Wargnies-le-Grand

Le territoire

Superficie: 509 ha

Altitude: de 57 à 116 m

Situation géographique : sur le versant sud de la vallée de la Haine en bordure du plateau de Bavay

Cours d’eau : l’Aunelle

Paysage préhistorique (après la dernière période glaciaire) : la Forêt Charbonnière (dont la Forêt de Mormal est un vestige)

Nature du sol : limoneux

Nature du sous-sol : grès, schistes

Préhistoire

Non documentée

Antiquité gallo-romaine

Wargnies-le-Grand est situé au sud de l’ancienne chaussée romaine qui va de Bavay à Boulogne, passant par la Flamengrie, Roisin, Bry, Eth, …)

Des vestiges romains auraient été retrouvés, dont nous n’avons pas la teneur. Si nous nous référons au texte de Vercauteren (*), il s’agissait peut-être d’une villa importante. Mais nous n’en avons pas trouvé de preuve.

Au sud se trouve actuellement le village de Wargnies-le-Petit, qui, selon le même Vercauteren, appartenait dans l’antiquité au même domaine que celui de Wargnies-le-Grand. Mais cette zone n’était pas encore défrichée. Au sud passait une autre chaussée romaine qui allait de Bavay à Amiens en franchissant l’Escaut à Cambrai.

Premier Moyen-Age (période franque mérovingienne et carolingienne)

Wargnies fut une propriété de l’abbaye de Saint-Amand, fondée au VIIème siècle. Il n’est pas précisé s’il s’agissait du territoire des deux villages actuels ou seulement de l’actuel Wargnies-le-Grand. La suite nous fait penser que seul le territoire de celui-ci était concerné. Les moines y entretenaient une ferme.

Deuxième Moyen-Age – le village

Première mention: En 847, le nom de Wargnies se trouvait sur un diplôme du roi de Francie Occidentale, Charles le Chauve, qui répartissait les biens et les domaines de l’abbaye de Saint-Amand « in pago hagnuensi Wariniacum », confirmation d’un document semblable de Louis le Pieux.

Toponymie (anciennes orthographes) :

  • Warniacus, 899 (Cartulaire de l’abbaye de Saint-Amand – diplôme du roi Charles III « le Simple » qui cite Wargnies dans les possessions de l’abbaye)
  • Wariniacum, 921 (id)
  • Warini (Chronique de Gislebert)
  • Guariniacum, 1107
  • Grant-Wargny, 1186
  • Gariniacum, 1210 (Cartulaire de l’abbaye de Saint-Amand)
  • Warigniacum, 1246
  • Waregni, 1285
  • Waregny, 1302
  • Grand-Waregni, 1349
  • Wargny, 1354, pierre tombale du lieu, sculptée et armoriée
  • Warny-le-Grand
  • Grand-Warnies

Etymologie (hypothèses d’origine du nom) :

Wargnies pourrait venir, en ce qui concerne le préfixe –warn du latin Varinius ou du germain Warin, qui aurait pu être un personnage, maître du domaine. Le suffixe –gnies vient de –iacus/Iaca qui signifie « lieu, demeure, résidence ». Il s’agirait donc du domaine de Varinius ou de Warin. Personnage pour lequel nous n’avons aucun renseignement, même pas l’époque où il vécut (gallo-romaine ou franque). Il a de toute façon laissé son nom au site sur lequel plus tard un village s’est constitué.

Epoque de son apparition: il est toujours difficile de préciser quand une communauté rurale s’est regroupée à proximité d’une ferme tenue par des moines, ici ceux  de Saint-Amand. Probablement ici au Xème ou XIème siècle.

Facteurs ayant favorisé son émergence :

voies de communication: la chaussée romaine au nord

sources d’eau ou cours d’eau: l’Aunelle

source de bois: région boisée

proximité d’un lieu de pouvoir: un château (-ferme ?) local

Paroisse dédiée à Saint-Amand

Evêché: de Cambrai

Décanat/doyenné: de Valenciennes (1186)

Autel (dîmes, entretien de l’église, nomination des officiants) donné à l’abbaye de Saint-Amand

En 1237, Gauthier, trésorier de Cambrai, affecta les dîmes de Wargny à l’entretien de la chapelle qu’il avait fondée et fait construire près de Condé.

