Mons

Le Territoire

Mons va naître sur une colline entourée d’étangs, de marais et de zones facilement inondables par la Haine (au nord) et la Trouille (au sud) qui l’enserrent avant de confluer à Jemappes.

Autrefois la Trouille passait au pied de la colline, à l’intérieur de l’enceinte médiévale. Elle y a joué un grand rôle économique. Elle fut déviée une première fois au début des années ‘1870 et une deuxième fois en 1962 quand on bétonna ses berges.

Cette colline, comme celles qui l’entourent (Saint-Lazare, Panisel et Héribus), est faite de sables, constituée à l’ère tertiaire.

C’était donc uns site particulièrement protégé et stratégique.  C’est pourquoi il fut habité dès la période néolithique (peut-être plus tôt), qu’un camp romain y fut installé lors de la période gallo-romaine, maintenu ensuite lors de la période franque. Mais l’on sait peu de choses de ces périodes. Aucun écrit n’en fait mention. Quant aux éléments issus de fouilles archéologiques, ils sont rares, sans doute enfouis profondément sous les constructions qui recouvrirent le site dès le haut moyen âge.

C’est d’ailleurs à cette période que commença réellement l’histoire de Mons, où plutôt de Mons Castrilocus qui fut sa première appellation.

On discerne trois composantes à cette histoire :

  • L’abbaye, devenue plus tard chapitre canonial séculier, installée sur la colline
  • La résidence des comtes de Hainaut, bâtie à proximité, sur des terrains appartenant à l’abbaye
  • La ville commerçante et artisanale qui s’installa surtout aux pieds de la colline
Préhistoire

Mésolithique, on aurait retrouvé des indices de la Culture Tardenoisienne: quelques outils en silex (hache-marteau) et en bois de cerf (retouchoir)près de la Porte du Parc.

Au néolithique moyen, de la culture de Michelsberg, plusieurs sites furent occupés autour de Mons, au sud de la Haine (Spiennes, Givry) et au nord de celle-ci (Obourg).

Epoque romaine

Sur cette éminence, les Romains auraient érigé un camp militaire (castrum) à proximité de la voie romaine qui menait de Bavay à Utrecht (passant à l’ouest de la colline) et du confluent Haine-Trouille, sans doute pour résister aux premières invasions germaines de la fin du IIIème siècle de notre ère. Ils lui donnèrent le nom de Castrilocus. Ce qui est attesté par un diplôme d’Aubert, évêque de Cambrai, en 642 . Le nom de Mons n’apparaîtra qu’au IXème siècle. L’actuelle rue de la Chaussée aurait été pavée en 1247 sur un diverticule de l’antique voie romaine passant à l’est de la ville, juste au pied de la colline. 

On a également retrouvé, à la limite entre Mons et Nimy, une ancienne nécropole gallo-romaine, ainsi que des poteries et bouteilles du IIème siècle au Petit-Nimy, témoins d’un habitat non spécifié à proximité.

Epoque mérovingienne – la fondation de l’abbaye

Ce n’est qu’après la fin de l’empire, au VI-VIIème siècle, qu’une population franque s’est constituée dans les alentours de Mons. Plusieurs nécropoles franques mérovingiennes ont été découvertes sur les territoires actuels d’Obourg, Nimy, Havré, Ghlin, Spiennes, Mesvin, Harvengt, Harmignies et surtout Ciply (ici plus de 1200 tombes). Il a été dit qu’une habitation seigneuriale existait sur la colline, mais on n’en sait quasi rien.

Au VIIème siècle, ces territoires faisaient presque tous partie des possessions royales (domaine fiscal) de Neustrie, royaume fondé par les descendants de Clovis. C’était aussi l’époque du roi Dagobert Ier. Par héritage, il avait réuni les royaumes francs de Neustrie, Austrasie et Bourgogne, séparés lors des partages précédents entre les descendants de Clovis. Ces domaines royaux étaient administrés par des intendants, aristocrates francs liés aux familles royales.

Waldebert était un de ceux-ci, au service du roi Clotaire II, lié également à la famille austrasienne des Pippinides (ancêtres de Charlemagne). Il résidait à Cousolre, aujourd’hui entre Maubeuge et Beaumont. On l’a parfois qualifié de comte du Pagus de Hainaut (ou de Famars). Il semble qu’il n’était que l’intendant de vastes domaines royaux dans cette entité administrative.

Il avait épousé Bertilde, également de famille noble. Ils eurent deux filles. La plus âgée, Waldetrude (ou Waudru), épousa le noble Madelgaire, né, semble-t-il, à Strépy et exerçant des fonctions publiques au service du roi. On l’a parfois aussi cité comme comte du pagus. Ils eurent quatre enfants, dont l’un, Dentelin, serait mort en bas âge.

Après une dizaine d’années de mariage, Waudru se sentit attirée par la vie spirituelle. Elle s’en confia à son époux. Mais c’est celui-ci qui, le premier, quitta le domicile conjugal pour se retirer à l’abbaye proche de Hautmont (près de Maubeuge) que le couple aurait aidé à fonder et à se développer.

Après avoir terminé l’éducation de ses enfants, Waudru décida elle aussi de se retirer. Sous les conseils d’un missionnaire de la région, nommé Ghislain (qui aurait, selon sa légende, fondé une abbaye – lire l’histoire de Saint-Ghislain), elle choisit d’installer un « ermitage » sur la colline de Castrilocus. Elle demanda à Hydulphe, le mari de sa cousine Aye, d’acheter un petit domaine (à moins que celui-ci ne fut déjà en sa possession, comme certaines sources l’indiquent) et d’y construire un oratoire modeste et une petite habitation, en matières périssables (torchis, bois). On décrit l’endroit comme inculte et abandonné aux ronces, à proximité de la source d’un petit ru, la Seuwe. En fait, il semble que la colline était déjà habitée. L’oratoire fut dédié à Saint-Pierre.

Waudru alla d’abord recevoir le voile de religieuse des mains de l’évêque Aubert de Cambrai (653-670). Elle s’y retira et y mena une vie de piété et d’austérité, se consacrant aux pauvres et aux malades. Elle-même était sujette à des visions et à des tourments. On lui attribue quelques miracles. D’autres jeunes femmes vinrent la rejoindre pour former une petite communauté, dont les règles de vie ne nous sont pas connues.

Waudru mourut le 9 avril 686 ou 688. Cette date fut retenue comme date de sa fête. Elle fut enterrée à proximité de son établissement. Certaines sources disent qu’elle fut enterrée près de ses parents et de sa sœur à Coursolre, puis que sa dépouille fut ramenée quelques temps plus tard à Mons. Car tout de suite après son décès, le petit peuple auquel elle s’était consacrée la proclama sainte et rapidement on organisa un culte d’intercession près de sa sépulture. La canonisation officielle n’eut lieu qu’au début du XIème siècle.

Il est probable que sa cousine Aye lui ait succédé comme abbesse. Entretemps, son mari Madelgaire, qui prit le nom de Vincent, s’en alla fonder une abbaye à Soignies (lire l’histoire de Soignies), accompagné de son fils Landry qui lui succéda. Alors que sa sœur cadette Aldegonde fonda le monastère de Maubeuge, rejointe par les deux filles de Waudru et Vincent, Aldetrude et Maldeberte, qui succédèrent comme abbesses à leur tante.

Critique historique

Comment connait-on tous ces détails ? Quelle est la part de vérité ? Quel est le contexte historique dans lequel ces évènements se déroulèrent ?

Hormis des ossements qu’on lui attribue, devenus reliques, conservés dans une châsse à Mons, il n’existe aucun témoignage de l’époque. Nous n’avons aucune trace archéologique de cette implantation primitive.  L’oratoire Saint-Pierre, rebâti en une église plus grande, fut rasé en 1450 lors de la construction de l’actuelle collégiale Sainte-Waudru. Il se trouvait sous le chœur de celle-ci.

Les ossements qui lui sont attribués ont été étudiés à plusieurs reprises et la dernière fois en 1997 avec des méthodes modernes (notamment ADN). Il s’agit de ceux d’une femme de plus de quarante ans, compatibles avec ceux d’une femme du VIIème siècle, encore que la datation carbone ait semé quelques doutes (fourchette de 430-620).

Les documents écrits concernant la sainte sont plus tardifs. Ce qui ne fut pas le cas de sa sœur Aldegonde, dont une première Vita Aldegundis, fut écrite à Maubeuge vers 715, soit une trentaine d’années après sa mort. Ce récit hagiographique glorifie la sainte et témoigne de l’importance prise très tôt par le monastère de Maubeuge. Ce texte fait mention de sa sœur Waudru, la première information que nous ayons d’elle.

La Vita Wadetrudis est beaucoup plus tardive, écrite par un moine vers 850, soit 175 ans après sa mort. On y retrouve quelques éléments figurant déjà dans la Vita de sa sœur, le reste provenant des récits transmis oralement et ayant sans nul doute été déformés avec le temps au profit d’une glorification de sa vie, servant à légitimer l’abbaye, ses possessions et les cultes et pèlerinages qui l’accompagnaient… et qui furent source de gros revenus. Sans doute que jusque-là, le culte de la sainte était resté discret.

Jacques Simon, un jésuite du XVIIème, auteur d’une vie de Sainte Waudru, a calculé que Waudru serait née en 612. Les historiens actuels doutent un peu de la précision de cette date, car à cette époque, il n’y avait pas d’état civil et les hagiographes faisaient peu de cas de ces détails. La Vita Waldetrudis dit qu’elle est née sous le règne du roi Dagobert I (roi d’Austrasie dès 622/623 et roi de l’ensemble du regnum francorum de 629 à 639). Ceci pourrait reporter l’âge de la naissance d’une bonne dizaine d’années (entre 622 et 625). Pour la naissance de sa sœur, il s’avère qu’elle est née vers 630. 

Leur famille état liée au pouvoir royal. A cette époque, Austrasie et Neustrie étaient réunies sous un même roi (Dagobert) jusqu’en 639. L’aristocratie montait alors en puissance, à la tête  de grands domaines fonciers. La famille de Waudru était implantée dans l’actuel Hainaut, mais aux confins méridionaux de la Neustrie, à proximité de l’Austrasie, dont elle était séparée par la Forêt Charbonnière. C’était une région rurale à économie agraire (Cousolre, entre Maubeuge et Beaumont).

