Saint-Saulve

Le territoire

Superficie: 1204 ha

Altitude: de 15 m (bord de l’Escaut) à 95 m (au sud du territoire)

Situation géographique : Dans la vallée du Moyen-Escaut. Le territoire de Saint-Saulve est bordé au nord par le fleuve.

Cours d’eau : l’Escaut, dont un bras (le Vieil Escaut) fait la limite nord-ouest de Saint-Saulve

Paysage préhistorique (après la dernière période glaciaire) : marécageux (le marais d’Epaix est un vestige des époques anciennes).

Nature du sol : alluvionnaire, limoneux, tourbières

Nature du sous-sol : grès, schistes, houille

Préhistoire

Paléolithique supérieur (Homo Sapiens) : On aurait découvert un burin en silex de la fin de cette période.

Néolithique (Homo Sapiens) :

De cette époque, on a ramassé deux haches polies, des éclats de silex et d’autres fragments de poteries. On les attribue à la Civilisation de Seine-Oise-Marne (néolithique moyen, vers 3500).

On aurait découvert en 1980 sur les berges du canal de l’Escaut des fragments d’une poterie qui a appartenu à la Culture Campaniforme (Néolithique final, vers 2200).

Le catalogue du Musée de Valenciennes de 1865 mentionne des « monnaies gauloises » sans plus de précision. Celles-ci ont aujourd’hui disparu.

Antiquité gallo-romaine

On aurait ramassé quelques pièces de monnaies dans les champs de Saint-Saulve, mais on n’a pas trouvé de structures pouvant affirmer un habitat gallo-romain.

Moyen-Age – l’origine du village

Toponymie (anciennes orthographes) :

Monasterium Sanctus Salvius apparait dans le récit hagiographique concernant l’évêque Saulve et datant de la fin du VIIIème siècle. On retrouve la même appellation dans un récit d’Eginhard (770-840), historien de Charlemagne et dans le texte du Traité de Meersen de 870.

Brena apparait au XIVème siècle dans les Annales de l’Histoire du Hainaut de l’historien Jacques de Guyse. On sait que ce dernier n’était pas enclin à la critique historique et qu’il “compilait” tous les écrits qui existaient à son époque. Ce nom de Brena serait attribué à Brennus, un chef Gaulois sennon, dont on tenta de faire un fondateur du lieu. Ceci fut réfuté par les historiens modernes, d’autant plus que ce nom n’apparaît jamais dans les textes connus avant ses Annales.

Brenne-Libre fut réemployé pendant la Révolution, qui cherchait à dissimuler toute appellation à consonance religieuse.

Etymologie (hypothèses d’origine du nom) : nom d’un évêque martyr (infra)

Facteurs ayant favorisé son émergence :

voies de communication: une chaussée romaine (Bavay-Tournai-Boulogne) passait à Onnaing avant de franchir l’Escaut à Escaupont et un chemin médiéval reliait Valenciennes à Estinnes, par Estreux et Rombies, à l’époque mérovingienne.

sources d’eau ou cours d’eau: quelques ruisseaux aujourd’hui disparus qui se jetaient dans l’Escaut

source de bois: région mi-boisée, mi-marécageuse

proximité d’un lieu de pouvoir: Famars et Valenciennes

Paroisse dédiée à Saint-Martin

Evêché: de Cambrai

Décanat/doyenné: Valenciennes

Autel (dîmes, entretien de l’église, nomination des officiants) donné à l’abbaye de Saint-Saulve

Les fouilles archéologiques, entreprises depuis 1979, et de nombreux documents ont permis d’établir l’histoire des premiers temps de Saint-Saulve.

Le contexte de l’époque

Pendant la période mérovingienne (v450 à 751), le paysage était composé de domaines fonciers appartenant aux rois (domaine fiscal ou royal) et dans une moindre mesure à des aristocrates de l’entourage royal. A Valenciennes, se trouvait un fisc royal (impérial à partir de Charlemagne), avec son palais (palatium) qui plus tard se développa, grâce à son port et au commerce, en une ville opulente. Aux alentours, devaient se trouver des grands domaines agricoles appelés « villas » ou « courtes ».

Des documents font état de deux domaines connus sur le territoire actuel de Saint-Saulve aux lieux-dits « la Rougeville » et « Roucou ». On pense que le premier était la « villa de Roger ». Il se situait au bord de l’Escaut. Le Roucou n’en était pas très éloigné. Ce nom s’écrivit parfois « Rocourt » ou « Roucourt », comme ce village belge qui fut autrefois appelé « Rotgeri Curtis », soit la « Courte de Roger ». S’agissait-il du même Roger ? Nul ne semble le savoir.

