Soignies

Le territoire

Superficie: 2,274 ha

Altitude: de 80 m (niveau de la rivière) à 95 m

Situation géographique : sur le bas-plateau hennuyer de la Haute-Senne

Cours d’eau : la Senne (qui prend sa source à Naast et qui est aujourd’hui voûtée sous la ville) et quelques ruisseaux affluents (du Saulchoy, du Bercely, du Cognebeau, de la Cafenière)

Paysage préhistorique (après la dernière période glaciaire) : la Forêt Charbonnière

Nature du sol : limoneux

Nature du sous-sol : grès dévonien et important gisement de calcaire carbonifère (« pierre bleue ») constitué il y a plus de 320 millions d’années à partir de la sédimentation de squelettes d’animaux aquatiques qui vivaient dans les mers qui recouvraient la région.

Généralités

Première mention : 870

Toponymie (anciennes orthographes) : Sunniacum in Hannonia, 870 (acte du traité de Meersen)

Etymologie (hypothèses d’origine du nom) : Le nom viendrait de « Sonj-iacum », signifiant lieu sur la Senne

Epoque de son apparition: constitution progressive d’une communauté villageoise à partir de la fondation de l’abbaye au milieu du VIIème siècle

Facteurs ayant favorisé son émergence :

voies de communication: une chaussée romaine passait quelques kilomètres à l’ouest (Horrues)

sources d’eau ou cours d’eau: la Senne et ses ruisseaux affluents

source de bois: région boisée

proximité d’un lieu de pouvoir: l’abbaye

Préhistoire

Ages des métaux

Dans la rue du Tour (M. Dosogne, CAW, 2009), on a découvert une fosse dépotoir avec des tessons de céramique appartenant aux âges des métaux (sans possibilité de précisions), ainsi qu’un trou de poteau non daté

Antiquité gallo-romaine

Il existe de nombreuses traces d’occupation du territoire de Soignies à l’époque gallo-romaine , découvertes lors de fouilles par le Cercle royal d’histoire et d’archéologie du Canton de Soignies depuis les années ‘1980.

Les archéologues pensent qu’il existait ici un vicus gallo-romain au Ier et au IIème siècle, à proximité du ruisseau du Saussois (Saulchoix), près de son confluent avec la Senne. Pourquoi une petite agglomération à distance des grandes chaussées romaines ? Probablement qu’on y exploitait déjà (en surface) la pierre calcaire locale et qu’elle était traitée dans des fours à chaux, au lieu-dit « La Coulbrie », près du chemin des Théodosiens.

Une villa romaine aurait existé au lieu-dit « la Coulbrie », près du chemin des Théodosiens (fouilles par le Cercle archéologique du Canton de Soignies depuis 1979). On y a mis à jour un bâtiment quadrilatère de 25 sur 15m qui aurait subi un incendie à la fin du IIème siècle avant d’être abandonné. Nous n’avons pas d’autre précision sur le sujet.

Au hameau de l’Espesse, chaussée du Roeulx, à la limite de Naast (Fouilles en 1983, 1989 et J.P. Van den Abeele, CAW, 1993 ), on a trouvé des fondations en moellons en grés d’un bâtiment, avec des fosses, un canal d’évacuation, des fragments de verre à vitre, un hypocauste et un balneum. Il n’est pas précisé si ce bâtiment faisait partie d’une villa ou si c’étaient des thermes, plausibles dans un vicus.

Il faut cependant souligner que la chaussée romaine Bavay-Asse passait à Horrues (actuelle chaussée Brunehaut) à quelques kilomètres de Soignies. Il est possible qu’un diverticulum s’en échappait pour joindre ce vicus.

Premier Moyen-Age (période franque mérovingienne et carolingienne)

Soignies est né quelques siècles plus tard au bord d’un monastère, d’abord sous forme d’une petite communauté de paysans desservant l’institution, peut-être déjà dès le VIIème siècle. Celle-ci, avec l’essor du monastère aux XIème et XIIème, s’est urbanisée progressivement pour devenir une « bonne ville » du Hainaut au XIVème siècle.

Saint Vincent

Son véritable nom était Madelgaire de Famars. Il était fils de Mauger et d’Onugerra (Omigère), issu de la famille aristocrate franque des Wastoniens. C’étaient des leudes du royaume d’Austrasie sous Dagobert Ier. Madelgaire serait né vers 607 dans le domaine familial de Strépy.