Les élites, résultat d’une fusion entre l’aristocratie gallo-romaine et la noblesse franque, étaient christianisées, mais le peuple était encore très païen et méfiant vis-à-vis des missionnaires que les rois faisaient venir de régions plus chrétiennes (Aquitaine, Irlande).

Son père, Waldebert, était un intendant du roi et administrait les domaines royaux (il est cité dans une charte de 626). Sa mère Bertille provenait d’une famille plus haut placée. Son frère Gondeland fut maire du palais de Neustrie et son autre frère Landry fut un commandant militaire (selon la Vita Aldegundis). C’était une famille chrétienne qui faisait baptiser ses enfants.

La fondation de l’oratoire de Mons daterait de 655-660.

Les rapports de Waudru et Ghislain sont décrits dans la Vita de Waudru. Au Xème et XIème, soit très tardivement, ce Ghislain, originaire d’Athènes, fut aussi l’objet de Vitae racontant sa légende, notamment le fait qu’il avait choisi, avant Waudru, la colline de Mons pour installer un oratoire et que c’est une ourse, lui ayant volé ses vêtements, qui le conduisit à quelques kilomètres, à Ursidungus où il décida finalement de s’installer (voir histoire de Saint-Ghislain).

L’absence de mentions anciennes a jeté le discrédit sur ces textes tardifs au point qu’aujourd’hui certains historiens en ont rejeté leur existence et d’autres, moins radicaux, n’en retiennent que quelques éléments vraisemblables.

Tout ceci se passait au VIIème siècle, à l’époque du roi mérovingien Dagobert, dans un contexte favorable à la fondation d’abbayes (Lobbes, Crespin, St-Amand, Saint-Saulve). Ce programme de fondations s’inscrivait dans la politique de christianisation des campagnes voulue par les rois et les aristocrates. Dans toutes les civilisations, la religion a toujours été un élément fondamental unificateur, légitimant les pouvoirs en place. Waudru représente des valeurs chrétiennes que l’Eglise d’alors essaie de faire passer dans le petit peuple, à une époque où la violence est partout.

Ces évènements n’ont donc pas qu’une connotation religieuse. Ils ont également une signification politique. En 656, soit à l’époque de la fondation, il y eut un coup d’Etat fomenté par Grimoald, maire du palais d’Austrasie. La famille de Waudru, bien que neustrienne, était proche de la famille austrasienne des Pippinides (les ancêtres de Charlemagne). Le coup de force échoua. Des sanctions frappèrent les Pippinides et leurs alliés. Une hypothèse rapporte que Madelgaire et Waudru durent abandonner leurs charges publiques et entrer au couvent. Aucun document écrit ne l’affirme cependant.

Châsse de Sainte-Waudru

Les premiers temps de l’abbaye

Aucune source ne donne d’information sur l’organisation de cette communauté, sans doute semblable à celles contemporaines de Nivelles et de Maubeuge, suivant une règle bénédictine aménagée d’usages propres, car celle-ci était contraignante.

Il s’agit dans les premiers temps d’une institution très modeste, comme l’atteste la Vita d’Aldegonde.

Un autre monastère, composé d’hommes, vit le jour à côté, comme c’était souvent le cas à cette période. Ils étaient chargés des travaux manuels, de la sécurité et des offices liturgiques. Sa chapelle ou son église, modeste, dédiée à Notre-Dame se trouverait sous le transept actuel de la collégiale.

Si l’établissement décrit plus haut était humble, il était déjà pourvu d’un patrimoine foncier appréciable, venant de la famille de Waudru et de celle de sa cousine Aye : les domaines-villas de Nimy, Maisières, Obourg, Quévy, Quaregnon, Jemappes, Cuesmes, Bray, Estinnes, Waudrez, Ville-sur-Haine. Selon J. de Guise, Waudru, en abandonnant son duché de Lorraine, s’était réservé la propriété de biens : villages de Quaregnon, Jemappes, Frameries, Quévy, Braine-la-Vihote, Braine-le-Château, Halles, Castre, Hérinnes. Elle donna à perpétuité à l’abbaye, outre Cuesmes, Nimy, Ville-sur-Haine et d’autres.

Par la suite, les rois, les aristocrates et les évêques, dans un élan de christianisation des campagnes, favorisèrent toutes ces fondations, leur cédant de grands territoires fonciers, sources de revenus, tout en les contrôlant. Il s’agissait donc aussi d’une volonté politique.

C’est ainsi qu’entrèrent dans le patrimoine abbatial de Mons des domaines aussi éloignés que Braine-le-Comte, Braine-le-Château, Epinois, Bouvignes, Hal, Hofstade et Herentals. En tout, une cinquantaine de localités réunies dans un tout indivisible rapportait les revenus de la terre, des bois et des prés, le cens et la dîme de nombreuses paroisses et divers autres droits.

L’abbaye Sainte-Waudru devint une des seigneuries les plus puissantes économiquement du comté.

Evolution du monastère

On l’a dit, la Règle de Saint Benoit de Nursie, adoptée au début, se trouvant trop rigide pour des femmes, fut remplacée par la Règle plus souple de Saint-Augustin.

La famille des Pippinides, grands propriétaires terriens en Austrasie (Hesbaye, pays de Liège), détenait la fonction de maires du palais en ce royaume franc. Les rois leur avaient abandonné le pouvoir. Ils cherchèrent à étendre celui-ci dans les royaumes francs voisins de Neustrie et de Bourgogne qu’ils placèrent sous leur coupe. Vers 690, ils avaient le contrôle de l’ensemble des monastères.

Charles Martel et Pépin le Bref achevèrent leur œuvre, celui-ci se faisant nommer roi et fondant la dynastie carolingienne. Charlemagne et son fils Louis le Pieux, tout en bâtissant un empire chrétien, concentrèrent dans leurs mains l’ensemble du pouvoir temporel et spirituel.

En ce qui concerne Mons, le terme de « monastère de Castrilocus» n’apparait qu’à cette époque dans un document daté de 833 (testament d’Anségise, abbé de Saint-Wandrille). C’est peut-être cet Anségise qui, à l’époque de l’empereur Louis le Pieux et de son conseiller St Benoit d’Aniane, aurait collaboré à l’élaboration d’un programme de vie religieuse pour la congrégation montoise et pour d’autres.  Ce « canon » de règles est peut-être à l’origine de la dénomination de « canonicae » (chanoinesses).

En effet en 816, un concile à Aix-la-Chapelle définit la règle canoniale, celle qui constitue les chapitres de chanoines. Rares cependant sont les documents faisant mention de ce type d’institution à Mons avant le début du XIème siècle.  A ce moment, la plupart des monastères sont sécularisés, hormis Lobbes et Saint-Ghislain. La sécularisation à Mons (abandon de la règle monastique) se serait faite progressivement. La première mention d’un chapitre de chanoinesses figure dans une charte de 1123, de l’évêque de Cambrai, concernant la donation de l’église Saint-Pierre et de ses dépendances à l’abbaye de Saint-Denis-en-Broqueroie. D’autres mentions suivirent dans les années suivantes.

Lors du Traité de Meersen de 870, qui partageait la Lotharingie dont le dernier roi venait de mourir sans héritier, les deux autres fils de Louis le Pieux se répartirent les abbayes dites royales disséminées sur leurs terres. Le monastère de Mons ne figurait pas sur la liste. Aurait-il déjà été sécularisé ?

Par contre il semble qu’un atelier monétaire existait à Castrilocus dès le IXème siècle, du temps de Charles le Chauve, et que le monastère double était déjà entouré d’une petite agglomération. Centre spirituel et économique, position stratégique intéressante, ces éléments attirèrent les comtes pour s’y installer au Xème siècle et y établir leur centre politique.

Il est même probable que Régnier I, par ailleurs comte de Maasgau et de Hesbaye, ait installé un camp sur la colline, pour aller repousser les Vikings de Condé. C’est ce que fit Régnier II en faisant bâtir une résidence à proximité de l’abbaye, sur des terres de celle-ci, à qui il dut payer une redevance. Les Régnier avaient alors la mainmise sur toutes les abbayes de leur comté. Elles faisaient partie, dit-on, de l’honor comtal.

Lors de la disgrâce de Régnier III et de Régnier IV, en lutte contre l’empereur Otton Ier, la plus grande partie de leurs biens leur fut enlevée, dont les abbayes qui passèrent aux mains de leurs successeurs nommés par l’empereur. Mais quand Régnier IV récupéra son comté, vers l’an mille, il redevint maître de l’abbaye.

Sans qu’on en ait la preuve, il semble que ce fut Régnier II qui obtint de se faire nommer « abbé laïc » de l’institution, ce qui lui donnait le droit de nommer l’abbesse et d’avoir sa part des bénéfices tirés des grands domaines (prébende). Ce titre restera attaché à la fonction comtale jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.

Pendant ces derniers siècles, une petite communauté urbaine s’était développée aux pieds de l’abbaye.

Un deuxième chapitre, dédié à Saint-Germain, fut fondé vers 959. Il devint le centre de la paroisse des premiers Montois. Un curé, choisi parmi les chanoines, y officiait. Les autres chanoines étaient chargés de célébrer les offices pour les chanoinesses dans l’église Sainte-Waudru. Leur église fut reconstruite à plusieurs reprises. La dernière fut détruite en 1799.

Mons Saint-Germain et Sainte-Waudru

Tout était réuni pour que « Castrilocus Mons », comme on disait en ce temps-là, devienne une ville.

En 1039, eut lieu la canonisation officielle de Sainte Waudru. Ses reliques furent déposées dans une châsse. Le culte de Waudru se répandit dans le Hainaut et dans le Brabant et un peu en Campine où le chapitre possédait un domaine à Herenthals. Les reliques attiraient les malades et les handicapés particulièrement qui venaient intercéder auprès de la sainte une guérison ou moins de souffrances.

Le chapitre des chanoinesses nobles de Sainte-Waudru

Entre le Xème et le XIème siècle, l’abbaye se transforma en un « Chapitre des Demoiselles d’Encloistre » (ou Chanoinesses nobles de Ste Waudru) qui s’est peu à peu sécularisé dans les siècles suivants pour prendre sa forme définitive au XIIème-XIIIème siècle.

La première mention de chanoinesses à Mons date de 1123. Celle du chapitre date de 1149/1150. Tout cela s’est fait malgré une bulle papale émise en 1182 par Lucien III qui, tout en confirmant les possessions du chapitre montois, exprimait son désir de voir ce dernier se conformer à la Règle de Saint-Augustin.

