Saint-Denis-en-Broqueroie

Entité communale de Mons

Le territoire

Superficie: 481 ha

Altitude: 42 à 90m

Situation géographique : sur le versant nord de la vallée de la Haine

Cours d’eau : le ruisseau Aubrecheuil qui le traverse du nord au sud pour aller se jeter dans la Haine à Obourg. Nombreuses sources et rus qui alimentèrent les fontaines de Mons à partir du XIVème siècle via un aqueduc en bois.

Paysage préhistorique (après la dernière période glaciaire) : la forêt de Broqueroie (partie de la Forêt Charbonnière). Elle s’étendait depuis Masnuy jusqu’à Ville-sur-Haine). Elle fut largement défrichée  au Moyen-Age. En subsistent quelques portions (bois de Ghlin, bois de Mons, bois de Hasnon, bois de Naast, bois d’Havré). Cette forêt de Broqueroie (4000 ha) fut partagée en 1194 pour moitié pour l’abbaye d’Hasnon, pour un quart au comte Baudouin V et pour un quart à Nicolas de Rumigny, seigneur de Chièvres.

Nature du sol : sablonneux

Nature du sous-sol : crayeux

Préhistoire

Non documentée

Antiquité gallo-romaine

Un habitat semble avoir existé à cette époque sur le site de l’abbaye. On y a découvert des monnaies romaines, des urnes, des fioles de verre, des scories de fer, des tessons de poterie, des fragments de tuiles. Peut-être une petite exploitation agricole (ferme gauloise). Pas de précision.

Premier Moyen-Age (période franque mérovingienne et carolingienne)

Non documenté

Deuxième Moyen-Age – le village

Première mention: 868

Toponymie (anciennes orthographes) :

Sanctum Dionisium (868), Sancti Dionisii in Brokerul

Etymologie (hypothèses d’origine du nom) :

Saint-Denis était ce martyr chrétien du IIIème siècle, d’origine italienne, venu évangéliser la Gaule et particulièrement la région de Lutetia (Paris). Décapité, il prit sa tête dans ses mains et se dirigea jusqu’au village de Catolacus, au nord de Lutetia, où il fut enterré. Un culte fut alors organisé autour de sa tombe et une abbaye y fut fondée au VIIème siècle.

Broqueroie est la bande forestière qui, au nord de la Haine, sépara à une certaine époque les pagi (comtés) de Hainaut et de Brabant.

Epoque de son apparition: XIème siècle

Facteurs ayant favorisé son émergence :

voies de communication: un peu éloigné du chemin qui reliait Mons et Soignies

sources d’eau ou cours d’eau: l’Aubrecheuil

source de bois: le site est né en pleine forêt

proximité d’un lieu de pouvoir: l’abbaye

Paroisse dédiée à Saint-Denis, autour de l’abbatiale de l’abbaye

Evêché: de Cambrai (jusqu’en 1804), puis de Tournai ensuite

Décanat/doyenné: Mons

Autel (dîmes, entretien de l’église, nomination des officiants) donné à l’abbaye de Saint-Denis

Répartition des pouvoirs pendant la période féodale

Autorité supérieure: comté de Hainaut

Autorité sous-jacente (administrative et judiciaire): prévôté de Mons

L’endroit était connu au IXème siècle, car il est mentionné dans un document de 868-869, reprenant les possessions de l’abbaye de Lobbes. Ces terres appartenaient donc à l’abbaye de Lobbes, probablement don d’un des rois francs des siècles précédents.

Rathier (v890-974), moine de Lobbes et d’Aulne, un érudit, y résida quelques temps, probablement dans un ermitage au milieu du bois. Il fut aussi évêque de Vérone de 931 à 934, puis de 946 à 948 et encore de 962 à 965 (lorsque les rois d’Italie étaient des nobles de Provence). Revenu en pays franc, remarqué par l’archevêque Brunon de Cologne, frère de l’empereur Othon Ier, il fut élu évêque de Liège (953-955). Il n’est pas précisé à quelle époque il séjourna ici. Probablement à la fin de sa vie.

Puis il semble que ces terres revinrent dans les possessions comtales, peut-être sous les premiers comtes Régnier, qui avaient tendance à s’approprier les terres d’abbaye. Des ermites s’étaient établis dans les bois voisins jusqu’au XIème siècle.

L’abbaye bénédictine de Saint-Denis fut fondée par la Comtesse Richilde et son fils Baudouin II vers 1081, près de la plaine de Broqueroie, sur l’emplacement d’une chapelle dédiée à St Denis, érigée en mémoire des soldats tués à la bataille de Mortes-Haies en 1066.

A cette époque, les comtes de Flandre (et les grandes familles aristocratiques) protégeaient les institutions religieuses et favorisaient leur fondation et leur développement. La fondation se fit avec l’accord de l’évêque Gérard II de Cambrai, qui s’employa aussi à fonder d’autres institutions, dont Anchin. Elle fut occupée par des bénédictins pendant sept siècles. En réalité, il s’agissait d’une abbaye-fille du monastère de Sainte-Marie de la Sauve-Majeure, près de Bordeaux, dont des moines vinrent s’installer ici.

Elle reçut du comte Baudouin en 1084, en fief ample, la seigneurie du village (les terres, les bois, les étangs, les serfs), ainsi que celle du village d’Obourg, avec haute, moyenne et basse justice. L’abbaye reçut aussi l’église Saint-Pierre de Mons en 1084 (en fait les prébendes attribuées aux chanoines de Mons), ce qui fut confirmé en 1124. Baudouin III lui donna aussi le village d’Obrechies en 1117 (près de Maubeuge).

