Strépy-Bracquegnies

Entité communale de La Louvière

Le territoire

Superficie: 775 ha

Altitude: On passe d’une altitude d’une soixantaine de mètres au niveau de la rivière jusqu’à une côte de 125/130m à la limite du Roeulx.

Situation géographique : Le village de Strépy, avec son hameau de Bracquegnies, se sont développés sur le versant nord de la vallée de la Haine. 

Cours d’eau : La Haine borde la limite sud du village. A ce niveau s’étendent quelques étangs (37ha) issus d’effondrements miniers dans les années 1930-1940. Ils sont aujourd’hui reconnus zones d’intérêt biologiques.

Paysage préhistorique (après la dernière période glaciaire) : marécageux, boisé

Nature du sol : limoneux, sablonneux

Nature du sous-sol : grès, pierre calcaire, houille

Préhistoire

Néolithique (Homo Sapiens) : 

Des haches de silex ont été ramassées sur le territoire, témoins d’une présence au néolithique.  L’existence de mines de silex a été remise en question.

Antiquité gallo-romaine

Des substructions romaines, des armes de fer et des fragments de céramiques ont été trouvés au XIXème siècle.

Une villa romaine aurait existé au IIème siècle, ainsi qu’une nécropole romaine (pas de précision).

Premier Moyen-Age (période franque mérovingienne et carolingienne)

Un cimetière mérovingien de 150 tombes rangées a également été découvert. La plupart ne contenaient plus de mobilier funéraire. On a cependant dégagé quelques armes (francisque, scramasaxe, fers de lance), des colliers et des vases sans décor. Ce site aurait été occupé dans la deuxième moitié du VIème siècle et au VIIème siècle. Il est situé sur une colline crayeuse dominant la rive droite de la Haine.

Au VIIème siècle, on sait que ce territoire appartenait à la famille de Madelgaire (futur Saint-Vincent de Soignies). Il y serait né vers 610 dans une ferme fortifiée ayant occupé le site de la villa romaine.

Deuxième Moyen-Age – le village

Première mention: 1127

Toponymie (anciennes orthographes) : 

  • Stirpei, 1127
  • Sterpia, XIIème
  • Stirpeio, 1157
  • Estrepiacum, 1159
  • Stirpi, 1188
  • Siterpies
  • Stierpeia
  • Exterpy
  • Esterpi

La localité s’est longtemps appelée « Strépy » ou « Estrépi/Estrépy ».

Ce n’est qu’à a fin du XVIIIème siècle que la dénomination « Bracquegnies », du nom d’un hameau-dépendance, est venue s’adjoindre au premier nom.

Etymologie (hypothèses d’origine du nom) :

  • De Stirpus- (latin) signifiant « souche ou défrichement/extirpation » ou lié à un nom de personnes
  • Et de –iacum/iacas (gaulois), prolongé en –ie, puis –y (oïl) voulant dire « lieu, propriété »
  • Strépy-Bracquegnies serait un « endroit plein de souches ou défriché » ou la « propriété de Stirp(us) »

Bracquegnies pourrait venir de brakkiniacas :

  • Brakko- serait un nom de personne ou viendrait du roman brac signifiant « terrain boueux »
  • -iacum/iacas puis –ie(s) signifiant « propriété de »
  • Propriété de Brakko ? ou endroit boueux ou marécageux ?

Epoque de son apparition: XIème ou début du XIIème siècle

Facteurs ayant favorisé son émergence :

voies de communication: pas de chaussée antique, mais un chemin médiéval du Roeulx à Binche

sources d’eau ou cours d’eau: la Haine

source de bois: région boisée

proximité d’un lieu de pouvoir: château seigneurial

Paroisse dédiée à Saint-Martin

Evêché: de Cambrai (jusqu’en 1804), puis de Tournai ensuite

Décanat/doyenné: Binche

Autel (dîmes, entretien de l’église, nomination des officiants) donné à l’abbaye Saint-Feuillien du Roeulx selon un acte de 1125 de Burchard, évêque de Cambrai.

