4. L’homme de Neandertal

Le Paléolithique Moyen
L’homme de Neandertal n’aurait-il pas enterré ses morts chez nous? Nous tenterons une réponse un peu plus loin.

La deuxième période de l’ère quaternaire est celle du Paléolithique Moyen, qui commence il y a 150.000 ans et se termine il y a 42.000 ans. Ces dates sont imprécises.
C’est pendant cette période qu’a vécu Homo Neandertalensis, cet homme dont le squelette fut décrit pour la première fois dans la vallée de la Neander, près de Düsseldorf en Allemagne.

Cette nouvelle espèce n’est évidemment pas apparue du jour au lendemain. Elle est le fruit d’une lente évolution de l’espèce précédente, l’Homo Erectus européen qui s’était déjà transformé en Homo Heidelbergensis, au prix de quelques mutations génétiques sur un laps de temps de plusieurs dizaines de milliers d’années. Entre les deux, on a décrit plusieurs formes intermédiaires, qu’on a appelées “pré-néandertaliennes” ou “archaïques”.

Les Néandertaliens, sans doute apparus durant l’avant-dernière période glaciaire (“Riss”), se sont développés pendant la période interglaciaire suivante (dite “Riss-Würm”) et la dernière période glaciaire (“Würm”), du moins avant le grand pic glaciaire (30.000-15.000).
A cette époque, quand le climat n’était pas encore trop rude, on peut imaginer une vallée de Haine avec son fond marécageux et ses versants boisés couverts d’arbres à feuilles caduques. Dans les prairies couraient des éléphants antiques, des rhinocéros, des chevaux. Les sangliers, les cerfs, les chevreuils et les aurochs préféraient les milieux forestiers. Il fallait surtout se méfier des carnivores: les hyènes, les loups, les renards, les ours …

Au fur et à mesure que le climat s’est refroidi, la forêt a cédé le pas aux prairies steppiques. Il faisait plus sec. Il est probable que, durant les longs hivers, qui duraient dix mois, la rivière et ses ruisseaux étaient secs ou glacés. Les carnivores s’y sont maintenus. La faune forestière a quasi disparu. Celle des steppes s’est développée avec ses grands troupeaux de bisons, de rennes, de chevaux, de mammouths, de rhinocéros laineux, d’antilopes saïga, …

Les hommes de Neandertal étaient plus adaptés que leurs prédécesseurs pour faire face à ces conditions climatiques. Plus robustes, ossus et musclés, ils avaient aussi un cerveau plus développé. A la différence des autres, ils avaient une vie sociale plus élaborée et un début de pensée spirituelle ou symbolique. Ils enterraient leurs morts et ornaient leurs sépultures avec des fleurs ou de l’ocre. Ils fabriquaient des colliers avec des dents animales ou des coquillages. Ils développèrent également de nouvelles techniques de taille par débitage de lames, plus efficaces pour le travail (viande, peaux, bois, …). C’est ainsi qu’ils furent à l’origine d’une nouvelle culture, la Culture moustérienne, ainsi appelée parce qu’elle fut décrite pour la première fois au Moustier, dans le Périgord. Ces éclats, bien standardisés, pouvaient servir de pointes, de couteaux, de racloirs, de denticulés pour scier le bois ou la corne, … Ils continuaient encore à tailler des bifaces de type acheuléen.

Résistants au froid et à la marche, ils pratiquaient la chasse en groupes et n’hésitaient donc pas à affronter des mammouths ou des rhinocéros, des rennes et des bisons. Ils étaient essentiellement carnivores, mais s’adonnaient aussi à la cueillette.

Par ces rudes climats, ils préféraient s’abriter dans des abris sous roches ou des entrées de grottes. C’est là qu’ils enterraient aussi leurs morts. C’est pourquoi on a retrouvé de nombreux squelettes d’Homo Neandertalensis dans les grottes des vallées de la Meuse et de ses affluents (Sclayn, Spy, Couvin, Trooz, Engis, Mozet …).
On n’en a pas trouvé dans nos contrées hennuyères. D’abord, il n’y a pas ou très peu de grottes et les campements à l’air libre n’avaient lieu que pendant les courts étés. Ensuite, durant la dernière période glaciaire, de violents vents secs ont érodé le sol et ont sans doute détruit tout ce qu’il y avait en surface, y compris leurs sépultures.

C’est à la fin de l’interglaciaire Würm-Riss et au début du glaciaire Riss que l’homme de Néandertal s’est répandu vers l’est de l’Europe, vers le Proche-Orient et une partie de l’Asie Centrale. Il y a 80.000 ans, au Levant, il a rencontré les premiers Homo Sapiens qui venaient d’Afrique où ils s’étaient développés depuis près d’une centaine de milliers d’années. Jusque là,ils ne s’étaient pas encore aventurés en l’Europe, car le climat les en dissuadait.

Outils moustériens (lames obtenues par débitage de blocs de silex)

Si leurs os ne sont plus visibles en vallée de Haine, ils ont cependant laissé des témoignages de leurs passages en divers endroits de la région, sous forme de silex taillés selon leurs méthodes moustériennes.

Dans le chapitre précédent, on a vu que des Néandertaliens archaïques, proches des Heidelberg, ont laissé des traces dans la région de Spiennes (Petit-Spiennes, Carrière Hélin, Mesvin et Harmignies) il y a entre 250.000 et 128.000 ans.

Au XIXème siècle et au XXème, de nombreux silex taillés de la culture moustérienne ont été ramassés dans divers villages des environs, sans que l’on réalise des fouilles méthodiques, comme on a pu le faire dans les grottes mosanes. Des outils moustériens ont été trouvés à Havré (Bois), Ghlin, Bernissart, Harchies, Angre, Givry (Bruyères), Ressaix (Trieu).
Il semblerait que ce soit à Stambruges qu’on en ait découvert le plus, ce qui a fait évoquer l’hypothèse d’un campement plus long à cet endroit.
Côté français, de belles découvertes ont été faites en bord de Scarpe (Saint-Amand, Biache-Saint-Vaast).

On le voit, cette période est finalement peu documentée en vallée de Haine et dans le Hainaut en général. Les conditions climatiques (paysage ouvert en climat rude) n’étaient pas favorables à une présence durable. Les humains s’aventuraient dans nos régions sans doute l’été, y campaient à proximité des troupeaux ou des sources de silex pour les tailler. L’hiver, ils descendaient plus au sud ou se réfugiaient dans leurs abris mosans. De plus, ils ne devaient pas être très nombreux, nomadisant par petits groupes familiaux, avec peu de probabilités de se rencontrer entre eux sur d’aussi grands territoires.

A partir de 40.000, on ne trouve plus de trace d’hommes de Néandertal en Belgique. Ils disparurent progressivement. Les témoignages les plus récents (vers 30.000) ont été découverts en Espagne, comme si leurs derniers représentants s’étaient progressivement retirés vers le sud. On ne sait pas pourquoi ils ont disparu; on n’a pas découvert de traces de massacres, ni de signes de maladies ou de dégénérescence. Il est possible qu’ils ne s’adaptèrent tout simplement pas aux conditions climatiques de la dernière période glaciaire dont le pic eut lieu vers 20.000.

Place aux suivants…

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