Madelgaire épousa vers 637 Waudru de Lommois, fille de Walbert et de Bertille de Thuringe, famille de sang royal. Certaines généalogies anciennes rattachent la famille de Walbert au roi Clodion. Walbert était régent de la région de la Sambre et de la Meuse sous Clotaire II, soit intendant de grands domaines royaux. Il aurait été « gouverneur du Hainaut » sous le roi Dagobert I, sans qu’on sache ce que représentait exactement ce titre, d’autant plus que le Hainaut n’existait pas en tant que tel (c’était le pagus de Famars).

Madelgaire devint propriétaire de plusieurs domaines, à Givry, Haulchin, Mesvin et Soignies. Mesvin était une dépendance de Ciply où se trouvait un palais public. Haulchin était attenant au palais d’Estinne. A Soignies, il existait un oratoire tenu par l’évêque de Cambrai sur une terre fiscale soumise à l’évêque. Celui-ci était un fonctionnaire du roi.

Madelgaire fréquentait la cour des rois Dagobert et Sigebert III. Il aurait accompli des missions en Irlande. Il en serait revenu avec des moines évangélisateurs, dont Feuillien qui connut un triste sort dans la forêt du Roeulx.

Selon certaines sources, au décès de son beau-père Walbert en 646, le roi Sigebert III l’aurait nommé comte du pagus de Famars (futur Hainaut). Certaines sources lui donnent le titre de comte (selon Jacques de Guyse, XIVème), d’autres de duc. Mais aucun document d’époque n’affirme cela avec certitude. Le titre de comte de Hainaut n’avait pas la même signification que par la suite. Cependant les premiers comtes de Hainaut célébrèrent Saint-Vincent lors de leur serment d’inuaguration et avaient une dévotion particulière pour lui.

Madelgaire et Waudru, eurent quatre enfants :

  • Landry, qui aurait été évêque de Metz et puis abbé à Hautmont, puis à Soignies en remplacement de son père décédé
  • Dentelin, décédé en bas âge
  • Aldetrude qui devint abbesse à Maubeuge après sa tante Aldegonde
  • Malderbert qui succéda à sa sœur dans le même monastère.
St-Vincent et ses deux fils

Un jour, en rêve, un ange lui ordonna d’aller à Hautmont et d’y construire une église en l’honneur de Saint-Pierre. Il y réunit quelques moines qui suivirent la Règle. Puis il revint auprès de Waudru, sa femme, lui annonçant qu’il désirait mener une vie monacale et lui conseilla d’en faire autant.

Madelgaire  abandonna alors l’habit séculier et se retira d’abord à Hautmont, prenant le nom de Vincent. Quant à Waudru, elle alla fonder un monastère à Castrilocus Mons.

Cherchant une vie plus solitaire, Vincent vint, avec quelques compagnons, fonder un monastère à Soignies vers 670. Il y est décédé en 677. Son fils Landry lui succéda comme abbé.

Les sources historiques

Elles sont essentiellement hagiographiques, donc sujettes à caution, car ce sont des récits dont le but n’est pas de rapporter la réalité historique mais de favoriser un culte, source de revenus pour ceux qui l’organisent. Les livres qui citent Saint-Vincent sont :

  • La Vita Aldegundis Malbodiensis (uita prima), rédigée vers 715-718 (vie de Sainte-Aldegonde, sa belle-sœur qui fonda le monastère de Maubeuge)
  • La Vita Altedrudis et la Vita Waldetrudis, écrites au IXème siècle (vies des filles de Waudru et Vincent). Ces derniers écrits qui datent des deux siècles ayant suivi les œuvres des sœurs Aldégonde et Waudru, font peu mention des œuvres de St Vincent.
  • La Vita Vincentii Madelgarii Sonegiensis (uita prima), v. 1015-1024 (Vie de Saint-Vincent). Il s’agit d’une oeuvre plus étoffée, écrite presque trois siècles après sa mort, à partir de récits de la tradition orale, qui sont à la base de ce que l’on a rapporté de sa vie dans les siècles suivants. Jusqu’ici, il n’est nulle part fait mention de la fondation d’Hautmont par Madelgaire.

Quant à l’abbaye de Soignies, la première mention est tardive et date du Xème siècle. Il est probable que jusque-là, l’abbaye de Soignies avait une renommée réduite. Il semble alors qu’au XIème siècle, époque où cette première vie fut écrite, l’abbaye de Soignies était en pleine réorganisation. Les chanoines ont remplacé les moines au début du Xème et la tentative de Régnier III en 956 de les remplacer a échoué, alors qu’à Hautmont cela avait réussi justement vers 1015-1020. Cette vie aurait été écrite à Hautmont qui bénéficiait d’un statut plus prestigieux. L’hagiographe façonna l’image de Vincent selon la réforme monastique de l’époque, le but étant l’édification spirituelle et morale des pèlerins.

