1. Mise en place du décor

Raconter la préhistoire et l’histoire de la vallée de la Haine, ce n’est pas seulement s’arrêter aux hommes et aux femmes qui y ont vécu, par intermittence ou en permanence, depuis 400.000 ans. C’est aussi s’intéresser aux conditions (climat), à l’environnement et à ses ressources (eau, couverture végétale, faune), aux possibilités minérales qui leur ont permis de survivre (économie du sol et du sous-sol). Les limons, les sables, les argiles, les pierres et le charbon s’y sont déposés depuis des centaines de millions d’années. C’est donc l’histoire de la mise en place de ce décor que ce premier chapitre rapporte.

Ceci ne peut être compris que dans le cadre plus vaste du monde où le Pays de Haine n’est qu’un microcosme qui vit au gré de tous les microcosmes qui l’entourent et des macrocosmes qui régissent ce monde.

13, 8 milliards d’années – le Big Bang

Naissance de l’univers observable. Disparition d’un monde antérieur?

L’histoire de la Terre se raconte en cinq ères : précambrienne, primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire. Chacune d’elles comprend des périodes géologiques (ex : cambrien, carbonifère, dévonien, jurassique, etc…) qui elles-mêmes peuvent encore être divisées en étages (namurien, maastrichtien, …).

4,6 milliards d’années – début de l’ère précambrienne

La terre se constitue dans le système solaire par accrétion de matière recueillie dans l’espace environnant. Ses diverses enveloppes profondes se forment, dont les continents visibles en surface, ainsi que les océans. De la surface vers le centre, on trouve :

  • La croûte terrestre
  • Le manteau
  • Le noyau

La lithosphère est l’enveloppe terrestre rigide de la surface de la terre, composée de :

  • La croûte terrestre
  • De la partie supérieure du manteau

L’asthénosphère est la partie inférieure du manteau.

Apparition de l’atmosphère terrestre.

A partir d’ici, les continents vont se déplacer sous forme de plaques, se morceler, s’éloigner, puis se rassembler en se chevauchant sur les bords, ce qui va entraîner des soulèvements à l’origine des chaînes de montagnes (orogenèse), des plissements et des failles.

Les pluies, les vents et le gel érodent les sommets qui dépassent et finissent par araser ces montagnes (érosion) jusqu’à les réduire en plaines et faire apparaître en  surface ou dans le sous-sol des couches jusque-là très profondes.

Ainsi deux chaînes de montagnes européennes, qui furent aussi élevées que l’Himalaya aujourd’hui, ont disparu.

Par moments, la mer va submerger certaines parties des continents, les plaines surtout (transgressions marines), et donc aussi les anciennes montagnes arasées, et y déposer des couches sédimentaires d’origine marine (sable, craie, roches calcaires). Ces sédiments vont s’accumuler. Les conditions dans lesquelles ils vont s’enfoncer dans le sol (pression, température) vont déterminer le type de roches qu’on y trouve. Beaucoup de celles que nous trouvons en Pays de Haine ont une origine marine.

Aux sédiments marins, il faut aussi ajouter les alluvions, drainés par les cours d’eau (sédiments fluviatiles) et les fines particules transportées par le vent (sédiments éoliens, notamment les limons de surface).
Tous ces phénomènes se passent sur des centaines de millions d’années et continuent insensiblement à l’heure actuelle,  ou de façon plus marquée lors des tremblements de terre et des éruptions volcaniques.

Petit à petit, très lentement, vont s’installer le relief visible aujourd’hui et les différentes couches qui se sont déposées sous nos pieds.

Entre 3,8 et 3,5 milliards d’années

Début de la vie sous forme de molécules organiques simples (les experts actuels pensent même que ce phénomène est peut-être plus précoce encore). Puis de molécules plus complexes capables de se répliquer (ADN, ARN).

Apparition des premiers micro-organismes cellulaires : les stromalithes. Puis les premières bactéries capables de photosynthèse : formation de glucose à partir de gaz carbonique (CO2) et d’eau (H20) et rejet d’oxygène (O2) dans l’atmosphère.

Au milieu d’un grand océan, se trouvait un grand continent : la Rodinia.

