos latitudes. En effet, sous nos cieux, ces hommes ont vécu sur une relativement courte période, entre 500.000 et 130.000 ans, probablement même de façon très épisodique. Ils n’ont pas laissé de fossiles osseux, mais bien leurs outils de travail, taillés dans le bon silex du bassin de la Haine. Ils ont pratiqué des méthodes de taille relevant de la culture acheuléenne, mais certains d’entre eux ont fait de l’innovation en commençant à débiter les pierres en lames.

Place à l’espèce suivante…

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