En effet, au XIème siècle, les comtes durent compter avec l’évêque de Cambrai, Gérard de Florennes (1012-1051), qui s’efforça de réformer les communautés religieuses de son diocèse. Il sollicita l’accord des détenteurs d’abbayes et remplaça les chanoines par des moines ou rétablit l’observance stricte. Il réforma ainsi Saint-Ghislain, Lobbes et Haumont. Il ne put intervenir dans les abbayes détenues par Régnier V.

Sous la pression de la réforme grégorienne, au XIème siècle, les comtes se virent obligés de renoncer au titre d’abbé et se contenter de celui d’avoués, mais ils n’entendirent pas abandonner les droits sur les abbayes jadis conférées par l’autorité royale.
Ces droits étaient différents selon les circonstances de l’acquisition.
A Mons, les comtes étaient chez eux et on ne percevait aucune intervention royale ou épiscopale.

A Saint-Ghislain où les moines luttèrent pour le statut d’abbaye royale (ou impériale) et eurent l’appui des évêques, les relations furent tendues. Ailleurs les relations restèrent paisibles, le comte Régnier V acceptant même la réforme de Maubeuge. Il fallut attendre la fin du siècle pour voir les comtes intervenir en faveur de la réforme : introduction des coutumes de Cluny à Crespin et concession de Saint- Saulve à Cluny sous Baudouin III.

Sous le règne du comte Baudouin IV, dit « le bâtisseur », le chapitre Sainte-Waudru de Mons avait acquis une forme quasi définitive. Il trouvait sa légitimité dans la conservation des reliques de Sainte-Waudru. Il aidait les pauvres.

Il était à la tête d’un grand patrimoine foncier qui avait son origine dans les biens apportés par ses deux premières abbesses dans un premier temps, par les aristocrates et seigneurs féodaux ensuite. C’est à cette période que l’église des chanoinesses fut reconstruite en style roman. Elle s’appela désormais collégiale Sainte-Waudru.

Quel était alors le mode de vie des chanoinesses de Mons à ce moment ? Elles étaient de famille noble. En 1214, on exigeait pour entrer dans la communauté d’être filles légitimes de chevalier et de posséder huit quartiers de noblesse. Au XVIIIème siècle, on en exigera seize. Leur nombre était limité : une trentaine.

Elles étaient parfois placées dès leur enfance dans le chapitre. Des trois vœux traditionnels, elles n’étaient vouées en principe qu’à celui de chasteté. Mais elles pouvaient quitter l’institution à vingt-cinq ans pour se marier et avoir des enfants. Pas de vœu de pauvreté. Elles se partageaient les bénéfices issus des domaines sous forme de prébendes. Si elles quittaient l’institution, elles gardaient le titre de chanoinesse noble, mais ne percevaient plus la prébende.

Elles vivaient ensemble dans un espace clos (l’encloître du chapitre) et dormaient dans un dortoir commun. Dans les faits, elles avaient le droit de posséder une habitation personnelle dans l’enceinte du monastère.

Au début, l’institution était dirigée par une mère-abbesse. Puis, on l’a vu, le comte s’est inséré dans la gestion en devenant abbé laïc et avoué de l’abbaye, puis du chapitre. Il percevait donc aussi une prébende. Par contre, il payait une redevance comme « locataire » du domaine pour sa résidence et la seigneurie qu’il détenait sur Mons. Les comtes se mêleront peu des problèmes intérieurs au chapitre. Ils se feront remplacer par un prévôt à la tête du chapitre, choisi le plus souvent parmi les chanoines de Saint-Germain.

La Doyenne des chanoinesses veillait au bon fonctionnement temporel du chapitre (discipline, mœurs, …). Cette fonction disparaîtra vers 1340 au profit d’un quatuor de chanoinesses, gestionnaires des biens et responsables des activités. Enfin un ou une « coustre » (souvent un chanoine) exerçait la fonction de trésorier et d’intendant.

Avec les siècles, on vivait au chapitre comme dans le grand monde de la noblesse. Hormis pour les offices, les chanoinesses s’habillaient selon la mode. Elles recevaient qui elles voulaient.

A partir de 1450, on décida de reconstruire la collégiale en style gothique, dans de plus grandes dimensions. Les travaux se firent d’après les plans d’architectes locaux, aidés par Mathieu de Layens, qui était en train de faire construire l’hôtel de ville. La vieille église Saint-Pierre fut détruite et sa communauté de chanoines fut déplacée à Saint-Denis-en-Broqueroie.

La fin du chapitre

Déjà à la fin du XVIIIème siècle, l’empereur Joseph II, un réformateur, remit un peu d’ordre dans un mode de vie devenu trop voyant. Mais quelques années plus tard, en novembre 1792, la Révolution fut importée de France. On sait qu’elle était anticléricale. Le chapitre fut supprimé en février 1793, avant de réapparaître un mois plus tard, car les Autrichiens avaient chassé les Français. Ceux-ci revinrent plus déterminés encore en juin 1794.

Le chapitre fut définitivement dissous. Les chanoinesses avaient quitté la ville, abandonnant leurs biens. Tout fut vendu comme bien de la Nation, les bâtiments, mais aussi les nombreux domaines. La collégiale Sainte-Waudru fut pillée. Le jubé, sculpté par Du Broeucq au XVIème siècle, fut détruit. L’église fut transformée en écurie et faillit être détruite. Le bâtiment fut réhabilité et restauré pendant la période napoléonienne. Ste Waudru devint l’église de la paroisse principale de Mons.

Reconstitution du jubé de Sainte-Waudru
Mons, la résidence comtale et la ville

IXème siècle

Lors de l’invasion des Vikings qui débute en Hainaut vers 876, le comte du pagus, Régnier I au Long Col, aurait fait bâtir une “forteresse” (plus probablement un camp protégé) sur la colline, à proximité du monastère, pour tenir à distance les envahisseurs (pas de preuve). Il n’y résidait probablement pas, car il était également à la tête d’autres comtés en Hesbaye et sur la Meuse.

Xème siècle

C’est son fils Régnier II (915-?) qui décida d’installer à Mons sa résidence principale et qui aurait fait édifier un château sur la colline, à proximité des deux monastères (Ste Waudru et Saint-Germain). C’aurait été une des premières constructions militaires en pierre en Europe occidentale. La cité garda le nom de Mons Castriloci, qui sera rapidement abrégée en Mons.

Vers 960/975, son fils, Régner III, continua à fortifier la construction et les alentours vers la pointe Nord de la butte,  sur des terres appartenant au monastère. Une bourgade de serviteurs et d’artisans s’y développa à l’abri. Du château de cette époque, il reste des caves sous la chapelle Ste Calixte, bâtie au XIVème siècle.

En même temps, les premiers comtes cherchaient à accroître leur autorité politique et militaire sur le comté et sur la cité. Or celle-ci s’étendait sur des domaines  appartenant au monastère de Ste Waudru depuis sa fondation. L’abbaye y exerçait un pouvoir temporel et spirituel et y détenait tout droit de justice. Il n’est donc pas étonnant que le premier comte s’établissant à Mons se fit donner le titre “d’abbé laïc ou séculier du monastère, gardien, juge et protecteur”, s’adjugeant ainsi une partie des revenus ecclésiastiques des domaines (le tiers, “la manse abbatiale »).  Avec l’assentiment de son suzerain, l’empereur. Ces domaines s’étendaient assez loin en Hainaut et même en Brabant et en Campine. Cette situation créera à l’avenir de la rivalité entre la maison comtale et le chapitre de Ste Waudru.

XIème siècle – les débuts d’une véritable urbanisation

Vers 1050, la Comtesse Richilde (1039-1083) créa une véritable vie de cour en son château. Veuve de son premier mari, le comte Herman de Hainaut, le dernier de la dynastie des Régnier, elle y fut aussi faite prisonnière par le comte Baudouin V de Flandre, après un court siège, ce qui aboutira à son mariage forcé avec le fils de celui-ci, le futur Baudouin VI (de Flandre) ou I de Hainaut.

En 1056, la peste sévit et tua une bonne partie de la population.

Sous le règne de Richilde, et ensuite sous celui de son fils Baudouin II de Hainaut, la cité de Mons devint une ville à part entière où les marchands et artisans commencèrent à faire entendre leurs voix pour obtenir des facilités de travail. Apparurent ainsi les premiers affrontements entre l’autorité seigneuriale et un pouvoir communal naissant, issu de cette même classe de bourgeois.

La seigneurie, correspondant au territoire montois (au bas de la colline), appartenait au Comte en sa qualité d’abbé laïc de Ste Waudru, mais une large partie du territoire relevait de la seigneurie des chanoinesses, à qui le prince versait des redevances annuelles (site du château, une brasserie, halle au drap, exploitation agricole).

XIIème siècle

En 1112, un incendie détruisit la ville aux trois-quarts. L’église Ste Waudru brûla. Ces incendies étaient de véritables calamités au Moyen Age. La plupart des bâtiments étaient construits en matériaux inflammables. Le feu se répandait alors très rapidement de maison à maison, sans que les citadins aient à leur disposition des moyens de lutte efficaces.

Vers 1140, sous Baudouin IV, dit le Bâtisseur (1120-1171) et sous son fils Baudouin V, de grandes constructions eurent lieu dans le comté et notamment à Mons. Fut bâtie une nouvelle enceinte, en fait la première digne de ce nom. Longue d’un kilomètre, autour de la colline, elle protégeait une surface de dix hectares, à l’intérieur desquels on trouvait :

  • au Sud : le quartier du Chapitre (églises Ste Waudru, St Pierre et St Germain, chapelle St André, les demeures des chanoines et chanoinesses)
  • au Nord : le château comtal.

Elle était constituée d’une muraille (dont il reste quelques vestiges Rue de la Terre du Prince) et de tours semi-circulaires. Deux portes permettaient les passages:

  • une, la porta fori, s’ouvrait sur le Marché
  • l’autre, la Porta Sancti Germani, auprès desquelles les maisons des commerçants et des artisans se concentraient, à l’extérieur.

Dans la plaine, les habitations se trouvaient, clairsemées, le long de deux axes:

  • Le premier recouvrait l’ancien diverticulum de la chaussée romaine, soit les actuelles rues de Bertaimont-Grand’rue-Chaussée-Nimy. A l’extrémité sud de cet axe, sur le Bertaimont, on construisit la chapelle de St Nicolas (actuelle église St-Nicolas en Messine) qui fut à l’origine d’une paroisse. A l’extrémité nord, le chemin conduisait vers Nimy et Soignies, il était bordé par la léproserie St Ladre.
  • Le deuxième axe lui était perpendiculaire et partait vers Binche (actuelle rue d’Havré).