  • Vita Vicentii secunda, écrite dans la première moitié du XIIème siècle. Elle n’apporte pas tellement d’éléments biographiques nouveaux, insistant essentiellement sur les miracles, qui sont à la base du culte de se ses reliques et des pèlerinages. Elle fut probablement écrite à Soignies où le culte des reliques devenait florissant, alors que l’institution était en plein essor.
  • Au XIVème siècle, Jacques de Guyse rapporte ce qu’il a lu dans ces documents lorsqu’il écrit l’histoire du Hainaut. Et Jack Mennel, dit Manlius, fait de même lorsqu’il écrit des histoires de saints et de saintes issus de la famille de l’empereur Maximilien I à l’initiative de celui-ci. C’est lui qui attribue les titres de comte à Walbert, Vincent et son fils Landry, ainsi qu’à Waudru.
Deuxième Moyen-Age

Evêché: de Cambrai

Décanat/doyenné: Chièvres (sans doute parce que Soignies appartenait comme il est expliqué ci-dessous à l’origine au pagus de Burbant, parfois appelé aussi comté de Chièvres).

Paroisse Saint-Vincent dont l’autel (dîme, nomination des officiants, revenus divers) fut attribué au chapitre de Saint-Vincent.

Autorité supérieure: à la sortie de la période franque, le domaine de Soignies se trouvait dans le pagus Bracbatensis (ancien Brabant ou Burbant). Vers 950, l’empereur Othon Ier créa la marche d’Ename dans une partie de celui-ci. Une marche était un comté dont la mission était défensive (ici face au comté de Flandre, vassal de la France. Ename se trouvait au bord de l’Escaut face à Audenarde). Vers 1050, une partie de la marche d’Ename (avec Soignies) fut englobée par héritage dans le comté de Hainaut.

Autorité sous-jacente (administrative et judiciaire): la prévôté de Mons

L’abbaye Saint-Vincent de Soignies et la cité

On y suivait à l’origine la Règle de St Benoit.

Les reliques de Vincent furent l’objet de pèlerinages et la cause du développement de l’abbaye. On invoquait le saint pour diverses maladies et principalement pour les affections rhumatismales.

Xème et XIème siècles

Cette abbaye aurait été détruite lors des raids normands, en 881, malgré la résistance du comte Régnier I au Long Col qui avait sécurisé les reliques à Mons. Elle fut reconstruite en 959 à l’initiative de Brunon, archevêque de Cologne et duc de Lotharingie. L’abbatiale d’aujourd’hui en est le témoin.

Dès cette époque, elle fut régie par un chapitre de chanoines, placé sous la protection de l’empereur Otton I, du pape, et du duc de Lotharingie, Brunon, archevêque de Cologne. Et non pas du comte de Hainaut (il est vrai que le comté connaissait une crise à cette époque).

Le chapitre était composé de chanoines séculiers qui ne faisaient pas vœu de pauvreté et ne vivaient pas continuellement dans le monastère. Il avait à sa tête un doyen pour tout ce qui concernait la vie spirituelle et un prévôt, nommé par le souverain, pour les responsabilités temporelles. Le chapitre avait donc un pouvoir féodal : il nommait les baillis et magistrats de la ville, il possédait toutes les juridictions en matière de justice, il percevait le cens et les nombreuses redevances, il imposait des corvées aux paysans libres et aux serfs, il coordonna l’économie de la ville.

Les chanoines acquirent de grands territoires fonciers. Les abbés de Soignies détenaient plusieurs seigneuries : les villages de Horrues, Chaussée-Notre-Dame, Steenkerque, Masnuy-St-Jean, Erbaut, Cambron St-Vincent, Basilies, Evere, Buyzingen, Mesvin, ainsi que de nombreuses terres, bois et moulins. Les papes Lucius III et Urbain IV renforcèrent les prérogatives du chapitre.

Les Comtes de Hainaut, puis les membres de la famille de Bourgogne et de la maison d’Autriche avaient pour coutume de prêter le serment d’honneur sur les reliques de saint-Vincent ce qui en faisait des “avoués de saint-Vincent“.

La collégiale fut aussi réputée par la qualité de ses musiciens et de ses chantres.

Les bénéfices provenant des domaines fonciers, des rentes seigneuriales, furent renforcés par ceux qui découlaient des nombreux cultes, pèlerinages et processions organisés en l’honneur de Saint-Vincent dont les reliques étaient exposées à la vue des nombreux pèlerins. Cela commença dès la rénovation de l’institution au Xème siècle.

C’est vers l’an mil qu’on construisit une vaste église romane sur un petit promontoire en bord de Senne.