Tout cela met près de 3 milliards d’années à se mettre en place.

Il y a 750 millions d’années (Ma)

La Rodinia se morcelle en plusieurs continents.

Il y a 650-630 Ma

Une glaciation sévère transforme la terre en une espèce de grosse boule de neige.

Apparaissent les premiers animaux sur les fonds marins : des éponges.

Puis des éruptions volcaniques libèrent de grandes quantités de gaz carbonique qui réchauffent l’atmosphère.

A la surface des océans, apparaissent les phytoplanctons qui libèrent de grandes quantités d’oxygène.

Il y a 600 Ma

Le grand continent se reforme : le Gondwana,  pour une grande part situé dans l’hémisphère sud.

Puis trois grandes îles s’en détachent :

  • la Laurentia (Amérique du Nord, Groenland, Ecosse et nord-ouest de l’Irlande)
  • la Baltica (Europe du Nord et Scandinavie)
  • la Sibéria (Sibérie)

Il y a 575 Ma

Apparaissent, toujours dans l’eau, les premiers invertébrés (animaux à corps mou sans colonne vertébrale) : des édicariens qui se diversifient en cnidaires radiaires (anémones de mer, coraux, étoiles de mer et méduses).

 

L’ère primaire (ou paléozoïque) – 514-252 Ma

514-488 Ma – le Cambrien

Un micro-continent, Avalonia, se détache du Gondwana vers le nord (une partie de l’Amérique du Nord et une partie de l’Europe du Nord, dont le massif anglo-brabançon, dans lequel se trouve le Hainaut,  ainsi que l’Ardenne). La partie méridionale de l’Europe forme la marge nord du Gondwana.

A partir des édicariens, les premières espèces animales se diversifient, toujours en milieu marin, et pour 90% au fond des océans.

Aux espèces radiaires précédentes (qui se développent dans plusieurs directions), s’ajoutent les espèces bilatériennes (qui ont un hémicorps gauche et un droit) : les crustacés, les mollusques, …

488-444 Ma – l’Ordovicien

C’est le début d’une vie hors de l’eau : des algues vertes et des plantes à spores seulement.

444-416 Ma – le Silurien

Avalonia rencontre et se soude à Baltica. Ce nouveau continent entre en collision avec la Laurentia pour former la Laurussia et provoquer la formation d’une chaîne de montagnes, dite calédonienne. Longue de 4000 km et large de 500 km, elle s’étend du nord-est des Etats-Unis jusqu’à l’ouest de la Scandinavie, incorporant le Groenland, l’Irlande et l’Ecosse.

Gondwana remonte vers le nord. L’océan qui le séparait de la Laurussia se réduit.

C’est alors qu’a lieu le plissement des roches du massif calédonien du Brabant, formant les plus anciennes roches de Belgique qui affleurent au milieu des roches plus jeunes. On en trouve encore dans les vallées (Dendre, Senne, Dyle), en Condroz et dans l’est de la Belgique. Ce sont des schistes, des quartzites et des grès en majorité, provenant de la solidification de sédiments issus de l’érosion des sommets montagneux. On exploite ces roches du côté de Stavelot.

Des événements volcaniques ont fait remonter des profondeurs de la Terre des roches magmatiques (lave) qui se sont refroidies. Les carrières de Quenast les exploitent (« porphyres »).

Les premières plantes terrestres apparaissent : les fougères, les prêles, les premiers arbres.

416-359 Ma – le Dévonien

La chaîne calédonienne s’érode. Les massifs ardennais ont été complètement arasés. Celui du Brabant est comme une île submergée.

Ce qui deviendra la Wallonie est bordé au sud par un océan qui va à plusieurs reprises « transgresser » et venir « lécher » le massif brabançon.

Des sédiments marins se déposent et forment l’essentiel des roches de Wallonie (plus de 5500km²).

Ce sont du sable, de l’argile et des galets arrachés par l’érosion aux reliefs du continent, notamment du massif du Brabant. Transportés vers le sud par l’eau des torrents et des fleuves, ces matières sédimentent dès qu’elles atteignent la mer et donnent naissance à des grès, des schistes et des poudingues (roches encore siliceuses).