Une réserve comtale était située au Nord de l’enceinte (actuelle place du Parc).

Bernard de Clervaux vint en 1148 prêcher la croisade à Mons.

Vers 1169, Baudouin IV fit rebâtir l’église de Ste Waudru en style roman. Les chanoinesses feront beaucoup pour le développement culturel et artistique de la cité. Elles attireront des artisans de luxe, des chroniqueurs, des enlumineurs et des hommes de loi. Leur église avait pour paroissiens: les ecclésiastiques, le comte, les nobles et les magistrats, les officiers, et les étrangers. Le peuple avait sa paroisse principale dans l’église voisine de Saint-Germain.

De nombreuses contestations surgirent entre le chapitre et le comte, notamment en ce qui concerne le pouvoir communal, situation instable dont ne profitaient pas les bourgeois de la ville naissante.Leurs habitants devaient payer la dîme au Chapitre (redevance foncière), ils devaient lui soumettre la moindre modification immobilière. Au Comte, ils continuèrent à verser des taxes seigneuriales et à accomplir des servitudes.

En 1188, le légat du pape passa à Mons pour prêcher la troisième croisade.

XIIIème siècle – la commune de Mons

Ce siècle fut une période faste pour la ville, comme il le fut dans toute l’Europe occidentale.

Le 24 juin 1200, Baudouin VI (1195-1205) partit pour la quatrième croisade, à l’issue de laquelle il devint empereur de l’empire byzantin à Constantinople. Avant son départ, il promulgua deux chartes, devenues célèbres, qui donnèrent au peuple de Mons ses premiers privilèges d’autorité communale, notamment en matière de droit civil et pénal. Les échevins obtinrent un sceau et purent désormais rendre la basse et la moyenne justice sur tout le territoire de la ville (hormis celui du chapitre de Ste Waudru). La haute justice restera encore dans les mains du comte jusqu’en 1428, date où elle fut confiée aux échevins de la ville. Un mayeur fut nommé, qui était en fait l’officier comtal de la seigneurie montoise.

Sous la comtesse Marguerite (1244-1278), le Hainaut connaîtra une uniformisation des monnaies ainsi qu’une règlementation en matière d’extraction de la houille (1248).

A Mons, fut fondé l’hospice de Cantimpret.

La ville se développa. Son commerce devint prospère. La population crut sous l’effet d’une immigration intense venant des campagnes. Mais pour s’épanouir pleinement, à l’image des villes flamandes, Mons avait besoin de plus de privilèges et de plus de protection.

C’est alors que le nouveau comte Jean I d’Avesnes (1278-1304) intervint pour l’aider à se développer. En fait, Mons profita de la révolte des Valenciennois (1290-97) contre le comte. Celui-ci va la favoriser. En matière d’urbanisme d’abord. Jean I fit construire une nouvelle enceinte de remparts (la deuxième), entourée de fossés alimentés par la Trouille et la Haine. Les fossés furent doublés de levées de terre hérissées de palissades et de pieux. Les travaux commencèrent en 1290. Ils ne s’achèveront que vers 1400. Ces remparts, à la différence des premiers, protégeaient une grande partie de la ville. Six portes furent aménagées dès 1292-93 (Parc, Nimy, Havré, Guérites, Bertaimont, Rivage), ainsi que deux passages pour la Trouille. Pour rappel, cette rivière passait plus au nord qu’aujourd’hui et traversait la ville. Elle  lui apportait l’eau nécessaire aux métiers (foulons, teinturiers, tanneurs et tisserands) et permettait la circulation des marchandises dans des barques plates à partir de l’embarcadère du Rivage.Des tours en pierre furent construites au fur et à mesure, ainsi que des corps de garde et des magasins à poudre. Les travaux furent financés essentiellement grâce aux taxes prélevées sur le commerce du vin et de la bière (maltôte). Un siècle plus tard, la ville connaissait son plan définitif. Les remparts, aujourd’hui disparus, se trouvaient sur l’actuel tracé des boulevards. Seule la tour valenciennoise (1358), de cette époque, est encore debout. Cette construction s’avèrera efficace jusqu’à la fin du XVème siècle lorsqu’apparut l’artillerie (1475).

Le grand-marché, centre politique et administratif, fut transféré sur l’actuelle Grand-Place. Des rues rayonnantes en partaient pour atteindre les six portes. La voierie continua à s’étendre durant ce XIIIème siècle. A la fin de celui-ci, Mons était divisé en  treize quartiers:

  •   celui de Bertaimont, du nom d’une famille (entre Trouille au Nord, Cuesmes et Hyon)
  •   celui de la Grand-rue (entre Trouille et porte St Germain/Halle aux blés)
  •   celui de la Chaussée (entre Grand-rue et Marché)
  •   celui de la Triperie (actuelles rues de la Coupe et Grande triperie)
  •   celui de l’Esplace, au Sud du précédent
  •   celui du Hautbois (actuelles rues de Houdain, Halle et Hautbois)
  •   celui d’Havré (depuis l’hôpital des Apôtres jusqu’au marché)
  •   celui des Groseillers et du Fosset (entre rues de Nimy et d’Havré)
  •   celui de Nimy
  •   ceux du Parc (ancienne garenne comtale, qui est essartée et occupée)
  •   celui des Telliers (rue des Dominicains actuelle)
  •   quartier de la Guirlande (entre Rivage et Grand’rue)
  •   quartier du Rivage = port de Mons sur la Trouille, à l’Ouest
  •   quartier de la Poterie (rue de la Poterie et des clercs, dans l’enceinte comtale)

Au Sud se trouvaient

  • le couvent du Pré du Joncquois (Frères Mineurs, 1238)
  • le pré Notre-Dame: béguinage-hôpital du Cantimpret (Cuesmes)

A l’Ouest fut construit le prieuré du Val-des-Ecoliers (Cuesmes, 1252).

Les contribuables les plus riches habitaient surtout les quartiers du Marché, du Rivage et de l’Esplace.

Malheureusement ce plan concentrique sera dans les siècles suivants un véritable carcan qui enserra la ville et empêchera son développement géographique. Par contre, Mons sera réputée pour sa forteresse difficile à prendre.

Dans ce XIIIème siècle, de nouvelles paroisses furent détachées de celle de St Germain:

  • St Nicolas-en-Havré (1224) dans la chapelle de l’hôpital St Nicolas qui sera reconstruite plus tard, après l’incendie de 1664
  • St Nicolas-en-Bertaimont (1227)

La paroisse de Ste Waudru existait toujours. Son siège se trouvait dans la chapelle St André de l’enclos monastique, près de la collégiale. Le curé était le doyen du chapitre St Germain. Assistaient à ses offices: la famille du Comte, ses officiers, des nobles et leurs serviteurs.

La vie commerciale s’organisa près des deux collégiales Ste Waudru et St Germain: Halle aux blés,  Halle aux draps, Halle aux viandes, Halle aux pains. Le marché s’étendit jusqu’aux actuelles rues de la Poterie et des Clercs, près de la porte St Germain, ainsi que vers les rues Grand-Rue et Chaussée.

Sur le plan administratif, la commune de Mons avait obtenu de nombreux privilèges, aux mains de son mayeur et de ses échevins, nommés par le comte. Ils avaient une certaine autonomie. Aux droits judiciaires, s’ajoutait l’administration des institutions charitables (La Commune Aumône). Les échevins confièrent celle-ci aux mambours qui exercèrent ce droit sur la léproserie St Ladre, sur l’hôpital des Douze Apôtres (extérieur de la porte d’Havré), sur l’hôpital de St Nicolas ainsi que sur l’hôpital Le Taye (bâti à  la fin du siècle, rue des Soeurs Grises, pour les béguines malades).

En 1269, on construisit encore la Maison de la Paix (ou Maison de Ville) où les échevins se réunissaient pour les délibérations. Elle se trouvait à l’entrée de la Triperie. On créa en 1279  la massarderie. Celle-ci était une caisse commune gérée par un receveur (ou massard) assermenté qui prélevait les maltôtes (taxe sur le commerce du vin et de la bière), dont l’essentiel allait à l’édification de l’enceinte communale dont la construction débuta en 1290.

Les habitants étaient affranchis de diverses redevances seigneuriales (droits de morte-main, de meilleur catel, exemption perpétuelle du droit de servage).

Deux foires furent allouées  (l’une à la Trinité, l’autre à la Toussaint) par une charte en 1295. Le quartier du marché devint progressivement le centre du pouvoir urbain.

On comprend que les rapports entre le Comte et la Cité, représentée par ses échevins, changèrent. Ces derniers assumèrent de plus en plus la gestion de la cité et le rôle d’autorité. De plus, quelques institutions, judiciaires et administratives, furent ramenées de Valenciennes à Mons par Jean d’Avesnes, provoquant la colère des Valenciennois.

Mons, en quelques décades, était devenue la véritable capitale du Comté de Hainaut, mais une capitale politique et religieuse, avec son esprit encore féodal, réactionnaire et aristocratique. Valenciennes continua à développer ses manufactures (la draperie essentiellement) et son commerce. Sa situation sur l’Escaut la favorisait à cet égard.

A Mons, on construisit de grands hôtels pour les familles seigneuriales (d’Enghien, de Naast, du grand bailli du Hainaut, de Boussu), des refuges d’abbaye (du Roeulx, de Bonne-Espérance, de Saint-Denis-en-Broqueroie, de Cambron, de Ghislenghien). La Maison des Soeurs Grises (hôpital) fut édifiée en 1296.

La population doubla en un peu plus d’un siècle et Mons devint la ville la plus populeuse du Hainaut.

Par apport aux autres villes “belges”, Mons n’obtint en fait que très lentement ses divers affranchissements de commune libre. Ses bourgeois étaient aussi en butte avec le chapitre noble des Chanoinesses de Ste Waudru. Celles-ci se prévalaient d’ailleurs de multiples immunités et exemptions, et les habitants de leurs terres, qui étaient très nombreuses et étendues, leur payaient la dîme, la redevance foncière et devaient  soumettre à leur approbation la moindre modification immobilière.

XIVème siècle

Au début de ce XIVème siècle, la politique d’enrichissement et de développement continua. Ce sont les corps de métier qui en profitèrent le plus. Ils s’étaient établis officiellement en corporations en 1303. La manufacture des draps obtint des lettres de franchise en 1310, tandis que la corporation des maîtres d’artillerie fut fondée en 1319.

