Villers-Sire-Nicole

Le territoire

Superficie: 845 ha

Altitude: de 83 à 142 m

Situation géographique : sur le plateau de Bavay (Hauts-Pays)

Cours d’eau : la Trouille (affluent de la Haine, prenant sa source à Vieux-Reng) et ses ruisseaux affluents du Hoyau, des Gouffres et du Floyau

Paysage préhistorique (après la dernière période glaciaire) : la Forêt Charbonnière

Nature du sol : limoneux

Nature du sous-sol : grès, schistes

Préhistoire

Paléolithique moyen: on a découvert au nord-est de la commune des silex taillés (une vingtaine) correspondant à cette période où vivait l’homme de Neandertal. 

Néolithique moyen et final: On a retrouvé des traces d’occupations fugaces près du centre du village

Mais à Givry, on mentionne des découvertes importantes pour cette période.

Antiquité gallo-romaine

La chaussée romaine Bavay-Cologne passait au nord sur les territoires voisins d’Havay et de Givry.

On aurait trouvé des vestiges d’une villa gallo-romaine  sous forme de deux canalisations là où on a construit un lotissement au nord du village.

A la frontière, sur les territoires de Givry et de Villers-Sire-Nicole, existait un camp militaire romain (“le Castelet”). Il fut occupé probablement à partir de la fin du IIIème siècle jusqu’au début du Vème siècle.

Premier Moyen-Age (période franque mérovingienne et carolingienne)

Au VIIème siècle, le territoire appartenait à Sainte-Aldegonde, abbesse de Maubeuge. Elle en fit don au chapitre des moines de Saint-Quentin de Maubeuge.

Deuxième Moyen-Age – le village

Première mention: 1165

Toponymie (anciennes orthographes) :

  • Villeras, 646 (charte-testament de Sainte-Aldegonde)
  • Villers, 1165 (cartulaire de l’abbaye d’Hautmont)
  • Villare, XIIème
  • Villers-Monsieur-Nicoles, 1473
  • Villers-Sire-Nicoles, 1740
  • Villers-Messire-Nicoles

Etymologie (hypothèses d’origine du nom) :

« Villers » vient du mot villa qui fait référence plus ici à une villa carolingienne, grand domaine agricole au VIIIème et IXème siècle, qu’à une villa romaine antique, qui aurait pourtant existé, mais qui logiquement a disparu vers le IIIème ou IVème siècle de notre ère.

Le « sire Nicole » est Nicolas de Barbençon, seigneur du lieu au XIIIème siècle.

Epoque de son apparition: au XIème ou XIIème siècle

Facteurs ayant favorisé son émergence :

voies de communication: la chaussée romaine passe dans le village de Havay et le chemin de Mons à Maubeuge passait par Bettignies

sources d’eau ou cours d’eau: la Trouille et les ruisseaux susmentionnés

source de bois: région boisée

proximité d’un lieu de pouvoir: le château local

Paroisse dédiée à Saint-Martin

Evêché: de Cambrai

Décanat/doyenné: Maubeuge (1186)

Autel (dîmes, entretien de l’église, nomination des officiants) donné à l’abbaye d’Hautmont (1156) par l’évêque Nicolas de Cambrai. Elle partagea les bénéfices de la cure avec l’abbaye de la Thure à partir de 1244 sur ordre de la comtesse Jeanne. L’abbaye de la Thure, à Solre-sur-Sambre, fut fondée en 1185 par Gilles de Barbençon

Répartition des pouvoirs pendant la période féodale (jusqu’en 1678)

Autorité supérieure: comté de Hainaut

Autorité sous-jacente (administrative et judiciaire): prévôté de Maubeuge

Seigneuries et fiefs

Du domaine de Sainte-Aldegonde, on semble perdre la trace lors de la période féodale. Soit que le chapitre Saint-Quentin de Maubeuge ait conservé un fief qu’il administra lui-même, soit qu’à « la faveur » des raids vikings les premiers comtes de Hainaut s’en emparèrent.

La famille de Barbençon.