Vers 1990-1991, des fouilles archéologiques ont permis de mettre au jour un cimetière du VIIIème siècle.

La « légende » de Saint-Saulve

Celle-ci nous est racontée par la « Passio Sancti Salvii episcopi et martyri » écrite à la fin du VIIIème siècle.

Saulve était un évêque itinérant, originaire d’Auvergne et peut-être évêque d’Angoulême. Il vint en évangélisateur des populations païennes dans le nord du royaume franc. Il serait mort en 741, soit à l’époque où régnait Charles Martel, maire des palais de Neustrie et d’Austrasie, à la place de rois incapables.

Ce récit hagiographique ne rapporte en fait que les derniers jours du saint. Au cours de ses péréginations, Saulve fut invité dans la villa d’un seigneur nommé Génard et y reçut l’hospitalité. Le fils de ce dernier, Winegard, remarqua les riches ornements et les vases sacrés de l’évêque. Lorsque ce dernier repartit vers l’abbaye de Condé, ce Winegard lui tendit une embuscade, lui déroba ses biens et le fit prisonnier. En accord avec son père, il le fit décapiter. On enterra le martyr dans une étable qui se trouvait sur l’actuel territoire de Beuvrages.

Le récit du crime arriva aux oreilles de Charles Martel (on parle plutôt d’un songe). Il fit rechercher les corps. On les enterra alors dans la « basilique Saint-Martin ». Les coupables furent vite retrouvés et châtiés. Sur la tombe du saint eurent lieu plusieurs miracles. Un oratoire fut érigé. On y organisa des pèlerinages. Un monastère y vit le jour.

Charles Martel dota cette institution de terres tirées du domaine royal  de Valenciennes et des revenus qu’elles procuraient. Il fut peut-être le fondateur de cette abbaye. Génard lui légua tous ses biens et Winegard termina ses jours à l’abbaye.

Les débuts du monastère

L’existence de la « basilique de Saint-Martin », sise « à la sortie du fisc de Valenciennes », n’apparaît que dans ce récit. Elle aurait été située en un lieu non précisé. Était-ce l’annexe d’une villa ? Une chapelle privée où Saulve dit la messe et prêcha avant d’être invité chez le maître des lieux ?

Le terme « basilique » pourrait faire croire qu’elle contenait une relique de Saint-Martin, personnage du IVème siècle, dont le culte fut important à la fin de la période mérovingienne. On en faisait une évangélisateur de la Gaule qui renversait les autels païens partout où il passait pour les remplacer par des églises. En réalité, il semble que ce personnage ait peu prêché en dehors de sa Touraine. Et que les très nombreuses paroisses qui furent dédiées l’ont été dans un contexte politico-religieux qui, entre le VIIIème et le XIIème siècle, vénérait particulièrement ce saint. On pense d’ailleurs que cette « Passio » fut écrite par un moine de Tours, car elle insiste beaucoup sur les mérites de Saint-Martin. En 914, dans un document, l’abbaye de Tours revendiqua la possession de celle de Saint-Saulve.

Cette « basilique Saint-Martin » n’a jamais été retrouvée lors des fouilles. Soit qu’elle était construite en matériaux périssables, soit qu’elle était située sur une zone encore couverte par des bâtiments « modernes ».

Les débuts du village

Comme ce fut souvent le cas, le monastère fut entouré d’un noyau d’habitations qui constitua progressivement le village primitif de Saint-Saulve. Les habitants s’organisèrent en communauté paroissiale et firent bâtir une église dédiée à Saint-Martin. Les droits féodaux (cens, redevances, justice, corvées) furent exercés par l’abbé.

Les fouilles de 1989-1992 ont permis de mettre à jour à proximité un cimetière mérovingien : des sépultures en pleine terre, ou tapissées de fragments de tuiles (tegulae), ou entourées d’un appareil de pierres calcaires, parfois des traces de cercueil, des urnes funéraires en céramique, des parures (fibules, perles). En réalité, il ne s’agit ici que d’une partie (une douzaine de tombes) d’un cimetière plus vaste qui s’étend sur l’actuelle propriété des Ursulines qui occupent une grande partie de l’ancien site abbatial.