Mons devint en fait plus industrielle que commerçante: draperie, objets en cuir, étain, terre cuite. Les peaux étaient étalées à la Halle de la Pelleterie (actuel office du Tourisme – l’hôtel de ville actuel n’était pas encore construit).

Au début du siècle, les fastes de la cour comtale faisaient encore illusion auprès des habitants (jeux et tournois organisés par le comte Guillaume I « le Bon » d’Avesnes).

C’est en 1348 qu’on aménagea définitivement, à l’initiative du comte et des échevins, le Grand Marché (future Grand-Place) comme centre politique et commercial. Les opérations commerciales furent ainsi déplacées du quartier capitulaire de la colline vers le territoire communal.

Mais les malheurs ne tardèrent pas à venir compliquer la vie des citadins. Mons ne fut pas épargnée par la grande peste de 1348. Ce fut l’occasion de grandes processions et de vénérations des reliques de Ste Waudru et de St Vincent, évènements qui furent à l’origine de la Procession annuelle de Mons. La ville devint aussi un centre de pèlerinage où les malades de la gangrène venaient implorer la sainte patronne.

Lorsque la comtesse Marguerite II de Bavière décéda en 1356, son fils Guillaume III de Bavière lui succéda. Un des premiers actes du comte sera l’imposition aux Bourgeois de Mons, aux Lombards et aux Juifs de demeurer constamment armés : cette obligation fut à l’origine des « milices bourgeoises » qui maintiendront l’ordre, la sécurité et la défense perpétuelle des villes, des comtes et du pays de Hainaut.

Un gros impôt fut levé à Mons et dans toute la région (taille); ce qui permit d’évaluer la population de l’époque, le niveau des fortunes, les professions (commerçants avant tout, textiles ensuite, puis cuirs et peaux, alimentation, construction, secteurs du métal, du bois, de l’agriculture et des services).

Un beffroi, appelé Tour de l’Horloge, fut élevé en 1380 au sommet de la colline, sur l’enceinte du château. Endommagé déjà en 1548 par le feu, il s’écroulera de vieillesse en 1661.

XVème siècle

La comtesse Jacqueline de Bavière lorsqu’elle rompit avec son mari, le duc Jean IV de Brabant, vint se réfugier en son château de Mons. Les Brabançons vinrent y faire le siège en 1425. Celui-ci dura jusqu’à ce que les habitants manquent de vivres et la ville se rendit. La comtesse fut alors conduite à Gand.

En 1433,  Philippe le Bon acquit, par donation, la couronne comtale qui passa ainsi de la Maison de Bavière à la Maison de Bourgogne.

Cette époque fut pour le Hainaut et Mons une période de prospérité et de bonheur. Mons fut alors qualifiée de “clef et chef lieu de tout le Hainaut”. Le Bailli de Hainaut (représentant de l’autorité comtale alors exercée par le Duc de Bourgogne) devint Grand Bailli. Il habitait le château du prince, nommait les magistrats et exerçait la haute justice. L’autorité communale acquit de nouvelles prérogatives qui permirent aux commerçants et aux métiers de se développer.

Les métiers d’art notamment, qui jusqu’à présent étaient confinés dans les monastères, se sécularisèrent grâce à l’action bienfaisante des corporations. Les caudreliers (chaudronniers) fabriquaient des fonts baptismaux, des lutrins, des lustres, et des batteries de cuisine. Les écriniers (menuisiers, ébénistes) réalisaient les mobiliers liturgiques. Les cordonniers étaient réputés, ainsi que les tripiers.

Mons prit une certaine importance dans les nouveaux états bourguignons. Ainsi en 1451, se tint solennellement à Ste Waudru un chapitre de la Toison d’Or, sous l’égide de Philippe le Bon lui-même, son fondateur. Et en 1470, Charles le Téméraire, son épouse Marguerite d’York et  la petite Marie de Bourgogne y firent leur Joyeuse Entrée.

De 1456 à 1478 s’érigea l’Hôtel de Ville sur l’emplacement de l’ancienne maison de la Paix, en bois et torchis, qui datait de 1269. Sa construction fut confiée à  Mathieu de Layens, architecte du gothique qui a aussi fait bâtir l’hôtel de ville de Louvain. La construction en fut longue, car ralentie par les nombreux prélèvements d’argent finançant les guerres des Ducs. L’édifice resta d’ailleurs inachevé, puisque le campanile actuel date de 1718.

Vers 1450, le Chapitre des Chanoinesses refit construire la collégiale Sainte-Waudru en style gothique, sur le site de l’ancienne église romane et sur celui de l’église St Pierre. Elle fut l’oeuvre de maîtres hennuyers et montois, conseillés par Mathieu de Layens. Le financement se fera notamment par l’exploitation des houillères des villages appartenant au chapitre. La construction ne sera terminée qu’en 1690 et sera déjà endommagée lors du siège de 1691. Les réparations seront alors effectuées immédiatement.

XVIème siècle

En 1515, c’est au tour de Charles Quint d’être intronisé à Mons Comte de Hainaut. La ville connut alors son apogée sur le plan économique. De nombreux artisans venaient de toute part, même d’Italie, de France et d’Allemagne, pour s’y installer: des teinturiers et des drapiers, des ouvriers du cuir et des peaux, des tanneurs (quinze tanneries le long de la Trouille), des cordonniers et des corroyeurs.

En  1545, fut fondé le Collège de Houdain, qui formera de nombreux notables.

1548 connaîtra l’incendie de l’Eglise St Germain, qui sera détruite. Les incendies étant dans les villes de véritables fléaux, la décision fut prise, en 1551, d’interdire la construction de bâtiments en matériaux inflammables. Pareilles décisions, prises en 1392 et 1417, n’avaient cependant pas été suivies d’effet.

En ce XVIème siècle, la Réforme entreprit aussi Mons et ses alentours. Dès 1534, des Calvinistes vinrent y répandre leurs nouvelles idées. Un de leurs leaders, Nicolas Larchier, sera brûlé vif sur le bûcher comme hérétique en 1548. L’abdication de Charles Quint, en 1555, fit passer nos états dans les mains de son fils, Philippe II, qui lui succéda sur le trône d’Espagne. Sous ce dernier, la réaction à la Réforme s’intensifia. Lorsque le montois Guy de Brès publia, en 1561, Confessio Belgica (qui prend sa source dans le Bible et l’Institution de Jean Calvin), il fut victime de l’Inquisition et finit pendu à Valenciennes en 1567. D’autres martyrs montois suivirent.

En 1572, survint l’évènement qu’on appelle “La Surprise de Mons”. Louis de Nassau, chef de la résistance calviniste, frère de Guillaume d’Orange, s’installa dans la ville avec ses troupes. Il résida lui-même à la Maison de la Paix (Hôtel de Ville). Son projet était de reconquérir les Pays Bas Espagnols et d’en faire un état calviniste. Une partie de la population le soutint. Mons fut alors assiégée par les troupes espagnoles du Duc d’Albe. Nassau  capitulera au bout de quelques mois. La répression qui s’ensuivit fut terrible. Nombre de ses partisans passèrent devant la “Commission des Troubles” et furent condamnés à mort. Parmi eux le sculpteur et architecte Jacques Dubroeucq qui sera cependant gracié au prix d’une abjuration de son hérésie. Cet épisode se fit dans le contexte d’une recrudescence de la lutte contre le protestantisme. Il provoqua le départ de nombreux réformés vers l’étranger, souvent de bons artisans et ouvriers. Avec eux de nombreux capitaux s’éloignèrent. Il en résultera pour la ville une diminution de sa prospérité économique.

Siège de Mons de 1572

En 1578, le du d’Alençon, calviniste, après avoir pris Binche et Maubeuge, tenta, mais en vain, de s’emparer de Mons. Le nouveau gouverneur des Pays Bas, Alexandre Farnèse, s’y établit. En 1581, les jésuites, ardents prédicateurs de la Contre-réforme, vinrent s’installer à Mons. En 1598, ils  y fondèrent un collège, puis un séminaire.

Entre-temps en 1589, une Grande Boucherie (ou Halle des Viandes) avait été édifiée au sud de la Grand-Place, avec l’autorisation du “Comte Philippe” (soit le roi d’Espagne Philippe II). Le bâtiment était de style renaissance. Il fut démoli pour vétusté en 1842. Les fortifications de la ville furent aussi renforcées au cours de ce siècle par des “boulevards” protégeant les anciens murs. Ces “boulevards” étaient en fait des bastions placés devant les murs aux endroits exposés et destinés à porter des canons. On en trouvait devant les portes (Nimy, St Nicolas, Havré, Parc, Bertaimont, Guérite et Rivage). Des casernes pour héberger les troupes furent également construites.

XVIIème siècle

A la fin du siècle, et ce grâce à l’arrivée des Archiducs Albert et Isabelle, les nouveaux gouverneurs, nos provinces retrouvèrent une ère de paix et de prospérité, qui marquera aussi chez nous la victoire du Catholicisme sur le Protestantisme. Les Archiducs firent leur Joyeuse Entrée à Mons, en tant que représentant du comte de Hainaut, en fait le roi d’Espagne, en 1600.

Dans cette atmosphère de Contre-Réforme, cette époque vit la construction de nombreux couvents et chapelles. En 1605, on célébra à Mons le mariage de Charles de Croÿ, prince de Chimay, avec sa cousine Dorothée de Croÿ. Il était alors grand bailli de Hainaut (représentant des Comtes, donc du roi) et habitait le Château d’Havré nouvellement construit (1603).

Mons était alors une cité très fortifiée, entourée d’eau de toutes parts et renforcée de points d’appuis fortifiés. A l’intérieur des remparts, on pouvait découvrir de somptueux édifices, des fontaines nombreuses et le commerce y était de nouveau florissant après les guerres religieuses.

1615 vit passer la peste et sa suite de quarantaine et de morts fort nombreux (plus de 500). On implora les reliques de St Macaire qui furent amenées de Gand pour la circonstance en la Collégiale Ste Waudru. Une chapelle dédiée à St Macaire fut construite à Obourg pour commémorer la fin de l’épidémie. Hugues de la Vigne cisela une somptueuse châsse en argent pour les reliques du saint qui sera exposée ensuite à St Bavon de Gand. Mais la peste reviendra encore en 1618 et en 1667.