Répartition des pouvoirs pendant la période féodale

Autorité supérieure: comté de Hainaut

Autorité sous-jacente (administrative et judiciaire): prévôté de Binche

Seigneuries et fiefs

Sur tout le territoire de Strépy et de Bracquegnies, il exista plusieurs seigneuries et fiefs:

  • La seigneurie principale (infra)
  • La Seigneurie de Sotteville, réunie à celle de Strépy en 1635
  • Le fief du Marez
  • Le fief de la Vigne
  • Le fief de l’abbaye d’Aywière (Brabant)
  • Le fief de l’abbaye d’Hautmont
  • Le fief de l’abbaye Saint-Feuillien du Roeulx

La seigneurie principale

D’abord fief lige de Beloeil, Strépy devint une possession du comte de Namur sur le plan féodal (hommage). Ce détail demande à être expliqué.

Famille de Strépy (début XIIème – fin XIIIème)

Les « de Strépy » ou « Estrépy » se signalèrent dès le XIème siècle comme des conseillers à la cour du comte. Ils étaient aussi chevaliers. Il existerait déjà un Allard de Strépy connu en 998. Sont ensuite connus :

  • Jean de Strépy (v1010- ?), peut-être le fils du précédent, conseiller auprès de la comtesse Richilde
  • Allard I « le grand » de Strépy (v1040/1050- ?), fils du précédent. Il est cité comme seigneur de Strépy et de Harchies. Il participa à la première croisade avec le comte Baudouin II, fils de Richilde.
  • (Jean-)Hugues de Strépy (v1090/1100-1121), fils du précédent. Il reçut également la seigneurie de Ville (-Pommeroeul).
  • Allard II de Strépy (v1120/1130- 1204), fils du précédent
  • Allard III de Strépy (v1150-1175), fils du précédent.  Par mariage, il devint aussi seigneur d’Audregnies.
  • Baudouin III de Strépy (v1175-1209), fils du précédent. Au service des comtes Baudouin V et Baudouin VI, il batailla à leur service, ainsi qu’à celui du roi de France Philippe-Auguste contre Richard Cœur-de-Lion, roi d’Angleterre.
  • Allard IV de Harchies (v1170-apr1224/1234), fils aîné du précédent. Il aurait aussi été seigneur de Quévy et, à ce titre, pair du Hainaut. On le vit batailler à la quatrième croisade (auprès de Baudouin VI), en Normandie dans le conflit entre Philippe-Auguste et Jean-sans-Terre, dans la croisade contre les Albigeois hérétiques auprès de Simon de Montfort.
  • Gérard 1er de Strépy (ou Allard dit « Gérard ») (v1220/1230- apr.1265), fils du précédent
  • Arnould I de Strépy (1240, Harchies- ?), fils du précédent.

A partir de celui-ci, la transmission de Strépy devient plus confuse. Arnould procéda à un partage de ses nombreuses possessions entre ses fils. Strépy ne semble pas cité.

Familles de Condé et d’Enghien

On retrouve Strépy dans les possessions de Robert de Condé (1300, Condé-1359). Il n’existe pas, semble-t-il de lien familial, entre les Strépy et les Condé. Il s’agit peut-être d’un achat qui fut d’ailleurs fait avant que Robert de Condé n’hérite de son frère Jean I de Condé les nombreuses seigneuries familiales (Condé, Morialmé, Beloeil, Ghlin, Stambruges, …).

Le fait que Strépy est souvent mentionné comme fief lige de Beloeil pourrait provenir de ce que le seigneur de Beloeil, en l’occurrence Robert de Condé à cette époque, eut un ancêtre qui épousa la dame héritière de Morialmé et de Beloeil.

Le fait que Beloeil fut une possession du comté de Namur (qui nécessitait simplement un hommage à chaque changement de titulaire) est plus difficile à expliquer. 

A Robert de Condé succéda son fils Jean II de Condé (1349-1391). Il n’avait que dix ans. Son beau-frère, Sohier II d’Enghien (1324-1364) exerça la tutelle sur ses nombreuses possessions.