Deux fêtes en l’honneur du saint sont attestées dès le XIème siècle :

  • Le 14 juillet, jour du décès de Vincent (selon la tradition)
  • Le 20 septembre, commémoration de la première translation de ses reliques.

A la fin du XIème siècle, l’agglomération autour de l’institution était encore modeste, mais commençait à se développer.

XIIème et XIIIème siècles

Le culte en l’honneur de Saint Vincent prit un essor considérable. Les reliques furent placées dans deux reliquaires, chefs-d’œuvre d’orfèvrerie, l’un pour le corps et l’autre pour le chef (la tête). Un monument gothique fut construit dans le chœur de la collégiale pour qu’ils y reposent.

Les comtes de Hainaut semblaient jusqu’ici s’être peu intéressés à Soignies. Mais au milieu du XIIème siècle, l’un d’entre eux, Baudouin IV, dit « le Bâtisseur », mena une politique de développement militaire (construction de tours et d’enceintes dans quelques villes stratégiques) et économique (il favorisa l’artisanat et le commerce, créant même en certains endroits de nouvelles villes).

La ville naissante de Soignies attira naturellement son attention. Il accorda aux bourgeois de la ville une charte de privilèges (la Keure) en 1142. C’était la première charte-loi du Hainaut, qui consignait par écrit les lois et règlements divers. Ce fut pour les bourgeois de Soignies, commerçants et artisans, l’occasion de développer l’industrie drapière et son commerce. On institua un marché le mardi et deux foires annuelles. Ce comte fit fortifier l’abbaye par une première enceinte autour du quartier capitulaire et de la collégiale, protégeant celle-ci et la population de la ville qui s’y réfugiait en cas de conflit armé.

Un bailli (ou prévôt), nommé annuellement par le chapitre, exerçait le pouvoir sur la ville au nom de celui-ci. C’est lui qui rendait effectivement la justice en dehors de l’enceinte de l’abbaye. Le conseil communal comprenait un commis du chapitre, le bailli, le maïeur, sept échevins, un commis représentant les bourgeois et douze jurés. Une hostellerie ou « Maison de Dieu » fut instituée (un premier hôtel de ville). En 1200, le comte Baudouin VI confirma la charte de 1142.

Depuis 1262, le lundi de Pentecôte, les reliques du Saint sont portées en procession autour de la ville, tradition perpétuée jusqu’à nos jours (infra, Patrimoine).

A la fin du XIIIème siècle, la communauté comptait une trentaine de chanoines. C’était la plus importante du comté de Hainaut.

On construisit hors des limites de la ville, en direction de Mons, un « hôpital Saint-Jacques » où des béguines dans un premier temps et des sœurs grises (franciscaines) ensuite donnaient les soins aux malades.

Hospice Saint-Jacques

Une maladrerie (pour les lépreux) fut fondée au faubourg d’Enghien.

XIVème et XVème siècles

Durant les années 1348 et 1349, la « peste noire » qui traversa toute l’Europe semble avoir fait des ravages dans la population sonégienne, comme à Mons. C’est pourquoi le 7 octobre 1349 fut organisée à partir des deux villes des processions, accompagnées des reliques de Vincent et de Waudru, qui se rencontrèrent du côté de Maisières. 

Malgré tout, le développement urbain continua à progresser.

En 1364, Louis II de Male, comte de Flandre, mit la ville à sac. Il voulait se venger de l’exécution de Siger II d’Enghien par le comte Albert de Bavière. Ce fut l’occasion pour ce dernier d’encourager les habitants de Soignies à se doter d’une enceinte autour de la ville. Ce qui fut réalisé entre 1365 et 1379. Il s’agissait à l’origine d’un large fossé profond, alimenté par les eaux de la Senne et d’un ruisseau. A l’intérieur, était aménagée une levée de terres de plusieurs mètres. Un peu plus tard, on couvrit celle-ci d’une palissade, puis avec le temps cette dernière fut remplacée par une muraille, rythmée par des tours et parcourue par un chemin de ronde. L’enceinte était percée de quatre portes (Braine, Enghien, Neufvilles et Mons). On finança les travaux par de nouvelles taxes (les maltôtes) sur la vente de certains produits (surtout le vin et la bière, accises avant l’heure).

A la fin du siècle, Soignies était devenue une des 13 « bonnes villes » du Hainaut.

Plan de Deventer, 1560

XVIème siècle

L’économie de la ville fut ralentie dans la seconde moitié du siècle par les troubles religieux. Mais la Contre-Réforme de l’Eglise Catholique Romaine profita aussi au culte de Saint-Vincent. On encouragea sa dévotion. On édifia les fidèles par ses miracles.