Dès le milieu du siècle, la France fit la guerre à l’Espagne et… s’attaqua aux possessions septentrionales de celles-ci. Le Hainaut étant une terre de passage, il eut à subir durant une soixantaine d’années les ambitions françaises. L’armée du chevalier de Clerville vint mettre le siège devant Mons le 15 août 1655 et s’en empara trois jours après. Le Traité des Pyrénées de 1659 restitua la ville à l’Espagne.

En 1661, la Tour d’Horloge, près du Château, s’écroula de vieillesse. On en recommença la construction. C’est l’actuel beffroi, en style baroque, dû aux architectes Ledoux et Anthony, financé par la ville et le Comte (Charles II, roi d’Espagne). Sa construction fut terminée en 1669. Elle servait de tour de guet (frontière française peu éloignée, car rapprochée, contrôle des incendies, annonce des heures,…). Elle sera aussi restaurée au milieu du XIXème, ainsi qu’à la fin du XXème.

A ces malheurs, en ce pays où vont se livrer de terribles batailles entre les différentes puissances d’Europe occidentale, Mons, qui devait tenir garnison, va encore souffrir à la fois des impôts prélevés pour soutenir les efforts de guerres, mais aussi des conséquences de celles-ci.

La France et l’Espagne vont se battre chez nous. Les Espagnols renforcèrent une fois encore les remparts en 1667, par une ceinture complète de bastions détachés aux endroits vulnérables (portes). On agrandit les fossés et avant-fossés donnant ainsi la possibilité de submerger la région. De nouvelles casernes furent construites (celle du Rossignol, près de l’ancienne gendarmerie, celle de la Porte de Nimy dans les jardins de l’hôpital St Jacques, d’autres  près de la Porte de Bertaimont, de la Porte du Rivage et de la Porte Chisaire; l’actuelle caserne Léopold date de cette époque).

Rien n’arrêta cependant les visées expansionnistes de Louis XIV et de ses généraux qui en viendront à bout. Après Condé, Valenciennes et Tournai, Mons fut assiégée en 1678. Le Maréchal de Luxembourg fut d’abord repoussé par les troupes locales. Mais c’est Louis XIV lui-même qui viendra, aidé par Vauban, en 1691 faire tomber la ville sous le feu et les bombes incendiaires. Les Montois durent capituler et se rendre. L’église St Germain fut encore détruite. Les vainqueurs écrasèrent le peuple sous les impôts et les exactions. Ils reconstruisirent aussi cependant les fortifications, sur des plans de Vauban (nouveaux ouvrages à cornes, redoutes, nouvelles casernes, hôpital militaire, camp retranché sur le Mont Panisel).

Pourtant, au Traité de Rijswijck, en 1697, Mons fut rendue aux Espagnols. Le nouveau gouverneur, le Duc Maximilien de Bavière, y fit son Entrée Solennelle.

Vue du XVIIème

XVIIIème

Cela ne dura pas. Le Roi de France nous renvoya ses troupes dès 1701 et Mons fut réoccupée par les Français. Jusqu’en 1709, quand les armées alliées, commandées par le Duc Eugène de Savoie et le Duc de Marlborough, viendront la reprendre après un siège d’un mois. Enfin, au Traité d’Utrecht de 1713, les Pays-Bas méridionaux, avec le Hainaut, furent confiés à la tutelle des Autrichiens. Ce sont des soldats hollandais qui assurèrent la garnison montoise.

En 1718, le pouvoir, représenté par la cour souveraine du Hainaut, quitta le château qui, par faute d’entretien, se dégradait. Le site sera rasé au XIXème siècle. Seuls le beffroi, la chapelle Saint-Calixte (XIIIème) et la conciergerie furent préservés. Un parc public y fut inauguré le 10 juin 1873.

Louis XV nous déclara la guerre et en 1747, dans le cadre de la Guerre de Succession d’Autriche. Il vint refaire le siège de Mons, la bombarder et s’en emparer. L’année suivante, par le Traité d’Aix-la-Chapelle, Mons retourna aux Autrichiens. Entretemps les Français avaient déjà démonté de nombreux ouvrages fortifiés.

Les quelques dizaines d’années qui précédèrent la Révolution Française furent pour nos provinces une période de paix et de restauration. Le siècle des Lumières illumina aussi la ville de Mons. L’économie retrouva sa prospérité d’antan, par le développement de nombreuses industries: celle du textile et des étoffes diverses, celle de la houille qui connut une grande exportation, le commerce du grain, du sel, du sucre, des savons et de l’huile. L’orfèvrerie connut son âge d’or. On comptait à Mons seize brasseries. A cette époque les hôpitaux étaient nombreux (dix-sept dit-on).

La vie intellectuelle y était relevée, non pas tant par la culture littéraire qui y était peu prisée, mais surtout par l’activité judiciaire. Mons était toujours le siège de la Cour Comtale, du Conseil de Hainaut et de la Cour Souveraine. Très nombreux étaient les avocats et les magistrats qui y vivaient. Très nombreux, par conséquent, les procès.

Mons devint aussi un centre maçonnique important. Y fut fondée la loge “la Parfaite union” en 1721. Elle se transformera plus tard en « Grande Loge française des Pays-Bas ». D’autres loges aussi s’y installeront par la suite.

Le Prince Charles de Lorraine, beau-frère de Marie-Thérèse d’Autriche, devint en 1744 gouverneur des Pays Bas Autrichiens. Il ordonna la refortification de la ville qui entraîna un détournement de la Haine pour augmenter les possibilités d’inondations en cas de siège. Sa soeur Anne-Charlotte de Lorraine devint mère-abbesse du chapitre de Ste Waudru et séjourna à Mons. Sa cour y était prestigieuse et cultivée, à l’Hôtel du Grand Baillage (futur gouvernement provincial). Elle encouragea les arts, elle créa la Manufacture Royale de la dentelle en 1764. Sa mort, en 1773, fut une grande perte pour la vie culturelle montoise.

Anne-Charlotte de Lorraine

D’autant plus qu’elle fut suivie assez rapidement, en 1780, de l’avènement de Joseph II sur le trône de l’Empire. Ce despote éclairé, dans son désir de réformer toutes nos institutions vieillottes, mais manquant de la manière, lors de son séjour dans ses Pays Bas, vint passer deux jours à Mons en 1782. Il y fit démolir la majeure partie des forts avancés, ne laissant que les murs et les fossés. Mons devenait “ville ouverte”. Comme partout ailleurs, il supprima tous les ordres contemplatifs. L’ordre des Jésuites avait déjà disparu en 1774.

A cette époque, le déclin économique était déjà amorcé. On travaillait moins dans les ateliers et manufactures.

Le Prince Charles de Ligne devient le dernier grand bailli du Hainaut.

En novembre 1792, les Français, emmenés par le Général Dumouriez, importèrent leur Révolution chez nous. A Jemappes, ils l’emportèrent sur les troupes autrichiennes appuyées par des miliciens wallons. Ils étaient attendus à Mons par la « Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité », d’abord adulée par la population, puis rejetée plus tard.

A Mons, une administration provisoire fut installée. Celle-ci ne put empêcher les exactions nombreuses commises par les troupes d’occupation: pillages et surtout sacrilèges à l’égard des prêtres et des biens des églises. A Ste Waudru, le jubé de Dubreucq fut démoli, les stalles sculptées furent emportées. L’église St Germain fut rasée une dernière fois. Ste Elisabeth devint un temple de la Raison. Le chapitre de Ste Waudru fut supprimé définitivement. « L’Etre Suprême » fut promené sur le Car d’Or.

De lourdes contributions furent exigées aux habitants. Un simulacre de référendum fut organisé pour entériner la réunion de nos provinces à la France. Danton vient à Mons féliciter les Jacobins locaux en 1793.

De mars 1793 à juin 1794, les Autrichiens reprirent le territoire aux Français, mais la bataille de Fleurus du 26 juin 1794 ramena les Pays-Bas à la France qui les annexèrent et les découpèrent en neuf départements. Mons devint chef-lieu du département de Jemappes. Le Directoire va imposer chez nous des lois draconiennes, des réquisitions et des exécutions. Les religieux et les nobles sont les premiers visés.

XIXème

Il fallut attendre le Consulat et l’Empire pour voir le sort des gens s’améliorer, sauf pour les jeunes conscrits obligés de participer aux guerres de Bonaparte. Le culte fut rétabli. Des travaux furent entrepris : le canal de Mons à Condé, pour le transport du charbon borain, et la route de Mons à Beaumont.

Mons sera libérée de l’occupation française en 1814 par les Cosaques, après la défaite napoléonienne de Russie. Le Traité de Vienne, en 1814, remit la Belgique dans les mains du Roi Guillaume de Hollande.

Sous le règne de celui-ci, l’enceinte de la ville sera définitivement détruite au profit d’un autre système de défenses. Seule la Tour Valenciennoise resta debout. Les casemates abritaient la garnison hollandaise.

La ville se modernisa: on construit des trottoirs en 1820.

En septembre 1830, Mons envoya un contingent pour participer à la révolution. D’autres montois, notamment des mineurs furieux de la cessation de leurs activités, se battirent contre la garnison hollandaise en ville. Celle-ci se rendit lorsqu’elle apprit la déroute bruxelloise des Hollandais.

Mons participa aux préludes du nouvel état belge: il envoya Alexandre Gendebien au Gouvernement Provisoire ainsi que plusieurs mandataires au Congrès.

Le dix-neuvième siècle vit se relever lentement le commerce et l’industrie. Mons, qui avait abandonné sa fonction de ville forte, devint une petite ville bourgeoise commerçante. L’administration communale fut d’ailleurs dominée par les libéraux de 1836 jusqu’en 1954.

Un marché aux poissons (Halle aux Poissons) fut édifié en 1838 sous les ordres de l’architecte Sury. Il fut démoli en 1974 pour laisser place à un parking.

En 1841, la ville fut reliée à Bruxelles par le chemin de fer et l’année suivante vers Quiévrain et la France. Une première gare fut construite.

Après la destruction des derniers remparts en 1864, on construisit à leur emplacement les boulevards de ceinture, qui étaient alors de beaux chemins de promenade bordés de grands arbres. D’autres boulevards furent aménagés vers les faubourgs (Nimy, Hyon, …). Seule la Tour Valenciennoise fut conservée de l’enceinte médiévale.

En 1843, le théâtre actuel fut construit.

En 1870, l’eau était distribuée dans toutes les maisons.

C’est l’époque où le poète Paul Verlaine fit un séjour à la prison de Mons, d’octobre 1874 à janvier 1875.