La mer finit même par recouvrir le massif du Brabant érodé.

Cette époque est marquée par le dépôt de calcaires (début des roches calcareuses argileuses) dans un climat de type tropical. Les marbres exploités dans la région de Roisin-Bellignies datent de cette époque.

Puis le climat se refroidit (glaciation), la mer se retire, absorbée en partie par les glaciers polaires. Les dépôts s’arrêtent.

A partir de poissons archaïques se développent les premiers vertébrés : les amphibiens et les reptiles marins.

359-299 Ma – le Carbonifère

Laurussia (dont fait partie la Wallonie, et donc le Hainaut) et Gondwana finissent par entrer en collision. La ligne de suture se fait au sud de la Wallonie, entre la Manche et les Vosges. Cet épisode déclenche la formation d’une nouvelle chaîne de montagnes, dite varisque ou  hercynienne (350-280 Ma) qui va de la péninsule ibérique vers la Bohême, en passant par le milieu de la France.

La mer recule et les reliefs s’érodent.

La région de Mons est alors située en bordure de mer, dans une vaste plaine marécageuse et forestière, à proximité de l’équateur.

D’énormes quantités de débris végétaux (riches en carbone) se sont accumulées, amenées par des cours d’eau dans des deltas ou des lagunes à la végétation luxuriante où la mer s’engouffre par moments, y laissant d’énormes sédiments qui se transformeront en charbon au fur et à mesure de leur enfouissement dans le sol. Le charbon, comme le pétrole, provient de l’accumulation et de la transformation de grandes quantités de matières organiques (végétales et animales) en milieu pauvre en oxygène.

C’est ainsi que s’est formé le bassin houiller dans l’axe Scarpe-Haine-Sambre-Meuse-Rhin, à la bordure nord du massif varisque, dans des fossés d’effondrement.

La Wallonie est à cheval sur une frontière. Au nord, les roches n’ont pas été plissées. Au sud, elles sont plissées et comprimées. Il se forme alors de grandes structures plissées à concavité vers le haut (synclinales) ou vers le bas (anticlinales).

Les roches situées au sud du massif du Brabant se sont désolidarisées de leur soubassement et forment des écailles qui se chevauchent l’une  l’autre en direction du nord le long de failles. Une de ces failles importantes est la Faille du Midi (en Hainaut) où se chevauchent des roches plus anciennes et des roches plus jeunes.

Se répandent alors sur terre les premières grandes forêts de lycophytes et de fougères. Les premiers animaux terrestres , les amphibiens, sortent de l’eau et vivent une vie mi-aquatique, mi-terrestre. Ils sont pourvus de poumons et de choanes (sortes de narines).

Le plissement varisque est responsable de la structure actuelle de notre région. Au-dessus du massif houiller se sont déposées, depuis Namur jusqu’à Quiévrain, des masses charriées depuis la chaîne montagneuse. C’est l’érosion qui, par la suite, permettra aux veines de charbon d’affleurer à certains endroits, notamment sur les versants de la vallée de la Haine.
C’est aussi lors de cette période que se déposent dans le Tournaisis, la région d’Hautrage et dans la région de Soignies-Ecaussines des roches calcaires et calcaro-siliceuses que les carrières d’aujourd’hui exploitent.

299-251 Ma – le Permien

La collision des deux continents est complète. A nouveau, il n’existe plus sur terre qu’un seul continent : la Pangée, entourée d’un seul océan : la Thétys.

Le Hainaut se situe quelque part au milieu de ce continent.

En Wallonie, plus aucun plissement n’adviendra désormais. Seuls quelques soulèvements vont encore modifier le relief .La chaîne hercynienne commence alors à s’éroder.

La faune terrestre s’enrichit essentiellement de reptiles, à la fois herbivores et carnivores, qui cohabitent avec les amphibiens.

A la fin de cette période, vers 251 Ma, une grande crise d’extinction va faire disparaître 50-75% des organismes marins. Les espèces terrestres résistent mieux, notamment les reptiles qui se diversifient, ainsi que la flore.

 

L’ère secondaire (ou mésozoïque) – 251-65 Ma

C’est l’ère du grand développement des reptiles sur les continents, des ammonites, bélemnites et foraminifères dans les mers.