Un grand nombre de confréries furent fondées, qui se firent toutes aménager une chapelle dans l’église. La plus illustre et la seule à avoir résisté aux affres révolutionnaires fut la Confrérie Saint-Vincent, qui vit le jour vers 1599.

D’Adrien de Montigny, fin XVIème siècle

XVIIème siècle

A partir de cette époque, le chapitre, qui jusque-là avait le monopole de l’enseignement, perdit celui-ci. On vit s’ouvrir d’autres centres éducatifs :

  • En 1629, s’installèrent les pères de l’Oratoire de Philippe de Neri qui organisèrent une école élémentaire. Ce couvent fut fondé par André de Trévigny, médecin de l’archiduchesse Isabelle, gouvernante des Pays-Bas Espagnols.
  • En 1709, un premier collège d’enseignement secondaire pour garçons fut institué.

Les Capucins vinrent aussi s’installer en 1616, alors que les Sœurs Grises continuaient à œuvrer à l’hôpital Saint-Jacques, soignant les malades, abritant les vieillards, les indigents et les orphelins.

La fin de ce siècle fut marquée par les guerres d’invasions de Louis XIV. Soignies fut à plusieurs reprises envahie par ses armées entre 1691 et 1713. Des campements étaient organisés aux confins de la ville et dans les villages voisins. Comme ailleurs, la ville fut ruinée. Les remparts devinrent obsolètes et ne furent plus entretenus. Les Français les firent démanteler en 1690. Quelques vestiges subsistent aujourd’hui (infra, Patrimoine).

Le quartier de la cathédrale en 1675 (de Gavres)

XVIIIème siècle

Malgré tout, sous le régime autrichien instauré en 1713, l’économie reprit. Le commerce et le transport furent favorisés par le pavage de la chaussée de Bruxelles à Mons dès 1704.

De nombreux artisans travaillaient dans la ville, les drapiers et les toiliers, ainsi que des tanneurs et des brasseurs rassemblés au bord de la rivière. On trouvait aussi des coutelliers et des cordonniers. Les finances de la ville s’améliorèrent après 1748. Durant la seconde moitié de ce siècle, la population quadrupla.

Plan de Ferraris, vers 1775

La période française (1792/1794-1814)

Puis arrivèrent les Révolutionnaires Français, une première fois en novembre 1792 pour quelques mois avant d’être chassés, et une seconde fois en juin 1794. Le chapitre Saint-Vincent fut aboli en 1793. Les religieux furent dispersés en 1796.

Soignies se retrouva dans le département de Jemappes. Sur le plan religieux, il passa en 1803 de l’archevêché de Cambrai à celui de Tournai.

La plupart des confréries furent supprimées. Celle de Saint-Vincent survécut. Les Sœurs Grises, après avoir été chassées, revinrent en 1810 pour continuer leurs œuvres de bienfaisance et l’enseignement.

La période hollandaise (1814-1830)

En 1825, pendant la période hollandaise, Soignies a obtenu le statut de ville.

En 1830, des Sonégiens ont combattu à Bruxelles les Hollandais pour l’indépendance de la Belgique.

La période contemporaine (à partir de 1930)
  • Etat: le royaume de Belgique
  • Province: Hainaut
  • Arrondissement administratif et judiciaire : Mons
  • Canton: Soignies

En 1841, on construisit la ligne de chemin de fer de Bruxelles à Mons. On voûta certains tronçons de la Senne en 1891 et 1936.

En 1916, 842 Sonégiens furent déportés en Allemagne.

Soignies fut libéré le 4 septembre 1944 par un régiment anglais.

En 1977, fut organisée la fusion des communes.

Economie

L’agriculture et l’élevage furent les premières activités développées par les moines et par la communauté de paysans installée autour du monastère de Saint-Vincent.

Au XIVème siècle, Soignies vit se développer une intense activité drapière dans le cadre de la Guilde des Drapiers, fondée en 1328, confirmée par le comte Guillaume I. Cette guilde imposait des règles strictes de fabrication. Une halle aux draps fut bâtie à la même époque. Elle disposait du monopole de la vente. Ce commerce fut florissant, car il exportait aussi à l’étranger. Il déclina avec les guerres religieuses du XVIème.

Exploitation du sous-sol

Soignies et sa région reposent sur un grand massif calcaire déposé à l’ère primaire pendant la période du Carbonifère (donc à peu près en même temps que les filons de houille déposés dans le Centre et le Borinage). 

Dès l’époque gallo-romaine, on exploita la pierre à fleur de sol, puisqu’on a trouvé des moellons de pierre de Soignies dans ce qu’on pense être une villa romaine au lieu-dit Coulbrie. Au Xème siècle, on utilisa de la pierre locale pour bâtir la collégiale et au XVème siècle pour édifier les remparts.