Il semble qu’il parvint à détenir la seigneurie de Strépy à titre de bail de son fils Wauthier d’Enghien (1360-1381). Le fils et le père étaient de turbulents vassaux. Ils entrèrent en conflit avec Aubert de Bavière, régent du comté de Hainaut, et se mirent au service du comte de Flandre. Sohier se rebella carrément contre son suzerain. Ce qui entraîna sa condamnation à mort en 1564. Quant au fils Wauthier, il succomba au siège de Gand en 1381, sans avoir eu ni épouse ni enfant.

Jean II de Condé, qui avait hérité le domaine de Landelies de son neveu Wauthier d’Enghien, a sans doute récupéré aussi la seigneurie de Strépy. Il mourut  sans héritier en 1391. Tous les domaines passèrent aux héritiers de sa tante Jeanne de Condé (v1290-1325), sœur de son père Robert, qui avait épousé Fastré III de Ligne (1280-1337).

Famille de Ligne

  • En l’occurrence, en 1391, il s’agissait de Catherine de Ligne ( ?-1397), fille de Fastré III. Ses frères étaient morts avant elle.
  • A sa mort, son neveu Jean II de Ligne (1361-1442) hérita de tous les domaines. Il se trouvait aussi par mariage à la tête de tous les domaines liés à la pairie de Barbençon.
  • Il les transmit à son fils Michel III de Ligne (1390-1468) et celui-ci à son fils  Jean IV de Ligne (1457-1491), chambellan du duc Charles le Téméraire.

Famille le Boulengier

Jacques le Boulengier ( ?-1510), bourgeois montois, était écuyer de Charles le Téméraire. Il acheta Strépy vers 1470 à Jean IV de Ligne. A ce domaine, il ajouta aussi la seigneurie voisine de Boussoit. Ces deux domaines auront une destinée commune jusqu’à la fin de l’ancien régime. De son épouse Jossine Losschaert, il eut deux enfants dont Adrien le Boulengier ( ?-1528) qui hérita de Strépy et de Boussoit.

Famille Ruffault (ou Ruffaut)

  • Sa fille, Jeanne le Boulengier, dame héritière des deux domaines, épousa Jean Ruffaut vers 1530. Celui-ci était maître ordinaire de la Chambre des Comptes de Flandre (1508) et trésorier général des domaines et finances de l’empereur Charles Quint en 1527.
  • Leur fils Charles Ruffault hérita des deux domaines. Sans postérité, il les légua en 1573 à sa sœur Jeanne Ruffault ( ?-1608 ou 1620)

Familles de Lannoy et de la Croix

  • Jeanne Ruffault  ( ?-1608 ?) épousa en 1579 Charles de Lannoy ( ?-1582) d’une branche cadette de cette famille. Il était veuf de Marguerite du Bois. Par son testament en 1608, elle institua comme héritière universelle sa nièce, Jeanne de la Croix, fille de Jean de la Croix et de sa sœur Louise Ruffault.
  • Jeanne de la Croix (1586- ?) hérita ainsi de nombreux domaines, dont Boussoit et Strépy.

Famille du Chastel « de la Howarderie »

  • Robert Antoine Joseph du Chastel ( ?-1622). Fils cadet de Nicolas du Chastel « de la Howarderie », il était chevalier et avait hérité de son père la seigneurie d’Inglinghem. Par son mariage avec Jeanne de la Croix en 1604, il devint aussi seigneur de Boussoit et de Strépy. Lui succédèrent :
  • François Robert du Chastel (1619- 1678), son fils
  • Robert François du Chastel (1658-1713), fils du précédent. Egalement par son mariage seigneur de Trivières et de Carnières. 
  • Charles Léopold du Chastel de la Howarderie ( ?-1730), fils du précédent. Resté célibataire. Sa sœur Marie Catherine hérita de ses biens.

Maison de Rodoan

Antoine Adrien Joseph de Rodoan ( ?-1756). Fils de Luc Camille de Rodoan. Baron de Rodoan et de Fontaine-l’Evêque, vicomte de Carnoy, seigneur d’Anderlues. Par mariage en 1726 avec Marie Catherine Louise du Chastel de la Howarderie ( ?-1751), il devint aussi seigneur de Boussoit, de Strépy, … Député de la noblesse du Hainaut. Ils eurent quatre fils et quatre filles, dont :

  • Adrien François Isidore Joseph de Rodoan, qui hérita des biens de son père
  • Philippe Ferdinand Joseph, qui hérita des biens de sa mère

Les deux frères furent créés comtes en même temps en 1755 par l’impératrice Marie-Thérèse.