Le climat est plus chaud.

252-201 Ma – le Trias

La chaîne hercynienne est complètement érodée. Il n’en reste, chez nous, que les sommets de l’Ardenne qui émergent, ainsi que le vieux massif du Brabant. Il n’y a pas de dépôt de sédiments en Wallonie pendant cette période.

Développement de forêts de conifères, de fougères et de cycadales.

Apparition des premiers dinosaures vers 225Ma. Ce sont des reptiles dont les membres postérieurs sont repliés sous eux pour leur permettre de se déplacer sur deux pattes.

201-135 Ma – le Jurassique

La Pangée (continent unique) commence de nouveau à se diviser en Laurasie au nord et Gondwana au sud.

C’est à ce moment que débute le troisième cycle de formation de montagnes en Europe : l’orogenèse alpine (constitution des Alpes et des Pyrénées) qui se prolongera à l’ère tertiaire.

Une nouvelle transgression marine a lieu, avec son lot de sédiments calcaires, ne laissant que quelques îlots émergés : le sud du massif de Brabant, le Condroz et l’Entre-Sambre-et-Meuse.

Le Hainaut, en Laurasie, est sous eau.
Le climat est très humide. Marécages et lagunes couvrent de très grandes surfaces. Les dinosaures représentent 95% des animaux terrestres et continuent à se diversifier.

135-65 Ma – le Crétacé

Les continents s’écartent de plus en plus.

L’océan Atlantique apparaît entre d’une part la future Amérique et d’autre part l’Eurasie et l’Afrique. De même s’ébauchent l’Antarctique, l’Australie et l’Océan Indien.

L’Europe occidentale (donc la Belgique) est toujours sous eau. Ce qui entraîne une nouvelle sédimentation marine et la formation de nouvelles roches.

Les Alpes s’élèvent.
Puis la mer commence à se retirer, laissant à nu des roches qui vont s’éroder.

Le bassin de Mons se forme par effondrement.

Les transgressions et régressions successives de la mer abandonnent des sédiments crétacés et principalement de la craie sur les bombements du Cambrésis, du Tournaisis et du Hainaut. Cette craie est une ancienne boue calcareuse, constituée à 80-90% de détritus de petits organismes marins (plancton, algues unicellulaires, …). 

C’est dans ces dépôts, au sud et à l’est de Mons (Baudour, Maisières, Saint-Denis, Obourg, Saint-Symphorien, Spiennes, Harmignies, Ciply, Mesvin, Cuesmes, Saint-Vaast, Trivières), qu’on va trouver divers types de craies calcareuses (par leur nature, leur couleur et leur contenu en phosphates). Ces dépôts datent de la fin du Crétacé (90-65Ma). Les craies blanchies des formations de Trivières, Obourg, Nouvelles et Spiennes appartiennent à l’étage Campanien du Crétacé (83-70 Ma), tandis que la craie phosphatée de Ciply relève du Maastrichtien (70-65 Ma). A Harmignies, la couche est épaisse d’une centaine de mètres et fut déposée en 6 à 7 millions d’années à raison de 1 à 3 mm par siècle.

A l’ouest du bassin de Mons se sont déposés des sédiments alluviaux et lacustres constitués de graviers, de sables, de marnes glauconieuses (qui cimentent des galets de roches, comme dans la région de Bellignies-Bavay), d’argiles divers (Bernissart, Harchies, Pommeroeul, Hautrage, Baudour) et de grès rouges ferrugineux (Wihéries).
Toutes ces couches de roches recouvrent les sédiments houillers du Carbonifère.

Dans ces couches, on a retrouvé de très nombreux fossiles. Parmi eux :

  • le Hainosaurus Bernardi (lézard du Hainaut) découvert dans une carrière de craie à Ciply-Mesvin, dont le squelette atteint 15m de long
  • Les Iguanodons, découverts dans une houillère à Bernissart. Ceux-ci furent en réalité piégés dans des gouffres formés par l’effondrement de grottes, dans les calcaires du Carbonifère inférieur.
  • Les Allopleuron hoffmanni qui sont des tortues géantes,  découvertes elles aussi dans la région.