Une exploitation plus intense aurait commencé au milieu du XIVème siècle du côté de Feluy-Arquennes et des Ecaussinnes. Alors qu’à Soignies, on se contentait encore d’exploiter les bancs de pierre (« raches ») affleurant directement sous la couche arable, dans le fond et sur les flancs des vallées.

Ce n’est que vers 1720 que se développa réellement une exploitation industrielle à grande échelle par le creusement de carrières et le commerce de la pierre bleue locale, grâce à la famille Wincqz originaire de Feluy. La demande était alors très forte, car on commençait, sous le régime autrichien, à paver des chaussées entre les villes pour améliorer le transport par diligences et par chariots. Celle de Bruxelles à Mons fut réalisée à partir de 1704. On construisait aussi de nombreux bâtiments publics, religieux et privés.

Lors de la période française (1792-1814), l’exploitation ralentit.

Puis arriva le XIXème siècle, la révolution industrielle à son apogée et ses nouvelles technologies, telle la machine à vapeur qui permettait de pomper les eaux qui inondaient les carrières, mais aussi de scier et manœuvrer les pierres. Le chemin de fer donna un nouvel élan au transport de celles-ci. C’est en 1841 que la section Tubize-Soignies-Jurbise fut aménagée sur la ligne Bruxelles-Mons-Paris.

Les carriers purent faire valoir ainsi leur belle « pierre bleue de Soignies » (ou « petit granit »), qu’ils allaient extraire en profondeur avant de l’exporter sur les marchés belges et étrangers. En 1880, 1400 ouvriers étaient occupés dans les carrières de Soignies. Cette pierre convenait pour la construction de bâtiments publics et privés, de ponts, d’écluses, de digues de mer, pour la sculpture aussi. C’est une pierre dure, résistante au gel, à l’écrasement et aux agents chimiques.

De nouveaux filons de cette pierre furent encore découverts à l’ouest de la commune : carrière de Perlonjour, Grande Carrière de Pierre-Joseph Wincqz, les Carrières du Hainaut (SA en 1885). L’apogée de cette activité industrielle fut atteinte vers 1900. 2709 carriers travaillaient alors.

On a également extrait de la pierre à chaux. Des fours à chaux ont existé, dès l’Antiquité.

De nouveaux quartiers apparurent pour faire face à l’afflux d’immigrants venus des villages environnants et de Flandre. Principalement au sud-est de la commune. C’est ainsi que naquit le« hameau des Carrières » avec son église (de l’Immaculée Conception), sa paroisse, ses écoles, sa coopérative et sa maison du Peuple (1898).

A côté de cette activité majeure, on pouvait trouver :

  • Des tanneries le long de la Senne et du ruisseau de la Cafenière, qui exportaient le cuir en Belgique.
  • La sucrerie Wincqz

Toute cette belle industrie connut les affres des guerres (1914-1918 et 1939-1945) et de la grande dépression économique des années ‘1930. Certaines carrières fermèrent leurs portes. En 1935 la S.A. des Carrières et de la Sucrerie des Carrières P.J. Wincqz fusionna avec la Société Gauthier. Les tanneries cessèrent au début des années ‘1960.

Aujourd’hui subsistent :

  • Les Carrières du Hainaut, fondées en 1888
  • Les Carrières Gauthier-Wincqz, qui ont acheté les Carrière du Clypot à Neufvilles, et se nomment « la Pierre Bleue Belge s.a. » qui ont étendu leur surface d’exploitation vers Braine-le-Comte et Ecaussinnes
  • La gobeleterie Durobor, fondée en 1928, qui a remplacé la sucrerie Wincq
Patrimoine

Collégiale St Vincent

Une première église fut construite lors de la fondation de l’abbaye au VIIème siècle. A cet endroit, on y aurait découvert un sarcophage franc.

L’abbatiale actuelle fut commencée vers 965 et achevée au XIIIème siècle, sur le site de l’ancienne abbaye, par décision de Brunon, archevêque de Cologne, lorsque celui-ci participa à la refondation de l’institution, disparue avec les raids vikings. En réalité les travaux principaux commencèrent vers l’an mil, en pleine période romane, inaugurant le courant scaldien de ce style.

Il s’agissait à la fois de l’église du chapitre (d’où son appellation de collégiale) et de l’église de la paroisse. Elle était un but de pèlerinages et était destinée au culte de Saint-Vincent et de ses reliques.