Une foire annuelle fut concédée au village en 1142. En 1301, les habitants de St Denis furent reconnus bourgeois. Ils avaient droit d’usage dans la forêt d’Hasnon. Les maraîchers, vendant leurs produits sur le marché de Mons, étaient exemptés du droit d’entrée des marchandises dans la ville (tonlieu).

Les moines de Saint-Denis obtinrent en 1119 plusieurs autels (paroisses avec dîmes) de la part de l’évêque Burchard de Cambrai : Houdeng, Goegnies, Lembecq ; en 1125 celui de Quenast ; en 1138 de Naast ; également Hoves, Tirlemont, Gottignies .
Ils reçoivent aussi les alleux de Péronnes et Trivières. Ces possessions furent confirmées par le pape Calixte II.

Adrien de Montigny (fin XVIème)

Seigneurie

L’abbé de Saint-Denis exerçait les pouvoirs féodaux sur les villages de Saint-Denis et d’Obourg.

Période française (1794-1814)

Fin de l’Ancien Régime féodal en 1794

Département: Jemappes

Canton: Mons

Répartition des pouvoirs pendant la période contemporaine (à partir de 1814)
  • Etat: Belgique
  • Province: Hainaut
  • Arrondissement administratif: Mons
  • Arrondissement judiciaire: Mons
  • Canton: Mons
  • Entité communale depuis 1971: Mons
Evènements et faits marquants sur le sol de la commune

C’est au bord de la forêt que les troupes de la comtesse Richilde de Hainaut et de Flandre combattirent en 1075 celles de son beau-frère, Robert le Frison, qui revendiquait la Flandre.

L’abbaye fut pillée en 1572 par les huguenots qui s’étaient emparé de Mons.

En 1615, suite à une épidémie de peste, l’abbé de Saint-Denis fit venir de Gand les reliques de St Macaire, qu’on implora lors d’une procession jusqu’à Mons, pour faire cesser le fléau.Par la suite, ce culte fut perpétué dans la chapelle Saint-Macaire d’Obourg.

Le 14 août 1678 (soit quatre jours après le traité de Nimègue), eut lieu ici la « bataille de St-Denis »,  entre les Français du maréchal de Luxembourg et les alliés de Guillaume III, prince d’Orange et roi d’Angleterre. L’affrontement eut lieu sur les territoires de Saint-Denis, Casteau et Thieusies. Guillaume échoua à secourir les Montois assiégés. Suite au Traité, le siège fut cependant levé cinq jours plus tard.

Economie

Depuis le moyen-âge, le village autour de l’abbaye s’adonna à l’agriculture, à l‘exploitation de la forêt et celle du sous-sol.

On y a trouvé de grandes censes (sur Saint-Denis et Obourg) : Hubertfossé, Thieudonsart, Wartons, cour des Dames, Widewance.

On cultiva le tabac au XIXème et début du XXème.

On a extrait du grès dans les carrières.

Une filature de coton a fonctionné sur le site de l’abbaye (infra). Elle employa au XIXème jusqu’à plus de 400 ouvriers.

Voies de communication

Par la route: l’abbaye et le village sont apparus dans le bois, à peu de distance du chemin de Mons à Soignies.

Patrimoine

L’abbaye Saint-Denis-en-Broqueroie

Les bâtiments furent reconstruits à plusieurs reprises, suite à des délabrements et à des incendies. Un premier incendie eut lieu en 1128. En 1227, on ouvre un hôpital pour les déshérités. Construction de nouveaux bâtiments en 1628.Le quartier abbatial fut encore incendié en 1778.

En 1792, après la bataille de Jemappes, elle eut à subir des dommages. Les moines furent chassés. Elle fut supprimée en 1796 par les Révolutionnaires (loi du 1 septembre). L’abbé s’enfuit à Cologne dès le retour de ceux-ci en 1794.

Achetée, comme bien public, par un industriel français, Mr Tiberghien. Il y installa une filature de coton qui fonctionnera de 1803 jusqu’en 1957. Elle fut rachetée par les filatures de l’Avenir de Gand.

Elle fut de nouveau occupée ensuite par des Missionnaires de Scheut et devint un home pour handicapés mentaux (ou maison de retraite ?). En 1978, une Société coopérative la racheta et y aménagea des habitations privées pour ses membres, ceux-ci s’engageant à restaurer l’abbaye et à la financer par des fêtes de type foire artisanale et des manifestations artistiques. Le siège fut classé en 1981.

De la vieille abbaye, il reste la grange aux dîmes (rebâtie en 1683), le pignon de l’ancienne bibliothèque, la façade du dortoir et le portail d’accès du domaine. 

Eglise abbatiale St Denis

Elle est de style romano-gothique, car les constructions du XVIIème se sont faites sur des parties conservées de l’édifice du XIème siècle. L’actuel bâtiment fut consacré en 1624 par l’archevêque de Cambrai, François Vander Burch. On y trouve encore la cuve baptismale romane.

Le moulin de Saint-Denis

Au fond du village à quelques centaines de mètres de l’abbaye. Il fut établi au moyen-âge. Les bâtiments actuels sont du XVIIIème siècle. On peut encore voir aujourd’hui le barrage qui date du XVIème, et qui par sa retenue, entretient des viviers en amont. On remplaça la roue à aube au XXème par une turbine qui alimenta le village en électricité. Une brasserie s’y installa. Un chirurgien, passionné de théâtre, l’a racheté à la fin du XXème siècle.

 

 

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