Le climat est toujours humide et chaud. On est sous les Tropiques. Il n’y a pas de calotte glaciaire.

Les continents connus aujourd’hui commencent à s’individualiser.

Les premières plantes à fleurs apparaissent. Les dinosaures ont atteint leur plus grande diversification.

Les premiers mammifères, de petite taille, apparaissent vers 125 Ma. Ce sont des insectivores arboricoles.

Le crétacé se termine vers 65 Ma par une nouvelle grande crise d’extinction. Disparition de 75% des espèces animales, dont la totalité des dinosaures et des grands reptiles.

Les oiseaux en sont les seuls descendants. Les autres reptiles (serpents, lézards, tortues, crocodiles) ainsi que les mammifères (les placentaires plus que les marsupiaux) échappèrent au désastre.

Quelle fut la cause de cette extinction ?  Il n’y a aujourd’hui que des hypothèses (météorite au Mexique, glaciation, éruptions volcaniques violentes en Inde, …).
L’océan Atlantique s’ouvre complètement pendant cette période.

 

L’ère tertiaire (ou cénozoïque) – 65-4 Ma (millions d’années)
La plaque africaine continue à pousser vers le nord, accentuant l’orogenèse alpine.
C’est l’ère du grand développement des mammifères, qui sont devenus les espèces dominantes sur terre.

Pendant cette période, deux transgressions marines laissèrent encore des dépôts calcaires et sablonneux.

Un anticlinal se forma depuis le Cambraisis jusqu’au Boulonnais en traversant l’Artois. Au sud s’est formé le Bassin Parisien vers lequel il descend en pente douce. Au nord, il forme la plaine flamande avec une pente plus raide, traversée par l’Escaut et ses affluents de la rive gauche (Scarpe, Lys), ainsi que par l’Yser.

A la fin du tertiaire, le sol de la plaine flamande, autrefois couvert par la mer, est fait de sables et d’argiles qui comblent les golfes calcaires. L’érosion des roches par les eaux courantes n’a laissé que les monts flamands entre les  vallées (entre Lys et Escaut, entre Escaut et Dendre).

65-55 Ma – le Paléocène

Les continents continuent à dériver jusqu’à leur position actuelle. La mer se retire de plus en plus. Le massif du Brabant s’individualise à nouveau.

Le climat se refroidit.

La mer s’avance encore, jusqu’à la fine ligne brune dans le dessin qui suit.

Dans le Bassin de Mons, les sédiments continuent à se déposer (calcaires, sables, marnes, argiles). A l’est et au sud de Mons (entre Obourg et Harmignies), dans les dépôts crayeux du crétacé, se forment en grandes quantités des blocs de silex par silification de la craie calcaire, c’est-à-dire par transformation de certaines algues (diatomées) et d’éponges, riches en spicules (aiguilles) de silice, qui se mélangent à la craie déposée au crétacé. Ce sont ces silex qui feront la joie des premiers hommes de passage.

Des quartzites du Paléocène seront utilisés dans la construction (hôtel de ville de Mons, remparts de Binche), pour des mégalithes (Gozée), pour les polissoirs et les meules. C’est un matériau dur et résistant au temps.

Dans la région de Ciply-Mesvin-Cuesmes, c’est la période optimale de formation des galets crayeux phosphatés, exploités dans le complexe minier de la Malogne.

Dans la région de Grandglise-Stambruges se constituent les sablières (période : Thanétien, anciennement appelé Landénien). Mais en certains endroits, comme à Blaton, Quevaucamps et même Grandglise, des grès recouvrent le sable.

55-34 Ma – l’Eocène

Les mammifères continuent à se diversifier pour donner la plupart des ordres actuels de placentaires : rongeurs, carnivores, ongulés, cétacés, proboscidiens, …

Les premiers primates apparaissent. Le plus ancien fossile connu (Altiatlasius) a été découvert au Maroc. Il est vieux de 58Ma.

La mer qui s’avance encore vers l’ouest, jusqu’au ruisseau de Piéton, continue à déposer des argiles et des sables, comme dans le Centre (Morlanwelz, Hyon, Peissant). Les collines sablonneuses de Mons et des alentours (Panisel, Héribus) sont apparues à cette période dans la cuvette montoise.