Au lieu-dit « le Chêne », à la limite d’Onnaing, on a trouvé en 1979 les vestiges d’un habitat isolé de l’époque carolingienne. A proximité de la nécropole, on a aussi trouvé les traces de « fonds de cabanes » ayant pu correspondre à des ateliers, des fosses-dépotoirs, des latrines et un puits maçonné. Les fosses étaient emplies d’objets utilisés aux IXème et Xème siècles (perles, céramique, peignes, clés, …).

L’abbaye Saint-Saulve (Monsaterium Sancti Salvii)

L’institution, fondée au milieu du VIIIème siècle, s’organisa en communauté de moines, dirigée par un recteur. Elle dépendit dans les premiers temps du roi (Pépin le Bref, Charlemagne, Louis le Pieux, Lothaire I, Lothaire II). Il s’agissait donc d’un « fief royal ou impérial » concédé au recteur qui était nommé par le roi lui-même, l’obligeant à lui rendre un hommage vassalique.

Le monastère était situé dans le fisc de Valenciennes (vicus Valentiana), dans le comté de Famars (Pago Fanomartense). Avec le Traité de Verdun (843), il se trouva en Francie Médiane, puis en Lotharingie (partie nord de celle-là). Lors du Traité de Meersen (870), le comté revint dans le domaine du roi de France Charles le Chauve. Mais quelques années plus tard, il fut réintégré dans l’empire germanique, comme tout territoire à l’est de l’Escaut.

C’est dans ces années-là que les Vikings commencèrent à écumer la région. Ils dévastèrent l’abbaye de Saint-Saulve. Elle resta de longues années à l’abandon.

En 914, l’abbaye Saint-Martin de Tours avança un document prouvant qu’elle était propriétaire de Saint-Saulve. Des historiens pensent que c’est un  faux présenté pour tenter de récupérer l’abbaye qui se relevait difficilement de ses cendres. Le comportement des moines laissait aussi à dire, selon un écrit de Brunon, archevêque de Cologne et duc de Lotharingie.

D’autres documents font plutôt état d’une communauté de chanoines. C’était le cas au XIème siècle. Les fouilles archéologiques tendent à confirmer l’existence d’un important établissement religieux dès le Xème siècle.

En 1103, le monastère fut agrégé à l’Ordre de Cluny, le rendant indépendant du pouvoir temporel du comte, mais le rétrogradant au rang de prieuré. Les chanoines furent remplacés par des bénédictins de Saint-Géry de Valenciennes. Malgré cela, l’institution, encore parfois appelée abbaye dans les textes, conserva du prestige.

A la fin du siècle suivant et au début du XIVème siècle, la gestion ne fut pas des meilleures. Le bâtiment commençait à se dégrader. Pendant le XIVème siècle, quelques raids guerriers dans le cadre de la Guerre de Cent Ans continuèrent à ruiner les lieux. Les moines l’abandonnèrent quelques temps avant de le réintégrer vers 1360.

Les prieurs étaient nommés par les abbés de Cluny. A partir de 1375, on instaura le système de la « commende ». Il revenait au pape (à partir du XVIème siècle à l’empereur du Saint Empire Germanique) de nommer les prieurs. Ceux-ci, souvent des laïcs, se contentaient le plus souvent de toucher les bénéfices et n’étaient pas toujours présents dans l’institution, qui en paya les conséquences.

En 1478, à court d’argent, le prieur fut obligé de renvoyer les moines dans leur famille, le temps que l’archiduc Maximilien lui améliore ses finances. On est aussi à l’époque où le roi Louis XI s’attaquait aux places fortes et institutions hennuyères. Les bâtiments de Saint-Saulve furent été incendiés en 1477.

Quelques prieurs fortunés y allèrent de leur bourse pour réparer les dégâts, ainsi avec Antoine de Lalaing (1520-1541).

Pourtant les guerres religieuses du troisième quart du siècle vinrent encore endommager les lieux. Ils furent dévastés en 1556 par des huguenots, ce qui obligea les moines à se réfugier au Quesnoy. Le même scénario se présenta en 1576, mais c’étaient ici des troupes royales françaises qui commirent les dégâts.

Le prieuré était au bord de la faillite. Le prieur Georges d’Autriche le releva.

Un de ses successeurs, Philippe d’Oignies, obtint du pape d’ériger le prieuré en abbaye indépendante, dont il devint le premier abbé en 1629. On reconstruisit.

Ce fut alors au troupes de Louis XIV, en guerre contre l’Espagne, sur le territoire de leurs Pays-Bas. Le premier siège de Valenciennes en 1656 endommagea la nouvelle abbaye. Quelques abbés, Alexandre Le Roy (1659-1670), Jacques Tordreau (1671-1702),  Jean-Baptiste Wéry (1702-1704) et Benoit Dehault (1742-1761) la restaurèrent. L’église paroissiale Saint-Martin fut aussi reconstruite à l’écart de l’église abbatiale.