Elle fut construite avec des moellons de grès et de calcaire mêlés selon un plan en croix latine. Le chevet du chœur est plat, comme dans le courant carolingien précédent. Les nefs comportent trois niveaux : les grandes arcades, des baies donnant sur des tribunes latérales couvrant les nefs latérales, des baies vitrées en haut pour l’éclairage. La couverture de la nef principale est constituée d’un plafond en bois de chêne. L’église possède deux transepts. Une tour-lanterne (pour l’éclairage), typique du roman scaldien, fut érigée à la croisée de la nef principale et des transepts. La tour occidentale n’a été élevée qu’au XIIIème siècle sur le porche roman. C’est pourquoi elle comporte des éléments gothiques (arcs brisés). L’aspect extérieur est massif et dépouillé, car elle pouvait avoir une fonction défensive en haut de la colline surplombant la ville.

De nombreuses transformations, sans réelles destructions par des incendies ou des guerres, ont eu lieu au cours des siècles, selon les courants stylistiques des époques traversées.

Pendant la période gothique, des bâtiments ont été greffés sur le plan initial:

  • La tour occidentale au XIIIème
  • Le cloître au XIIIème
  • La sacristie au XIIIème
  • La chapelle Saint-Vincent au XIVème
  • La chapelle de St Hubert au milieu du XVème, en gothique brabançon
  • La chapelle du Saint-Nom, bâtie dans le jardin du cloître à la fin du XVIème

Une riche parure baroque a été apportée au XVIIème siècle: 

  • Le maître-autel du chœur, fin XVIIème
  • Les stalles en bois sculptées, 1676
  • Le jubé (1635-1641), en marbre noir et rouge, avec des représentations des docteurs de l’Eglise (esprit de la Contre-Réforme), une Résurrection du Christ
La collégiale en 1822

Les dernières restaurations ont été effectuées en 2007-2009.

La décoration intérieure est riche :

  • Une Vierge allaitant l’Enfant Jésus, sculpture en grès polychrome du XIVème
  • Un Mise au Tombeau, sculptée vers 1450
  • Un Christ de Pitié, en pierre polychrome, début XVIème
  • Les châsses contenant les reliques de Saint-Vincent
    • Au XIème et XIIème siècles, elles furent conservées dans une crypte préromane sous le chœur
    • Au XIIIème (période gothique lumineuse), elles furent exposées au fond du chœur sur un support monumental en pierre noire de Tournai. C’est à cette époque qu’on réalisa les deux châsses, l’une pour le « chef » (la tête) et l’autre pour le corps. Le premier fut offert par la comtesse Marguerite.
    • Au XVIIème, avec le réaménagement baroque du chœur, on a mis en valeur les reliquaires dans une petite chapelle construite contre le mur du chœur.
    • Les châsses ont été détériorées lors des troubles révolutionnaires de la fin du XVIIIème siècle et ont été refaites dans le style néogothique.
    • Il est à noter que d’autres reliquaires existent, dont celui de Saint-Landry
  • chaire de vérité, 1670, œuvre du montois Baudouin Lalou

Le musée du Chapitre est un bâtiment attenant à la collégiale, construit  au XVIIème siècle par les chanoines pour abriter la salle des comptes, la salle des archives, la salle capitulaire, une antichambre. Il intègre le jardin de l’ancien cloître. On y trouve une collection d’art sacré :

  • des pièces de soie brodées dont « la chemise de Saint-Landry », en réalité un tissu rectangulaire brodé en hommage à un souverain, dans le style de la tapisserie de Bayeux
  • les objets sacrés en orfèvrerie et des reliquaires
  • des sculptures et des peintures
  • des manuscrits

Le vieux cimetière était adossé à l’enceinte urbaine de 1365.

C’est aujourd’hui un parc public. Une chapelle y avait été érigée au XIIème siècle, nef simple à chevet plat, construite en moellons locaux. On trouve à l’intérieur une piscine liturgique en grès et un autel de style Renaissance de 1607. Au bâtiment d’origine de style roman a été accolée une travée supplémentaire en briques en 1643. Ce bâtiment abrite aujourd’hui les collections du Cercle archéologique de Soignies, allant de la préhistoire au XXème siècle. Le jardin est « agrémenté » de monuments funéraires érigés entre le XVème et le XIXème.

L’église de l’Immaculée Conception, quartier des Carrières, 1907, néogothique

Les remparts de la ville entourèrent dès le XIVème siècle la ville, sa collégiale, le quartier du chapitre et le “centre commercial et artisanal”. La décision de les construire fut prise en 1365 de commun accord entre le comte Aubert de Hainaut-Bavière, le chapitre et les bourgeois de la ville. Celle-ci venait d’être mise à sac par le comte de Flandre Louis de Male, allié de Siger d’Enghien qui venait lui-même d’être condamné et décapité pour rébellion. Le but était de sécuriser le centre-ville et d’installer une ville-forte aux frontières du Brabant. Pour la construction et l’entretien, le magistrat de la ville instaura de nouveaux impôts, les maltôtes, sur la vente de certains produits, dont la bière et le vin. Quelques années plus tard, Soignies fut reconnue comme « bonne ville » du Hainaut.