Nous en savons pas comment et à quelle date le domaine de Villers est tombé dans les possessions de cette famille. Les barons de Barbençon étaient de proches conseillers des comtes de Hainaut. Ils étaient pairs de la cour de Mons. Ils étaient châtelains de la place forte de Beaumont et étaient propriétaires de nombreux domaines dans la région. Il est possible que l’un d’eux fût récompensé de ses bons services en obtenant la propriété du domaine.

Le premier mentionné comme seigneur de Villers semble être Gilles de Barbençon  (v1179-1243), fils cadet de Nicolas Ier. Ce Gilles fut aussi seigneur de Merbes-le-Château. Il n’eut qu’une fille qui n’hérita pas du domaine et celui-ci fut transmis, à sa mort, à son frère aîné Nicolas II de Barbençon (v1170-v1258). Ses nombreux domaines allèrent ensuite à :

  • Nicolas III de Barbençon ( ?-1258), fils du précédent
  • Nicolas IV de Barbençon (1251-1313), fils cadet du précédent. Il donna son nom au village.
  • Nicolas V de Barbençon (1306-1345), fils du précédent

Famille d’Enghien

  • Il n’eut qu’une fille, Jeanne de Barbençon (v1326- ?), qui hérita du domaine et le transmit à son mari, Gérard II d’Enghien (1315/1320-1385), seigneur d’Havré (de Goegnies et d’Havay), châtelain de Mons.
  • Jacques d’Enghien ( ?-1427), fils du précédent. Les fils de celui-ci furent tués en 1415 à la bataille d’Azincourt. Il répartit ses domaines entre ses filles et sa cousine.
  • Celle-ci, Jeanne d’Enghien ( ?- ?) obtint Havré (et ses dépendances), la châtellenie de Mons, ainsi que la seigneurie de Villers-Sire-Nicole.

Famille de Werchin

Alors qu’Havré passa à son troisième mari Jacques d’Harcourt, le domaine de Villers alla à la fille de son premier mari, Jacques III de Werchin, seigneur de Werchin et de La Longueville, sénéchal de Hainaut.

Cette fille c’était Jeanne de Werchin ( ?-1442) qui avait épousé Henri de Melun. N’ayant pas eu d’enfant, elle légua ses biens à sa sœur Philipotte de Werchin, épouse de Jean III de Barbençon (1354-1415, mort aussi à Azincourt) de la lignée des seigneurs de Jeumont.

Leur descendance hérita entre autres des titres de seigneurs de Jeumont, Werchin, La Longueville, Villers-Sire-Nicole et du titre de sénéchal de Hainaut :

  • Jean IV de Barbençon-Jeumont (1402, Verchain-1470), fils du précédent
  • Jean V de Barbençon ( ?-1472), fils du précédent, mort célibataire
  • Jacques III de Barbençon ( ?-1478), frère du précédent
  • Nicolas de Barbençon-Werchin (v1470-1513), fils du précédent
  • Pierre de Barbençon-Werchin (v1497-1556/1557, Tournai), fils du précédent
  • Il eut trois filles, dont Yolande de Werchin (1521-1593) qui hérita des domaines et des titres.

Diverses familles (Melun, Ligne, Nassau-Siegen, de Croeser, )

Elle épousa Hugues de Meulin (1520-1553), prince d’Epinoy, connétable de Flandre. Leur fille Anne-Marie de Meulin ( ?-1634) hérita de sa mère en 1593 Villers-Sire-Nicole, Werchin, …

Elle avait épousé Lamoral I de Ligne (1563-1624), prince de Ligne et du Saint-Empire, seigneur de nombreux villages. Leurs biens furent partagés entre leurs enfants. Lambertine de Ligne (1593- ?) hérita de Villers-Sire-Nicole (d’où son surnom de “Dame de Villers”, mais n’eut pas de postérité, malgré trois mariages. Elle légua ses biens à sa sœur Ernestine Yolande de Ligne (1594-1668).