Le socialisme, s’il ne prend pas pied dans l’administration communale, s’implanta fermement dans la région industrielle toute proche. Mons fut le théâtre de revendications sociales et politiques. On y chantait « Vive la République » en 1890. En 1893, une manifestation de mineurs (5000 mineurs borains face à l’armée) fut sévèrement réprimée (« la fusillade de Mons ») dans l’avenue de Jemappes.

XXème siècle

Mons, au XXème siècle, souffrira aussi des guerres. Lors du retrait du corps expéditionnaire britannique devant l’avancée allemande, Mons sera le lieu d’une dure bataille le 23 août 1914. De nouveaux combats eurent lieu à proximité marquant la victoire des Canadiens de la troisième division sur l’armée allemande en retraite le 10 novembre 1918.

En mai 1940, Mons futt l’objet de bombardements de la part des allemands qui y pénètrent le 19. Une grande partie des Archives de l’Etat y sont brûlées. Mons connaîtra aussi, le 2 septembre 1944, l’entrée de la Troisième Division Blindée Américaine venue la délivrer.

Le Grand Mons, objet d’une fusion des communes, se fit en deux étapes, en 1972 puis en 1977. Sa population fut ainsi multipliée par trois.

Dans les années 1970, on transforma les boulevards en voies rapides avec l’aménagement de tunnels et d’un circuit à sens unique.

Au tournant avec le XXème siècle, on commença à aménager le quartier au nord de la gare (« Les Grands Prés ») pour en faire une zone mixte (administrative, commerciale, culturelle). Une grande passerelle est prévue pour la relier avec la ville, partiellement abandonnée quant à son rôle commercial.

Economie montoise

Elle est, depuis ses origines, basée sur l’artisanat et commerce, avant de devenir aussi avec les siècles une ville administrative et scolaire.

L’industrie de la laine fut dominante dans les premiers siècle (XI-XV) : draps et serges. Le long de la Trouille, au sud de la ville, s’activaient les brasseurs, les tanneurs, les foulons et les teinturiers.

D’autres métiers et corporations apparurent et prirent de l’importance, dès le XIVème siècle: les chaudronniers (ou caudreliers, 1378), les orfèvres (1406), les vitriers (1378), les écriniers (1419)

Il y avait marché hebdomadaire le vendredi, où les maraîchers des villages voisins venaient vendre leurs légumes. Deux fois par an, à la Pentecôte et à la Toussaint, on organisait la foire.

Mons fut un temps une ville-étape pour le vin. On y vendait aussi du poisson (salé ou fumé) venant de Flandre, des épices arrivant d’Orient via Bruges, des draps flamands et montois.

Patrimoine et art

Architecture religieuse

La chapelle Ste Calixte et la crypte. La crypte date du XIème, tandis que la chapelle comtale fut construite au XIVème. Ce sont les seuls vestiges de l’ancien château comtal.

La chapelle Ste Marguerite. Romane, elle date aussi du XIIIème et estincluse dans l’ancien Musée Chanoine Puissant.

Collégiale Ste Waudru. L’édifice actuel fait suite à d’autres plus anciens: l’oratoire de Sainte-Waudru (VIIème siècle), peut-être un autre dans les premiers siècles, une église romane (XIIème, époque de Baudouin IV “le bâtisseur”.

Au XVème, les chanoinesses, d’origine noble,  décidèrent d’élever un édifice plus somptueux, dans le style gothique brabançon de l’époque. Les travaux commencèrent en 1450 sous les ordres de Jean Spiskin, maître-maçon de Mons. L’église romane fut progressivement démolie au fur-et-à mesure que s’élevait la nouvelle. L’oratoire St Pierre contigu fut détruit aussi en 1451. A la mort de Spitskin, en 1457, l’architecte louvaniste Mathieu de Layens, également le concepteur des plans de l’hôtel  de ville, prit le relai. Le choeur fut terminé en 1506, le transept le sera en 1527 et la nef principale en 1589. L’achèvement des travaux de décoration eut lieu en 1621. Une tour prévue de 190m de haut ne fut jamais réalisée.

De nombreuses dégradations eurent lieu avec les siècles: lors des sièges de 1691, 1709 et 1746, lors d’un tremblement de terre de 1692, avec les destructions révolutionnaires de 1794 et 1797 (décoration dans ce dernier cas). Les statues des douze apôtres à l’extérieur ont été détruites pendant la révolution. Seule reste la Vierge (à l’intérieur).

Plan: croix latine, nef à trois étages, transept, choeur, 29 chapelles rayonnantes sièges des confréries et corporations de la ville.

Elle abrite de nombreuses oeuvres d’art:

– la châsse reliquaire actuelle, promenée dans le Car d’Or, lors de la procession de la Trinité, date de 1867, due à un orfèvre liégeois, I. Wilmotte; une autre châsse contient la tête de la sainte et date de 1250

– de 1535 à 1548, le sculpteur montois Jacques Dubreucq a créé un jubé renaissance, qui fut malheureusement démonté pendant la révolution française en 1792; il en reste quelques statues dans le choeur (les quatre vertus cardinales et les trois vertus théologales), ainsi que des bas-reliefs dans le transept (dont celui de la résurrection et de l’annonciation); aussi une Annonciation, l’autel de la Madeleine, St Barthélémy, …

– autres sculptures: St Michel (XVs), Ste Waudru et ses filles, en bois polychrome (XV), retable des Féries Notre-Dame (XVIs), une Vierge argentée et des monuments funéraires (XVs).

– le trésor conserve aussi des pièces d’orfèvrerie (XIII-XIXs), ainsi qu’une bague et une agrafe (benoite Affique) qui aurait appartenu à Ste Waudru (VI-VIIs), des statues (dont celle du XV en bois polychrome représentant la sainte et ses deux filles) , des manuscrits enluminés et des tableaux

– le Car d’Or date de 1781 (Claude de Bettignies), qui, une fois l’an, porte la châsse reliquaire en procession dans la ville

– de vitraux historiés (vie de Marie, par la famille Eve, sur des cartons de Nicolas Rombouts, XVIs, entre 1510 et 1615) dans le déambulatoire et les nefs latérales; les autres fenêtres historiées de la nef datent de 1965, à l’aide d’anciens fragments du XVI et XVIIs

Eglise Saint Elisabeth. Elle fut construite au XVIème, consacrée en 1588, détruite par un incendie en 1716. Elle sera reconstruite sous les ordres de Claude de Bettignies de 1719 à 1721 dans un style hybride. En 1794, les révolutionnaires français en feront leur Temple de la Raison.

Eglise Saint Nicolas-en-Havré. L’actuelle fut commencée vers 1664, elle fut terminée en 1702. Sa façade est austère. La décoration intérieure est baroque et date du XVIIIème: chaire de vérité, retables, maître-autel, statues.

Eglise Saint Nicolas-en-Bertaimont. Elle est dédiée à Notre-Dame de Messine en 1803. Elle contient une peinture de madone, miraculeuse, du XVIème. Son trésor liturgique où sont rassemblés des objets de culte venant des couvents supprimés, contient le Bateau de Messine.

Ancien couvent des Soeurs Noires. Il date du XVIIIème siècle, mais fut construit sur un ancien bâtiment dont il reste deux chapelles du XVIème, une pour le culte grec orthodoxe et l’autre pour un usage conventuel.

L’architecture civile

L’hôtel de ville (ou ancienne Maison de la Paix). Il fut construit durant la seconde partie du XVIème sous les ordres de Mathieu de Layens, en style gothique tardif, avec du grès de Bray, de la pierre bleue de Soignies et d’Ecaussines, et des briques de Mons. Son campanile date de 1718 et est l’oeuvre de François Tirou. Il contient une chapelle échevinale, la salle St Georges, de style renaissance (XVIIème), une grande salle gothique décorée au XIXème; ainsi que la Salle de la Toison d’or. Sur sa façade, on trouve le Singe du Grand Garde, statue en fer datant du XVème. Dans la cour, la statue du Ropieur (Guibert, 1937). Dans le jardin (du Mayeur), se trouvent la Conciergerie (XVIème), l’ancien Mont-de-Piété (XVIIème, devenu Musée du Centenaire).

Le beffroi. Construit en baroque en 1662-1674 à la place de l’ancienne Tour de l’Horloge qui s’écroula en 1661, près de la résidence comtale. Son carillon est réputé. Architecte : Louis Ledoux.

Hôpital St Nicolas (vestiges, XVIème)

Bonne Maison des orphelins, fondée par Louise de Bouzanton (1562).

Théâtre Royal (1843)

Waux-Hall (1862)

Statue de Baudouin VI de Constantinople (1868, J. Jacquet), dit “le cheval de Bronze”

La « machine à eau », construite en 1870-71, qui pompait l’eau de la Trouille pour l’amener à la ville. Actuellement rénovée. Espace culturel.

Le conservatoire royal de musique, installé dans l’ancien couvent des Filles de Marie (XVIIs)

Architecture militaire

On ne sait quelle forme avait la résidence comtale. Une imitation de sa façade a été réalisée pour fabriquer la serrure en fer forgé de l’Hôtel de Ville. Le donjon subit un incendie en 1365. Il fut remplacé par la « Tour de l’Horloge » en 1497. Cette dernière s’écroula en 1661 et fut remplacée par le beffroi actuel (supra). Délaissé par les comtes au XIVème siècle, le château fut en partie démoli, puis reconstruit. Il devint un asile pour aliénés pour l’hospice St Julien de 1824 à 1866. Il fut rasé en 1870. Et remplacé par un parc inauguré en 1873. Il reste quelques vestiges actuel :

  •  XIème: mur de soutènement du château, souterrains (près de Chapelle Ste Calixte)
  •  XIIème: mur de l’enceinte comtale, construite en contrebas du château (rue Terre aux Princes)
  •  XIVème: muraille de Jean d’Avesnes – seul vestige: Tour Valenciennoise (rue des Arbalestriers)
  • XIXème: fortifications hollandaises “les Casemates” dès 1815.
  • Les remparts de Mons furent définitivement démolis entre 1861 et 1865 pour laisser place au boulevard de ceinture de la ville.