Répartition des pouvoirs pendant la période féodale (jusqu’en 1659)

Autorité supérieure: comté de Hainaut

Autorité sous-jacente (administrative et judiciaire): prévôté du Quesnoy

Wargnies (-le-Grand) ou une partie du territoire appartenait toujours à l’abbaye de Saint-Amand, car un document écrit par son père abbé en 1123 évoque le départ de moines vers différents domaines, dont celui de Wargnies.

Peu auparavant, des bulles papales de Pascal II (1107) et de Calixte II (1119) avaient confirmé les biens et privilèges de l’abbaye à Guariniacus.

Il semble que durant ce XIIème siècle, après avoir défriché une partie de la forêt au sud, quelques communautés villageoises se sont constituées, autonomes par rapport à Wargnies-le-Grand (qui s’appelait encore Wargnies à cette époque). Ce sont les villages de Wargnies-le-Petit, Preux-au-Sart et Amfroipret.

Le village (communauté rurale et paroissiale) de Wargnies-le-Petit est avéré dès 1173, dépendant au spirituel du chapitre de Cambrai. Ce vocable le distingue de Wargnies. Il semble que ce dernier village acquit le nom de « Wargnies-le-Grand » en 1229.

Seigneuries

Le temps des hypothèses

Il est difficile de reconstituer des listes seigneuriales, autant pour Wargnies-le-Grand que pour Wargnies-le-Petit. Dans de nombreuses généalogies, seul le mot Wargnies est utilisé. Des personnages différents sont cités comme seigneurs de l’un ou l’autre Wargnies pour la même période. De plus, il ne faut pas y mêler des personnages issus d’un autre Wargnies dans la Somme.

Nous faisons donc appel à toute personne qui aurait des documents pouvant préciser ou corriger ce qui va suivre.

La première question qui se présente est de savoir si l’abbaye de Saint-Amand continua à entretenir une ferme sur le territoire de Wargnies. Était-ce le cas et alors elle céda les droits seigneuriaux à des familles laïques qui s’y succédèrent ? N’a-t-elle occupé qu’une portion du territoire ? Ou alors a-t-elle disparu ? Nous serions heureux de trouver une explication à ce sujet.

Ce qui apparait certain c’est que pendant tout le moyen-âge une famille dite de Wargnies détint les droits seigneuriaux sur les habitants de Wargnies-le-Grand.

A partir de quand celle-ci a-t-elle donné des seigneurs féodaux au village ? Le premier personnage cité est Dreux de Wargnies (v1130-v1193).

Ce qui nous fait déjà réagir, c’est qu’au siècle précédent une « Berthe de Wargnies » apporta « le domaine de Wargnies » à son mari Baudry II de Roisin (v1040- ?) et qu’il resta dans cette famille pour quelques siècles. Nous pensons d’abord qu’il pourrait s’agir ici du village de Petit-Wargnies. Nous émettons comme hypothèse ensuite que ce domaine appartenait encore à une famille de Wargnies qui existait déjà à l’époque et exerçait les droits féodaux sur les villageois de Wargnies-le-Grand. Enfin à l’occasion de ce mariage on aurait détaché le domaine en cours de défrichement de Wargnies-le-Petit pour le mettre dans la dot de cette Berthe de Wargnies. Nous serions heureux de pouvoir obtenir plus d’éclaircissements à ce sujet.

Le temps des vagues certitudes 

Revenons à Wargnies-le-Grand et à ce premier personnage connu que fut Dreux de Wargnies (v1130-avt1193). Son prénom s’écrivait avec des orthographes différentes : Druon, Drogon, Drogo. Il en était de même de son nom : Warini, Waregni, Wargni, Wargny. Il est présenté comme miles  de Wargnies, donc militaire au service du comte de Hainaut, propriétaire de la terre du village et de son église Saint-Amand. On peut penser que son prénom rappelait celui de ce saint confesseur qui exerçait ses offices à Sebourg et qui mourut en 1186.

Dreux aurait fait don au chapitre épiscopal de Cambrai de terres qu’il possédait encore à Wargnies-le-Petit. Son fils cadet Thierry, après avoir été archidiacre à Tournai, devint d’ailleurs chanoine à Cambrai.

Lui succéda son fils  Gauthier/Wauthier/Watier de Wargnies ( ?-apr1192), cité comme seigneur de Wargnies. Il est d’ailleurs cité à plusieurs reprises entre 1174 et 1192. Ce fut un compagnon d’armes du comte Baudouin V. Il partit à la troisième croisade avec le comte de Flandre Philippe d’Alsace et mourut en Palestine.