  • Celle-ci avait épousé en 1618 Jean VIII de Nassau-Siegen (1583-1638), prince de Nassau-Siegen, officier du roi d’Espagne. Cette transaction matrimoniale fut l’objet d’un litige et le prince Claude Lamoral de Ligne (1618-1679), neveu par alliance de Jean de Nassau, devint seigneur de Villers-Sire-Nicole.
  • Son fils aîné, Henri Louis Ernest de Ligne ( 1644-1702) lui succéda. A son décès, l’affaire se termina par une transaction.
  • En 1700, Guillaume Hyacinthe de Nassau ( ?-1743) fit relief de la seigneurie de Villers-Sire-Nicolas.
  • A sa mort, un nouveau procès eut lieu, mettant en opposition son fils Maximilien de Nassau et sa tante Jeanne-Baptiste, chanoinesse de Sainte-Waudru à Mons. Le procès trouva sa conclusion six ans plus tard. Le domaine de Villers alla à la veuve de Maximilien tutrice de ses enfants. L’affaire ne s’arrêta pas là, car les sœurs de la chanoinesse se pourvurent en cassation.
  • Finalement la seigneurie échut à Charles Henri Nicolas Othon de Nassau, prince d’Orange et de Nasssau. Ce dernier fut souvent en désaccord avec ses sujets.
  • Lassé, Nassau céda sa seigneurie en 1783 à Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799), le célèbre écrivain. Ce qui n’empêcha pas les habitants de Villers de continuer à contester les droits de leur maître.
  • L’auteur des « Mémoires d’Outre-tombe » se déchargea cinq ans après de son bien en le vendant en 1788 à Jean Baptiste Dominique de Croizier/ de Croezer (1757-1845), dernier titulaire du domaine avant que les révolutionnaires ne viennent abolir les droits féodaux. Il était également seigneur de Preux-au-Sart et prévôt de Maubeuge.
  • L’ancien régime dans le royaume de France (1678 à 1789)
  • Etat : le royaume de France, auquel tous les villages de la prévôté de Maubeuge furent annexés en 1678 par le Traité de Nimègue
  • Prévôté : Maubeuge
Répartition des pouvoirs pendant la période contemporaine (à partir de 1792)
  • Etat: France dans ses divers régimes (républiques, monarchie, empire)
  • Département: Nord
  • Arrondissement : Avesnes-sur-Helpe
  • Canton: Maubeuge
Evènements et faits marquants sur le sol de la commune

Un ermitage exista en bord de Trouille, fondé par Englebert de Grez, seigneur de Rouveroy, en 1367. On y installa une école pour l’instruction des enfants du voisinage. Celle-ci fonctionna jusqu’en 1789. Les bâtiments furent aménagés ensuite en ferme.

En mai 1792, le village fut occupé et pillé par les troupes autrichiennes, qui y campèrent encore en 1793. Cette période fut aussi marquée par une épidémie de peste.

L’invasion allemande en août 1914 a fortement endommagé le village, dont l’église. En réalité, l’armée française avait détruit le clocher afin qu’il ne serve pas de point de vue aux envahisseurs.

Economie

Elle reposa essentiellement sur l’agriculture (céréales, colza, lin houblon), l’élevage et les activités artisanales annexes (deux moulins à grains,  un à huile sur la Trouille, des brasseries).

Au XIXème siècle, on mentionna encore :

  • Une scierie de marbre (XIXème) et un atelier de polissage du marbre
  • Deux forges (XIXème)
  • Une enclumerie
  • Une filature de laine et de coton
  • Une fabrique de chicorée
Voies de communication

On note la création d’un chemin de fer de Villers-Sire-Nicole à Maubeuge qui fonctionna de 1896 à 1951. Il fut aménagé pour desservir les usines sidérurgiques.

Patrimoine

Eglise Saint-Martin, XVème, partiellement détruite en 1914

Château. L’ancien château féodal fut vendu à la Révolution, puis fut démoli en 1809. Quelques vestiges

A la veille de la bataille de Malplaquet (1709), on réalisa des fortifications en terre, dont il reste quelques reliefs.

 Participation

Je remercie Monsieur Valentin Dubois de m’avoir fourni de la documentation pour compléter et corriger certains paragraphes de cet article.

 

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