A l’origine, l’enceinte se composait d’un large fossé, alimenté par les eaux de la Senne. A l’intérieur du fossé, se trouvait une levée de terre de plusieurs mètres de haut, interrompue par quatre portes d’accès :

  • La Porte de Braine (ou du Vieux Marché) en direction de Bruxelles
  • La Porte de Mons, près de laquelle se trouvait l’Hôpital Saint-Jacques (carrefour de la Belle-Vue)
  • La Porte de Neufvilles ou du Moulin (place Verte)
  • La Porte d’Enghien ou du Noeufbourg (rue Hachez)

Au début du XVème siècle, on éleva une palissade en bois sur la levée de terre et un peu plus tard on commença à ériger des murailles en pierre, des tours maçonnées et un chemin de ronde.

En réalité, ces remparts ne servirent jamais. Louis XIV s’empara très vite de la ville. Dès 1677, on commença à les démanteler et à boucher les fossés. Il en reste de rares vestiges à ce jour :

  • Au Vieux Cimetière
  • Une levée de terre, de l’autre côté de la Porte de Braine, est occupée par des maisons du XIXème siècle (en surplomb de la Place du Jeu de Balle)
  • Au coin de la rue Neuve et de de la rue F. Eloy (en fait une reconstruction de la muraille vers 1820)

Chapelle du Marais Tillériaux, début XVIIème

Chapelle Saint-Roch, début XVIIème

Chapelle de l’Hôpital Saint-Jacques, reconstruite entre 1761 et 1765

Hôtel de Ville, 1909, remplaça les tanneries Van Cutsem, près d’un méandre de la Senne

La halle aux draps (7, Grand-Place), transformée en 1797

Maison Nalis ou de Guise (3, ruelle Scaffart), une partie du milieu du XVIème et une autre du XVIIIème

Maison de l’Obit Rabutin (13, rue des Orphelins), ancienne maison de chanoine, XVIIIème

Maison du chanoine brasseur (6, rue des Orphelins)

Ancienne maison de chanoine (Rue Ferrer), XVIIIème

Maison du chanoine Pollio (9-10, rue d’Audiger), 1776

Maison du Vicaire (5, rue de la Régence), 1767

Maison décanale (Rue H. Leroy), 1759, maison du dernier doyen des chanoines

Athénée Royal Jules Bordet (rue Léon Hachez), 1873, à la place de l’ancien Couvent des Oratoriens, style éclectique

Collège Saint-Vincent, 1875-1880, style néogothique

Le Tour Saint-Vincent. Il s’agit d’une procession organisée le lundi de la Pentecôte depuis 1262 (première mention) et instaurée par l’évêque de Cambrai, Nicolas III de Fontaine, un ancien prévôt du chapitre de Soignies.

Les chanoines transportaient les châsses qui contenaient les reliques du Saint, tout autour de la ville (une douzaine de kilomètres). Des indulgences (remises de peines de purgatoire) étaient accordées à tous ceux qui se rendaient à la collégiale ce jour-là. C’était aussi l’occasion d’unir toute la population, de demander l’intercession su saint pour la protection de la cité et de dynamiser le culte en son hommage.

L’itinéraire a été modifié avec le temps et l’urbanisation progressive des faubourgs. Il est balisé par dix-sept chapelles votives, servant de stations pour les pèlerins.

Depuis la fin du XVIème siècle, une Confrérie Saint-Vincent s’est donné pour mission de perpétuer le culte du saint à travers cette manifestation dont l’organisation est rigoureusement programmée : les oriflammes entre les tours de la collégiale, la préparation du chemin du Tour la veille, la descente des reliquaires, le port de ceux-ci. Cette confrérie était réservée à l’origine aux notables de la ville. Elle s’est progressivement ouverte à tous.

A l’issue du Tour, les chanoines reprenaient les châsses pour les remettre dans la collégiale, alors que commençait dans la ville une procession historique. Dans son état actuel, la procession date de 1921. Ce sont des tableaux vivants illustrant les différents épisodes de la vie de Saint-Vincent.

Sources bibliographiques :

  • Wikipedia
  • Saint Vincent de Soignies, regards du XXème, éd. Musée du Chapitre de Soignies, 1999
  • Soignies, cité de Saint-Vincent et pays de la pierre bleue, C. Balate, J. Deveseleer et M. Maillard-Luypaert, Carté n°84 du Patrimoine, IPW, 2011

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