Philippe Ferdinand Joseph de Rodoan. Il était comte de Boussoit depuis 1755 et seigneur de Strépy. Gentilhomme de l’état noble du Hainaut, chambellan, maréchal héréditaire de l’ordre teutonique. Il fut le dernier seigneur féodal de Strépy, devenu « Strépy-Bracquegnies ».

Carte de Ferraris (XVIIIème)
Période française (1794-1814)

Fin de l’Ancien Régime féodal en 1794

  • Département: Jemappes
  • Canton: Le Roeulx
Répartition des pouvoirs pendant la période contemporaine (à partir de 1814)
  • Etat: Royaume des Pays-Bas (1814-1830), puis Royaume de Belgique
  • Province: Hainaut
  • Arrondissement administratif: Soignies
  • Arrondissement judiciaire: Mons
  • Canton: Le Roeulx
  • Entité communale depuis 1977: La Louvière
Economie

Longtemps l’agriculture et l’élevage furent les activités principales des villageois. 

Exploitation de la houille

Celle-ci aurait déjà été découverte dès 1363 sur des affleurements.

Une exploitation plus intensive commença à partir de 1715 avec la « Société de Bracquegnies » créée par l’association de plusieurs familles de concessionnaires.

Des sondages furent effectués (15 avaleresses entre 1811 et 1846) mais s’avérèrent non rentables, sauf le siège Saint-Alexandre en 1847 et celui de St-Alphonse en 1863.

Les propriétaires absorbèrent la “société de Ville-sur-Haine, Thieu et Gottignies” en 1870. Le tout devient « Société civile des Charbonnages de Strépy-Bracquegnies », puis en 1872 « Société anonyme des Charbonnages de Strépy-Bracquegnies ». Elle exploita deux concessions sur les territoires de Strépy-Braquegnies, de Thieu, de Ville-sur-Haine et de Gottignies. Elle produisit du charbon à coke, ce qui explique la mise en place de fours à coke. Cette entreprise ferma en 1958.

Industries annexes

Une usine métallurgique avec hauts fourneaux fonctionna de 1857 à 1880.

Cette activité engendra un fort développement de Strépy après 1789 qui engloba le hameau de Bracquegnies, lui-même ayant été l’objet d’une forte immigration ouvrière.

Voies de communication

Le canal du Centre fut construit entre 1882 et 1917. La jonction entre le canal du Centre et le canal Bruxelles-Charleroi a lieu à Seneffe.

Un nouvel ascenseur funiculaire de Strépy-Thieu fut construit dès 1982 et mis en service depuis 2002, en parallèle à l’ancien canal. Il permet le franchissement d’une dénivellation de 73m entre le bassin de l’Escaut et un bief de partage vers le bassin de la Meuse. Cet ascenseur remplace les quatre ascenseurs à bateaux du canal du Centre et deux écluses. Cet ouvrage a permis la mise au gabarit de 1350 tonnes des voies navigables belges.

L’IDEA développa des zonings industriels pour aider à la reconversion industrielle.

Patrimoine

Eglise Saint-Martin (Strépy). Construite en 1767 en style semi-classique.

Eglise Saint-Joseph (Bracquegnies). Edifiée en 1864 pour remplacer l’ancienne chapelle Sainte-Anne.

 

 

2 réflexions au sujet de « Strépy-Bracquegnies »

  1. Ma famille paternelle est originaire de Bracquegnies. Je n’ai pu remonter que jusqu’en 1866. Mon papa racontait qu’auparavant notre patronyme s’écrivait avec 2 L (Collet) et qu’un moulin de ce nom était implanté sur la Haine. Pourriez-vous m’indiquer vers quel site je pourrais me tourner. Bravo, en tous les cas, pour votre site.

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