Architecture privée

XVIème siècle

Maison Le Blanc Lévrié, 1530, gothique flamand (Grand’Place, restaurée par BBL)

Halle de la Pelleterie (actuelle Maison de la Fédération du Tourisme du Hainaut, rue des Clercs)

Maison Espagnole, fin XVIème (actuelle Maison de la Presse, rue des Clercs)

Le Vieux Logis (ancien Musée Chanoine Puissant; mobilier XVI-XVIIème)

XVIIème

Durant ce siècle, de nombreuses maisons furent détruites par les guerres. D’autres furent reconstruites sur leur emplacement “à la française” en brique et pierre bleue. Un style classique montois existe, caractérisé par une rangée de mordillons s’alignant sous les corniches de hautes fenêtres à linteaux à refends et crossettes.

XVIIIème

Hôtel de Guillochin, rue Terre du Prince

Hôtel du Marquis des Gages, rue d’Enghien

Au Renard, 1724, rue d’Havré

Loge maçonnique, 1721, de style égyptien, rue Chisaire

Le centre Scolaire St Stanislas

Encouragée par Alexandre Farnèse, ardent défenseur de la contre-réforme, la compagnie de Jésus vint s’établir à Mons en 1584.  Il lui faudra attendre 1612 pour avoir l’assentiment du magistrat de Mons, lui-même administrateur du Collège de Houdain. Les Jésuites s’installèrent dans un premier temps dans le prieuré St Antoine à Havré. En 1624, ils soutiendront l’autorisation de s’installer en ville et d’y ouvrir un collège. Celui-ci fonctionnera jusqu’à la suppression de l’ordre en 1773. Les jésuites reviendront en 1840 et s’installeront dans l’hôtel du comte du Val de Beaulieu, qu’ils restaureront et rebaptiseront Collège St Stanislas. Le besoin de restaurer conduira la direction à abattre une grande partie des bâtiments, ainsi que la chapelle baroque en 1969 et en 1978 pour y reconstruire une bâtisse sans style. Le collège est devenu mixte en 1980 et a de plus en plus cédé la place aux laïcs, enseignants et même direction (depuis 1982).

L’ART  A  MONS

Les arts décoratifs

De nombreux orfèvres ont travaillé à Mons du XIIIème au XVIIème, répondant notamment aux commandes du Chapitre Noble des Chanoinesses de Ste Waudru: Aubert Gérard, Hugues de la Vigne (châsse de St Macaire, St Bavon, Gand), Longuehaye, Laoust, Bettignies, Fonson, Beghin.

L’étain a aussi été travaillé (Joachim Tirou, XVIIIème).

Ainsi que la porcelaine (surtout au XIXème), la faïencerie (Nimy, Jemappes) et la dentelle (XVIIème, sous Anne-Charlotte de Lorraine).

La musique

Il existe de nombreux manuscrits musicaux montois datant des siècles passés.   En 1501, on représenta à Mons le Mystère de la Passion de Jean Michel.   Le plus célèbre musicien montois fut Roland de Lassus (1532-1595). Né à Mons, il devint maître de chapelle de St Jean de Latran à Rome. On le vit dans les cours de Sicile, de Milan, de Mantoue, en France, en Allemagne. A citer aussi François Joseph Fétis (1784-1871).

La peinture

Au XVème, il existait à Mons une école de miniatures, celle de Jean Wauquelin, qui forma Nicolas Neufchastel (Lucidel) et Jehan Prévost.

Au XVIIIème, Germain Hallez fonda l’Académie des Beaux-Arts (1780). Joachim de Soignies fut aussi un grand peintre en ce siècle.

Du XIXème, on retiendra: Van Ysendyck, Antoine Bourlard (Gilles de Chin vainqueur), E. Wauquière et E. Motte.

Mons a connu au XXème: Léon Buisseret, Anto Carte, fondateur du groupe Nerva, F. Vanderlinden et Marcel Gillis.

La sculpture

La plus ancienne retrouvée à Mons est le sarcophage de la Comtesse Alix de Namur (épouse de Baudouin IV) qui se trouve dans le déambulatoire de Ste Waudru.

C’est également dans la Collégiale que l’on retrouve le reste des oeuvres de Jacques Dubreucq (v1505-1584), notamment du Jubé. Dubreucq était aussi architecte et on lui doit les châteaux de Binche, de Mariemont et de Boussu. Cet artiste introduisit dans les Pays-Bas l’art de la Renaissance qu’il avait étudié à Rome.

Au XVIIIème, vécut à Mons Claude de Bettignies (1675-1740), sculpteur et architecte, qui réalisa la chaire de Vérité de St Germain (actuellement à Ste Waudru) et le Collège de Houdain (actuelle faculté polytechnique).

La littérature. Citons

  • Gislebert de Mons, chroniqueur (XIIs)
  • Jehan et Charles Bosquet, poètes en langue française (XVIs)
  • Malapart, poète en latin (XVIs)
  • de la Haize, qui écrivit une grammaire française (1640)
  • Vinchant, à qui l’on doit les Annales du Hainaut (1628)
  • du Chasteler (XVIIs)
  • F.J de Saint Genois (XVIIs)
  • G.J. de Boussu qui écrivit l’Histoire de la Ville de Mons (1725)
  • Reiffenberg, historien

Les musées à Mons

Maison Jean Lescarts, musée de la vie montoise (rue Neuve). Jean Lescarts était bourgmestre au début du XXème et était particulièrement attentif aux traditions locales.

Musée  des Beaux-Arts, peintures (rue neuve)

Musée du centenaire (Jardin du Mayeur)

Musée François-Duesberg – arts décoratifs: collection particulière de pendules exotiques

Mundaneum.  En 1919, s’ouvrit au Cinquantenaire à Bruxelles un musée réalisé par trois avocats: Paul Otlet, un utopiste et bibliographe, Henri La Fontaine, un politicien pacifiste, et Edmond Picard, un écrivain. Ce sont des utopistes persuadés que si l’on sait tout sur le monde, il n’y aura plus jamais de guerre, car l’ignorance entraîne les hostilités. Ils entreprennent et réussissent à copier sur 16 millions de fiches tout le savoir du monde. C’est cet ensemble qui est alors exposé. Le désintérêt pour ce musée conduira à sa fermeture en 1934, par de multiples déménagements (et donc la destruction d’une partie) des fiches. Finalement, la Communauté Française les racheta en 1985 et décida de les exposer dans un tout nouveau musée à Mons. Ce qui sera fait dans une scénographie de Schuiten et Peeters en 1998.

 Musée d’art religieux, ouvert en 2002

Processions et folklore

La Procession du Car d’Or. Organisée le dimanche de la Trinité, annuellement depuis au moins le XIVème siècle. Elle commémore cette procession organisée pour tenter de vaincre l’épidémie européenne de peste de 1348. Cette année-là, on promena la châsse contenant les reliques de Waudru qui alla à la rencontre de celles de Vincent. En 1426, la châsse fut confiée par les chanoinesses du Chapitre Noble aux échevins de la ville. Elle est actuellement transportée sur un carrosse (« le Car d’Or ») sculpté par Claude de Bettignies. Sur le trajet de la procession, on lit les miracles de Waudu.

Le combat du Lumeçon. Les origines en sont floues. Il met en scène Saint-Georges, défendant la reine de Trébizonde en Asie-Mineur, qui terrasse un dragon. Au Moyen Age, il était de coutume lors de certaines fêtes de représenter des « mystères » sur le parvis des églises : la Passion du Christ, la vie de saints (notamment Sainte Barbe) et aussi celle de Saint-Georges. Il est possible que cette représentation ait évolué vers ce spectacle que nous connaissons aujourd’hui. Ce combat symbolise celui du Bien qui vainc le mal. On fait le parallèle avec un épisode légendaire bien connu qui est celui de Gilles de Chin abattant un monstre dans les bois de Wasmes au début du XIIème siècle.  En 1786, Joseph II, parmi ses réformes impopulaires, voulut supprimer ce folklore, qui fut rétabli après sa mort.

Histoire du Qaurtier de Bertaimont, d’après une Conférence de François Collette.

Le Bertaimont était un hameau situé au sud de Mons au pied du Mont Héribus. Juste en face de la porte de la ville qui portait son nom. A ce niveau passait un diverticule de la chaussée romaine Bavay-Asse. Un chemin allait de la porte de la ville jusqu’au hameau. C’est aujourd’hui l’avenue Charles de Gaulle, au sommet de laquelle se situait la barrière du péage du tonlieu sur les marchandises importées dans la ville.

On ne sait pas très bien de qui dépendait ce hameau. Le chapitre de Sainte-Waudru n’y exerçait que des pouvoirs ténus. Entre la ville et le hameau, se trouvait une cuvette marécageuse (« Trulleia », « Joncquois ») en bord de Trouille. Un comte de Hainaut (Guillaume IV ? ou un Baudouin du XIIème) va se faire attribuer ces terres incultes par le chapitre. Il va canaliser la rivière, assécher le marais, notamment par la réalisation de viviers qui vont contrôler le cours de l’eau. Un moulin et des habitations seront construits. Un véritable quartier très actif s’étendra le long de ce chemin depuis le bas de la ville jusqu’en haut. Ici, un hospice préexistait. Sa chapelle fut transformée en église paroissiale, Saint-Nicolas-en-Bertaimont.

L’enceinte urbaine de 1292 va couper le quartier en deux, malgré les demandes des habitants. Le quartier extérieur sera souvent victime des assaillants lors des sièges (1572, 1691), mais aussi de la Commune montoise dans l’élaboration de son système de défenses. L’église paroissiale sera reconstruite intra-muros à côté du couvent des frères mineurs, juste le long de la terrée après ce dernier siège.

Entre temps, l’église avait abandonné le patronage de Saint-Nicolas et s’était vouée à Notre-Dame de Messines qui s’installa dans l’église voisine des frères mineurs. Les milices bourgeoises en charge de la garde de la porte de Bertaimont avaient elles- mêmes élu Saint-Paul pour patron.

Bibliographie (pour les deux chapitres)

Texte rédigé par M. Hallez à partir des sources suivantes :

Sites web divers : officiel de la ville, Wikipedia

Mons, de 1200 à 1815 – Images d’une ville – De Keyze et coll. – Archives générales du Royaume (1997)

Mons – Coll. Cités de Belgique – Karl Petit – Ed. Artis (1989)

Sainte Waudru – De l’aristocratie mérovingienne à la figure de légende – Conférence de François De Vriendt, Mons, 23 janvier 2012

A propos de Sainte Waudru – Conférence de Benoit Van Caeneghem, conservateur de la Collégiale, 2005

Abbayes, évêques et laïques, une politique du pouvoir en Hainaut au Moyen-Age – Anne-Marie Helvétius, Bruxelles, Crédit Communal (résumé de Michèle Gaillard)

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