34-24 Ma – l’Oligocène

Les primates se diversifient.

La mer envahit encore à plusieurs reprises le territoire de la Wallonie, déposant chaque fois des sédiments, mais ceux-ci seront érodés dans les périodes suivantes.

Le climat est tempéré. Les calottes glaciaires qui se forment font baisser le niveau des mers. Il fait sec. La savane remplace le milieu forestier et de nouveaux animaux « modernes » arrivent d’Asie.

A la fin de cette période, sous l’effet de l’orogenèse alpine, l’Ardenne et le Brabant « remontent », repoussant la mer.

23-5 Ma – le Miocène

Les continents et les océans tendent à atteindre leur position actuelle. Sauf l’Amérique du Sud qui est encore séparée de celle du Nord.

Les grandes chaînes de « jeunes montagnes » se constituent (Cordillère des Andes, Himalaya, Alpes, Pyrénées).

La Méditerranée apparaît pour séparer l’Europe de l’Afrique. La Basse Belgique et le Hainaut restent encore sous eau.

A partir de 17 Ma, le climat devient plus chaud et plus sec. Les animaux marins et terrestres sont assez proches des espèces actuelles. Ce sont les primates qui se développent le plus. On situe à 18 Ma en Afrique l’apparition du Proconsul, premier singe anthropoïde sans queue, ancêtre des hominidés.

Vers 8 Ma, survient une grande crise climatique avec sécheresse et désertification de grandes zones.

Le Grand Rift est-africain s’est constitué : à l’ouest une zone forestière tropicale et équatoriale, à l’est une zone sèche de steppes arbustives et de savanes à graminées. C’est probablement à cette période que se sont séparées les branches des grands singes africains actuels et des hominidés. Chez les seconds est apparue la posture redressée et la marche bipède. Les singes continuèrent à se développer dans l’ouest forestier humide. Les hominidés préférèrent les savanes plus sèches.

C’est dans ce contexte qu’est apparu il y a 7 Ma le plus ancien hominidé connu : Toumaï au Tchad, dans un environnement proche de celui qui règne à l’est du Rift.

5,3-2,5 Ma – le Pliocène

Les continents, à quelques dizaines de kilomètres près, ont atteint leur position actuelle. Les deux Amériques sont connectées. Alpes et Pyrénées achèvent leur développement en hauteur sous la pression de la plaque africaine contre la plaque européenne.

L’érosion a achevé son travail pour aboutir aux reliefs actuels. La Mer du Nord se retire de façon définitive de nos régions, mais couvre encore le nord du pays.

Les fleuves et les rivières qui s’y jettent prennent leur source en Artois (Lys, Scarpe, Escaut, Sambre) et dans l’Ardenne. Elles creusent des vallées peu marquées et largement évasées, formant des marécages, et se dirigent toutes vers le nord. La reconstitution qui suit est intéressante et semble indiquer que la Haine (dont on sait qu’elle coule d’est en ouest) n’existe toujours pas.

Il semble que de nouvelles poussées, liées à l’orogenèse alpine, continuent à faire monter le plateau brabançon, qui se continue vers le Hainaut (plateau d’Anderlues, crête qui sépare le bassin de la Haine et celui de la Sambre) et vers le Nord de la France (plateau de Bavay). Les vallées du Hainaut apparaissent alors telles que nous les connaissons aujourd’hui : la Haine sur toute sa longueur, les hauts courts de la Sambre, de la Senne et de la Dendre.

Le décor géologique est planté pour que les hommes de la préhistoire et ceux de l’histoire y vivent et y développent leurs activités : agriculture, élevage, industrie du bois, artisanat de l’argile, exploitation du silex (Obourg, Spiennes), de la pierre (quartzite, grès), de la houille, …Il n’y a malheureusement pas de minerai métallique en quantités importantes (or, argent, cuivre, étain, fer) dans le sous-sol hennuyer.

Quant au paysage (la faune, la flore), il va varier en fonction du climat. A la fin de l’ère tertiaire et au début du quaternaire, le climat est plus froid et sec. Les glaciers ont envahi l’Antarctique, l’Arctique et le Groenland. C’est la première glaciation qui commence.