D’Adrien de Montigny (fin XVIème)

Et puis vinrent les révolutionnaires. Les moines abandonnèrent leur abbaye en 1790. Celle-ci fut vendue en 1792 comme Bien National. On y installa dans un premier temps une fonderie de bronze. Quelques belles cloches disparurent ainsi pour battre monnaie.

Un hôpital fut aménagé pendant une épidémie de scorbut.

Le dernier propriétaire abandonna les bâtiments, se contentant de cultiver les terres. Les pierres furent « récupérées » pour de nouvelles constructions. Le terrain fut racheté en 1845 par les Ursulines qui construisirent un couvent et un pensionnat pour jeunes filles, Notre-Dame de la Garde. Des bâtiments abbatiaux, il persiste le porche d’entrée (XVIIème, remanié vers 1860), une partie du mur d’enceinte (XVIIème), dit « mur de Charlemagne » sur la Grand-Place, ainsi que le mur du jardin (XVIIème), dit « mur de l’abbaye » au long du Vieil Escaut.

Il est à noter que l’Abbaye des Dames de Beaumont déclara en 1620 posséder des terres sur le territoire de Saint-Saulve.

Répartition des pouvoirs pendant la période féodale

Autorité supérieure: comté de Hainaut (jusqu’en 1678), puis royaume de France

Autorité sous-jacente (administrative et judiciaire): prévôté de Valenciennes

Les droits seigneuriaux étaient aux mains des abbés ou prieurs de Saint-Saulve.

L’ancien régime dans le royaume de France (1678 à 1789)
  • Etat : le royaume de France, à partir du Traité de Nimègue de 1678.
  • Prévôté : Valenciennes
Répartition des pouvoirs pendant la période contemporaine (à partir de 1792)
  • Etat: France dans ses divers régimes (républiques, monarchie, empire)
  • Département: Nord
  • Arrondissement : Valenciennes
  • Canton: Valenciennes
Economie

Saint-Saulve a surtout connu l’agriculture et l’élevage (mouton, bœuf, porc, cheval) pendant des siècles, ses paysans allant vendre leurs produits sur le marché de Valenciennes. Les Saint-Saulviens ont longtemps étaient surnommés « Chou Rouge ». Ils cultivaient essentiellement des céréales.

A partir du XIXème, on cultiva également la chicorée et la betterave sucrière.

Trois sucreries fonctionnèrent sur le territoire de Saint-Saulve, ainsi que deux fabriques de  chicorée. Et trois fabriques de graisse.

On mentionné également trois brasseries et une distillerie.

On tenta d’exploiter le charbon de houille, mais l’entreprise n’était pas rentable et on n’insista pas.

En marge des activités métallurgiques de la région, l’entreprise Serbat vit le jour en 1839 pour fabriquer des mastics métalliques qui servaient à l’assemblage des joints des machines à vapeur.

Voies de communication

Par la route : la route Valenciennes – Mons fut l’axe principal pendant de nombreux siècles jusqu’à la construction de l’autoroute Paris-Bruxelles.

Par le train : une ligne de chemin de fer Valenciennes – Quiévrain – Bruxelles fut aménagée en 1842, prenant son point de départ à Saint-Saulve (la muraille de Valenciennes était encore débout et faisait obstacle). Quelques années plus tard, elle partit de la gare de Valenciennes. Elle cessa de fonctionner à la fin des années ‘1960.

Par le tramway à vapeur à partir de la fin du XIXème siècle le long de la chaussée vers Quiévrain. La ligne fut électrifiée en 1914.

Patrimoine

Eglise paroissiale Saint-Martin

L’église précédente, démolie en 1879, avait été construite au XVIIème siècle et réaménagée à plusieurs reprises. Elle avait encore été agrandie en 1838. Elle était entourée d’un cimetière.

De 1989 à 1992, des fouilles ont été réalisées. Elles ont permis de retrouver des vestiges de l’ancienne église médiévale et du cimetière. Sont aussi apparues des fondations et des structures souterraines de l’abbaye, datées du XIème au XVIIème siècle. Et sous celles-ci, des « fonds de cabanes » des IXème et Xème siècles, traces du village primitif ou du monastère.

Bibliographie

http://www.ville-saint-saulve.fr/culture/patrimoine/saint-saulve-a-son-histoire

 

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