On trouve ensuite dans la succession comme seigneur de Wargnies (le-Grand) (sans toujours de certitude quant à la filiation) :

  • Dreux II de Wargnies, fils du précédent. Cité en 1197, vers 1200 et 1219. Ses deux fils lui succédèrent.
  • Robert de Wargnies (v1243) d’abord
  • Wattier/Gauthier II de Wargnies, ensuite. Ce dernier occupe une place importante, car il fut l’auteur de la Charte-loi de 1245, document qui mettait par écrit les rapports entre le seigneur et ses manants, ainsi que les codes de justice pénal et civil.
  • Dreux III de Wargnies. Peut-être le fils du précédent. Cité en 1278, 1283, 1285, 1293, 1295
  • Gauthier III de Wargnies, fils aîné du précédent. Chevalier. Cité en 1281, 1285, 1293, 1306, 1307, 1308, 1323, 1324.
  • Guillaume I de Wargnies (1291-apr1337), peut-être fils de Dreux III. Cité en 1337 (présent à la Chambre du Conseil).
  • Robert II de Wargnies ( ?- ?), fils du précédent. Ecuyer. Cité en 1354.
  • D’Oultreman, historien de Valenciennes, cite  Jean « le Borgne » de Wargny (v1280/1300- v1346). Était-il le fils de Gauthier III ? Fut-il seigneur de Wargnies ?
  • On trouve ensuite Guillaume III de Wargnies ( ?-apr1371). Cité comme chevalier et seigneur de Wargnies en 1363 et 1371. Peut-être le fils de Robert II.
  • Son fils Huon I de Wargnies ( ?- ?) lui succéda, puis son petit-fils Gauthier IV de Wargnies, déjà cité en 1368.
  • Le dernier seigneur mâle de cette famille fut Sandrart de Wargnies ( ?- ?). Il fut aussi prévôt de Valenciennes. Il n’eut pas d’enfant et légua ses biens à sa tante, sœur de Gauthier IV, Nicole (Colle) de Wargnies.

Famille d’Esne

  • Robert « Mansart » d’Esne (v1380-1424) devint seigneur de Wargnies-le-Grand, ayant épousé Colle de Wargnies, dame héritière de ce domaine. C’était un fils cadet de Jean I « Mansart » d’Esne. Un autre frère cadet, Jean II « le Borgne » devint baron de Gommegnies par mariage.  Robert était chevalier et fut grand bailli d’Amiens. Lui succédèrent :
  • Jean « Baudrain » d’Esne (1390- 1415, Azincourt), fils du précédent. Il devint aussi grand bailli du Cambrésis.
  • Jean Robert « le Borgne » d’Esne  ( ?-1455), fils du précédent et grand bailli du Cambrésis. Il semble qu’il ait vendu le domaine de Wargnies-le-Grand.

Maison de Croÿ

  • Jean II de Croÿ « à la Housette » (1380/1395 – 1473, Valenciennes) acheta la seigneurie de Gommegnies, ainsi que celles de Wargnies-le-Grand et de Wargnies-le-Petit, dont il est cité comme seigneur en 1470. Il était comte de Chimay, baron de Quiévrain et seigneur d’Ecaussinnes. Lui succédèrent :
  • Philippe Ier de Croÿ-Chimay (1436-1482, Bruges), fils du précédent
  • Charles Ier de Croÿ-Chimay (1455-1527, Beaumont), fils du précédent.

En 1506, Charles de Croÿ  vendit Gommegnies, Wargnies-le-Grand et Wargnies-le-Petit à Claude de Bonnard ( ?-1521 ?) gouverneur de Béthune, grand écuyer de l’archiduc Philippe le Beau. Ce dernier eut une fille, Marie de Bonnard, dame héritière des trois domaines sus-mentionnés. Ceux-ci passèrent dans la famille de son époux Henri de Montfort, comte de Helfenstein.

De cette famille, nous savons peu de choses. Furent barons de Gommegnies (et probablement seigneurs de Wargnies-le-Grand et de Wargnies-le-Petit) :

  • Schweikhard de Helfenstein (1539-1599), dont le lien familial avec Henri n’est pas précisé
  • Froybem de Helfenstein, cité en 1606 comme seigneur de Gommegnies. Peut-être le fils du précédent.