La toundra et les forêts de conifères dominent en Europe du nord. Aux latitudes moyennes dominent des forêts d’arbres à feuilles caduques. Les faunes sont quasi actuelles, avec des espèces archaïques qui disparaîtront plus tard.

En Afrique, les hominidés se diversifient à l’est (Ethiopie, Kénya, Tanzanie), au sud (Afrique du sud) et au Tchad. Apparaissent, puis disparaîtront, des espèces dont certaines seront à l’origine des hommes. Passent ainsi des Ardipithèques, plusieurs espèces d’Australopithèques, dont la célèbre Lucy, et des Paranthropes.

Ils ont tous en commun de pouvoir se tenir debout, de pouvoir marcher (gauchement), mais d’encore grimper aux arbres. Ils vivent dans les savanes. Ils mangent ce qu’ils cueillent. Ils sont peu carnivores. Ils n’ont pas inventé l’outil. Ils resteront dans leurs régions et surtout ne s’aventureront pas hors d’Afrique.

Parallèlement, les grands singes, habitants des forêts équatoriales et tropicales, vont évoluer vers les formes connues actuellement (chimpanzés, gorilles, orangs-outangs, …), nos cousins en somme.

L’ère quaternaire – de 2,5 millions d’années à nos jours

C’est celle du développement du genre Homo, donc des humains.

Un homme est capable d’une adaptation à l’environnement, supérieure aux autres espèces animales. Avec le temps, plus il accumulera ces capacités de s’adapter, plus la partie antérieure de son cerveau va se développer.

Il invente l’outil. Au départ, c’est une pierre ramassée qu’il va transformer pour la rendre plus tranchante pour diverses tâches : découper les peaux et la viande, creuser le sol pour récolter des racines, casser des branches. Les premiers outils connus actuellement datent d’il y a 2.5 Ma.

Il est capable de transmettre ses connaissances par le langage articulé, grâce à une transformation de son larynx, qui résulte de sa capacité à se tenir debout.
Il nomadise et étend son territoire, génération après génération, pour chercher sa subsistance.

Il y a 2.000.000 d’années, il a conquis toute l’Afrique et en est sorti vers le Moyen Orient. Plus tard, vers 500-400.000, il “inventera” le feu.

L’ère quaternaire se divise aussi en périodes géologiques : le Pléistocène (de 2.588.000 à 11.430 ans avant le présent) et l’Holocène (de 11.430 ans à nos jours). Les trois périodes du Paléolithique (infra) correspondent au Pléistocène. Celui-ci est caractérisé, sur le plan climatique, par des alternances de glaciation et de réchauffement qui vont conditionner le sol (les sédiments fluviatiles et surtout les limons éoliens), le paysage et la faune animale, ainsi que la possibilité ou l’impossibilité pour les humains de vivre dans certaines régions.

Et c’est particulièrement le cas dans nos régions de l’hémisphère nord où l’on a compté, entre 600.000 et aujourd’hui, quatre glaciations majeures, séparées par des périodes interglaciaires.

Lors des glaciations, les glaciers vont s’étendre jusqu’ aux Pays-Bas, au nord de l’Allemagne et à la Grande-Bretagne.Le niveau des mers est bas. On peut passer à pied le Pas-de-Calais et le sud de la Mer du Nord vers la Grande-Bretagne.

Les vents sont puissants, secs et froids, érosifs. Ils drainent sur de grandes distances des poussières (« farines de roches ») qui finissent par se déposer sous forme de loess (limons) sur le sol de toute la Flandre et de la partie nord de la région wallonne.

Le paysage des plaines est fait de grandes steppes ouvertes. Quelques troupeaux d’animaux (rennes, chevaux, mammouths, bisons, …) les parcourent. Ces périodes glaciaires sont peu propices à la vie humaine, sauf en bordure des steppes. Les premiers hommes en Europe occidentale apparurent d’abord dans les zones méridionales, autour de la Méditerranée. C’était il y a environ 1 million d’années.

Lors des périodes interglaciaires, les glaciers se retirent vers le nord et le niveau des mers remonte. Lors du Pléistocène Inférieur (2.588.000 à 780.000), le climat a tendance à être chaud et humide. Le paysage est ouvert et arboré. Il est parcouru par des troupeaux d’équidés (chevaux), de cervidés (cerfs, chevreuils), de bovidés (bisons, aurochs), de canidés (chiens, loups, renards), de proboscidiens (mammouths, mastodontes), de félins (tigres à dents de sabre, lynx), d’ursidés (ours)…

Les premiers groupes humains à s’aventurer plus au nord, notamment dans nos régions, semblent le faire il y a 500.000 ans.

La dernière période glaciaire s’est terminée lentement entre il y a 18.000 ans et 10.000 ans. Commence alors l’Holocène qui correspond à une période interglaciaire qui se continue jusqu’à aujourd’hui.

Le réchauffement climatique et l’humidité qui l’accompagne dans les zones tempérées permettent le reboisement. La Grande Forêt Charbonnière commence à couvrir alors une grande partie de la Belgique du nord au sud et particulièrement la vallée de la Haine.

Aux périodes géologiques, les préhistoriens préfèrent une autre division, basée sur les types d’outils utilisés :

  • Le Paléolithique Inférieur (de 2.588.000 à 130.000), dominé par les Homo Habilis et les Homo Erectus (ainsi que diverses formes qui s’en rapprochent, dont les européennes). C’est à l’occasion d’un réchauffement climatique que les humains vont gagner le Moyen-Orient et le Caucase, et sans doute une partie de l’Asie. C’était il y a 1,8 Ma. On voit ensuite en Europe des Homo Erectus, qui évoluent vers Homo Heidelbergensis, à partir d’1Ma dans les régions méditerranéennes et vers 500-400.00 dans nos régions. Ce sont les premiers hommes à fouler le sol de l’actuelle Belgique.
  • Le Paléolithique Moyen (de 130.00 à 45.000). En Afrique, l’Homo Erectus évolue lentement vers notre ancêtre Homo Sapiens (homme moderne) qui commence à migrer vers 100.000 au Moyen Orient, puis en Asie et en Australie. Il fait alors trop froid en Europe pour qu’il s’y risque. En Asie, Homo Erectus évolue vers des formes qui disparaîtront. En Europe, Homo Erectus, devenu Homo Heidelbergensis, a évolué vers l’Homme de Neandertal qui domine cette période.
  • Le Paléolithique Supérieur (de 45.000 à 11.430 ans BP, “before present”, soit avant le temps présent). Les derniers néandertaliens disparaissent lentement en Europe jusqu’à 30.000. Toutes les formes archaïques disparaissent en Afrique et en Asie. L’homme moderne, Homo Sapiens, celui qui nous ressemble comme deux gouttes d’eau (sur le plan génétique et intellectuel, et non pas morphologique), les a supplantées sur tous les continents, dont l’Europe, à partir de 45.000, et l’Amérique (entre 30 et 15.000).

C’est pendant cette période qu’a lieu la dernière période glaciaire. Les hommes restent des nomades qui se déplacent au fil des saisons, comme les troupeaux qu’ils chassent, à la recherche de nourriture (animale et végétale) et de « logements » (les entrées de grottes et les abris sous roches).

  • En Europe, on décrit une période intermédiaire, le mésolithique (entre 9000 et 6000/5000 avant JC.). L’homme, toujours nomade, s’adapte aux nouvelles conditions climatiques moins rigoureuses. Ses déplacements sont moins importants. Il vit au bord des cours d’eau et en lisière de forêts. Celles-ci dominent dans nos régions. Il a diversifié ses méthodes de chasses.
  • Le néolithique signe la sédentarisation des humains qui inventèrent l’agriculture, l’élevage, l’habitation fermière, la poterie, le tissage. Cette «invention » commença au Moyen Orient très progressivement entre 10.000 et 6000 avant J.C., dans ce qu’on appelle le « Croissant fertile » (Palestine, Syrie, Mésopotamie), là où l’homme a pu trouver des espèces animales et végétales qu’il a pu domestiquer par sélection. Cette première grande révolution culturelle s’est alors répandue dans toutes les directions, et notamment vers l’Europe. Il a atteint nos contrées vers 5200.

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