Il est probable que ce Froybem von Helfenstein vendit en 1613 la baronnie de Gommegnies à Guillaume, « bâtard » de Hamal (avt1596- ?), fils de Guillaume de Hamal et de Cornille de Lalaing. Il était aussi baron de Monceau-sur-Sambre (Monchaux). En 1614, Gommegnies  fut érigé en comté par l’archiduc Albert.

Nous ne savons pas quel fut le sort des deux Wargnies à l’époque. En parcourant l’histoire des seigneurs de Petit-Wargnies, on peut y lire qu’à partir de la fin du XVème siècle, les deux villages étaient déjà réunis sous les Nouvelles, les Montigny et les Glymes. Une incohérence de données qu’il nous faut résoudre à partir de documents qui ne sont pas en notre possession.

Les deux seigneuries unies furent élevés au rang de marquisat au profit des Anneux-Crèvecoeur en 1630 par le roi d’Espagne Philippe IV.

D’Adrien de Montigny (fin XVIème)

Maison d’Anneux-Crèvecoeur

Jean d’Anneux ( ?-1629), seigneur de Crèvecoeur et de Rumilly, devint seigneur des deux Wargnies par mariage. Il fut, sous le roi Philippe II d’Espagne, gouverneur d’Avesnes, puis fut conseiller de guerre de l’archiduc Albert, gouverneur des Pays-Bas Espagnols.

Son fils Philippe d’Anneux ( ?-1660) lui succéda et fut fait marquis de Wargnies, le marquisat couvrant les deux villages. Il fut gouverneur d’Avesnes et d’Ath.

Lui succéda Philippe Guillaume Albert d’Anneux (1635- ?), marquis de Wargnies, baron de Crèvecoeur, seigneur de Rumilly, commandant d’un régiment de cavalerie.

Philippe Jean d’Anneux (1665- ?), fils du précédent, fut aussi marquis de Wargnies.

Il eut deux filles, dont l’une Marie-Louise d’Anneux (1695-1755) fut la marquise héritière de Wargnies. Elle épousa un autrichien, Maximilien Joseph (1670-1736), comte de Tauffkirchen-Guttenburg et alla sans doute résider dans son pays. Il ne semble pas qu’elle ait conservé ses deux domaines de Wargnies et qu’elle les vendit vers 1745. Les deux domaines furent à nouveau séparés.

Wargnies-le-Petit alla à Ferdinand de l’Epine. Nous ne connaissons pas le sort de Wargnies-le-Grand.

L’ancien régime dans le royaume de France (1659 à 1789)

Les villages de la Prévôté du Quesnoy furent annexés au royaume de France en 1659.

  • Etat : le royaume de France
  • Prévôté : prévôté du Quesnoy
Répartition des pouvoirs pendant la période contemporaine (à partir de 1789)
  • Etat: France dans ses divers régimes (républiques, monarchie, empire)
  • Département: Nord
  • Arrondissement : Avesnes-sur-Helpe
  • Canton: Aulnoye-Aymeries
Evénements et faits marquants sur le sol de la commune

En 1340, le duc de Normandie, le futur roi Jean II le Bon , tenta de s’emparer du Quesnoy. N’y réussissant pas, il se retira en brûlant quelques villages, dont les deux Wargnies.

La Grande Aumône. Par ce système, le percepteur distribue de l’argent aux habitants de la commune. On ne sait pourquoi elle fut instituée. Peut-être après un désastre naturel, peut-être après les destructions du village par le duc de Normandie. Cet argent provenait des revenus d’une terre (d’environ 15 ha) réservée pour ce besoin. La gestion en était faite par le maïeur et les échevins. Elle le sera plus tard par un bureau de bienfaisance, puis par la municipalité.

Economie

Elle repose essentiellement à travers le temps sur l’agriculture (blé, seigle, orge, avoine), l’élevage et les activités annexes (un moulin à grains, un moulin à huile, des brasseries) .

 Patrimoine

Eglise Saint-Amand. Le premier édifice daterait du XIIIème siècle, au centre du jardin public actuel. Il en reste quelques vestiges, dont les chapiteaux du parvis de l’église actuelle. L’actuel bâtiment date de 1892-1898.

L’ancien château seigneurial, déjà en ruines après les guerres de Louis XIV, fut converti en ferme. 

Bibliographie

Vercauteren, La charte-loi de Wargnies le Petit de 1245

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *